Lettre à la comtesse d'AIbany, 5 février
9. Voy. préface du Mariage, III, 9, 10, 22, édit. d'Heylli rtUwccwtftV.
mistrer l a, comme disait Diderot. cLa véritable éloquence est celle des situations », elle dicte l'autre, puisque c dans un plan bien disposé le fond des choses à dire est toujours donné par celui des choses à faire * » . Plus le langage des personnages en scène se rapprochera de la nature, plus il conviendra au drame sérieux, « ce qui ramène tout naturellement à préférer la prose »; mais dans un drame comique on pourrait joindre c à la gaîté du sujet le charme de la poésie ». D'ailleurs la concision est le mérite suprême du style dramatique; il faut « préférer de dire plus en peu de mots que mieux en beaucoup de paroles », ou plutôt, pour citer une pensée inédite de notre auteur : c Les petits mots dans un drame, comme les petits hommes dans une nation, sont quelquefois ceux qui signifient le plus. »
N'objectez pas d'autres règles, elles sont « l'épouvantail des esprits ordinaires 3 . Ira-t-on méjuger sur des règles qui ne sont pas les miennes? » Beaumarchais, comme Molière, ne veut connaître qu'une règle, qui est de plaire, c II réduira en poudre tous les arguments par celui-ci : En quel genre a-t-on vu les règles produire des chefsd'œuvre 4 ? » Il en appelle de tous les jugements à celui c du public assemblé, seul juge des ouvrages destinés à l'amuser 5 », ou encore au lecteur qui doit « le juger lui-même et sans égard aux critiques passés, présents et futurs 6 ».
Terminons cet abrégé des principes dramatiques de notre auteur par le plus remarquable de tous, qui est resté inédit. Il s'en avisa sur le tard. Dans une lettre datée de 1797, en réponse à certaines objections sur la lenteur du cinquième acte de la Mère coupable, il écrit : « Moi, je m'étais donné pour tâche, après avoir bien tourmenté le spectateur, de le renvoyer satisfait dans /'état de sérénité où je l'avais pris en entrant, car je n'ai pas voulu, Monsieur, faire «ne tragédie bourgeoise ni une simple comédie, mais un drame bien
1. Diderot, réponse à M M Riccoboni, VII, édit. Assézat. — Calamislris inurere, disait Cicéron de ceux qui auraient été tentés de mettre en madrigaux les Commentaires de César.