‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 152 sur 338 · Cours de littérature, XI · texte numérisé non relu

Cours de littérature, XI

1** fcL&nutc&AiST mm atmore.

aux drames de M"* de Grafftpiy. de Diderot, de Sedaine, de Mercier et ii>*rme de Beeuiûarctàî*, quoique oui n'en ait mieux que lui §enti le besoin et p'u- hardiment tenté l'alliage, surtout en manuscrit- >ous ne ferons pas difficulté d'ailleurs de convenir arec Voltaire que La Chaussée est c le premier après ceux qui ont eu du génie >. Il reste ainsi au-dessus de Beaumarchais et de trois autres.

Si l'on chargeait le public de désigner à qui appartient au théâtre comique la première place après Molière,

Proximus kuic 9 longo sed proxiwuu interrailo,

il faudrait lui jouer successivement le Légataire universel *, Turcaretj le Jeu de f Amour et du Hasard et le Mariage de Figaro. Nous ne doutons pas qu'à l'issue de cette tétralogie comique, la majorité des suffrages n'allât droit à Beaumarchais. Mais que de protestations au camp des critiques! Les mânes de La Harpe en frémiraient. Il a fait si soigneusement cette distribution de prix et d'accessits que nous revisons ! Premier prix, Regnard ; second prix, Lesage; premier accessit, à partager entre Piron, Gresset et Destouches *, en nommant premier Gresset et second Destouches ; autres accessits à Marivaux et à Beaumarchais, et encore il n'est pas bien sûr que Boissi 3 ne leur disputât la palme; La Harpe a ici des scrupules, Geoffroy n'en aurait pas. Mais venons-en à des critiques mieux informés ou moins prévenus.

Que les rangs sont changés ! On est généralement d'accord pour mettre Regnard, Marivaux et Beaumarchais au-dessus de Lesage. Il y a dans Turcaret une amertume satirique, une vigueur de pinceau, une puissance d'observation, presque de divination, qui sont de génie ; mais la multiplicité des emprunts faits à Molière et à Regnard diminuent un peu le mérite d'une comédie dont le dialogue manque de vivacité, et dont l'intrigue est trop lâche. Les der-

!. La Harpe hrisito entre le Joueur et le Légataire. C'est par une juste estime pour la comédie de caractère que les critiques modernes préfèrent souvent U Joueur; mai» c'est faire tort à Regnard. Le Légataire est plus scénique et plus original, ou lin de compte.

*. Cf. Cours de littérature, XI, 326, 338, sqq., et notamment ce jugement inférieur au Mariage : t II y a aujourd'hui plus de cinquante ans que l'on alloua une comédie en cinq actes qui puisse être comparée au Méchant * 1*1. aiH). Voilà qui définit l'idéal de U Harpe.

a. Cf. i6«i., XI, 056.

niers critiques de Regnard, sans contester qu'il ait mérité les éloges de Boiieau et de Voltaire, protestent 1 unanimement contre le jugement de La Harpe : «c Les comédies de Regnard, avait dit le critique du Lycée, lui ont donné une place éminente après Molière, et il a su être un grand comique sans lui ressembler. » Sans lui ressembler! Si l'Étourdi ne ressemble pas Irait pour trait au Distrait et le comique du Légataire à celui du Malade imaginaire, rien ne ressemble à rien. La vérité est que le théâtre entier de Regnard procède de la comédie de mœurs et d'intrigue de Molière, et que, s'il faut faire entrer les Ménechmes pour moitié dans sa gloire, c'est bien plutôt Amphitryon que V Avare qui lui a appris à traduire Plaute. Nous sommes prêt d'ailleurs à lui accorder un peu plus que d'avoir été « le plus brillant et le plus vif des hommes de talent 2 », sans aller toutefois jusqu'à répéter sans réserves : « La bonne humeur, à ce degré et avec cette langue, c'est du génie ou tout comme 3 . » Peut-être! Cependant sa langue, toute classique et sémillante qu'elle soit, est pétrie de réminiscences qui choquent à la longue ceux qui ont trop bonne mémoire : mieux valent son esprit de mots et surtout sa gaieté. C'est elle qui fait sa véritable originalité. Le théâtre de Regnard est une crispinade de génie, et trop souvent, pour lui appliquer une de ses allégories, le divorce de Momus et de la Raison, le mariage du Carnaval et de la Folie *. Mais Regnard, grand comique! il eût protesté ;

Si foret in terris, rideret Democritus....

Reste Marivaux.

Portons d'abord la comparaison sur son véritable terrain. Un critique très ingénieux, mais qui n'aime pas l'homme dans notre auteur, disait récemment : «c Marivaux a fait moins de bruit que Beaumarchais ; il a peut-être agi plus profondément sur les idées et sur les mœurs 5 . » Ce n'est pas en tous cas par son théâtre, et à ce compte La Chaussée lui serait supérieur. « 11 est cent fois plus

l. Cf. notamment M. Lcnieut, Revue des cours littéraires, 6 avril 1807. t. M. Gilbert, Revue des Deux Mondes, l w septembre 1859. :j. La Comédie après Molière, par M. J. Lemaître, p. 91.

Page 1