C'est la donnée même de Vile des Esclaves de Marivaux
•4. « Aux vertus qu'on exige d'un bon domestique, Votre Excellence cou* nuit-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d'être valets? > Le Barbier, acte I, se. n.
f». « Eh! mon Dieu, monseigneur, c'est qu'on veut que le pauvre soit sans défaut*. » Le Barbier, acte I, se. i.
donc avoir le plus de droit à être maussade, si ce n'est celui qui est tout à la fois maltraité des hommes et du sort?
Bornons-nous donc à la filiation directe, et précisons les traits de ressemblance entre le héros de notre auteur et ses frères avérés dans la grande famille française des valels de comédie, c Tout en est français 1 », a-t-on dit du théâtre et de l'esprit de Beaumarchais ; c'est un bel éloge, et c'est surtout à Figaro qu'il est dû.
Son costume et son nom disaient qu'il venait d'Espagne ; mais son langage renseigna bien vite ceux qu'avait dépaysés* ce double travesti. Sous son accoutrement fantaisiste et avec ce c beau nom de bal 3 », comme disait Antonio, il était encore moins espagnol que Gil Blas, qu'il avait d'ailleurs beaucoup hanté. En fait, du plus loin
1. M. D. N isard, Histoire de la littérature française, IV, 253. —
« De la tôle aux talons je suis Parisien.
Tu le sais, bravant tout, ne m'élonnant de rien, Parisien de cœur, d'esprit et de naissance... Ah! c'est qu'il est bien nôtre et bien vraiment Français Cet esprit descendu de l'aïeul Rabelais,
Par Voltaire aiguisé
Esprit qui malgré tout, conquêtes et combats, Tient bien à notre sol et ne s'arrache pas. . . »
A Beaumarchais. — Vers de M. Jacques Normand, dits à l'Odéon pour l'anniversaire de sa naissance.
2. e Le sieur Caron de Beaumarchais annonce une comédie de sa façon, intitulée le Barbier de Séville. Elle est tirée du théâtre espagnol..., farce de carnaval. L'auteur veut, dit-on, nous dédommager de toutes les larmes qu'il nous a fait répandre par ses drames lugubres et romanesques. * Mémoires secrets, 5 février 1773.
3. € Un beau nom de bat pour s'en vanter. « Variante du manuscrit de la famille et n° 268 de l'édition d'Hcylli. — L'élymologie de Figaro ayant été cherchée aussi vainement que savamment jusqu'ici (cf. V Intermédiaire des cherclieurs et des curieux, n* 16, 10 oct. 1864, p. 243, et n° 21, 30 nov. 1864, p. 330 ; et Beaumarchais et son temps, I, p. 342), on nous excusera de proposer hardiment la suivante : Figaro ne serait-il pas le nom de bal, le masque joyeux du fils Caron, fi caron, suivant la prononciation usitée encore en Normandie et qui était classique au dix-septième siècle :
« J'ai vu, seigneur, j'ai vu votre malheureux fils Traîné par les chevaux que sa main a nourris »
(Pltèdre, acte V, se. vi)? On a pu remarquer d'ailleurs ci-dessus qu# Beaumarchais, avant le Mariage, et parfois môme après, écrit toujours Figtiaro, en vocalisant In de Caron, dans notre hypothèse. C'est à peu près ainsi que Voltaire tira son nom de guerre d'Arouet 1. j , et que Pascal se cite dans ses Pensées (art. vu) sous le nom de Salomon de Tultic, anagramme de Louis de Montalte qui a mis à la torture l'esprit et la science de Mil. Faugère et Havet, et est restée pour eux une énigme : Figaro cache /ils Caron et signifie, comme nous avons tâché de le prouver (voy. p. 358, sqq.), que l'homme est dans l'œuvre et qu'il est double.
* i i jil i.Hr?iiit . lî *«u£ et liînrhir Ce n'es* pas à SériJeqiH a rneiiacré le ouate JL'marôa. c est fess ce m èrn* faubourg de Pirâ «à Paaor^ **4ârJt à Pmta^rwL Paur»*, avec si verte ai! ir». Ma kinev garptKse et a £*eustrie industrieuse, crosses Cri j«>aâ£ri»H et booîf- loierâ» à port, est bie* astast soa ancêtre que ks ia^xnbni^ fe*carLl*§, Scapiai, Crispîits et Frontios de M*u»ére et de «s iaoceasears*
bailleurs, de* vaatardiscs spirituelles de Panarde aa cri de Masorille:
Tirât Mm$cmriUms r f'jmrbmm impcrmtor *,
il j a infiniment moins loin que de celte apothéose comique des valets de comédie aa monologue très sérieux de Figaro.
Cette dUtance donne la mesure de l'originalité de Beaumarchais, car les précurseurs de Figaro n en ont franchi qu'une faible partie. Marquons-la pourtant.
Le premier Talel que Regnard met sur la scène de Molière est déjà Sas de ce métier que ses aïeui ont exercé sans trop se plaindre.
* On s f acoquine à servir ces gredins-là, je ne sais pourquoi ; ils ne payent point de gages, ils querellent, ils rossent quelquefois; on a plus d'esprit qu'eux, on les fait titre; il faut avoir la peine d'inventer mille fourberies, dont ils ne sont tout au plus que de moitié; et avec tout cela, nous sommes les valets et ils sont les maîtres. Cela n'est pas juste. Je prétends à l'avenir travailler pour mon compte ; ceci fini, je veux devenir maître à mon tour 3 . * Cela nest pas juste ! je veux devenir maître à mon tour ! voilà qui [aura de l'écho. C'est d'abord le Crispin de Lesage, qui ramasse la balle: c (Jue je suis las d'être valet! Ah! Crispin, c'est la faute; tuas toujours donné dans la bagatelle.... Avec Vesprit que j y ai 9 morbleu* ! » Il semble entendre Figaro : « Tandis que moi, morbleu 5 .... i
Ce Crispin est décidément un des plus proches parents de notre héros, & qui son compère Labranche prête même des mots, celui-ci
I. U no prouve do détail, en passant, mais significative : c C'est ce gros enfle do conseiller! » dit Figaro à Brid'oison (Mariage, III, xvi), répétant de mémoire uiio împortinoiico identique de Punurge (Pantagruel, II, xvn), p. 410, edit. Knthcry.