‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 180 sur 338 · La grande découverte théorique de Rameau · texte numérisé non relu

La grande découverte théorique de Rameau

2. Cf. dans les Mémoires la caricature de Goezman-Dugravicr in fiocchi, édit. Fournicr, p. 303.

iU BEAUMARCHAIS : PARTIE CRITIQUE.

Figuaro. — Lui! Il n'est qu'un sot à jouer sous jambes. Plaisant maraud pour calomnier ! 11 faut un air, un nom, un ton, de l'assurance, un train, chevaux, dentelles, habits de toute saison, en un mot imposer pour faire sensation dans le monde en calomniant. Mais un Bazile! 11 médirait qu'on ne le croirait. Voyez nos gazctiers..., on n'en fait que rire... la via, la via.

Le comte. — Je ne sais pas faire de vers, moi.

Figuaro. — Qui dit cela? Depuis qu'on s'est ingénié pour l'opéra de séparer la gloire de la victoire et d'unir la cruauté à la beaulé ', la poésie chantante est dans les mains de tout le monde. Eh ! d'ailleurs tout ce qui vous viendra, Monseigneur, est excellent. En amour, le cœur n'est pas difficile sur les productions de l'esprit. Et prenez ma guitare.

Le comte. — Je n'en sais pas jouer.

Figuaro. — Qu'est-ce que cela fait? Est-ce que les gens de quuliti ignorent quelque chose f etc. ...

Le dialogue du comte et de Figaro à la scène vi de l'imprimé était plus développé et plus enluminé d'images risquées.

Figuaro. — Ah! la pauvre petite, comme elle tremble en chantant. Elle est prise, Monseigneur.

Le comte. — Depuis huit jours aussi, je n'ai pas cessé d'avoir la vue sur elle.

Figuaro. — pouvoir des deux yeux ! C'est ainsi qu'un chat au pied d'un arbre à force de regarder un malheureux oiseau, le trouble, éteint sa voix, l'enivre et le fait tomber tout pâmé dans ses pattes.

Le comte. — Sur quoi jugez- vous donc que je puis cesser de l'aimer?

Figuaro.— Sur ce qu'elle commence, elle, à vous aimer de bonne foi* Sur le train du monde ne sufût-il pas souvent qu'une femme soit à nous, pour que nous cessions d'être à elle ? On ne sait comment cela va, mais aussitôt que nous les tenons, pécaïré 2 ! il est presque sûr qu'elles ne nous tiennent plus 3 .

Le comte. — Non, Figuaro, le trait est mortel, je le sens, je suis percé à jour.

1. Cette boutade, écrite d'abord au crayon par Beaumarchais et recopiée audessous par lui à l'encre, est probablement une allusion à ce passage du troisième entretien du Fils naturel : « Mais voici un autre morceau dans lequel eo musicien ne montrera pas moins de génie, s'il en a, et où il n'y a ni lance, ni victoire, ni tonnerre, ni vol, ni gloire, ni aucune de ces expressions qui feront le tourment d'un poète tant qu'elles seront l'unique et pauvre ressource du musicien. » Diderot, VII, 165, édit. Assézat.

2. Encore un mot que Beaumarchais a recueilli de la bouche de Marin, avec le qués-aco?

3. C'est le comte qui fera le même aveu à sa femme dans le Mariage, ncte V, se. v|i.

Figuaro. — Excellence, vous savez quil y a tant d'animaux dont la blessure mortelle se guérit en les écrasant, je crains bien pour la pauvrette que l'amour ne soit un de ces animaux-là.

Figaro y était plus familier.

I.E comte. — Monsieur Figuaro ? je n'ai qu'un mot à vous dire. Elle sera ma femme. Et si vous servez bien mon projet en lui cachant mon nom.... Vous m'entendez, vous me connaissez.

Figuaro. — Comment, c'est sérieux?

Le comte. — J'en jure (comme un cartel) sur mon épée.

Figuaro (riant). — Par bonheur, vous ne l'avez pas.

Le comte. — Foi de noble Castillan.

Figuaro (très sérieusement). — Ah ! je me rends. (Avec joie) Allons, Figuaro, vole à la fortune, mon fils.

Le comte. — Ne te fâche pas, Figuaro, j'en prendrai beaucoup. Figuaro (s'en allant). — Je vous rejoins dans peu. Le comte (le rappelant). — Figuaro!

Figuaro. — Qués-aco * f

Le deuxième acte, malgré la suppression des scènes vm, ix et x, restait à peu près aussi long que l'imprimé, grâce à des développements dont nous allons noter les plus importants. E:i voici un où Bartholo était rémule du Gaufichon de Fatouville, sans l'imiter d'ailleurs plus directement que l'Albert des Folies amoureuses * :

Rosine. — Examinez encore si la cheminée n'a pas trop d'ouverture en haut.

Bartholo. — Vous avez raison, je l'avais oublié.

Rosine. — Voyez si l'on ne pourrait pas glisser un billet par-dessous la porte.

Bartholo. — Il n'y aurait point de mal qu'elles traînassent toutes sur les planchers, on cherche souvent d'où vient un rhumatisme.... Vous riez?

Rosine. — D'honneur! qui nous entendrait croirait que tout ceci n'est qu'un badinage.

1. Ce brocard, à l'adresse de Marin, abandonné ici, sera repris au Mariage a dix ans de distance; il était encore en possession d'amuser le public. Il est vrai qu'il y est lancé bien plus gaiement.

2. La garde d'une fille est bien plus difficile. J'ai fait par le jardin entrer le serrurier.

• (Acte U, scène i.)

Rosine. — Avec de telles idées, tous n'en croiriez pas la sagesse même.

Bartholo. — Pas plus qu'une autre, elle est femme. Rosine. — Que vos répliques sont honnêtes!

Le passage qui suit est sans doute un de ceux dont le parterre demanda le plus impérieusement la suppression. Il devait être tiré tout vif de la parade primitive; nous le citons à titre de document nécessaire :

Rosine. —Quoi, Monsieur! Vous n'accordez pas même qu'on ait des principes contre la séductiou de M. Figuaro?

Bartholo. — Qui diable entend quelque chose à la bizarrerie femelle? Vous croyez bien qu'un médecin entre assez avant dans leurs secrets pour les connaître à fond. El combien j'en ai vu de ces vertus à principes ! Toujours la griffe en l'air, les tigresses. Nul galant homme ne pouvait en approcher, un rustre * avait le passe-partout, en faisait son dessert, avait opéré le miracle de leur séduction.

Rosine (en colère). — 11 n'y a qu'un odieux jaloux qui peut forger ce conte absurde pour excuser sa frénésie d'enfermer et d'outrager ce qu'il prétend aimer. Heureusement qu'on ne le croira jamais.

Bartholo. — Justement. Voilà le point d'où elles partaient. On ne le croira pas. Que de femmes cette phrase a décidées. . Rosine (outrée). — Ah! c'est Lien indigne! Mais! Monsieur, s'il suffit d'être homme, etc.

Les scènes vu et xi de l'imprimé, où Rosine s'attendrissait, se continuaient ainsi :

Bartholo. — Sors donc, pauvre homme de bien. (Il les contrefait.) Et t'ohi et t'cha; l'un m'éternue au nez, l'autre m'y bâille.

Rosine. — Allez vous coucher, mes enfants, vous en avez besoin....

La jeunesse. — Ah ! Mademoiselle, sans vous, il n'y aurait pas moyen de rester dans la maison !

Rosine. — Je vous plains bien, mes pauvres enfants ! Mais vous n'êtes pas encore si malheureux que moi.

(Ils sortent.)

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