Préface du Mariage
A. Cf. Mariage, III, v, et La Bruyère, cli. il : « Quelle horrible peine, etc. d, qu'il faut rapprocher ici de la précieuse feuille volante de l'Apologie^ citée Çviv M. do Lomcnie et que nous avons complétée ci-deaau*, ^. \^V\.
30* BEAUMARCHAIS : l'AKTIE CRITIQUE.
temps € d'être paresseux avec délices », il « se mêle de toul el s'en démêle 4 » à la pointe de Pépée. Et comme il est maître passé dans cette redoutable escrime ! il serre son adversaire, tantôt ripostant fer contre fer, tantôt chargeant avec une véhémence soutenue, toujours alerte et beau jouteur, intrépide surtout, et méprisant les avis de la galerie, qu'effrayent son audace et la qualité de ceux auxquels il s'attaque 2 . Son arme est d'ailleurs restée la même, l'esprit. Mais comme il l'a aiguisée. Ce n'est plus « la joyeuse colère » qui réjouissait le comte, c'est une bordée de sarcasmes mordants et stridents, parmi lesquels murmure et s'interroge une philosophie mélancolique, c une philosophie en Polichinelle », dira Sedaine 3 , qui ne la prend pas au sérieux autant que Beaumarchais. L'àpre antithèse de Ruy Blas, ce Figaro révolté,
J'ai l'habit d'un laquais, mais vous en avez rame,
gronde sourdement dans la tirade fameuse du cinquième acte du Mariage. D'ailleurs Figaro visait plus haut; il oubliait sa casaque et ses griefs d'antichambre lorsque, sortant à pas précipités de l'ombre des marronniers, et tendant son poing crispé vers ce public de privilégiés, il s'écriait : « Ah! que je voudrais bien tenir un de ces puissants de quatre jours. Je lui dirais.... » C'étaient les rancunes et les menaces du tiers contre l'ancien régime qu'il exhalait publiquement 4 . L'enfant trouvé sur la borne, le fonctionnaire cassé, l'auteur tombé, le laquais humilié, se relevait tribun. Plus d'un sans doute, parmi les spectateurs, sentit passer en frissonnant c ce souffle vigoureux de la philosophie » dont parle Grimm, vent de fronde qui portait sur ses ailes l'orage de la Révolution.
« Un bùton ! un bâton 5 ! » s'écrie ici un critique. Ce serait prendre Figaro pour Frontin. Quelle méprise I Le moment d'en faire sentir l'étendue est venu, puisque nous connaissons le personnage de pied en cap, l'ayant suivi jusque dans la Mère coupable. « Il n'y a plus de vrai Figaro chez Beaumarchais après le Mariage ° », a-t-on dit.
I; Manuscrit du Barbier.
4. Mariage, acte V, se. il. * Un homme sage... ne se fait pas d'affaire avec les grands, » dit Bartliolo à son fils.
:è. Voy. sa lettre innlite, citée plus haut, p. Ht.