‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 329 sur 338 · INVENTAIRE CRITIQUE DES PIÈCES TIRÉES · texte numérisé non relu

INVENTAIRE CRITIQUE DES PIÈCES TIRÉES

de Laurette, conte moraL

Voici la liste des pièces qui, à notre connaissance, furent tirées du conte de Marmontel intitulé : Laurette.

1° Laurette, comédie en deux actes, en vers, par M. du Doyer. Elle est de 1768, resta, croyons-nous, manuscrite et n'est pas aux archives de la Comédie-Française. Nous lisons dans Mou h y, I : c Laurette, comédie en deux actes, en vers, de M. Dudoyer (alias du Doyer), représentée le 1 er septembre 1768. Le parterre ayant été tumultueux pendant toute la représentation, l'auteur ne voulut pas sans doute courir les risques d'une seconde (ce n'était pas Beaumarchais!), et retira sa pièce qui annonce un vrai talent. i

2° Laurette, comédie nouvelle en un acte et en prose, mêlée d'ariettes, représentée pour la première fois par les comédiens italiens ordinaires du roi, le mercredi 23 juillet 1777. Sujet tiré des Contes moraux de Marmontel. La musique est de M. Desnereaux. Épigraphe : Lamour, sans la vertu, deviendrait trop puissant. Paris, chez Gailleau, 1777.

Elle diffère entièrement de la nôtre, comme on peut s'en convaincre par l'analyse suivante : Se. I. — Le marquis de Clancé et Luzi dissertent.

— Se. u. Bazile apprend au marquis le prochain mariage de sa fille. — Se. ni. Colin se plaint en style villageois à Bazile des froideurs de sa 011e.

— Se. iv. Entrée de Laurette qui se plaint de Colin: c ... Qu'il est gauche! Il croit, en me serrant la main à me faire crier, me témoigner beaucoup de tendresse. > — Se. v. Monologue amoureux de Claudine dont Luzi est l'objet. — Se. vi. Entrée du comte amoureux; il obtient un rendez-vous.

— Se. vu. Monologue jaloux de Claudine, une veuve qui veut Colin, et qui a vu la scène VI. — Se. vin. Claudine met la puce à 4'oreille de Colin. — Se. IX. Trio chanté par Colin, le comte*, Claudine, etc.. Le comte presse Laurette, tergiverse sur le mariage, Bazile entend tout, comme dans la Laurette de Beaumarchais; scène à sa fille, puis au comte; mariage. Le marquis de la scène première vient et s'étonne ; Colin est épousé par Claudine. — Appr. Suard, permis Le Noir, l 6r juillet 1777.

3° Laurette, comédie en trois actes, en prose, par M. P. de B., ancien officier, ex- aide de camp, reçue au théâtre italien le 20 mai 1778, jouée le 15 juillet et retirée le 16 du même mois. — La pièce s'ouvre par une

longue scène oiseuse entre La Fleur et Marlon, il y en a d'autres du même acabit ; le père arrive, sans préparation à la fin du premier acte. Luzi el Soligni font les frais du deuxième acte ; Luzi, Laurette et Bazile ceux du troisième. Dans la scène x, par exemple, Laurette déclame avec enflure sur le malheur de son père, au lieu d'offrir une analyse de ses sentiments, elc., ce qui est la supériorité de notre Laurette. Détails gauches; coupe assez nette. — La moralité de Marmontel y est reproduite : Vois ma fille, etc....

Cette pièce est dans le tome V des mss. de Beaumarchais à la Comédie- Française. Comment y vint-elle? On voit qu'elle n'offre aucun rapport de structure avec la Laurette de Beaumarchais. L'auteur était-il de ses amis; avait-il eu vent de sa bluette inédite et lui apportait-il la sienne à correction?

4° Laurette, comédie en trois actes, en vers, de Doisemont, jouée pour la première fois par les comédiens français ordinaires du roi, le lundi 2 août 1779. Nous devons la connaissance de ce manuscrit à l'érudition et à l'obligeance de M. Mon val, archiviste de la Comédie- Française.

Les deux premiers actes se passent dans un appartement de la maison du comte de Luzi, qui depuis deux jours a enlevé Laurette, après une belle défense.

Ayant encor déployé vainement L'éloquence du sentiment,

il a menacé de se tuer, la belle s'est évanouie pour sauver son amant el la morale. — Le père a reçu une somme et un billet lui apprenant que sa fille est allée tenir compagnie à une vieille dame; il reconnaît le messager pour un factotum de M. le comte, et, après une résistance prolongée et de filandreux sermons, mariage. — 11 y a, comme dans la pièce de M. P. de &., une fille suivante, Finette, qui marivaude avec Laurette au lever du rideau. — Le marquis de Soligni, comme dans Marmontel, expose longuement sa morale de roué, que Luzi réfute vaguement. — Mouhy (I, 277) est très indulgent pour cette pièce : c Laurette, comédie en vers, par M.***, donnée le lundi 2 août 1879, après la Surprise de l'amour. Malgré la critique, elle est remplie de traits agréables et touchants. Elle n'eut que huit représentations; elle en méritait davantage. iNous serions volontiers de l'avis du public : la coupe manque de simplicité ; l'intérêt est noyé dans les sermons; le personnage de Laurette est gâté. La versification est d'ailleurs alternativement plate ou boursouflée :

Souviens-toi, Soligni, de ce jour où l'orage Avait sur son faible héritage Vomi Vin fortune et V horreur...

pour dire qu'il a grêlé sur les champs de Bazile. Voici sans doute un des traits qui chatouillèrent le parterre du temps :

c Bazile. — On vous dit noble.

Luzi. — Et je le suis.

Bazile. — Vous croyez l'être au moins, mais de cette noblesse, ouvrage du hasard, dont l'abus nous rabaisse » (III, vm).

Il faut citer enfin, pour être complet, Pauline et Valmont, comédie en deux actes, de Bodard, jouée aux Italiens, en 1787 (voy. Mémoires secrets, 23 juin 1787).

N° 43 (voy. p. 341).

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