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même homme qui eut le bonheur d'amuser par ses ouvrages, par ses talents, sait aussi, quand cela est nécessaire, repousser une offense, et s'il le faut même la punir. On vient....
Toute la conduite de la pièce de Harsollier nous paraît supérieure, par la vivacité et la sincérité, au drame broché par Gœthe '•
Mais pendant que le vrai drame se dénouait à Madrid dans la famille Guilbert, on intriguait à Paris, rue de Condé, une comédie matrimoniale où Beaumarchais eut encore le prmeier rôle.
Lorsque Clavijo 3 eut demandé et obtenu son pardon, le frère de Lisette songea à dédommager Durand, le substitut du susdit, en lui donnant la main de M 11 " Tonton. Il était libre d'en agir ainsi, puisque il ne savait ni ne devait rien savoir des vues de M. de Miron sur M ,u de Boisgarnier », ce dernier ne s'étant pas encore ouvertement déclaré. Miron a vent de l'affaire. Sur ce, le « pédagogue chrétien », comme l'appelle plaisamment Beaumarchais, écrit d'un style peu chrétien une épitre où il le prend de haut sur les projets matrimoniaux et sur les châteaux en Espagne de son futur beaufrère. Comme dit Julie, c il fait le gros dos ». Beaumarchais riposte par une lettre de sept grandes pages, écrites d'un trait et de la bonne encre. Après en avoir tiré les renseignements qui précèdent, nous en donnerons encore quelques extraits importants. Us peindront d'après nature l'intérieur de la rue de Condé, en y mettant chacun à sa place et en montrant que, plaisanterie à part, le héros de l'affaire Clavijo entendait être pris au sérieux par tous les siens 3 :
C'est à mon tour à répondre, mon cher Miron, à la très étonnante lettre que je viens de recevoir de vous.... J'ai tâché de rendre service à cette amie, tout le reste ira comme il pourra; depuis longtemps ;> suis rompu aux sacrifices ; je voudrais que tout ce qui m'environne fut heureux. Vous seul croyez avoir droit de vous plaindre de mes procédés; je ne suis pas touché de vos reproches. Tai fait mon devoir envers tout le monde; c'est ce que je ne veux pas prouver, parce qu'il ne s'agit pas de cela
2. Beaumarchais, dans sa correspondance, traduit toujours par un c le jota espagnol de Clavijo : Clavier*.
3. A rapprocher de cette lettre, pour la différence du ton corrélative à celle des situations, les deux billets à M. Raimond de Veminac (Voy. Mémoires secrets, 23 juin 1787), prétendant malheureux a la main d'Eugénie. (Cf. V Amateur a? autographes, 16 sept. 1865, n° 90.) — La fin du second de ces billets (15 juin 1797) respire une dignité dans l'amitié et une patience émouvantes. Beaumarchais semble s'efforcer d'y mériter le dernier titre qu'il ait ambitionné, celui de « bonhomme ».
fi KADUftOUIS : FAKT1E IISTD1JQCE.
aujourd'hui, sais de réfuter le pins tasrd, le plus gauche, le plus maussade badina g**, qui est le ton de votre lettre, ma ami. le m'étonne fort comment nus Sapko de strurs me tous ont pas empêché de mettre de pareilles impertinences à la poste, outre que tous n'étiez nullement fait pour la plaisanterie, mais bien poar les choses sérieuses; qu'avec le ridicule d'échouer dans le genre léger qui peut plaire dans le petit chien de La Fontaine, mais qui degoéie dans les etnimnux plus solides, vos idées sont appuyées sur un fond si mal oa si louchemeat interprété, que vous m'en faites pitié....
