‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 172 sur 338 · Cf.édit. Fournier · texte numérisé non relu

Cf.édit. Fournier

2. En 1762, fa Comédie italienne obtint que l'Opéra-Comiquc lui fût réuni, et clic hérita de ses acteurs et de son répertoire. Cf. les Spectacles de la foire, par Emile Campardon, Paris, Berger-Levrault, 1877, p. 27.

3. c On n'a pu même retrouver, dit Gudin, le manuscrit et les couplets cornposés pour le Barbier de Sévillc, lorsque Beaumarchais le destinait à VOpéra- Comique. » Gudin en cite un de mémoire inexactement, a D'abord il a fallu la faire, etc. » Cf. ci-dessous, p. 225, et Gudin, VII, 153. Nous avons trouvé ces précieux feuillets mêlés à un projet de commerce avec l'île d'Oléron et une statistique des forces militaires des Peaux-Rouges. Beaucoup de nos trouvailles n'ont pas présenté moins d'imprévu ; on devine que nos recherches n'ont pas été courtes.

îtt ËEAOMAKCËAlS : PARTIE CkttiQCE.

le comte Al ma vi va qui vous adore et tous cherche en vain depuis six mois. (Rosine tombe dans les bras du comte.)

Le comte. — Ah ! Dieux ! (sic).

Fig. — Ce n'est rien que cela, monseigneur, point d'inquiétudes; l'émotion que cause la joie n'a jamais de suites fâcheuses. La voilà qui reprend ses sens.

Rosine, — Ah! Lindor, ah! monsieur, que m'avez-vous appris? Non, ne croyez pas que f abuse ici d'un moment d'enthousiasme.

Le conte. — Rosine, une loi que vous avez faite est impérieuse et vous la subirez. Ah ! Rosine , si le plus généreux des deux est, selon vous-même, celui qui consent de tout devoir à l'autre , Rosine, je conserverai cet avantage sur vous. Je vous dois un bonheur auquel j'avais désespéré de jamais atteindre ; quel sort , quel rang peut payer un pareil bienfait? Jurez-moi la foi que vous m'avez promise.

(Rosine se jette dans ses bras.)

Le comte. — Il s'agit maintenant de vous tirer d'esclavage et de punir l'odieux tyran qui vous destinait des jours si malheureux.

Rosine. — Oh! mon cher époux, mon cœur est si plein que la vengeance ne peut y trouver de place.

Le comte. — Il faut au moins nous réjouir un moment à ses dépens. D'ailleurs il n'est pas possible de vous tirer d'ici par la route que nous avons tenue pour y arriver, il nous faut les clefs de la porte.

Rosine. — Hélas ! elles sont toujours sous son oreiller.

Le comte. — Prêtez-vous seulement à notre joyeux projet; ringénieux Figuaro (sic) ne Va imaginé que pour avoir ces clefs, comme il a dérobé celle de la jalousie.

Rosine. — Oh! mon cher époux, je n'ai plus de volonté, ton désir est mon unique loi, je suis dans un délire de joie.

Le comte. — Tout est préparé dans la plus prochaine de mes terres pour vous recevoir, et là je veux rendre notre union aussi authentique qu'elle est charmante. Lis, ma Rosine, la copie des ordres que j'ai adressés ce soir à mon intendant. Toi, Figuaro, arrange nos déguisements.

Fig. — Ah! maudit jaloux, lu vas être étrille à dire d'expert; tu en auras pour tes scènes de tantôt, et pour le jour, et pour la veillée, et pour toute la semaine. (Rosine lit pendant la ritournelle du duo.)

Cela ne durera qu'autant qu'une scène de comédie.

On voit le bonheur des retouches dont les scrupules de Rosine sur l'inégalité des conditions, et tout le bavardage sentimental et légèrement déclamatoire des deux amants ont été l'objet. On remarquera surtout qu'il n'y a pas trace du joli mouvement de dépit amoureux qui animera le début du dialogue définitif, ce qui implique dos différences considérables dans toute l'économie des scènes précédentes, et notamment dans la première de l'acte III et dans les

)ËS DIVERSES : LES MÉTAMORPHOSES DU ÎURBltR DE SÊV1LLE ïît

premières de l'acte IV. En revanche les travestis se multiat au dénouement.

second fragment prouve ce que nous conjecturions avant cette verte, c'est-à-dire la parenté du Barbier opéra-comique avec ;e primitive.

