CHAPITRE II
Dédains exagérés de la critique à leur endroit. — Preuves de l'identité de l'esprit de leur auteur. — Nombre croissant des défauts et leurs causes. — Qualités permanentes. — Beaumarchais orateur.
Les critiques, après avoir diversement loué les Mémoires contre Goezman, se sont généralement bornés, comme La Harpe, à constater, avec un laconisme hautain, l'infériorité des autres écrits polémiques qui partirent ensuite de la même plume. Mais tous ces Mémoires auraient dû provoquer leur curiosité, à défaut de leur admiration. Rapprochons, en effet, des cris d'enthousiasme que notre auteur arrachait un jour à Voltaire l les termes de mépris par lesquels un gazetier insulta, vingt-trois ans après, sa gloire passée : « Tous les yeux me semblent dessillés sur son compte » ; « Son premier Mémoire (le premier contre Bergasse) Ta perdu de réputation, même auprès de ses anciens admirateurs, et fait douter s'il est l'auteur des premiers, qui firent une si grande fortune, et dont le succès était moins dû à leur mérite réel qu'aux circonstances 9 ». Certes, la chute est profonde. Comptons-en les degrés, et comme ce sont les défauts qui les marquent, mettons-les pour cette fois en tête ; aussi bien nous en serons plus à l'aise pour faire à l'éloge sa part. Cherchons en outre, dans ces divers groupes de Mémoires, les preuves de l'identité du talent de leur auteur; y trouverons-nous, pour employer avec lui le langage des géomètres, « les points correspondants 3 » à l'aide desquels on peut déterminer la courbe de son déclin ? S'il est vrai en effet que les qualités comme les défauts
1. Voy. Voltaire, édit. Beuchot, LXVIH, p. 407; 413; 433; 447; 449 ; 451 ; .452; 459; 465; 467 ; 473 et les extraits des Lettres autographes à M. Bacon, publiés par M. Desnoircsterrcs, Voltaire, etc., VII, 455.
2. Mémoires secrets, 14 juillet 1787. Analyse du a Testament du père de Figaro ». — Voy. un mot de Gudin rassurant son ami sur ce point, à l'Appendice, n° 18.