‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 327 sur 338 · DÉFENSE DE € LA MÈRE COUPABLE *, PAR BEAUMARCHAIS · texte numérisé non relu

DÉFENSE DE € LA MÈRE COUPABLE *, PAR BEAUMARCHAIS

(Autographe.)

M. M..., homme de loi (à la plume, main de Beaumarchais). M. Martineau, homme de loi (au crayon, main de Gudin).

c Ce 14 messidor an V (2 juillet 1797).

11 y a quelque chose, Monsieur, de si net, de si obligeant dans votre façon de critiquer la Mère coupable, que je vous mets avec plaisir au rang des hommes éclairés dont je me fais honneur de conquérir l'opinion. Mais, après les Eloges que vous prodigues généreusement à l'ouvrage, si tout ce que vous avez cru voir de déffauts dans le cinquième acte y existait réellement, la Pièce, selon moi, serait insoutenable, il faudrait la jeter au feu. Au nom de l'indulgence que vous avés montrée sur l'intérêt qu'elle comporte, Rassurés vous, Monsieur, il n'y a pas un seul des faits que vous blâmés si justement (en admettant votre hypothèze), dans le cinquième acte du drame intitulé : l'Autre Tartuffe ou la Mère coupable; n'oubliez pas ce double titre que l'auteur a voulu remplir : il importe à ma discussion.

La plus impardonnable faute qui dégraderait cet ouvrage, serait sans doute celle à laquelle je vais répondre avant les autres! Les jeunes gens

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Le .- ; /^fc/ **; Xift-r. et fj^t «/ difficile! a dit le sage, mais froid B«^i»u:a*f~ J~«* î £ri4.*/ dL> «a; « composer la situation épineuse ^t*f vm> jure ^:w&s x>nmt mm imce*tt y lequel serait horrible à mon- : y-- £» ;i..'"i:'f- El ç^ &e>t. dan> ce drame, qu'un double adultère avéré <iù r^-i't îes £*ai eciiLts <trj*$'rs fmm a ramire, comme tous et moi */**> j* >;ot^^s^ EiAi.e* biea cette question, elle en vaut la peine, Mon- <v~£T. S«« »< m^&ku i*i en résulte* r adultère lui-même serait déjà t-M *'s<~; ' Le re>ie est une bagatelle à coté de ce grand deffaut; mais *>v >*e r>x> ^>ss q^^ l^ parenté des enfaos. Le C l * Almaviva n'est point vv^. > a^* de trahira envers l'Espagne : il ne s'indigne que de l'audace àf V^^ume airemx qui ose l'en accuser. Le C te Almaviva n'a recomuvtndo à pers<>nne le secret d'un inceste, qu'il sait bien ne pas exister.

Nais seulement, par le respect bien dû à la jeunesse de sa fille, il a recommandé à Suzanne et à Figaro de garder le secret sur la naissance de Léon y fils adultérin de sa femme; secret dont la divulgation ferait connaître à Florentine le genre de faute qu'a commise la comtesse qu'elle respecte, et a laquelle il vient lui me s me de pardonner 1 .

Le comte n'a, Monsieur, rien dans la pièce à redouter de la délation en Espagne de l'abominable Bégearss, qui ne lui fait cette menace qu'en désespoir de sa cause odieuse et dans un grand trouble d'esprit. Le comte n'a donc nul besoin de ménager ce scélérat qu'il chasse ; aussi ne le fait-il sur rien! Aussi Figaro, qui sait tout, répond-il à cette menace par une sanglante ironie : Qu'il fasse des libelles, dernière ressource des lâches/ Il n'est plus dangereux! elc, etc.

Quant à ce que vous reprochés à la marche de Vintérèt dans la distribution des actes, mon opinion est qu'il était impossible de couper, de scinder la situation du quatrième acte, une fois entamée, après avoir été préparée dans trois actes, quoiqu'elle pésat sans relâche sur l'âme oppressée de V auteur qui la repoussait avec soin par la frayeur de demeurer obscur, ou d'amener trop tôt ce terrible intérêt après lequel il n'en est plus. L'àme des spectateurs ne peut entrer deux fois de suite dans une exaltation si forte qui met la douleur à son comble, et la pièce, en effet, serait finie à la fin du quatrième acte, si elle était faite. Monsieur, comme vous la sentez, non pas moi; si V auteur eût été assez méchant pour ne pas consommer la punition qu'il a destinée au Tartuffe; mais il n'y avait pas moyen de s'en dispenser, je devais consoler, Monsieur (sous peine de ressembler à l'infâme Bégearss), les spectateurs sensibles que j'avais tourmentés, comme a plaisir, pendant quatre actes! Et Figaro, le héros de la pièce, n'aurait tenté que des efforts bien puissants, il est vrai, mais toujours rendus inutiles par l'adresse du scélérat, lui, pauvre valet, obligé à beaucoup de ménagements; tandis que l'autre est un ami respecté dans cette famille, et qui pouvait le perdre d'un seul mot ! Tous ses efforts eussent donc été vains s'il n'eut pas à la fin trouvé le moyen difficile d'arracher l'aveu de Bégearss (sans lequel l'or était perdu), devant le notaire et son clerc; s'il ne lui eut arraché, dis-je, qu'il tient les trois millions de la générosité du comte! C'est là, Monsieur, que Figaro devient supérieur au fripon, et l'enveloppe dans son piège, comme il se l'est promis au second acte de la pièce dont ce grand succès est l'objet.

