Préface d'Eugénie
2. Voy. la persistance du préjugé contraire chez M. Bcttcllieiui, p. 224 : t Sclbst seine Unfahigkeit, Werke langsam ausrcifcn zu lassen... Son inaptitude à laisser mûrir ses œuvres, etc.. t
3. Les réflexions sur les plaisirs de l'amitié, de la sensibilité exercée librement dans le cercle de ses proches, foisonnent parmi ses Pensées inédites.
5. Témoin le mot du dauphin rapporté par Gudin, La Harpe, etc.: que Beaumarchais était le seul qui lui parlât avec vérité, et vingt passages de ses lettres, et le propos soufflé au duc de la Vrillièrcpour être débité au souper de Louis XV. Histoire de Beaumarchais, 27, 51, sqq., etc., et ci-dessus, p. 81.
Très bon et très enfant ; mais quand il avait dit « Je veux que cela soit >, il était comme un terme.
Puis nous avons cherché à discerner comment, suivant sa propre expression, e ces contraires pouvaient s'allier dans la même tête '... carrée ».
Nous les avons ensuite retrouvés dans ses œuvres, et surtout dans ses brouillons, qui témoignent de fâcheux conflits, d'heureuses alliances et de plus heureux divorces entre sa sensibilité et sa gaieté. Résumons-les, ce sera conclure l'histoire de son esprit.
L'homme, chez Beaumarchais, ne peut toujours être offert en modèle, mais l'écrivain est de ceux qui prouvent brillamment la vérité du mot de Bufibn : « Le génie est une longue aptitude à la patience. » C'est une moralité qu'on ne s'attendait peut-être pas à tirer de ses œuvres; elle y est pourtant.
La nature l'avait créé homme d'esprit, mais il sentit tout ce qu'il avait à faire pour devenir auteur : toutes les lacunes de son éducation première à combler, sa vocation et ses modèles à choisir, le inonde à observer, ses sujets à inventer, et surtout son goût et son style à former et à surveiller. Ajoutons qu'il lui fallut disputer aux ardeurs de son tempérament, aux séductions mondaines, aux tracas des affaires, de la fortune et de trente procès, le temps nécessaire à l'accomplissement de cette tâche volontaire.
Aussi avec quelle lenteur mûriront ses meilleures œuvres! Nous avons vu qu'il n'est presque pas une tirade, pas un accent d'éloquence dans ses Mémoires, pas une scène, pas un trait d'esprit ou de caractère dans ses pièces, qui n'apparaisse d'abord dans ses brouillons, enveloppé d'un nuage de ratures, d'où il émerge lentement. Que de pièces de rapport dans tous ses écrits, et quel art pour les assortir et faire que partout « la facilité, selon sa propre expression, nous cache le travail »! Nous avons pu noter toutes les phases de cette patiente application, grâce à laquelle il devint, comme on l'a si heureusement dit, « un grand homme d'esprit ».
En lisant ses auteurs favoris, ou « le grand livre du monde», Beaumarchais a pris des notes 3 . Elles sont humoristiques ou philosophiques, morales ou même savantes, ou simplement curieuses.