‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 224 sur 338 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La société, la famille, les passions et les vices. — Figaro. — Moralité de ce

théâtre.

Le théâtre de Beaumarchais présente la société comme viciée par les abus qui sont devenus des lois. La politique n'est « au fond qu'une sublime imposture », qui envoie des milliers de braves gens « se faire tuer pour des intérêts qu'ils ignorent ». Le commerce et l'industrie, quic réparent les brèches que la guerre a faites », sont vilipendés et découragés ; la ferme entrave les échanges ; la marine de guerre méprise la marine marchande ; les grands corps de l'État sont des forces antagonistes. La justice est à l'encan, comme ses charges; la police est, comme l'ordonnance, * indulgente aux grands, dure aux petits ». Les ministres sont au-dessous de leur tâche, ou empêchés de la remplir, étant croisés par la cohue des solliciteurs titrés qui ont pour devise : « Recevoir, prendre et demander ». Derrière ceux-ci se presse, se pousse une nuée de clients « médiocres et rampants » pour « arriver à tout ». En bas la foule obscure et misérable prête l'oreille aux c gens d'esprit et de caractère », qui lui font remarquer que la plus révoltante des injustices est assurément de ne voir nulle part « le mérite à sa vraie place », et lui suggèrent cette conclusion : qu'il faut tout changer.

Dans cette société gangrenée, il y a pourtant une partie saine, la famille bourgeoise. Les pères, obéis et respectés, allient la fermeté à la bonté, qu'ils soient bourrus comme Hartley, vifs comme Aurelly, ou sensibles comme Hélac. Les « pères parâtres ' » euxmêmes connaissent et remplissent « les devoirs qu'impose la nature

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