HOMMES
Bartholo. — Voyons ce papier, beau raisonneur. '(Bartholo lui arrache l'ordonnance; il lit.) Plus au pharmacien vétérinaire Figuaro est ordonne d'appliquer un cataplasme émoi lient à la nommée Gastagna Peterrada..., ainsi vulgairement nommée de sa couleur châtaigne et d'une affection venteuse....
Figuaro. — Au gros intestin.
Bartholo. — Ce drôle a Fart, en vous parlant, d'épuiser en un quart d'heure les mille et une injures qui peuvent offenser les gens qui l'entretiennent. Monsieur le barbier, le chirurgien, l'apothicaire, le vétérinaire Figuaro.
Figuaro. — Qu'y-a t-ilpour le service de Monsieur?
Bartholo. — Vous êtes le plus impudent pendard 1 .
Figuaro. — Monsieur î
Bartholo. — Le plus grand roué....
Figuaro. — Vous n'y pensez pas, Monsieur.
Bartholo. — J'y pense beaucoup, Monsieur. Et ma signature à cette ordonnance où est-elle ?
Figuaro. — J'espère bien que Monsieur va la mettre au bas. (Il tire son écritoire.) J'ai sur moi tout exprés la plume et l'encre. Mais je n'en fais pas moins la besogne, et quand je puis l'attraper, Monsieur (Il signe l'ordonnance), cela fait que les malades pressés n'attendent point, que l'honoraire de Monsieur est également assuré, la subordination conservée. On fait comme on peut. Dame, mettez-vous à ma place.
Bartholo. — Me mettre à votre place, ah! parbleu, je dirais de belles sottises.
Figuaro.— Eh, mais vous ne commencez pas mal Je m'en rapporte à Monsieur votre confrère qui est là les bras croisés.
Le comte (revenant à lui). — Je... ne suis pas le confrère de Monsieur.
Figuaro. — Non? Âh pardon! vous voyant ici à conseiller, j'ai pensé que vous poursuiviez le même objet*
Le comte. — Je suis musicien.
Figuaro. — Musicien ! Eh bien 1 je n'en étais pas si loin que vous dites. Poètes, musiciens, jongleurs, médecins et autres arts trompeurs ; môme utilité, mêmes gens, même famille, Esculape était fils d'Apollon.
Bartholo. — La peste! que vous en savez long!
Figuaro. — Y'ià quelque chose de beau, Monsieur, et Mars qui caressait Vénus sous les yeux de Vulcain, et Jupiter qui enleva la nymphe Yo.
Bartholo. — 11 ne sait ce qu'il dit, bachelier! Jamais Jupiter n'enleva cette Yo.
1. Cf. les Plaideurs : Ch icaneau el l'Intimé, acte II scène iv : Monsieur U Bon, etc.. C'est la môme coupe.
24i BEAUMARCHAIS : PARTIE CRITIQUE.
Le comte. — Jamais.
Figuaro. — S'il ne l'enleva pas, M. l'abbé, au moins pensait-il à ses affaires, et pendant que Mercure aveuglait Argus.... Mais, oh! que les amants sont gauches !
Bartrolo. — De quels amants, s'il vous platt, parlez-vous?
Figuaro. — Eh!. ...parbleu, Monsieur.. ., de ce benêt de Jupiter: Lorsqu'il eut changé sa nymphe en génisse, et que Junon, pour se venger, la fit trotter par le monde, à pattes, au lieu de rester dans l'Olympe à pleurer comme un veau f , qui l'empêchait, lui, de se changer en taureau et de courir après? N'était-ce pas plutôt là le cas de ce déguisement que lorsqu'il enlevait Europe? il faut de la convenance en tout : vous verrez dans peu, Messieurs, mon petit commentaire historique et critique sur Ovide.
Bartholo. — Eh! mais qu'est-ce que tout cela méfait à moi? Jupiter, Esculape, Vénus, Junon, la vache Yo. Vous feriez bien mieux, Monsieur le commentateur d'Ovide, de vous appliquer à faire de bonnes barbes que de méchants commentaires sur pareilles sottises, et surtout vous ferez fort bien de me payer mes cent écus et les intérêts sans lanterner, je vous en avertis, car je ne vous changerai pas en vache pour me venger, et moi en taureau pour courir après mon argent ; mais comme il faut de la convenance en tout, je vous envoie un bon matin au chant du coq, un bel et bon huissier de Dieu et ses recors pour exploiter votre lit encore tout chaud, vos meubles, Monsieur le savant, et vous verrez aussi dans peu mon petit commentaire juridique et pratique à moi sur mes cent écus.
Figuaro. — Doutez-vous de ma probité, Monsieur, etc..
Bartholo. — Vous vous mêlez de trop de choses, Monsieur 1 Figuaro. — Que vous en chaut, Monsieur, si je m'en démêle? Bartholo. — Et tout ceci pourrait bien mal finir, Monsieur. Figuaro. — Oui, pour ceux qui menacent les autres, Monsieur. Bartholo. — Hein! Hein! Qu'est-ce donc qu'il dit, bachelier, etc..
Puis l'acte continuait à peu près comme l'imprimé, jusqu'à la sortie deBazile. Elle faisait naître la scène suivante, qui, aux yeux de M. de Loménie, gâte la précédente ; on sera peut-être d'un autre avis. La grande scène, celle de l'expulsion de Bazile, est si comique, que le public n'a pas fini de rire quand elle est finie, témoin le surcroît de gaieté que ne manque jamais d'obtenir à l'Opéra-Comique la fausse sortie de Bazile 9 . Qu'on se joue le passage suivant, en attendant qu'il subisse l'épreuve d'une représentation :