‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 179 sur 338 · I. ICI · texte numérisé non relu

I. ICI

l'ai ouï dire, est-elle donc bannie de la syntaxe? Accusez toujours d'avoir mauvais renom celui à qui vous voulez le donner, docteur. C'est le plus sûr moyen de nuire et de gagner sans mettre au jeu. C'est le superfin de l'art.

Bartholo. — Les gens scrupuleux s'indignent, la victime frappée se relève.

Bazile. — Eh! bonhomme à quatre bémols! Qu'importe, en attendant, si vous avez enlevé le procès, l'emploi, la femme ou l'argent qu'on vous disputait. N'est-ce pas là le point, la basse fondamentale de toute votro musique 1 ?

Bartholo. — Ce que vous dites me décide. Mais gardons ce moyen pour la succession que vous savez, le loisir nous manque ici.

Bazile. — En ce cas, épousez donc votre pupille avant qu'elle apprenne l'arrivée du comte Almaviva, etc....

Le portrait de Bartholo était encore plus chargé que ne rapporte M. de Loménie. Le voici textuellement :

Figuaro. — C'est un beau, gros, court, jeune vieillard, gris pommelé, rasé, rusé, blasé, majeur s'il en fut. Libre une seconde fois par veuvage et tout frais émoulu de coquardise, encore en veut-il rctâter le galant. Mais c'est bien l'animal le plus cauteleux.

Le comte. — Tant pis. Et comment vivent-ils ensemble?

Figuaro. — Comme Minet et chien galeux renfermés au même sac, toujours en guerre, se peut-il aller autrement? Mignonne, pucelette, jeune, accorte et fraîche, agaçant l'appétit, peau satinée, bras dodus, main blanchette, la bouche rosée, la plus douce haleine, et des joues, des yeux, des dents!... que c'est un charme à voir. Toujours vis-à-vis un vieux bouquin, à la vérité toujours boutonné, rasé, frisqué et guerdonné comme amoureux en baptême 9 , mais ridé, chassieux, jaloux, sotlin, marmiteux, qui tousse et crache, et gronde, et geint tour à tour. Gravelle aux reins, perclus d'un bras et déferré des jambes, le pauvre écuyer ! S'il verdoie encore par le chef, vous sentez que c'est comme la mousse ou l'aguaric, ou le gui sur un arbre mort. Quel attisement pour un tel feu ! etc....

Le dialogue de la scène vi contenait quelques traits de satire de plus que l'imprimé :

Le comte. — Allons, qu'un vil effroi ne rende point ma force inutile !

Figuaro. — Horace dit que l'audace de lutter contre les obstacles est la vertu qui les fait surmonter. Audaces.,..

Le comte. — 11 faut convenir que ce Bazile est un homme bien dangereux.

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