Diderot, VII, 354, édit. AssézaU
2. Voy. la lettre de M"* Riccoboni, citée par If. Assézat, Œuvre* de Diderot, VII, 327.
3. Cf. Dramaturgie, cinquante-unième soirée, p. 400, sqq, op. cit.
4. M. Crouslé, Lessing et le Goût français en Allemagne, op. cit., p. 38* : t Térence, je. le crois, n'aurait pas avoué des disciples tels que Diderot, père trop légitime de l.i comédie sérieuse; il aurait renié la comédie abstraite. *
5. Dans Eugénie et dans le Barbier de Sérille, Beaumarchais ne note que les costumes; dans Tarare, il laisse ce soin au costumier; dans le Mariage de Figaro, il désigne, comme dans les Deux Amis, le placement des acteurs, les habillements et les caractères de la pièce. Dans la Mère coupable, enfin, il n'indique plus que les caractères. — • Molière n'a pas dédaigné d'écrire la pantomime, c'est tout dire. » Diderot, VII, 380. Cf. impromptu de Versailles: t Vous devez vou* remplir de ce personnage... Ayei toujours ce caractère sons les yeux, pour en bien faire les grimace*. » III, 403, éd. des Grand* Écrirai**.
n'y vient-on pas chercher l'image d'une activité idéale et précise à la fois, qui satisfasse, qui purge le besoin aigu d'agir, < la tendance à être et à persévérer dans l'être * qui est en chacun de nous? Il était trop habile à filer une intrigue pour s'interdire d'ailleurs un élément de succès aussi rare qu'infaillible. Il finira même par en préconiser l'emploi dans tous les genres. Il croit d'ailleurs si bien, avec son maître, qu'il faut présenter en scène des tableaux, qu'il en a dessiné un exactement d'après Vanloo * ; mais il n'arrête pas à tous coups l'action, pour changer ses auteurs en statues plus ou moins expressives. Ses tableaux sont mouvants, ainsi que le voulaient Voltaire et la Riccoboni, et il n'a pas l'air, comme l'auteur du Père de famille*, de se retourner vers le public, pour lui commenter bruyamment les postures de ses héros. Ainsi, sur tous ces points où Diderot, comme on l'a si heureusement dit, a « dogmatisé les imperfections et les lacunes de son talent 3 *, Beaumarchais s'est inspiré directement de son sens dramatique et de son expérience de la scène.
C'est avec une égale sagacité qu'il a su discerner la plus originale et la plus plausible des vues de son Aristote : le principe de l'opposition des caractères aux situations 4 ; il l'appelle c la disconvenance sociale *. Mais il a pleinement partagé ses opinions contestables sur la mpralité et l'intérêt du genre sérieux. Comme tous les théoriciens passés et futurs du drame, il les dérive tous deux du rapport plus ou moins direct des personnages à nous. « Qu'est-ce que moralité? C'est le résultat fructueux et l'application personnelle des réflexions qu'un sentiment nous arrache. * Soit, mais « qu'est-ce que l'intérêt? C'est, nous répond Beaumarchais, le sentiment involontaire par lequel nous nous adaptons cet événement, sentiment qui nous met en la place de celui qui souffre, au milieu de sa situation 5 ».
Remarquons d'abord que le premier point est hors de cause, comme l'a si délicatement montré l'auteur de la Moralité dans
1. • Ce tableau est juste la belle estampe d'après Vanloo, appelée la Conversation espagnole. * Mariage, acte 11, se. iv. Voltaire partageait le môme goût el voulait montrer sur la scène tragique ce que les petits-maîtres appellent de» postures, mais que les connaisseurs nomment des tableaux de Michel- Ange.
2. CC, toutes les annotations du Père de famille et du Fils naturel.