LA MÈRE COUPABLE. 29Ô
au théâtre! et qui n'est dans ce drame qu'un double adultère avéré qui rend les deux enfants étrangers Vun à Vautre, comme vous et moi nous Je sommes. Étudiez bien cette question; elle en vaut la peine. Sans la moralité qui en résulte, V adultère lui-même serait déjà trop fort.
Avec quelle tendresse pour son Figaro, « le vieux valet », « le pauvre valet *, il tente de nous prouver que c'est lui « le héros de la pièce >, c supérieur aux fripons » :
J'ai voulu que ce vieux valet eût l'insigne' honneur de sauver, à travers une action terrible, toute la fortune de son mattre, et de délivrer la famille d'un monstre qui la dépouillait. S'il l'avait fait dès le commencement, la pièce aurait fini au second acte, et s'il ne l'eût pas fait au dernier, tout se fût passé en apprêts, en ce qu'on nomme des fils tendus à faux. Le scélérat eût tout volé; le vieux valet restait vaincu; la pièce finissait fort mal, et le spectateur fatigué s'en retournait très mécontent et de l'ouvrage et de l'auteur.
La cause est médiocre, mais dans l'examen des critiques adressées à l'intrigue, au pathétique, au détail des caractères, il nous semble que la dialectique de notre auteur n'a rien perdu de sa souplesse et de sa vigueur. Il a d'ailleurs gagné en bonhomie : qui ne se sentira ému de ce dernier trait lancé en post-scriptum par le vieux Beaumarchais :
Je voulais répondre en deux mots, accablé que je suis d'affaires affligeantes ! Mais quand on défend son enfant, on fait comme notre comtesse : on va plus loin qu'on ne le veut. Heureux lorsqu'on s'en lire avec autant de bonheur qu'elle ! Peu d'auteurs doivent s'en flatter.
Après avoir lu ce dernier plaidoyer de notre auteur, on conclura sans doute avec nous que la Mère coupable fut Terreur intéressante d'un vieillard indulgent, qui rêvait de marier, dans une œuvre suprême, la sensibilité attendrie de sa jeunesse à la mâle gaieté de son âge mûr. Il n'y réussit pas ; le sujet se refusait à être égayé, sunt lacrûme rérum. Il eut du moins l'honneur d'indiquer avec netteté un alliage hardi de gaieté et de pathétique que Ton n'avait pas revu depuis le Tartuffe, que Diderot n'avait pas osé renouveler après les essais timides de La Chaussée dans le Préjugé à Ih mode et surtout dans V École des mères ', que Voltaire défendit dans ses
1. Cf. I.xvi, édiLde La Chaussée, de 1762, une dissertation de Fréron là-contrc, et pour la conformité du drame avec nos mœurs, contre M. de Chassiron. Fréron veut la séparation des deux éléments essayée dans le Préjugé à la mode^l^Nx
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préfaces ' mieux que dans ses comédies grimaçantes, et qu'il était réservé aux auteurs de notre temps de faire applaudir en prose et en vers.
Quant an personnage sur lequel il était en droit de compter pour préparer et sauver les dissonances du sujet, sa carrière est remplie. Beaumarchais rêve bien pour lui une dernière métamorphose *, mais il n aura pas le temps de l'accomplir. Figaro a d'ailleurs reçu presque toutes les confidences de son père, le moment est venu de l'interroger à loisir. Replaçons-le d'abord dans son milieu, dans ce théâtre dont il est l'âme.
pour La Harpe, XI, 419, fait le mérite bore pair de V Ecole des mères. Yollairf prône cet alliage dans la préface de l'Enfant prodigue, IV, 236, édît. Beuclioi. — Sur Chassiron, cf. Voltaire, VI, 2, ibid.