Pour faire étouffer de sanglots avec les mêmes personnages qui vous firent rire aux éclats, j'ai voulu que ce vieux valet eut l'insigne honneur de sauver, à travers une action terrible, toute la fortune de son

1. Une main inconnue (celle de M. Martineau?) a écrit ici en surcharge l'objection suivante, au crayon, sauf sait qui est à l'encre et parait de la mttaïc date que le texte : « Oui, mais Léon sait la honte de sa mère. » — L'objection a de la force, pesa- ta, aurait pu dire ici, comme tant do fois ailleurs, Gudin à son ami (cf. acte IV, se. IX, sqq.).

maître y et de délivrer la famille d'un monstre qui la dépouillait. S'il l'avait fait dès le commencement, la pièce aurait fini au second acte, et s'il ne l'eût pas fait au dernier, tout se fut passé en apprêts, ea ce qu'on nomme des fils tendus à faux. Le scélérat eut tout volé : le vieux valet restait vaincu 1 : la pièce finissait fort mal; et le spectateur, fatigué, s'en retournait très mécontent et de l'ouvrage et de l'auteur. Moi, je m'étais donné pour tâche, après l'avoir bien tourmenté, de le renvoyer satisfait, dans Vétat de sérénité où je V avais pris en entrant; car je n'ai point voulu, Monsieur, faire une tragédie bourgeoise, ni une simple comédie, mais un drame bien intrigué, pour montrer ce que vaut ce genre si de plus habiles s'en emparent. Reste à savoir si je l'ai fait.

Pour répandre de l'intérêt sur ce cinquième acte, après le quatrième, non pas un intérêt violent, l'entreprise était impossible ; mais de cet intérêt si doux qui reporte l'âme à sa place après des angoisses terribles, et quand le danger est passé, j'avoue que je l'ai refondu trois fois, ce cinquième acte, que c'est celui qui m'a le plus coûté. Quand vous aurez lu la préface et ensuite la pièce que je vous envoyé imprimée, s'il vous reste encore des scrupules, venés en jaser avec moi ; car je ne pense pas que vous teniez sérieusement au moyen de laisser commettre au plus grand seigneur des Espagnes l'avilissante duplicité de faire signer au frippon le contrat de mariage avec sa fille, pour avoir seulement en main de quoi le faire pendre, ou lui fermer la bouche, vous qui portés l'extrême délicatesse jusqu'à blâmer le comte d'avoir souffert, quoiqu'avec tant de répugnance, que Figaro lui fit rentrer 3 millions d?or, par une ruse de son état, que l'importance de l'objet rendait au moins bien excusable ! Lui laisser par dépit l'héritage de vos enfants, ce n'est pas vertu, c'est faiblesse. Voilà le mot de Figaro qui a déterminé le comte.

Je n'ai plus qu'un mot à vous dire. Le paquet cacheté que Figaro a retiré du secrétariat d'ambassade d'Espagne ne pouvait se trouver entre les mains du comte. On envoyé chercher ses lettres à la poste, on n'y va pas soi-même, et si le Figaro (sic) y est allé sans l'ordre de son maître, parce qu'il a été instruit, au second acte, par Bégearss, de l'arrivée prochaine du courrier qui apportait l'agrément du Roi pour l'échange des terres; c'est justement un des mérites que j* ai prétendu lui donner. Ce qui met, selon moi, de l'intérêt jusqu'au dernier mot, dans une pièce, est Yaccumulement successif de tous les genres d'inquiétudes que rauteur sait verser dans Vâme du spectateur, pour l'en sortir après d'une manière inattendue! Cette anxiété perpétuelle est un moyen de s'emparer de lui.

Ah ! je suis bien coupable ou plutôt bien inepte, si toutes les absurdités qui vous ont frappé dans l'ouvrage, y existent! car,/'* me suis donné,

1. On voit qu'aux yeux de son père, Figaro reste le protagoniste, dans la Mère coupable, comme dans le reste de ce qu'on nous permettra d'appeler sa Tétralogie.

comme la plus grande tâche dramatique à remplir, ce double plan que fai lié par ïintrigue et par l'intérêt. Je me suis imposé y Monsieur, ce grand travail comme une des conceptions les plus fortes qui pussent sortir de ma teste, et qui donnât l'idée d'une route nouvelle à parcourir, a nos auteurs. Ai-je rempli ce but? C'est la question qui reste à décider; mais l'intention du moins n'en peut être équivoque.

Quand vous aurés bien étudié l'ouvrage en le lisant sévèrement, si vous trouvés quelque moyen de mieux remplir l'objet que j'eus en vue, je rapprendrai de vous avec plaisir; mais je vous invile, Monsieur, a y regarder à deux fois sur ce que vous m'avés dit. Et si je ne parvenais pas à vous faire adopter les motifs qui m'ont fait rédiger ainsi la marche de la pièce que vous voulez bien censurer, je vous avouerais volontiers que je suis très inexcusable, car c'est après y avoir réfléchi bien longtemps que je l'ai composée comme on la représente» Salut, estime et gratitude. Caron de Beaumarchais.

Je voulais répondre en deux mots, accablé que je suis d'affaires affligeantes ! Mais quand on dé (fend son enfant, on fait comme notre comtesse : on va plus loin qu'on ne le veut. Heureux lorsqu'on s'en tire avec autant de bonheur qu'elle! Peu d'auteurs doivent s'en flatter 1 ! »

N° 41 (voy. p. 334).

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