Préface d'Eugénie, I, 24, édit. d'fleylli et Marescot
6. Préface du Barbier, II, 7, ibid. — M. A. Dumas exprime un avis semblable quand il répète dans ses préfaces que toute pièce qui ne donne pas aux spectateurs l'envie de la lire et de la relire, est une pièce manquée.
intrigué (sic) *. Or « cet état de sérénité * est précisément, ce nous semble, cet « apaisement final * qu'Otfried Mûller signalait comme la loi suprême des œuvres antiques, qui est si manifeste dans la fin de V Iliade et dans celle d y Œdipe-Roi, et qu'accepte si malaisément 1 notre public moderne, habitué avant et après Nicollet à être mené de plus fort en plus fort. L'auteur de la préface révolutionnaire d'Eugénie, retrouvant un jour, grâce à une longue expérience de la scène, et tentant d'appliquer un des préceptes fondamentaux de l'art grec, qui l'eût dit?
Telle est la substance des « dissertations * de Beaumarchais sur l'art dramatique. On voit qu'elles n'offrent entre elles aucune contradiction formelle; leur auteur était trop bon dialecticien pour pécher autrement que par les principes. Or tous ceux qui ont trait au genre sérieux sont empruntés à Diderot et tombent directement sous le coup des critiques magistrales qu'ont provoquées les théories des Bijoux indiscrets, des entreliens sur le Fils naturel, de la Poétique à Grimm et du Paradoxe sur les comédiens. Attachons- nous seulement à montrer les points où le disciple s'écarte du maître.
Diderot, partisan enthousiaste de cette simplicité antique qu'il commentait si pompeusement, n'eût certes pas souscrit ' aux critiques dirigées par Beaumarchais contre leurs drames, où « tout est énorme >. Il lui eût recommandé la lecture de Philoctète. Il lui eût prouvé, par un commentaire éclairé de Y Œdipe-Roi et de V Œdipe à Colone, que le dogme de la fatalité antique n'excluait nullement « un sens moral » , et il lui eût fait toucher du doigt les impertinences « du barbare Crébillon * et de la préface $ Œdipe, à l'endroit du grand Sophocle. Il eût accordé d'ailleurs trop volontiers à Beaumarchais et à Lessing 3 que la vanité entre pour une très grande part dans l'intérêt que nous prenons aux confidences des personnages de la tragédie héroïque. Mais il n'eût pas manqué de conseiller à l'auteur d'Eugénie de faire, à propos du théâtre
1. Témoin la froideur du public pendant le dernier tiers d'Œdipe-Roi au Théâtre-Français.
2. M. P. de Saint-Victor appelle spirituellement Beaumarchais t l'enfant terrible du père de famille » {les Deux Masques, III, 629) et il ajoute : i Le drame sérieux qu'il veut fonder n'est autre chose que la démocratie théâtrale » (631).
3. Cf. la Dramaturgie, 16 juin 1767, qui renvoie au Journal étranger, décembre 1761, dont on trouvera l'extrait dans la Dramaturgie, p. 69, traduction de M. Crouslé, avec préface de M. Mézicres.
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des anciens, l'aveu candide d'Ariste dans la Poétique : c II est vrai que je connais peu le théâtre 1 . » Beaumarchais avait pourtant dans l'espèce une autorité qui manquait essentiellement à l'auteur du Père de famille : le sentiment très vif des exigences de l'action scénique. Il savait de plus, par expérience, ce qu'ignorait encore Ariste, « les petits détails d'un art qui, comme tous les autres, a sa main-d'œuvre* *. Aussi s'est-il gardé avecSedaine et Lessing* de partager la plus grave erreur de l& Poétique à Grimm : ce n'est pas lui qui eût prôné l'effacement des caractères derrière les conditions, et incliné vers ce qu'on a appelé heureusement c la comédie abstraite * ». Même dans les Deux Amis, celle de ses pièces où il a fait la plus large place à la peinture des conditions, ses caractères sont fortement individualisés et constituent le ressort principal de l'action. Il va même jusqu'à fixer les traits généraux, dans la liste préliminaire des personnages, comme ceux d'un masque que l'acteur devait prendre avec le costume du rôle 5 .
Tout en prônant le principe de Diderot, qui consiste à ne rien cacher au public, il ne pousse pas le scrupule sur la simplicité de l'action jusqu'à exclure les coups de théâtre dont l'imitation des Espagnols avait depuis longtemps donné le goût au public, t Ce qui met, selon moi, de l'intérêt jusqu'au dernier mot dans une pièce est Yaccumulement successif de tous les genres d'jpquiétudes qne l'auteur sait verser dans l'àme du spectateur pour l'en sortir après, d'une manière inattendue. Cette anxiété perpétuelle est un moyen de s'emparer de lui » (Lettre inédite sur la Mère coupable). Il sait très bien que l'action est pour moitié dans l'intérêt qu'on prend au spectacle. Outre la peinture des mœurs et des caractères,