‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 253 sur 338 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

lettres d'affaires et de plaisir, officielles ou intimes. C'est un panache dont il ne peut se passer, le don le plus permanent de son géuie, un de ceux qui annoncent déjà de très loin le futur auteur.

La correspondance d'Espagne tire de là un surcroît d'intérêt, et, parmi la cinquantaine de lettres qui la composent, celle à La Vallière est la plus curieuse à étudier. M. Bettelheim y relève l'intérêt d'un audacieux naturalisme l . Cet intérêt n'est pas assez respectable pour que nous le satisfassions pleinement; il est d'un genre à exiger des points, comme dit notre auteur *. C'est vraisemblablement la seule épitre dont il ait soigné la rédaction. Elle est, en effet, fort nettement distribuée en paragraphes, ayant chacun leur objet : société, gouvernement, justice, climat, institution, mœurs, spectacles et plaisirs. Il y dit son mot sur tout, avec un mélange de gravité et de satire, une sûreté de trait, une concision et une gaieté tout à fait caractéristiques. Il nous semble qu'il y est déjà maître de sa pensée et de sa forme. Dans la réplique à Miron que nous avons citée ailleurs % pétillent des traits acerbes et moqueurs qui ne pourraient pas facilement être partis d'une autre plume. Telle autre de ses lettres est un modèle de badinage, et celle où il soutire à Conti deux bouteilles de romanée * vaut, par le ton cavalier et l'adresse de la sommation, le billet où Viiture constitue Costar son créancier de deux cents pistoles. Celle où il entretient M mê Panckoucke des productions fugitives de sa folle jeunesse, rappelle les modesties calculées de Voltaire avec ses « chers anges ». Jamais, d'ailleurs, le même Voltaire n'a plus spirituellement abusé du droit de réponse que Beaumarchais dans sa réplique à Marron 5 . La verve des deux lettres qui narrent l'histoire des brigands du Lichtenholtz est une des circonstances atténuantes de cette mystification, et en ce sens du moins on peut dire que la postérité n'en a pas été tout à fait victime. Son récit à sa fille de la perquisition qu'il a subie dans la nuit du 11 au 12 août 1792 ° n'est pas aussi apprêté que celui de l'assassinat des chapons, fait par Courier à sa cousine, mais il a pu, dans

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