‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 278 sur 338 · Mss. de la Comédie-Française. Voy. Appendice, n° Ai · texte numérisé non relu

Mss. de la Comédie-Française. Voy. Appendice, n° Ai

3. On lit dans le mss. du Mariage de Figaro, qui est à la Bibliothèque nationale, À côté du passage : c J'étais né pour être courtisan », sur un feuillet étroit et long, cette unique variante : « J'étais né pour jouer les grands [biffé), le grand (bi/jé), un grand rôle. » Nous avons restitué le premier jet, boufl'ée d'orgueil que Beaumarchais réprima aussitôt et dont la spontanéité est frappante

A. Lettre de Carlyle à M. Montégut, citée par M. de Lomé nie, II, 545. 5. Réponse de M. J. Sandeau à M. de Loménie, p, 70.

lui a échappé de son vivant, elle doit l'en consoler par la gloire.

Beaucoup estiment qu'il ne Ta pas payée tout ce qu'elle vaut. Son esprit était prodigieux, on veut qu'il ait suffi à tout, et on lui fait encore l'honneur de penser, malgré ses protestations ironiques, que ses meilleures œuvres sont les effets de < boutades heureuses ' ». Cependant « c'est un métier que de faire un livre », même un mémoire judiciaire, surtout une pièce de théâtre; et ce métier, le brillant Beaumarchais l'a péniblement appris. S'il est une vérité que nous ayons tâché d'établir dans ce livre, c'est celle-là 8 . Il en renferme pourtant une plus importante encore, que nous devons mettre ici dans tout son jour, en la rattachant à la première.

Si l'on a bien vu que la sensibilité 3 et la gaieté se disputent la vie de Beaumarchais, si l'on se souvient que simple, affectueux, généreux, bonhomme même, dans ses relations de famille et d'amitié, sérieux et tenace dans ses affaires, il est au dehors mondain, épicurien, ambitieux, malin, fastueux et surtout pétulant, au point de passer d'abord aux yeux de Voltaire pour n'être qu'un « brillant écervelé»,on a la clef de toutes les contradictions de sa conduite, comme de toutes les disparates de ses œuvres. Faute de considérer ce qu'il appelle d'un nom aussi bizarre que la chose, « son hermaphrodisme moral * », on se condamne à méconnaître également son caractère et son talent, en doutant de la sincérité foncière de l'un et de l'autre.

Nous avons donc montré d'abord qu'il avait quelques ressemblances avec certain héros de fantaisie, esquissé par le poète de Namouna :

Extrêmement futile et pourtant très posé, Indignement naïf et pourtant très blasé, Horriblement sincère 5 et pourtant très rusé... C'est qu'on pleure en riant, c'est qu'on est innocent El coupable à la fois...

C'était un bon enfant dans la force du terme,

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