‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 9 sur 338 · L'ENFANT; L'HORLOGER; LE COURTISAN · texte numérisé non relu

L'ENFANT; L'HORLOGER; LE COURTISAN

jour à leur intendante que de légers débours le laissaient « absolument sans le sol * », avait pignon sur rue et goûtait en bon fils « le bonheur de s'envelopper de toute sa famille * ». Bientôt il suppléera son protecteur défunt dans le rôle honorifique mais dispendieux «de père de la noblesse indigente 3 », en attendant l'occasion aussi glorieuse que ruineuse de mettre des millions au service de son pays.

Ainsi c'est dans la rencontre de Duverney, n'en déplaise aux héritiers Àubertin*, que la destinée complexe de notre auteur prend ses plis et replis, selon le mot de Pascal. Marquons donc ici un de ces punctum vitœ 5 sur lesquels Beaumarchais aimait à philosopher.

11 nous a déjà donné des gages de la souplesse et de la ténacité de son caractère, des ressources de son esprit. Qu'on en juge : venu à la cour une montre à la main, bientôt il y précède gravement, Tépée au côté, c la viande de Sa Majesté » ; puis la plume de secrétaire du roi remplace l'épée de contrôleur de la bouche ; il rend enfin des arrêts très sérieux 6 sur les fleurs de lis, avec le titre sonore de lieutenant-général des bailliage et capitainerie de la varenne du Louvre, tandis que, musicien en titre de Mesdames, intendant officieux de leurs menus plaisirs, familier du Dauphin, qui aime à s'entendre dire ses vérités, il ajoute à tous ces rôles celui de David, de par sa harpe, et a l'honneur rare de distraire parfois le Saûl ennuyé qui règne sur la France.

Mais ces travestis et ces rôles d'emprunt ne nous ont pas encore offert l'occasion de l'étudier d'assez près : nous allons la trouver dans le voyage en Espagne et dans les confidences qu'il provoquera.

Page 1