Diderot, VII. 157, édit. Àssézat
la véritable tragédie sur le théâtre lyrique ! Qu'il s'écrie comme le poète hébreux, dans son 'enthousiasme : Adducite mihi psaltem! c Qu'on m'amène un musicien !» et il le fera naître. * Beaumarchais caressait-il réellement l'espoir de répondre à cet appel enthousiaste de son premier maître ? Nous n'oserions le nier : la lettre qu'il adressait spirituellement « aux abonnés de l'Opéra qui voudraient aimer l'opéra » est si ambitieuse ! Il est évident aussi que l'accent est fort sincère.
Comment s'était formée cette « doctrine ' » sur l'opéra qu'il dit sienne? Notre « fringueneur de guitare » ne sentait pas médiocrement, comme Voltaire, c l'extrême mérite des doubles croches >. Il avait été d'abord un c ramiste > convaincu, et son admiration pour l'auteur des Indes galantes avait dû s'exprimer jadis très bruyamment dans le c coin du roi >, puisqu'il la confiait à la Muse en ces termes :
Rameau, père de l'harmonie,
Quand j'entends traiter tes beaux vers
De raboteuse mélodie
Par des histrions d'Italie
Dignes de nos derniers concerts 1 ....
Puis il s'était à demi converti à la musique italienne, car il écrivait, en 1773, à M. Ménard de Chousy 3 : « Je disposais pour le concert des amateurs une foule de beaux morceaux de musique italienne sur lesquels je m'étais plu à façonner de la poésie française, pour répondre, par des exemples, aux âpres dissertations de M. Rousseau sur la surdité de notre langue, etc. >
L'honneur de cette conversion revenait sans doute au Neveu de Rameau de Pantophile Diderot, et il dut se répéter avec lui in petto : € Si cette musique est sublime, il faut que celle du divin Lulli, de Campra, de Destouches, de Mouret, et même, soit dit entre nous, celle du cher oncle, soit un peu plate 4 . >
Puis il se dit, avec Raguenet et bien d'autres, que les beaux airs italiens « sont des selles à tous chevaux », car son gluckîsme devint