M. BcUellieim
2. Voy. Mémoires au roi et Lettres à Sartine, ci-après passim, et la Du Bttrry, p. 153, par Ed. et J. de Concourt.
3. Voy. aussi Histoire de Beaumarchais, p. 107, une réflexion très sensée de Gudin sur le même sujet.
4. Manuscrits de la Comédie Française (tome III), — et édit. Fournicr, 74T>.
MISSIONS SECRÈTES ET AFFAtllES GLORIEUSES. 61
tables *. » Tel est le jugement que portait récemment sur Voltaire diplomate, un écrivain dont l'autorité en pareille matière n'est pas seulement celle d'un théoricien académique. Sans doute, elle serait longue la liste des gens de lettres qu'atteint la fine ironie de cette remarque. Beaumarchais y échappe aussi bien queSheridan*.
Si, en 1743, Voltaire, le négociateur officieux de Fleury, galamment éconduit par son bon ami Frédéric, ne se sauve du ridicule, aux yeux de la postérité, qu'en écrivant Mérope, en 1775 l'auteur du Barbier de Séville peut avouer sans trop d'embarras les missions de haute police dont il sut profiter 3 pour hâter l'intervention officielle de la France dans la guerre de l'Indépendance. Il n'avait pas le choix des moyens, et ce n'était pas de ce côté-ci du détroit, si athénien qu'on se piquât d'y être, que le succès d'une comédie désignait son auteur pour les grands postes de l'État.
Beaumarchais ne put donc que se faufiler dans la foule des agents secrets. Il déclarera un jour, par la bouche de Figaro, que l'intrigue et la politique sont c un peu germaines * * ; il aura alors de bonnes raisons pour les confondre ainsi. La prestesse, le sans-gêne avec lesquels il évolua de l'une à l'autre méritent toute notre attention.
Depuis le jour où Louis XV, habilement consulté, interrogeait La Borde sur l'emploi à faire de « ce talent de la négociation » que, disait-on, « son ami possédait au plus haut degré 5 >, jusqu'à celui où certain pamphlet 6 du temps appellera couramment notre auteur c le petit ministre », que de sots et d'avanies à essuyer! Figaro s'en souviendra, et c'est ce qui nous intéresse.
La première affaire fut péniblement mais vite expédiée. Théve-
1. Revue de% Deux Mondes, 1881, 1" avril, p. 502: Eludes diplomatiques, par M. le duc de Broglie.
2. Le succès de Y Ecole de la médisance fil de Sheridan un homme politique. Voy. là-dessus les Considérations de M. Villemain, et l;i préface de cette comédie.
3. Voy. Beaumarchais et son temps, I, 139, où Beaumarchais prend celle initiative; la Vie de Beaumarchais, par Gudin, où cette manœuvre est très bien analysée, et surtout la pièce capitale et inédite que nous citons au n* 20 de l'Appendice.
4. Voy. son Mémoire sur V Espagne y édit. Fournicr, 7io, sqq.