Mémoire au roi, inédit
6. Il est difficile à citer, môme dès le litre : Histoire d'un p.. français ou l'espion d'une nouvelle espèce. A Paris, de l'Imprimerie royale, 1781. Voy. surtout p. 33, sqq. — Voy. aussi les Mémoires secrets, 13 septembre 1776, sur le goût que prit Mam-cpas pour Beaumarchais. — Ce pamphlet, parfois très spirituel, est rare. Nous en avons acquij un exemplaire dans une vente privée
neau 1 ne voulait que de l'or; Beaumarchais sut l'offrir, reçut les pamphlets, les brûla, moralisa et convertit « un subtil braconnier en un excellent garde -chasse a >.
Il croit du même coup tenir sa réhabilitation. N'a-l-il pas c la parole royale »? Il se hâte donc de venir en réclamer l'exécution; mais la mort a déjà glacé les lèvres qui l'ont donnée.
Il y avait de quoi c quitter le monde et s'en séparer par vingt brasses d'eau » ! Mais notre homme aima mieux continuer à « nager contre le courant >. Voici comment il s'en explique dans une lettre à Horande :
Kendu à ma famille, à mes amis, à mes affaires, mais aussi peu avancé que je l'étais avant mon voyage d'Angleterre, par la mort inopinée du roi, je saisis un instant de repos pour vous donner de mes nouvelles, et vous faire, Monsieur, mon Irès-sincère compliment sur voire état actuel. Chacun de nous a fait de son mieux, moi pour vous arracher au malheur certain qui menaçait vous et vos amis, et vous, pour prouver que vous rentriez de bonne foi dans les sentiments et la conduite d'un Français honnête dont votre cœur vous a reproché longtemps avant moi de vous être écarté 1 .... Il ne me reste pour toute récompense que la satisfaction d'avoir fait mon devoir d'honnête homme, de bon citoyen.... Ce qui me console , c'est que le temps de l'intrigue et des cabales est passé. Rendu à mes défenses légales, le nouveau roi n'imposera pas silence aux plus légitimes réclamations, j'obtiendrai par la force du droit et à titre de justice ce que te feu roi ne voulait m' accorder qu'à titre de grâce, etc....
Est-ce là le ton d'un faussaire ou d'un complice? Mais il se trompait, le « temps de l'intrigue et des cabales » n'était pas encore passé. On le pria d'éviter une première calomnie à la jeune reine, puisqu'il avait si bien épargné une dernière honte à la Dubarry.
Ici commence la ténébreuse affaire Angelucci-Atkinson, qui a
1. Voy. pour supplément d'information sur Morande el sa brigade réunie si intéressante de M. Rohiquct, qui a pourtant le tort à nos yeux d'écouter et de citer trop complaisammcnt Baehaumont et ses successeurs sur Beaumarchais.
2. « C'est un subtil braconnier, dont je suis parvenu à faire un excellent garde-chasse », dit Beaumarchais dans l'extrait de son Mémoire au roi (M. de Loméiiic, I, 382, cite de mémoire; de là sa légère inexactitude). Voy. à l'Appendice, n° 15, d'autre* détails et le même jugement porté en d'autres termes.
3. 11 existe dans les papiers de Beaumarchais nue centaine de leltres de Morande el quelques-unes de sa femme Klisabelh, qui signe Elisa Théveneau. Beaumarchais la pensionna pendant quelque temps. Le ménage n'y quitte jamais le ton de la reconnaissance et de la déférence ; mais passons.
fait couler autant d'encre depuis vingt ans que la critique des chefs-d'œuvre de notre auteur.
