‹ Beaumarchais et ses œuvres: précis de sa vie et histoire de son esprit, d'après des documentsChapitre 97 sur 338 · Édit. Fournier · texte numérisé non relu

Édit. Fournier

3. H s'abstint dans le vote sur la Déclaration des droits de l'homme. Voyez d'ailleurs p. 40, sqq. de la brochure pour le Noir citée plus loin : Lettre d'un magistrat de province à M. Bergasse, 1789.

Qui de nous, cherchant à renouer péniblement la chaîne logique des faits que semble rompre la vitesse accélérée de la Révolution, qui de nous ne s'est pris à regretter qu'aucun des grands écrivains qui avaient fait d'avance celte révolution dans les esprits n'ait été le témoin de ses actes, quand elle descendit dans la rue * ? Certes Gracchus Babœuf, renié avec horreur par Jean-Jacques, l'athéisme sanguinaire de Marat, épouvantant Diderot, eussent été pour la postérité de curieuses et de terribles leçons. Mais quel spectacle vaudrait celui de Voltaire témoin tour à tour enthousiaste et désespéré de ce bouleversement qu'il avait prédit et quelque peu commencé, acclamant la déclaration des droits de l'homme, proscrit par la Terreur, fêté par le Directoire, parlant aux Incroyables des roués de la Régence, saluant enfin le début de l'épopée impériale par un vers de Mérope :

Le premier qui fut roi fut un soldat heureux !

Et la longévité de Fontenelle lui eût suffi pour donner au monde ce spectacle. Mais il ne put que désigner aux « jeunes gens * » la Terre promise ; peut-être se fût-il consolé en apprenant que Beaumarchais serait son Aaron. Dans le récit de leur entrevue fait par Gudin 3 , ne semble-t-il pas sacrer son héritier présomptif ou, si l'on veut, légitimer « son bâtard * » ?

c Voltaire, a-t-oh dit avec justesse, ne représente pas plus fidèlement la première moitié du dix-huitième siècle que Figaro la seconde 5 » : c'est l'esprit de Voltaire, à défaut de Voltaire lui-même, qui allait juger les hommes et les choses du nouveau régime ; il était réservé à Figaro d'écrire l'épilogue de Candide.

La dernière période de la vie de Beaumarchais, comme l'histoire de la Révolution elle-même et de ceux qui lui survécurent, est divisée en trois phases distinctes par la Terreur, ce deuxième acte, dont on peut dire, en empruntant un mot de Pascal, qu'il

1. Nous nom apercevons que quelques-unes de nos considérations coïncident ici avec celles de M. Betlelhcim, p. 546, sqq. C'est donc que la pente du sujet y porte, car nous ne l'avions pas lu quand nous les écrivions.

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