‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 93 sur 338 · Voy. édit. Gudin. VII, 41 ; édit. Fournicr · texte numérisé non relu

Voy. édit. Gudin. VII, 41 ; édit. Fournicr

4. Voy. Correspondance littéraire dite de Grimm, XIV, 306, édit. Tourncux, et les pamphlets cités par M. Gordîcr, p. 78, d'une brutalité plus évidente que leur éloquence.

contemporains, comme une dernière surprise, le spectacle d'un c homme las qui se retire * *? Espérait-il avoir gagné son congé et fait dire de lui comme de l'athlète antique,

Vejanius armis Herculis ad postent fois latet abattus agris.

Son attitude en face des provocations de Mirabeau semble le prouver. C'était un faux calcul. La foule impitoyable le rappelait dans l'arène. Après Mirabeau, Bergasse; après Berçasse, Lecointre. Quelle imprudence aussi ! L'athlète d'Horace s'en était allé aux champs ; le nôtre se doutait bien que ce parti était le plus sage, puisqu'il signait alors t le cultivateur de la Porte Saint-Antoine 3 », et écrivait au seuil de sa demeure : Tombeau du Bonhomme *. Hais il s'avisait d'aller la bâtir en face de la Bastille, c Cet asile est ma Propontide 6 ! * écrivait-il avec toute la naïveté de Candide. Il se mettait sur la route de la Révolution pour la voir passer; elle allait l'emporter dans son tourbillon avant de le rejeter là, tout meurtri de sa rude étreinte.

Mais Beaumarchais était encore trop gai pour chercher des points noirs à l'horizon et deviner le prochain assaut de « la canaille plumitive > derrière les attaques furieuses, mais ouvertes du comte de Mirabeau. Il croyait avoir donné par son silence des gages de sa modération à venir et désarmé la calomnie.

Elle parut faire trêve et Beaumarchais put se délasser de son long duel contre elle, dans sa collaboration avec Salieri.

L'intimité du cœur et de l'esprit la signala des deux parts, et le

1. Ëdit. Gudin, V, 103; voy. aussi IV, 607, sqq„ et édit. Fournicr, 499. S. Êdit. Gudin, IV, 475; Beaumarchais et son temps, II, 378, 445, et passim dans ses papiers.

3. Nous avons pu nous procurer une gravure de la maison de Beaumarchais. Elle reproduit le tableau d'Etienne Bon ho t exposé au Salon de 1817. La vue est prise sur un pavillon d'angle à deux étages, avec portique à colonnes au second; c'est sans doute la fabrique dédiée à Voltaire avec la plume-girouette : Urbi et orbi. La porte est en plein cintre. Sur les tympans, deux figures assises et accoudées sur l'archivolte :1a Seine et la Marne de Jean Goujon, aujourd'hui au musée de Gluny (n" 289 et £)0, dans le jardin, soudées à ses débris). L'aspect en est monumental, mais alourdi et attristé par une couche de neige qui ouate les lignes. Une palissade sépare la rue agitée de l'habitation. Ainsi cernée et drapée de blanc, elle semble porter le deuil du maître dont la dépouille y reposait encore. Au-dessous on lit : Maison de Beaumarchais. Voy. d'autres détails à l'Appendice, n° 29.

4. Voy. édit. Gudin, VU, 165, et Histoire de Beaumarchais, p. 389, édit. Tourneux, avec la dédicace à Lindahl : « Vous arrivés trop tard en France, Mon* sieur Lindal, pour avoir autre chose de moi que mes adieux au Monde, t

fait est remarquable dans l'histoire de l'opéra, où Ton toit si souvent le poète et la poésie également maltraités par le musicien.

Vingt ans après, l'auteur des Danaïdes évoquait encore avec émotion ces souvenirs si flatteurs pour le caractère de Beaumarchais intime, et nous peignait au naturel la sérénité enjouée qui était le ton de la maison, même lorsqu'on s'y livrait à l'austère travail de la composition.

c Tout semblait si tranquille! » s'écriera Salieri, et la familiarité attendrie de ce regret est éloquente ; c'est, en effet, dans la douce paix du foyer qu'allait éclater le scandale de l'affaire Bergasse- Kornman, premier coup de tonnerre d'un orage qui devait durer neuf ans entiers, et amasser autour de Beaumarchais tant de ruines que sa vie serait dévorée jusqu'au bout par le souci cuisant de les .réparer, sans y réussir tout à fait.

L'éloquent adversaire d'Ëschine parle quelque part 1 de ces crises maladives qui rouvrent les vieilles blessures ; l'affaire Korninan fut cette crise pour Beaumarchais.

Gomment, croyant faire son « devoir d'homme sensible et généreux », et méprisant le conseil de Sganarelle à M. Robert, se trouva-t-il impliqué, lui cinquième, dans une affaire scandaleuse où il aurait le privilège d'attirer tous les coups? C'est une histoire que les besoins de sa défense lui ont fait conter par le menu.

Nous échappons heureusement à cette obligation, puisque l'innocence de Beaumarchais 8 et son désintéressement chevaleresque ont été proclamés par les juges et corroborés par son biographe. Dans l'affaire Kornman, Beaumarchais n'avait vu qu'une occasion de prouver une fois de plus son bon cœur, en rendant service à un ami du prince de Nassau et en enlevant une femme aux persécutions d'un mari indigne. Ce qui importe d'ailleurs, c'est moins le fond de celte affaire que le résultat de la guerre de libelles contre Beaumarchais, dont elle ne fut que l'occasion, et dont elle donna le signal.

Hais d'où vint à Bergasse l'audace de s'attaquer au vainqueur de Goezman? Il l'a dit lui-même : «Du silence coupable de Beaumar-

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