îelier le soir, Diable la nuit, mais n'as-tu rien égaré parmi les rageux? (Variante : Pèlerin un autre (sic), moine le soir, ombre nuit; mais n'ai-je rien égaré, etc.) Pendant la ritournelle, il exavariante : il cher ) tout ce qu'il a apporté. 11 chante:

Gomme un vrai moine De saint Antoine, Sans patrimoine, Vivons content.

A la sourdine, Pendant mâtine, Chez ma Rosine, Venons souvent.

Mais l'heure approche, Prenons ma cloche.

Si le bonhomme Est dans son somme, Din, din, din, din, Je fais le train Comme un lutin Jusqu'au malin.

Le misérable Qui croit au diable , D'effroi pâlit, Et se sauve du lit :

Le bruit augmente, 11 se tourmente, Et laisse enfin Rosine au sacristain.

(Il y avait d'abord Pauline.)

si le bachelier y faisait le diable à quatre, et se souvenait r été à Étioles, pèlerin, moine et revenant. Et, du môme coup, e sur les Diables qui se lit en marge du fragment de la Comédieaise 1 , le seul connu jusqu'à ce jour, et qui était restée une e, se trouve expliqué * Remarquons encore que le caractère de

>y. ci-dessus, p. ±20.

22i BEAUMARCHAIS : PARTIE CRITIQUE.

Bartholo, qui « croit au Diable *, était conforme à l'imbécillité traditionnelle des Cassandres de la foire, et partant fort éloigné de cette sagacité cauteleuse qui donne tant de piquant et de nouveauté à son caractère définitif. L'exclamation de Pauline : Un si saint personnage! dans le fragment suivant, prouve que le travestissement bouffon de Bartholo en pèlerin, ou en moine, avait d'abord été mis en scène ; il dut paraître froid comme celui du Diable à Étioles, de là la variante : bachelier, etc., que nous citions ci-dessus.

Lindor. — Seigneur Bartholo, je ne suis plus surpris si votre ménage est souvent divisé. Avec des lubies pareilles à celles dont le hasard m'a rendu témoin, il est difficile qu'une jeune femme....

Bartholo, hors de lui.

Vit-on jamais pareille impudence !

Lindor.

A mon égard vous avez poussé les choses.

Bartholo.

Oui, ravisseur infâme, Tu subornais ma femme.

Pauline.

Ciel ! pouvei-vous penser Qu'on voulût vous offenser!

Prendrait-on le moment Où mon époux est présent I

Lindor. 1 Votre indiscrète colère Insulte à mon caractère.

Bartholo.

Va, mauvais garnement , Fuis mon ressentiment.

Pauline.

Du si saint personnage !

Lindor.

Une femme aussi sage !

Pauline et Lindor, ensemble.

Le ciel nous vengera, Il vous punira De cet outrage-là.

Bartholo.

Lera, lera, lera, lera, Je me moque de cela.

î sont assurément pas ces bouffonneries qui firent refuser la ar les héritiers de Scaramouche '.

t sûr néanmoins que Beaumarchais fut éconduit, qu'il se

u jeu et que, stimulé par l'exemple de l'auteur des Plai-

il rêva pour ses héros de plus hautes destinées.

ces échappés du préau de la foire osèrent venir un jour

à la porte du Théâtre-Français. Ce fut Scapin qui l'ouvrit à

comme la bande joyeuse avait changé sur la route! Leur ait compilé, consulté, hésité, poussant tour à tour ses scruu ses audaces à l'excès; enfin, suivant un mot du temps, il nis en quatre pour triompher.

D'abord il a fallu la faire, Souvent ensuite la défaire, Au gré des acteurs la refaire, En en parlant, n'oser surfaire, Presque toujours se contrefaire, Et n'obtenir pour tout salaire Que les brouhahas du parterre, La critique du monde entier, Souvent pour coup de pied dernier La ruade folliculaire.

Ah ! quel triste, quel sot métier.