... Maintenant, pour mettre chacun i sa place, tant mes amis de Paris avec leur ton dogmatique et pesant que mes connaissances de Madrid avec leur air romanesque et langoureux, je vous dirai que ce n'est point sur ces choses-la que je juge les hommes. Mon talent n'est point merveilleux pour les apprécier. Je vais vous dire tout mon secret. bans la société, je pardonne aux hommes leurs ridicules, afin qu'ils me passent les miens. Dans les affaires, je cherche d< ux choses : leur consistance personnelle et le rapport qu'ils cul à mes intérêts. Or, m'étant arrogé (comme vous le pensez fort bien) le droit d'être le tyran de celles dont je devais être le second père, il faut bien que dans les choses qui les regardent, j'use à ma manière de ce droit de tyran et voici comment j'en ai usé. Je trouvai le pauvre Durand si affligé de ce que mes vues tournaient du côté de son rival qu'il manqua, comme vous l'avei remarqué, de s'en désespérer : les âmes vives ont une autre manière de sentir que les macreuses. Au reste, désabusez-vous, mon cher Miron, sur l'avantage que vous prétendez avoir acquis sur moi. Votre ton me parait aussi absurde qu'outrageant, et la justification que je viens de faire de ma conduite n'est pas pour vous, à qui je n'en dois point, mais pour mon père et mes sœurs aux yeux de qui je me ferai toujours gloire et plaisir de me montrer bon fils et bon frère, comme je le suis. J'ajoute à ceci, que si, pendant que l'affaire de Clavyo se dévidait d'une manière si peu attendue, le consul de Barcelone n'avait pas terminé la sienne avec un autre, mes mille écus étaient à Durand. Il avait la place, je lui offrais ma sœur qui n'en serait pas moins restée la maîtresse de le refuser et de se donner à tout autre avec l'aveu de mon père; car je le proteste comme je le pense, il est le seul maître de sa fille ;je n'ai pas eu le temps d'acquérir encore ce titre par d'assez grands bienfaits. Je serai fort aise si je la trouve mariée selon son goût, à mon arrivée à Paris, car je ne prends à la chose que l'intérêt qu'elle' y prend elle-même; si je la retrouve fille, je ne mettrai aucun obstacle à son bonheur ; j'ai déjà deux sœurs mariées sans que j'y aie servi ni nui en rien, elle sera la troisième ; il m'en restera encore deux que je trouverai peut-être à pourvoir selon la tournure que mes affaires semblent prendre. Je ne suis pressé pour aucune d'elles; j'ai des idées baroques sur l'avenir qui me font croire que plus elles attendront, moins elles regretteront de s'être trop pressées. J'ai déterminé ma sœur de Madrid à rester fille. Je lui ménage un adoucissement à cet
état qui pourtant ne vaut pas le sort de celles que je tyrannise à Paris, mais elle s'en contente, parce qu'elle compte un peu sur c mes idées baroques*. Vous voyez bien par la déclaration naïve que je viens de faire que je n'ai pas besoin de chercher à faire ma paix avec ma sœur et Boisgarnier. Ce que j'ai projeté pour elle m'a paru bon, si cela eût réussi. Mais comme je ne me donne les airs de disposer de personne sans son concours, j'aurais pu entrer en telle explication avec elle qui eût détruit tout. le phœbus de votre lettre où il y a des guillemets, et que je vous renvoie pour que vous ayez encore une fois le plaisir de vous régaler de sa lecture, si par malheur vous n'en avez pas de copie. Au reste, comme je suis assez grand pour me conduire moi-même, je prends la liberté de vous prier de garder avec moi le seul ton que je puisse approuver qui est celui de l'amitié. Je n'ai besoin ni de précepteur qui prétende fouiller dans les motifs qui me déterminent, ni de pédagogue qui s'arroge sans aucun titre le droit de prendre des tons avec moi. La Julie ne m'a dit qu'un seul mot de vous dans une do ses lettres. Miron fait le gros dos; il vous a peint, vous et la lettre dont vous êtes accouché en mon honneur et gloire. Vous ne m'aviez pas encore bien envisage lorsque vous avez imaginé cette fade bouffonnerie qui ne me plairait pas plus à Paris qu'en Espagne. Votre recherche fait honneur à ma sœur, je le répète, et elle est maîtresse