Voy. Beaumarchais en Allemagne, p
de brigands et de son épilogue; il offrit même bientôt après à son héros l'occasion 1 de jouer une meilleure pièce, une véritable comédie.
On le charge, entre autres missions, de rattraper et de mettre en lieu sûr, « à Theure de la liquidation '», une partie du secret du roi, qui, courant les grands chemins avec le chevalier d'Éon, risquait fort de devenir le secret de Polichinelle.
Ce dossier de l'affaire d'Éon est le plus volumineux de tous ceux que nous avons reconstitués. Nous répéterons seulement ici, à propos des soi-disant arguments de d'Éon, ce qu'on disait déjà en vers à Beaumarchais :
On l'invective trop pour qu'il n'ait pas raison.
On voit aussi dans le tome IV des manuscrits de la Comédie- Française, d'où nous extrayons le vers ci-dessus, la preuve détaillée que Beaumarchais ne s'engagea dans cette affaire qu'avec répugnance 3 . Morande, poussé par d'Éon, dut revenir à la charge, pendant un grand mois. Le reproche de lésinerie adressé ici à Beaumarchais maniant les deniers publics n'a aucune portée, et Vergennes le couvrit parfaitement. Nous voyons d'ailleurs dans ses instructions qu'il lui recommande de ne rien terminer. Quant à compter Beaumarchais parmi les victimes de la mystification de la soi-disant chevalière, il y faut renoncer, croyons-nous, et ici H. Bettelheim* a deviné juste. Voici, en effet, le début d'une lettre
1. M. de Loménie se proposait, avons-nous dit, d'arguer de la correspondance de Marie-Thérèse. Voici une note de lui, au crayon, que nous copions textuellement : « Important pour prouver que Marie-Thérèse elle-même no partage pas l'opinion de Kaunitz sur Beaumarchais et qu'elle a demande des explications au roi par Marie-Antoinette sur cette affaire. »
€ Réponse de la reine : « J'avais oublié Beaumarchais, etc...., le roi le regarde comme un fou, etc., etc. » Marie-Thérèse et Marie- Antoinette, par Arnetli, p. 133. Ceci semblerait aussi indiquer que Marie-Thérèse a consenti à ce que Beaumarchais demande à la fin de son Mémoire au' roi, lequel est daté du 15 octobre 1774, tandis que la lettre de Marie-Antoinette est du 16 no- Tcmbre 1774. »
La dernière partie de la note Tait allusion à la fin du Mémoire au roi que nous avons en main, et dont M. de Loménie a reproduit une partie (1, 31)6, sqq.). Le passage visé par M. de Loménie est tome II, p. 254. D'autres passages à décharge se lisent pages 230, 233, 241 ; mais en a-t-on besoin, puisque le pamphlet n'est pas de Beaumarchais?
2. Etudes sur le dix-huitième siècle, de M. Caro, I, 151. — Voy. le Secret du roi, par M. le duc de Broglie, Calniann-Lévy, 1878, t. II, p. 50 i, sqq.