M. Fontaine, op. cit
fi. Ibid.
Mahomet, Guillaume Teil et leurs émules tragiques préparent l'avènement philosophique de Tarare, plutôt que le monologue révolutionnaire de Figaro. C'est pourquoi ils ne nous arrêteront pas plus longtemps; revenons à leurs frères de théâtre.
La première place appartient ici à Marivaux. Ses titres avaient été quelque peu méconnus, on vient de les lui rendre avec éclat '. Parmi eux, il faut compter la fantaisie poétique, la rêverie gêné' reuse, une moralité aimable, mais non pas l'audace. Nous commençons dans l'île des Esclaves, dans celle de la Raison, ces voyages au pays des chimères généreuses où Diderot transportera l'île de la Lampedouze et Voltaire son Eldorado.
Ces (saturnales de l'âge d'or* ne dépassent pas le piquant attique des satires d'Horace 9 , et le dénouement de File des Esclaves fait rêver à une révolution qu'aurait terminée le baiser Lamourette. Le Triomphe de Pluttis émousse Tur caret; la philosophie épicurienne de Biaise dans l'Héritier de village corrige les pétulances du Lucas de la Coquette de village, son modèle. La Colonie des femmes n'est, comme on Ta si joliment dit, c qu'une bacchanale apaisée, épurée et traduite par Watteau d'un pinceau rapide et léger 3 ». Il est vrai pourtant que Dorante pose nettement la thèse fondamentale du théâtre philosophique. € Le mérite vaut bien la naissance », dit-il, mais c'est un amoureux, et cela tire beaucoup moins à conséquence que la mésalliance du comte et de Nanine *. Voilà d'ailleurs, y compris le Préjugé vaincu, l'extrême limite des audaces de Marivaux; il n'a eu que celles du cœur. Ce n'est pas son moindre mérite.
C'est aussi celui de La Chaussée; mais, comme il est plus ému, il est un peu plus hardi.
L'égalité, madame, est la loi de nature!
criera pathétiquement sa Marianne, victime du « droit d'aînesse ».
1. Marivaux, $a vie et ses œuvres, par M. G. Larroumet, 1882.