LE BARBIKR DE SÉVILLE; LE MARIAGE DE PIGARO
à l'essor, avec le cliquetis discret des épées de gala, et la discipline parfaite de gens dont chacun sait sa place, un grand cercle se forme; il s'agit d'une lecture.
Autour de l'auteur, trônant sur une estrade 4 , voici d'abord les c filles en cerceau » et les « femmes en fourreau 3 », ayant arboré pour la circonstance les plumets à la quès-aco sur les coiffures à la Marlborough ; en arrière, et au-dessus de ces rangs assis et ondoyants, se dressent les bustes des hommes avec leurs énormes bourses à cheveux balayant les épaules. Leurs petits chapeaux au poing, ils étalent, dans l'ccartement de leurs fracs écarlates à boulons noirs, les enluminures satiriques de leurs gilets à estampes. Toute la galerie des pastels de Latour, de Perronneau et de Chardin est là attentive et minaudière.
L'auteur cependant a lentement ouvert un manuscrit aux faveurs roses 3 sur lequel les plus rapprochés des auditeurs peuvent lire ce titre, écrit en belles lettres moulées : Opuscule comique.
Il le tient d'une main, tandis que l'autre lance, avec les « feux prodigieux » d'un énorme diamant, des gestes expressifs. II débute par un prologue, dont les ratures, visibles de loin, prouvent combien il s'est mis en frais de coquetterie pour son public. Il lit avec entraînement *, s'interrompant à peine pour glisser des remarques; mais, à bon entendeur demi-mot suffit, et toutes portent coup. C'est, comme le fait observer gravement là-bas un des assistants, « une lecture raisonnée 5 ». Et quel commentaire de la pièce se lit en outre sur c sa belle figure *, qu'une baronne très rapprochée de l'estrade 6 , trouve « ouverte, spirituelle, un peu hardie peut-être » comme sa comédie! car les « dames usagées 7 », rougissant sous la poudre et les mouches, ont bien souvent recours à l'infidèle rempart de l'éventail. Mais l'auteur a, comme chacun sait, « le privilège de tout hasarder en se faisant applaudir 8 », et il y ajoute si à propos t la magie d'une lecture adroite ° » !