Mémoires secrets
174 BEAGMlRCflllS : PARTIE CRITIQUE.
même, c que des espiègleries auprès des horreurs de ceux-ci 1 ». En bonne foi, les plaintes sont-elles fondées ? Quatorze ministres et leurs bureaux ont embrouillé l'affaire, le suprême mérite de celui qu'ils persécutent ne sera-t-il pas de débrouiller l'écheveau des c vilenies bureaueratiennes*»? t Simple, clair et précis, voilà ce que je désire être », s'écrie-t-il encore, et il y réussît. Est-ce qu'il n'a pas su ressaisir à propos les armes familières de sa dialectique et de son ironie pour faire tomber une à une, sous les répliques d'un dialogue vif et pressant, les objections erronées de Lecointre, pour harceler de ses sarcasmes Lebrun, c le ministre trompé 3 », et démasquer avec indignation t le triumrapinat »? Certes, dans la force de l'âge et du talent, il eût mené plus vivement sa justification, que l'on a en raison de trouver e un peu lourde 4 »; il eût réussi à abréger ses démonstrations, à tempérer ses images, à mesurer ses exclamations et ses apostrophes, à draper plus plaisamment certaines figures ; mais ses qualités, tout affaiblies qu'elles soient par l'âge, sont encore assez visibles, assez frappées au coiu de son originalité pour qu'Esménard ait pu avancer qu'il « avait retrouvé son véritable talent ».
Reconnaissons du moins avec le même critique, qui seul le loue assez ici, que dans ces Mémoires c ... il conservait toute la vigueur de sa jeunesse et qu'il n'en avait perdu que la gaieté 5 », le meilleur hélas!
Nous en voyons la preuve dans le pittoresque de cette t lanterne magique » de personnages 6 aux traits grotesques ou terribles, qu'illuminent quelques éclairs de sa verve d'antan. Qu'on se rappelle ces croquis rapides, ici le tutoiement civique du bureaucrate révolutionnaire; là t les yeux un peu fuyards de Lebrun », le ministre toujours sorti; ailleurs, e le rire de Tisiphone », qui saisit Danton et consorts devant la témérité de Figaro narguant la guillotine; plus loin, les épisodes tragi-comiques du « fort Mémoire 7 > rédigé à l'Abbaye (il en eût rédigé au pied de l'échafaud !), ou de