‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 245 sur 338 · Préface du Mariage, 111, 30, edit. d'HcyHi et MarcscoL · texte numérisé non relu

Préface du Mariage, 111, 30, edit. d'HcyHi et MarcscoL

Figaro n'a d'ailleurs jamais poussé le droit de * parler à des hommes) si loin que leurs femmes et leurs fils, sinon leurs filles *, en soient réduits à se priver de la leçon comme jadis dans Athènes. Et sans aller chercher si loin des excuses pour les hardiesses de son ami, Gudin les a très bien trouvées dans notre propre théâtre *. Les mêmes raisons qui font attacher peu de prix aux moralités dans l'art, amnistient d'ailleurs ces prétendues immoralités, quand elles n'excèdent pas celles du Mariage de Figaro. Ainsi pensait Beaumarchais. C'est sans doute au sortir de quelque chaude discussion sur ce sujet qu'il jetait sur un bout de papier la réflexion suivante, moins paradoxale qu'elle ne paraîtra d'abord : « Il n'y a point d'idées ni d'actions obscènes, il n'y a que des mots et des tournures obscènes, en voici la preuve sans réplique.... * Il s'agit d'une direction d'intention qui établit dans certains cas une distinction infiniment respectable, mais purement verbale, entre le libertin et l'honnête homme. On sent bien que, puisqu'elle est verbale, nous ne pouvons la répéter ici. Mais nous suppléerons à ce silence en redisant avec M. Naudet 3 : « Quand on a lu Térence, Horace, Juvénal, Martial et les comiques latins et grecs, on demeure convaincu que les idées de pudeur et de bienséance dans les manières et dans le langage varient selon les degrés de civilisation, tandis que les principes fondamentaux de la morale ne changent point. * Aux yeux de quiconque connaît les mœurs contemporaines du Mariage de Figaro; l'excuse du savant M. Naudet est aussi bonne pour Beaumarchais que pour Piaule.

Sur le chapitre du style dramatique, Beaumarchais prêche d'exemple; cependant, bien qu'il traite avec Diderot la poésie en

1. Il nous semble que M. de Lescure n'est pas d'un autre avis, quand il écrit si joliment : « 11 n'a pas évité, et précisément à propos de Chérubin, en dépit du sourire qu'éveille sa douteuse victoire, en dépit de la larme que provoque sa fin précoce et tragique, le reproche d'avoir fait des pièces plus morales d'intention que d'effet, d'avoir installé sous l'enseigne suspecte de Figaro une école de mœurs où jamais la mère ne mènera sa fille, et où le père ne conduira son fils qu'à l'âge de la pleine moustache, quand la leçon du rire est encore la meilleure. î Discours sur Beaumarchais, p. 35.

2. Voy. édit. Gudin, VII, 262; c'est un développement du passage de la préface du Mariage où Beaumarchais en appelle à Molière. — Et Mercier ne remarquet-il pas lui-même, en 1773, que Molière est un prodige de bienséance à côté de ceux qui l'ont précédé et môme suivi? Essai sur VArt dramatique, 92. Qu'on relise, par exemple, le Cocher supposé de Hautcrochc, y compris le geste de Morille, scène xxvii. Et cela s'est joué aux Français en 1682!

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