J'aime mieux être un bon barbier (bis),

un bon barbier barbier .

bier

hier 8 .

yons, à l'aide des manuscrits et de l'histoire, du théâtre de qu'il lui en coûta d'emprunts et de retouches, it d'abord son titre d'une nouvelle de Scarron, d'où Molière ré en partie le sujet de VÊcole des Femmes, et où Beaumaruisera l'idée d'une des scènes les plus piquantes du Mariage iro. Ce titre, la Précaution inutile, avait d'ailleurs servi deriusieurs autres auteurs dramatiques. Mais le titre est tout ce de commun avec Dori mon, Gallet, Achard, Anseaume 3 , etc....

necdote si bien contée par fiiulin, VII, 229, sqq., n'a que la valeur d'une ;c gratuite; elle explique tout, en attendant mieux, iautc du Barbier de Séville.

k l'École de* cocus ou la Précaution inutile, comédie en un acte et en • 15

En revanche, il eut pu dire de Molière, comme Racine dé Tacite : « J'étais alors si rempli de la lecture de cet excellent comique, qu'il n'y a presque pas un trait éclatant dans ma pièce dont il ne m'ait donné l'idée 1 . » Le canevas est, au dénouement près, celui du Sicilien et rappelle en maint endroit ceux de V École des Maris et de l'École des Femmes. Les travestis permettant à l'amant d'entretenir ou de faire entretenir de sa passion celle qui en est l'objet, au nez des tuteurs, est un vieux procédé scéuique que Molière avait employé, en variant ses effets, dans sept de ses comédies. Il est d'abord dans l'Étourdi, I, iv, où il est imité de Beltramo ; dans l'École des Maris, II, xiv; dans l'Amour médecin, III, vi ; dans le Médecin malgré lui, III, iv; dans le Sicilien, scènes ix, xn, xui, où il serait repris directement de l'italien, si l'on en croit Cailhava; dans V Avare, III, xi, et enfin dans le Malade imaginaire, VI, n. H est un des ressorts des Plaideurs II, îv, des Folies amoureuses, se. m, vu, x, et de tous les théâtres, y compris celui de la foire.

Bartholo est sans doute plus adroit qu'Arnolphe ; mais il se perd, comme lui, « non pas faute de soins, mais faute de sens». En faisant chorus avec ceux qui le bernent et en envoyant coucher Basile, il est fort plaisant, mais Sganarelle ne l'est pas beaucoup moins quand il presse Lucinde d'épouser Clitandre et s'en va répétant : « Oh! la folle! oh! la folle! * * Mascarille 3 a pu apprendre à Basile à calommier des amants, et nous verrons d'ailleurs que le fourbum impe-

vers,dc M. Dorimon, représentée par la troupe des comédiens de S. A. R. Mademoiselle, sur le théâtre de la rue des Quatre-Vents, en 1661, imprimée la môme année chez Jean Ribou, 42 pages petit in-lâ. Léandre fait un sot d'un capilan «lui a lu inutilement Scarron, les Quime Joyes du mariage, et surtout la quarante et unième des Cent Nouvelles nouvelles. — VAlmanach des spectacles signale encore une Précaution inutile, en cinq actes, jouée en 1727 à la Comédie italienne. Elle devait être eu italien, puisque, d'après la convention des éditeurs, cllo y est encore marquée en lettres italiques. Gallct fit jouer, le 28 juin 1735, la Précaution ridicule, opéra-comique eu un acte, parodie d'Abensaïd, empereur du Mogol, tragédie de l'abbé Leblanc : Chrysanle, après un premier mariage malheureux, comme l'avait été celui de Bartholo (voy. ci-après la variante de la p. S&t), croit s'assurer contre les dangers d'une seconde épreuve en épousant une laide, comme Arnolphe compte sur une sotte. Victime d'un travesti» il épouse r'ourbin, valet de son neveu, qu'il dote malgré lui, et qui peut ainsi épouser Angélique. — Les Précautions inutiles* opéra-comique d'Achard et Anseaume, musique de Chrétien, à la foire Saint-Laurent, 1760, n'ont d'autre rapport avec colle do Beaumarchais que de prouver la vogue du titre : Toujours la Précaution inutile, comme dit Bartholo.

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