‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 252 sur 338 · C'est la lettre qui porte le n° VI dans Oudin, VI · texte numérisé non relu

C'est la lettre qui porte le n° VI dans Oudin, VI

maîtresse du style épistolaire de son ami, celle de faire lire en un mot tout un sentiment et tout un raisonnement.

Cette concision énergique qu'il doit à la pratique des affaires, à la longue habitude de juger sur sa route hommes et choses, est servie en toute occasion par une fécondité d'imagination qui est son cachet.

Au milieu de vastes projets, tout près d'aboutir, il écrit de Madrid à son père : « Vous voyez que je ne suis pas venu en Espagne sans faire des châteaux; le vent qui soufflera d'ici àlundi les détruira, ou ils auront reçu l'épreuve qui les démontrera solidement construits 1 . » Les graves considérations adressées au roi et au ministre sur la politique anglaise et les intrigues parlementaires se résument en vives images : « Le lord North effrayé de piloter seul au fort d'un tel orage. .. », et, environ trois pages plus loin : « Le parlement n'a pas dû jouer la farce des Valets-Maîtres....» C'est par une image qu'il se consolera d'une cruelle perte d'argent en chantant « \edc profundis » du fier Rodrigue 8 , qui a cessé « de labourer l'Atlantique ». Il prendra « sa casaque de porteur d'eau » pour soumettre à Maurepas les intérêts de la Compagnie Périer ; <r son habit de corsaire », pour donner la chasse à la maraude anglo-hollandaise. Dans sa vieillesse, à demi ruiné et torturé par les lenteurs administratives, c'est encore par une image un peu longue, mais à coup sûr originale, qu'il peindra à Ramel, ministre des finances, la cruelle bizarrerie de sa situation :

Dans ma débile enfance, je m'étonnais toujours de voir que le Cheval de bronze (de stalionnaire mémoire) avait un pied en l'air, et n'avançait jamais. On souriait de ma remarque ; pourtant elle faisait la critique assez juste de l'image d'un mouvement, lequel ne s'accomplissant (sic) n'appartient pas à la sculpture, qui ne rend bien que le repos. Triste emblème de mes affaires, lesquelles , comme ce simulacre , semblent toujours marcher, et n'ont nul mouvement 3 .

Ces images ne sont pas également heureuses, beaucoup sont forcées, quelques-unes précieuses ou triviales, mais toutes coulent de sa plume, neuves et spontanées, en un flot intarissable sur ses

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