‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 148 sur 338 · M. Larroumet, op. cit · texte numérisé non relu

M. Larroumet, op. cit

4. Avec son ironie légère et acérée Voltaire conclut ainsi sa comédie :

c La marquise.

• . . . que ce jour Soit des vertus la digne récompense, Mai» sans tirer jamais à conséquence. »

Elle se souvient sans doute de l'aveu que la misère arrache à c l'Enfant prodigue » disant de son valet :

Né mon égal, puisqu'enfin il est homme.

Mais voici Nanine qui lit un livre anglais sur l'égalité et la fraternité, en attendant la liberté * :

11 est intéressant

L'auteur prétend que les hommes sont frères, Nés tous égaux, mais ce sont des chimères :

Je ne puis croire à cette égalité....

Dès lors l'audace ne part plus seulement du cœur, mais de la tète, et quand le comte se récrie en ces termes contre l'inégalité des conditions :

Et de quel droit? Par quelle autorité?

Sur ces abus ma raison se récrie ;

Ce monde-ci n'est qu'une loterie

De biens, de rangs, de dignités, de droits

Brigués sans titre, et répandus sans choix*,

il est manifeste que Voltaire, trouvant le cadre de la tragédie trop étroit pour ses hardiesses, ouvre avec Nanine cette phase militante de la satire au théâtre qui aboutit au Mariage de Figaro.

Coup sur coup, Desmahis, La Noue, Saurin, Chamfort, sans oublier le petit Poinsinet, continuent contre la noblesse de cour et de robe cette petite guerre qui s'est envenimée lentement de Molière à Gresset. Alors les victimes titrées, immolées sur la scène par l'esprit philosophique, sont si nombreuses, qu'on peut prévoir l'heure où il déclarera la guerre aux castes mêmes, et où la satire des mœurs et des conditions s'aiguisera en satire sociale.

D'autre part, le tiers état 3 veut gagner toute la considération que perdent ses rivaux, et il applaudit dans l'Écossaise, dans le Père de famille, dans le Philosophe sans le savoir, la réhabilitation du commerce, en attendant celle de la finance.

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