Préface du Barbier
3. Sur « ce tour sanglant » de l'abbé Aubert et ou de M"" de Montesquiou, voy. Mémoires secrets, 17 août 1787 et Corr. Ml. dite de Griinm, XV. % et 98, édit. Tourncux et la lettre sur Tarare t de Pîtra.
ÎU BEAUMARCHAIS : PART lE CRITIQUE.
du palais.... * « Haniilton, auteur de ce conte, a tiré très peu de parti d'une bizarrerie qu'il aurait pu rendre plus gaie », dit Beaumarchais, qui a peut-être seul le droit de tenir ce langage, car cetle bizarrerie n'est pas médiocrement gaie; mais pourquoi s'avisat-il de la rendre tragique 1 ?
Tout le conte d'ailleurs est un petit chef-d'œuvre de grâce, de sensibilité et d'enjouement, et vaut les meilleurs de Voltaire. Il a même une qualité qui leur est étrangère: l'ironie n'y est jamais envenimée ni prodiguée ; elle n'est que le piquant de l'esprit. Le tableau de Tarare et de Fleur d'épine en croupe sur Sonnante vaut tous les éloges qu'en fait La Harpe. Mais l'auteur de Tarare n'avait que faire de ces mérites : il en trouvait de plus appropriés à son dessein dans Sadak et Kalasrade *.
Ici ses imitations furent aussi directes que celles du « comte de Belflor » dans Eugénie. Sadak est soumis à son maître, comme Tarare. Au dénouement, nommé sultan d'Asie (p. 269), il refuse, on le contraint d'accepter. Amurath y est aussi jaloux qu'Atar du bonheur de son sujet (p. 126), et s'y attire l'épithète de tyran. L'idée de la vengeance du sultan par le muet s'y retrouve (p. 171). Kalasrade est sauvée, grâce à un anneau enchanté qui, passé au doigt d'une femme du sérail, la fait prendre pour elle (p. 279). Beaumarchais substituera à ce merveilleux le travesti des deux femmes, qu'il compliquera par le retour jaloux du sultan. Le billet de Doubor, chef des eunuques sauvé par le père de Sadak qui avertit ce dernier (p. 162), suggère la connivence de Calpigi et de Tarare. L'épisode de la barque et celui du plongeon (p. 165) y sont aussi, mêlés à des voyages, à du merveilleux, à des longueurs.
Malgré l'évidence de ces emprunts, malgré la métaphysique enfantine du prologue, malgré la bigarrure des allusions politiques, grâce auxquelles entreront dans Tarare la satire et le panégyrique de tous les régimes qui vont se succéder en France, et nous sommes en 1787 ; malgré la faiblesse et la platitude de la versiGcation,
1. Voici une confidence de l'auteur, d'autant plus piquante qu'il n'a pas osé la risquer dans sa préface imprimée, réflexion faite : « J'ai appelé cet opéra Tarare, parce que je vous connais, mes chers compatriotes : il ne faut qu'un mot pour vous décider. La Chasse de Henri III n'eût eu que son mérite, la Chasse de Henri IV a de plus celui de votre enthousiasme. Sans le nom de tarare (sic), mon opéra ne serait pas gai, ce mot seul égayera le ton souvent un peu sombre que l'intérêt m'a forcé d'employer. » Var. inéd.