La brochure de M. d'Àrneth, Beaumarchais et Sonnenfels, beaucoup plus réservée que le réquisitoire de M. Huot, Beaumarchais en Allemagne, qu'elle provoqua, parut à Vienne au commencement de 1868. Depuis, c'est la plaie sur laquelle se sont abattues, en essaim serré, les mouches de la critique : pourquoi ne viennent-elles pas toutes d'outre-Rhin? M. de Loménte méditait une réplique. En marge d'une lettre où Beaumarchais raconte à une dame Fabia, à la date du 31 juin 1774, les incidents d'un de ses voyages à Londres (une mer démontée qu'il avait affrontée seul, un échouage, un retour au port de Boulogne en chaloupe, une traversée horrible ; le lendemain, un mal de mer si violent qu'un vaisseau s'est brisé dans sa poitrine; le choc d'une forte pierre qu'un de ses chevaux de poste a fait jaillir avec son pied, et qui est « venue le frapper au milieu de l'œil gauche », et où nous remarquons cette phrase relative à l'affaire Atkinson : «J'ai déjà vu ce matin quelque chose qui m'a prouvé que j'ai bien fait de me presser, et que j'aurais bien mieux fait de me presser davantage »), M. de Loménie a écrit au crayon : « Pour réfuter Huot arrivé hier. » Il avait dû être blessé surtout par le ton de la page 215. D'autre part, sur une chemise de papier blanc, le biographe de Beaumarchais avait commencé à noter quelques renvois défensifs à la Correspondance de Marie-Thérèse ; mais il n'eut pas le temps d'exécuter son dessein, ou Mirabeau, qui l'absorbait alors, fit tort à Beaumarchais, car la chemise est vide. Nous allons essayer de la remplir.
Jetons d'abord quelque lumière sur deux faits qui ôtent toute leur gravité aux charges relevées contre Beaumarchais par MM. d'Arneth et Huot, et dont l'éclaircissement a résisté aux patientes investigations de M. Bettelheim '.
Guillaume Angelucci a existé, car, dans une lettre très confidentielle adressée de Francfort, le 12 août 1774, à cette Fabia 3 déjà citée, sa confidente, la duchesse de Dino de ce Talleyrand au
1. c II a voulu, nous écrivait M. Gh. de Loménie, boucher les interstices de l'ouvrage de mon père ». Puissions-nom mériter autrement le môme éloge.
2. Il y a aussi deux lettres adressées à Fabius; c'est, comme on voit, le style romain Taisant suite au style oriental de la correspondance avec Duverncy. Voy. Réponse ingénue, etc.. 381 sqij., édit. Fournier.
pHïî f'-^d* bon* li**!:* : « Falù*<-fljw le plaisir de dire à l'ami qui vous rend m* lettre que. « par hasard il loi surrenait une lettre de ekinçt de il A â accoter de la î-oiLiDe de cent louis an profit de Gu*ll. Ang+i*«i* qu'il la refus* allument : {«419 mi j'aie fait rtU* lettre, je ne la foi* pas. ■*«• fripon ayant forfait à toutes les loi* f m' me r<**t arrackte; mais, s il en arrive à mon père, au domicile que je m* *uis choisi au Marais, que mou ami le prétienne qu'il accote: car elies sont dues légitimement, et il sera ju?4e que je les acquitte à mon retour '. *
LAris à la branche espagnole 1 que kauniti et M. d'Arneth attribuent sau*» limiter à iîeau marchais, sur la culpabilité duquel hésitent MM. Geflroy et Dettelbeim, n'est pas de Beaumarchais 3 . Il est porté sur une liste de pamphlets 1 fournie par le garde-chasse Théveneau à Beaumarchais, et où il fait figurer sans vergogne le sien, sinon les siens : Mémoires secrets d'une femme publique. — Mémoire pour servir à r histoire de Louis XV. — La France vengée de ses tyrans. — Réponse au Tocsin des rois. — Avis à la branche espagnole sur ses droits à la couronne de France^ etc. 5 .
