Lessing, etc., op. cit., p. 26t
7. Voy. Dramaturgie, op. cit., quarante-huitième soirée, p. 346.
entrer si bien dans les sentiments du personnage Actif, qu'oubliant notre personnalité, nous vivions pour quelques minutes de la vie intime qu'il a là sous nos yeux, qu'il soit roi comme Charles I er ou paysan comme Scédase? Est-ce pour nous que nous regrettons l'inceste du fils de Jocaste? Nous sommes entraînés avec lui sur la piste de l'horrible secret, haletant de son angoisse, envahis graduellement par Thorreur de ce passé hideux qui le talonne, qu'il veut fuir et contre lequel il faudra qu'il lutte t pareil à l'ours au poteau » , comme dit Shakespeare; nous sommes de la race fatale de Laios, et nous sentons frémir en nous l'horrible mélange des sentiments qu'Œdipe analyse si pathétiquement. Cet effet de l'illusion dramatique est secondé par la présence du public, de cette masse d'hommes qui tous, à la même minute, éprouvent de semblables mouvements de pitié ou de raillerie, de gaieté exubérante ou d'angoisse sombre, et qui se révèlent l'un à l'autre par un geste, par une attitude, par un rire ou par une larme, cette communauté d'émotions. Ainsi se crée, par une réaction mutuelle, un courant de sympathie qui exalte la sensibilité individuelle, et décuple en nous ce sentiment intense de la vie, ce besoin d'activité que doit satisfaire la magie du théâtre. Telle est, croyons-nous, la véritable nature de l'émotion dramatique, et si l'on a la tète assez libre pour faire un retour sur soi-même et moraliser, c'est que la pièce est froide et que l'auteur a cédé à la manie prédicanter du législateur de la Lampedouze.
Sans doute il faut accorder à Beaumarchais que l'intérêt sera d'autant plus vite obtenu que les événements en scène seront plus près de nous et de notre condition, mais il sera aussi plus borné et plus vite épuisé. La moralité qui sort du spectacle est plus ou moins pressante, qu'importe? Le triomphe de l'art est ailleurs; et si Ton veut absolument faire écouter en scène « des moralités d'ensemble et de détail », il faut les répandre c dans les flots d'une inaltérable gaieté l ». Là seulement
Le conte fait passer le précepte avec lui.
C'est ce que Beaumarchais vil un jour comme Molière et la Fontaine et mieux que Diderot. Nous souscrirons même aux hardiesses de sa dissertation sur la décence théâtrale. L'auteur du Mariage de