‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 13 sur 338 · M. Bettelheim, p · texte numérisé non relu

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4. Nous ne l'avons pas retrouvée : Beaumarchais a dû la laisser à Madrid.

Retenons au passage ce goût des Carons pour les spectacles. Il dut influer de bonne heure sur le génie dramatique de noire auteur, car voici un quatrain éclos vers la dix-septième année :

Impromptu fait dans ma jeunesse sur M Ut Gaussin qui jouait le rôle de Nanine.

C'en est fait, je me rends, mon cœur se détermine, Amour, lu Tas voulu; mais malgré ton dessein, Malgré le piège adroit que me tendait Nanine, Je t'échappais encor sous les yeux de Gaussin.

Julie est de moitié, elle aussi, dans les affaires de Beaumarchais :

Mon Beaumarchais, mon aimable génie/} ai vu ta lettre, tes projets, ton travail, et rien ne me surprend, pas même ta philosophie sur nos tristes nouvelles. Lorsqu'on V apprécie comme moi, on a droit de compter sur des choses étonnantes, assurément nous gardons le secret; mais quand reviendras-tu? Je me déplais au cœur de ton absence....

Aussi exigeait-elle le journal du voyage :

J'attends des lettres de Bayonne avec une impatience égale à celle que j'ai déjà pour avoir le journal. Tu nous l'enverras de Madrid ?...

Chacun fait le sien, d'ailleurs, dans la famille. N'est-ce pas le moyen de continuer à distance la vie commune ? Pichon, ce pauvre Pichon, dont nous avons vu plus haut la fin tragique, «r fait un journal aussi pour son retour. N'es-lu pas bien content? » Hélas! la famille ne le lut jamais, mais quelques pages arrachées à celui de c l'aimable génie », comme dit Julie, ont pris aussitôt leur vol vers l'immortalité.

L'authenticité de l'aventure Clavijo a été parfaitement établie par M. de Loménie; il est donc inutile d'en multiplier les preuves. Nous citerons seulement à ce propos un très curieux passage d'une lettre adressée de Londres par Beaumarchais, le 31 juin 1771, à une dame; il complétera le récit succinct donné par Gudin de la représentation du Clavijo de Marsollier, sur le théâtre du prince de Conti :

A mon départ de Paris, j'ai eu le plus touchant spectacle ! Un homme a fait une pièce de théâtre de toute mon aventure d'Esapgnc. C'est mon

mémoire tout pur: cela a été tellement applaudi, et toute rassemblée se tournant vers moi, m'a fait un tel accueil, qu'avec V émotion que les situations de l'ouvrage ont ranimée en moi, j'ai senti mes larmes couler avec abondance. Réellement, Madame, j'éprouve partout que le courage et l'élévation de l'ame ont des droits très puissants sur le cœur de tous les hommes.

Il s'agit du Norac et Javolci de Marsollier, donné d'abord sur le théâtre du Temple, puis à Lyon, le 3 mars 1785*. On sait, par une lettre de Beaumarchais ', qu'il préférait hautement la pièce de Marsollier à celle de Goethe. Nous serions volontiers de son avis et presque de celui de M. Paul Albert contre H. Beltelheim, tant le patriotisme de l'écrivain allemand égare sa critique. Sans doute la scène maltresse de l'acte IV, quoique imitée très visiblement de Britannicus et d'Othello, est très intéressante, mais la vur de l'acte II, dans Beaumarchais à Madrid, ne l'est pas beaucoup moins, et Slicotti vaut Carlos. Sans répéter avec M m< d'Ilautpoul que t la pièce de Marsollier est parfaitement écrite », on peut noter du moins à son avantage le mauvais goût de certains passages de Gœthe, par exemple de celui où Clavijo se compare à un ami de retour après une longue navigation, et développe emphatiquement c qu'il revient de la mer orageuse du monde dont les flots sont les passions ». Quelle subtilité déplacée dans cette comparaison entre Clavijo marié et une fleur dont on aurait coupé la tige principale et qui deviendrait un bouquet I En France, cela est du pathos; et quel nom donner à ces remarques de Carlos sur la maigreur de Marie, les enfants à venir et la maladie à gagner?

Nous ne voyons pas dans « l'improvisation incomparable 3 » de Gœthe l'équivalent de la scène xiv de l'acte II de Beaumarchais à Madrid, dont M"' d'Hautpoul dit justement : « La scène où l'on vient féliciter Maria sur son mariage et lui donner une fêle lorsqu'elle vient d'apprendre la trahison de son amant, est d'un effet théâtral neuf et terrible ». Il est vrai que cette scène est une retouche ;

1. Voy. n° 320 de la Bibliographie Cordier. — Lu et approuvé ù Lyon ce 20 février 1785, Bruys de Vaudran. Vu l'approbation. Permis d'imprimer et de représenter. A Lyon, ce 26 février 1785, Basset. — La pièce sera rééditée par M M d'Haulpou), nièce de l'auteur, avec une erreur de date, 1780 au lieu de 1785, Paris, Àubréc, 1825.

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