Cela posé, nous ne récuserons pas le témoignage du cocher Dratz ; nous ne discuterons pas les deux procès-verbaux du 15 août 1774 et du 7 septembre 1774 dont nous avons sous les yeux des copies adressées à Sartine, qui les a remises à Beaumarchais et nous conclurons, pour les cas résultant du procès, comme disait le parlement Maupeou :
L'histoire des brigands est un conte ; la nouvelle de l'attaque
I. ('et effet de 100 livres était lire sur lioudil, d'après un post-scriptum delà lettre a Fabia, du 16 août 1774.
t. Voy. Ilevue critique, t. II, p. 13, 18/0, 2 juillet, 11" 27.
II. « 11 sut à prix d'urgent, dit Gudin, et à l'insu du possesseur, s'en procurer une lerture. » Histoire de Beaumarchais, p. 127. Ce fut par « une intrigue «le Mile I m », comme il nous l'apprend dans une lettre inédite très longue et très curieuse adressée à Sar.iue. Voy. à l'Appendice un extrait de celle lettre et d'un mémoire au roi sur toute l'affaire, n" 16
t. Voy. le Magasin de pamphlets contre Marie-Antoinette, plus virulents que contre les maîtresses de Louis XV, découvert à Saint-Germain en 1776. Félix llocquaiii, op. cit. 31 10.
T». Ci loin encore d'après les rapports du garde- chasse : Considérations sur les inerte* de mon siècle, dédiées au souverain qui le lira et V approuvera, pur un homme d'Etal sans perruque (c'est l'ouvrage d'une M" e Coinp ou Campngnolle, H»i-dis,inl M*" de \eriu\ncourl, artificieuse aventurière, dil Thévencau/.
Histoire du dernier règne et du ministère défunt (par une bande dTétour- NfiHM' HOMiruwa arrivés, qui vont, disent-ils, prendre une maison et la faire imprimer c&r* eux), etc., etc.
chariot de poste, apprise par Beaumarchais, chemin Taisant, lui a suggéré ridée de son scénario; le premier bois traversé lui en a fourni le théâtre et la rencontre des trois compagnons charpentiers les acteurs. L'affaire engagée, il a fallu payer d'audace, un aveu pouvant envoyer le père de Figaro réfléchir dans « quelqu'un de ces horribles châteaux que le président de Montesquieu appelle des châteaux d'oubli », sur les dangers de prendre les coulisses de la politique pour celles du théâtre.
Mais, à le bien entendre, quelle amusante parade de Gilles diplomate il nous donne, en tentant ainsi, pour occuper les loisirs d'une longue route, de mystifier ceux qui le forcent à courir après sa réhabilitation.
Nous convenons qu'ici Figaro franchit, une fois de plus, les bornes de la plaisanterie permise; mais nous laisserons de graves ministres d'oulre-Rhiu appeler à la garde, comme Bartholo aux abois, et traiter en affaire d'État une turlupinade où le rasoir du « Barbier de Séville > joua un trop grand rôle. Gille plénipotentiaire avait manqué la scène capitale, il se rattrapa pourtant au dénouement, témoin le diamant qui lui fut offert par Marie-Thérèse. Il brillera désormais au doigt du c drôle ' », comme disait Kaunitz, si outré qu'il en oubliait le style te chancellerie et ce « ton d'oracle » dont Catherine riait sous cape 2 avec Voltaire. Rions aussi de son ton de lansquenet.
Remarquons enfin que Beaumarchais, malgré sa souplesse ordinaire, avait conduit toute celte affaire avec une irritation secrète. Nous le voyons insister deux fois auprès de Sartine pour protester contre toute assimilation entre sa mission et celle d'un agent de police : c J'ai pu juger, à la nature de ses réponses, que le lord Rochford regarde ma commission comme une affaire de police, d'espionnage, en un mot, de sous-ordre. Londres, 5 juillet 1774. »
Ailleurs, il veut que le roi, par un ordre exprès, dont il donne la minute 3 , « mette une différence entre la mission délicate et secrète