‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 150 sur 338 · Préface du Mariage · texte numérisé non relu

Préface du Mariage

est manifeste qu'il attend autre chose. C'est alors que Beaumarchais lui offre un nouveau programme en ces termes : « Le théâtre est un géant qui blesse à mort tout ce qu'il frappe. On doit réserver ses grands coups pour les abus et les maux publics J . »

Il ne rêvait donc rien moins que d'être l'Aristophane de la France. Une si haute ambition a-t-elle été déçue et quelle place doit être assignée à Beaumarchais parmi les successeurs de Molière? C'est ce qu'il nous importe d'indiquer d'abord avec quelque précision. Sans doute ces classements par ordre de mérite sont trop tranchants, ils sentent l'école et blessent les délicats, et Ton pourra s'offenser de nous voir réviser, au profit de Beaumarchais, une distribution des prix faite jadis par La Harpe. Cette revision aura pourtant le mérite d'annoncer nettement tout le bien que nous pensons de l'auteur du Barbier de Séville et du Mariage de Figaro. Si elle pique en outre la curiosité de nos lecteurs au point de les intéresser à toute l'histoire, en partie inédite, du talent dramatique de Beaumarchais, leur attention, qui profitera à notre auteur, nous dédommagera d'une critique qui ne ferait tort qu'à nous.

Il est d'abord évident que l'auteur du Mariage de Figaro est au-dessus c des grands médiocres >, comme les appelait Marivaux qui n'en était pas.

L'esprit de Dufresny est souvent exquis à la lecture ; il est comme un avant-goût de celui de Marivaux, mais il ne passe pas la rampe et, comme dit d'Alembert, le public n'en rit qu'après que les connaisseurs l'ont averti. La fantaisie de ses données est souvent inadmissible, l'intrigue, bâtie là-dessus, est bien fragile, c'est la menue monnaie de la satire de mœurs. Son chef-d'œuvre, VEsprit de contradiction, n'est, tel qu'il l'a mis en scène, qu'un badinage sans réalité, sinon sans gaieté.

Gresset est un meilleur versificateur que Dufresny, presque aussi spirituel, plus observateur, mais il n'est guère plus scénique. Le Méchant ne l'est pas assez pour faire peur, il l'est trop pour faire rire.

« Le meilleur ouvrage de Destouches, a-t-on dit, le Glorieux, demande un parterre d'enfants, quoiqu'il n'y manque pas de traits justes et délicats dont les parents peuvent faire leur profit 9 . * Malgré

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