‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 304 sur 338 · UN ADMIRATEUR DE BEAUMARCHAIS · texte numérisé non relu

UN ADMIRATEUR DE BEAUMARCHAIS

c En sortant d'une auberge où nous avions dîné, prêts à remonter

en voiture, nous vîmes arriver une diligence. Beaucoup de voyageurs en descendirent. Un d'eux, m'entendant nommer Beaumarchais, s'approcha de moi et me demanda s'il était avec nous : je le lui montrai.

c Je m'estime bien heureux, monsieur, lui dit-il, de vous rencontrer au moment où j'arrive en Angleterre. Je viens de Philadelphie. J'ai lu vos Mémoires; ils y ont fait la plus vive sensation et ont donné de vous la plus haute opinion à ce peuple amoureux de la liberté. »

c Mon ami, lui dis-je, lorsque l'Américain nous eut quittés, le jugement des peuples du nouveau monde doit être regardé comme celui de la postérité; ils sont aussi étrangers à nos cabales qu'elle le sera. Ce ne sont donc pas les circonstances, mais le mérite intrinsèque de vos Mémoires qui vous ont valu leur suffrage. » (Gudin, Histoire de Beaumarchais, p. 176.)

N° 19 (voy. p. 68).

DOCUMENT PROUVANT QUE BEAUMARCHAIS, APRÈS L'AFFAIRE DE VIENNE, AVAIT CONSERVÉ, COMME AGENT SECRET, TOUTE LA CONFIANCE DE LOUIS XVI.

(Mémoire inédit du 27 avril 1775'.)

Ce mémoire est sur deux colonnes; la plus étroite est intitulée : c extrait de l'extrait », l'autre : c premier extrait pour le roi, 27 avril 1775 ». Nous puisons nos citations dans l'un et dans l'autre.

1. Beaumarchais recevait à Londres des lettres anonymes du joli monde que M. Robiquet a fait connaître en partie (voy. Théveneau de Morande). On l'y menaçait de mort ; il les faisait imprimer et sortait.

2 Gudin l'a connu ; il en a donné un fragment dans son Histoire de Beaumarchais, p. 166.

(Autographe.)

c Mon voyage de Paris à Londres. > (Extrait de l'extrait.) — c J'ai frété pour moi seul un petit navire. Quoique le vent fût tout à fait contraire pour passer à Douvres, je me suis fait jeter sur la côte d'Angleterre, à 15 lieues de Douvres, au sud-ouest; et, après un trajet pénible de dix-sept heures, j'ai débarqué à un village nommé Hasting, d'où je suis parti sur-le-champ pour Londres .> — c Mes recherches sur les libelles qui s'y impriment. > (Ext. de l'ext.) — c Je reçois une lettre menaçante contenant des vers outrageants contre le roi et la reine. > (Ext. de l'ext.) — c Je me montre ouvertement à Londres. > (Ext. de l'ext) — c Je fais réponse à la lettre anonyme dans les papiers publics l . > (Ext. de l'ext.) — c Mes précautions pour l'avenir. > (Ext. de l'ext.) c Chemin faisant, j'ai découvert qu'un nommé Vignoles 1 , ancien prémontré défroqué, fait imprimer à Londres une espèce de journal scandaleux dont les matériaux, reçus de Paris par la poste en manuscrits , y reviennent imprimés par la mesme vote. J'en ai fait voir les 12 ou 15 premières feuilles à M. de Sartine, dans lesquelles on lit tout ce qui se fait à Paris contre le gouvernement; un soi-disant édit en fers de Louis Seize, par lequel 11 déclare qu'il ne veut être roi qu'en apparence, etc. Je me trompe fort ou la lettre et les vers que fai reçus sortent de cette boutique. Dans mon prochain extrait, j'indiquerai le plus court moyen de détruire sans se commettre ce nid de vipères, si Votre Majesté le désire.

c Cela fait, je me suis livré à une étude plus noble, à des recherches plus satisfaisantes. Et mon nom seul m* ayant fait accueillir par des gens des différens partis, j'ai pu m'instruire aux bonnes sources de tout ce qui a rapport au gouvernement et à la situation actuelle de l'Angleterre; je suis en état de mettre sous les yeux de Votre Majesté des tableaux instructifs très /idelles, fort étendus ou succincts des hommes et deschoses.

c Je puis donner les plus saines notions sur le roi, sa famille, lord Butte son favori, ses ministres du premier et du second ordre. Je sais quel est le parti du roi dans la chambre haute, dans celle des communes. Je connais l'état actuel de ce quon appelle en angle terre l'opposition*; quel parti a pour lui la Majorité au Parlement ; l'état, le nom, le rang, le caractère, le crédit et l'intrigue de tous ceux qui influent sur la chose publique dans les deux partis ; l'action des troubles de la métropole sur ses colonies; la réaction du désordre de celles-ci sur r Angleterre*; ce

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