‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 226 sur 338 · Cf. de Concourt, V Amour au dix-huitième siècle, passim · texte numérisé non relu

Cf. de Concourt, V Amour au dix-huitième siècle, passim

quiétude de Cherubino di amore de Fanchette à la belle marraine. La comtesse découvre trop le col du bel oiseau-bleu *. Hélac fils lui-même a hâte de dénouer le roman, et si amoureuses que soient Rosine ou Pauline, elles n'en perdent jamais ni la tête ni l'esprit. Heureusement! Que de fines reparties, que de jolis dépits nous y perdrions !

Les piques des amants renouvellent l'amour *.

Mais cet amour capricieux, sensuel, ne va pas sans quelque danger. Il est moins fade que la passion larmoyante des Clairville et des Saint-Aubin, mais il évite difficilement le libertinage. Clarendon et Almaviva reçoivent d'ailleurs de mortifiantes leçons, dont Chérubin attraperait sans doute sa part, comme son homonyme le bachelier de Salamanque % s'il ne s'y dérobait par une mort prématurée.

Cette peinture, légère et charmante eu somme, de l'amour n'amenait pas en scène une jalousie bien féroce. Elle ne sera donc pas chez Beaumarchais « le monstre aux yeux verts * contre lequel Othello doit lutter corps à corps, c comme l'ours au poteau > : elle n'aura même pas l'amertume pitoyable de celle d'Arnolphe ou de Dandin. Chez Mélac fils, chez Figaro, elle se tourne en colère; chez Almaviva, elle n'est que la blessure de l'orgueil ; quant à Bartholo, il fait si vite le calcul que l'argent lui reste, qu'on peut soupçonner cet argent d'être entré de moitié dans sa jalousie.

Bien que Beaumarchais ait mis en scène la vanité et la sottise, Penvie et la calomnie peintes d'après nature, ce ne sont que des esquisses légères, sa gaieté naturelle trahissait ses rancunes, et ses succès les désarmaient. De l'hypocrisie noire il n'a pu donner qu'une caricature, Bégearss ; et Basile est trop bien berné pour être haïssable. En revanche, il a poussé l'amitié jusqu'à l'invraisemblance.

Mais ne nous attardons pas davantage à détailler ces caractères secondaires dont nous avons vu plus haut la mêlée pittoresque ; allons droit maintenant au protagoniste de ce théâtre, à celui qui

1. Cf. Mariage, acte II, se. vi : « Arrange son collet d'un air un peu plus féminin. »

t. Baron, Afidrienne, III, m. — Amantium irm amoris integratio *st. Térance, Andrienne, III, vi.

Page 1