M. D. Nisard, Littérature française, IV
la restriction, voilà le bon Destouches classé définitivement parmi ceux qui écrivent, comme dit Beaumarchais, « en auteur qui sort du collège 1 ». Nous souscrivons volontiers à ce jugement, mais non pas à celui de La Harpe, qui voit dans la Métromanie « un chefd'œuvre d'intrigue, de style, de verve comique et de gaieté ». Passe pour la gaieté, mais le reste! La Métromanie est le chef-d'œuvre des comédies dites de collège.
Au-dessus de tous ces disciples studieux de Molière, nous mettrions volontiers ce que La Harpe appelle dédaigneusement «c le batelage de Dancourt ». C'est dans ses vaudevilles, comme on Ta montré récemment 2 avec talent, qu'il faut glaner les traits épars du tableau cru de la décadence des mœurs à la (in du siècle de Louis XIV. C'est lui qui a le mieux peint d'après nature la mêlée pittoresque de ces escrocs nés «c des basses eaux du clergé et de la noblesse », de la magistrature et de la finance, petits collets et plumets, rabats et partisans qui faisaient alors leurs coups en sourdine, attendant l'heure de mener effrontément les saturnales de la Régence. Mais il n'a fait que jeter des croquis précieux pour l'histoire des mœurs; ils ont été éclipsés à la scène. Seul le Chevalier à la mode serait un chef-d'œuvre, s'il n'avait pas été précédé de V Homme à bonnes fortunes ; on relirait davantage la Désolation des joueuses et la Déroute du pharaon, si Regnard n'avait pas fait le Joueur; Des Baliveaux, Carmin, le Bailli du Mari retrouvé ne sont que la monnaie de Brid'oison ; Trapolin et Craquinet perdent trop au voisinage de Turcaret et de M. Ràffle.
L'exemple de Voltaire prouve à merveille qu'il faut plus que de l'esprit pour faire une comédie ; tous ses personnages ont en riant la même grimace. Elle est spirituelle, puisque c'est la sienne; mais il lui manque une qualité que rien ne remplace à la scène, la naïveté. La Harpe l'a excellemment dit : « En fait d'esprit, il était trop lui pour devenir un autre 3 . »
La Chaussée se lit avec intérêt; il ne soutiendrait pas la représentation. L'éloquence du sentiment demande, pour être écoulée des spectateurs, une vitesse d'action et surtout un contraste de vive gaieté qui feront longtemps défaut à la comédie larmoyante, comme