‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 228 sur 338 · Var. inédite · texte numérisé non relu

Var. inédite

o. Cf. Gil Bios y liv. I, ch. xvii, un chapitre que Beaumarchais a médité entre autres. — M. Bcttelheim (p. 171) croit élre le premier à signaler les chapitres vi et vu du livre II comme des sources où a puisé le père de Figaro. Mais c'est un rapprochement qu'a fait quiconque a lu Gil Bios, et en France c'est tout le monde. D'ailleurs M. Bcttelheim force l'analogie en poussant sa thèse.

il laisse la honte au milieu du chemin et étale gaiement sur l'affiche la plus mince de ses nombreuses professions : le Barbier de Séville.

Ne le plaignons pas, puisqu'il lui reste encore cette bonne humeur active qui rit de la misère, cette virile espérance de la revanche que l'âge seul amortit, sans la dompter *. Figaro n'est encore qu'un déclassé, se classera-t-il ? Il a fait tous les métiers de Rousseau, moins un : auteur, bureaucrate, précepteur, artisan ; la domesticité le guette.

Qu'est-ce qui peut sauver « le pauvre diable » ? « De for, mon Dieu, de l'or ! » Justement Almaviva en apporte ; mais pour quelle besogne ? La nécessité ayant rapproché les distances, c'est presque un acte de camaraderie. «Vole à la fortune, mon fils 2 . » Le voilà intendant de M. le comte, puis son factotum, puis chevalier du cordon au château d'Aguas-Frescas. C'est fait : comme tant d'autres dans son siècle et même dans le nôtre, il est tombé à la domesticité. Un parti lui reste : s'il n'a pas pu construire le château en Espagne de Gil Blas, il peut du moins être c heureux avec sa femme au fond de l'Andalousie », dans sa loge. Point du tout, le seigneur du logis étendra jusque-là ses droits de suzeraineté. C'en est trop, le duel éternel de la force et de la ruse recommence.

Quoi ! C'est là ce joyeux barbier que nous avons vu jadis se noquant légèrement c des sots et bravant gaiement les méchants »? tans doute ! mais c il est plus âgé, il en sait quelque peu davantage, :t c'est bien un autre bruit 3 ». Il fait bien encore, comme il disait, : la barbe à tout le monde », mais de trop près, et ses clients saignent sous le rasoir. « Que voulez-vous ? on se presse, on se pousse, m coudoie, on renverse, arrive qui peut! Le reste est écrasé 4 . ». !/horrible peine de se faire jour dont il riait jadis si franchement, ourne maintenant à l'aigre, et il déclame pathétiquement contre jette € disconvenance sociale » dont il est victime et qui n'excitait l'abord que sa moquerie. Le factotum de M. le comte a passé le

1. Cf. Prévost-Paradol, les Moralistes français: De la tristesse, p. 28I, une >agc d'une mélancolie exquise et poignante.

2. Cf. Gil Blas : c H me semble que j'entends un lecteur qui me cric en cet îiulroit : Courage, monsieur de Santillaue ! mettez du foin dans vos bottes. Vous Hcs en beau chemin; poussez votre fortune. » Liv. VIII, ch. ix.

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