de vous accepter si vous lui convenez; loin d'y mettre dorénavant empêchement, j'y donne les mains dès aujourd'hui; bien entendu toutefois que, ne confondant jamais les droits que votre état de mari vous donnera sur elle, avec ceux que vous ne pouvez avoir sur moi, vous réserverez pour l'intérieur de votre ménage les airs qui ne feraient pas fortune dans le mien. Voilà ce que j'ai cru devoir vous dire une bonne fois, afin que cela n'arrive jamais plus entre nous. Si j'ai un orgueil au monde, c'est celui de me croire les idées saines et nettes, et je ne puis souffrir que celui que je n'ai établi mon oracle sur rien, traits mes projets de billevesées et mes idées de baroques. Je ne sais où ma sœur Julie a l'esprit de vous communiquer ainsi tout ce que j'écris et je suis encore plus étonné qu'elle ait imaginé que voire ridicule lettre pût avoir aucun rapport avec moi. Comme mon intention n'est jamais de revenir sur les choses une fois dites, je la prie par cette même voie de ne pas souffrir qu'on manque en sa présence et de son aveu aux égards qu'on me doit; je suis si peu exigeant qu'en vérité cela ne vaut pas la peine de m' être refusé. Vous recevrez celte lettre par la voie de mon père qui m'a fait parvenir la vôtre, afin que toute la maison soit témoin de la manière dont j'accepte vos plaisanteries. N'est-il pas bien agréable pour moi d'imaginer que mes sœurs, ne voulant pas prendre avec moi des tons peu convenables, se chargent de me faire passer les vôtres, pour se dédommager des ménagements qu'elles gardent avec moi ?
A l'avenir, plaisantez tant que vous voudrez tous , vous ne recevrez plus rien de moi qui puisse engager une querelle sérieuse ; quand vous ne saurez rien de ce que je fais, vous me ferez grâce de vos commen-
taires. Je ne suis pas moins, mon cher Mi non, pour la vie, votre serviteur et ami. De Beaumarchais 1 .
Mais, comme il l'a dit lui-même, c chez les bons cœurs, la colère n'est qu'un besoin pressant de pardonner». Par le courrier suivant, le 27 août 1704, il écrit à Julie : c Comment se portent nos amis, le pédagogue chrétien à la tête; mais je la lui ai lavée, n'en parlons plus >. Or il n'a pas encore reçu la réponse d* Miron, car nous voyons par les dates qu'il s'écoulait entre le départ de la lettre de Madrid et son arrivée à Paris de quatorze à dix-huit jours. Enfin celle de Miron lui arrive, et voici la réponse de Beaumarchais à son père à la date du 26 octobre 1761; elle dénoue la comédie :
J'ai reçu votre lettre du 9 octobre, par laquelle vous me confirmez tout ce que l'on m'avait déjà mandé de la modération et du bon esprit de ma pauvre Boisgarnier, je lui en fais mes remerciements.
Miron m'a écrit. Mais, en le lisant, j'étais tout prêt à lui demander : Miron, que me veux-tu avec ta belle lettre? Il y avait un mois que ma colère était passée, et tout cela me paraissait du rabâchage. Cependant si je puis retrouver un moment de cette douce liberté d'esprit qui fait plaisanter sans aigreur, je lui garde encore une poussée. Si Boisgarnier, en le prenant avec lui en Amila-, l'a réduit en fut fa, comme vous me le mandez, il me parait que celte querelle n'est qu'an* raine chanson dont M. Miron a fourni fair, car il me paraît qu il s'en donne assez, et moi les paroles que je n'ai pas épargnées pour répondre à Cair de M, Miron, et sur ce que vous m'écrivez, je juge que M lle de Roisgarnier a fait un accompagnement chromatique aux airs de M. Miron, en lui chantant quelques paroles qui rentraient dans les miennes. Dieu nous garde d'un plus grand malheur. Verba et voces prsetereaque nihil, Horace, Satire, etc.,
et un rayon de la gaieté de Beaumarchais achève de dissiper ce petit orage domestique.
Ce ne fut pas le seul, et nous le voyons plus loin adresser encore une réplique verte et polie à la fois à un autre de ses parents. A la nouvelle des projets et des succès croissants de son cousin à Madrid, ce pincc-sans-rire avait déclaré sur un ton aigre-doux qu'il « le croyait fort capable de faire des conquêtes ».
On voit en somme qu'à cette époque, et quoiqu'il eût déjà fait un