CHAPITRE XI
Ensemble de ces théories. — Points sur lesquels il corrige Diderot. — Cohérence réelle de ces théories entre elles et avec tout le théâtre de leur auteur.
Beaumarchais a fait précéder d'une préface critique chacune de ses pièces, sauf la seconde, qu'il laissa tomber sans phrases, estimant sans doute que celle d'Eugénie suffisait pour deux. Sous leur forme tour à tour doctrinale ou plaisante, elles présentent un ensemble d'opinions sur l'art dramatique très cohérentes, sinon très orthodoxes, et qu'il sera intéressant de rapprocher de la diversité des œuvres qu'elles escortent.
« J'ai pensé, écrivait l'auteur du Mariage de Figaro, je pense encore qu'on n'obtient ni grand pathétique ni profonde moralité, ni bon et vrai comique au théâtre, sans des situations fortes et qui naissent toujours d'une disconvenance sociale dans le sujet qu'on veut traiter *. » Le jeu des caractères sera une conséquence immédiate de cette disconvenance sociale qui doit être le pivot de l'action. Ils ne seront pas pris au hasard « ni propres à contraster ensemble (ce moyen, comme l'a très bien prouvé H. Diderot *, est petit, peu vrai et convient tout au plus à la comédie gaie) », ils contrasteront « continuellement » avec la situation des personnages dans la pièce 3 . Ils ne seront d'ailleurs pas entièrement subordonnés aux situations non plus que les situations aux caractères; ils réagiront les uns sur les autres *, à l'image du