ET DOCUMENTS PEU CONNUS
Les documents qui suivent ne sont pas tous de même importance et demandent quelques explications.
Les cinq premières lettres de Beaumarchais sont inédites et forment dossier. Elles sont adresse'es à la même personne et traitent de la même affaire. C'est cette affaire qu'explique tout au long le mémoire inscrit sous le numéro VIL Ceci nous dispense donc d'entrer maintenant dans les détails.
Cette affaire est un épisode de son séjour en Touraine. On sait que Beaumarchais tenait cette belle province en une particulière affection : il tenta d'y installer diverses exploitations agricoles, d'y fonder plusieurs entreprises économiques, couronnées par l'achat à l'État de la plus grande partie de la forêt de Chinon. Paris-Duverney l'aida beaucoup dans l'acquisition de ce domaine considérable, qu'il exploita durant plusieurs années. Devenu propriétaire, Beaumarchais s'éprit en même temps des profits et des charmes de la campagne. Une lettre, publiée par M. de Loménie (t. I, p. 22GI, nous le montre sous le double aspect de propriétaire affairé et d'amateur de paysages champêtres.
Le démêlé qui nous occupe est antérieur à cette importante tentative : il n'en est pas moins intéressant, comme on en jugera. Les lettres qui l'expliquent ont été découvertes par le bibliophile tourangeau Robert Luzarches et léguées par lui, avec ses collections, à la bibliothèque de l'Arsenal (manuscrit n» 7,o53). Au contraire, les deux lettres reproduites sous les numéros VIII et IX ont été déjà publiées, mais dans une collection provinciale, où les historiens de Beaumarchais risqueraient fort de les laisser. C'est pour cela que nous les recueillons.
La galerie des Femmes du siècle passé est une des chansons les plus connues
8o BEAUMARCHAIS
de Beaumarchais. Elle se trouve dans toutes les éditions de ses œuvres. Nous la donnons d'après une copie manuscrite du temps, avec quelques variantes et deux couplets inédits, que nous avons signalés par des astérisques. Le lecteur verra qu'ils sont assez curieux.
La chanson qui suit n'est pas inédite non plus. Elle a été publiée sous le titre de Caractère de la nation française dans le Chansonnier historique du XVIII' siècle. Elle fut composée à l'occasion d'un Henri IV assez ridicule, drame lyrique en trois actes mêlés d'ariettes, dont les paroles étaient de Du Rozoy. " citoyen de Toulouse », et la musique de Martini. Il fut représenté à la Comédie-Italienne, le jeudi 14 novembre 1774.
Ce qu'on n'a pas dit en les imprimant, c'est que ces couplets sont de Beaumarchais. Nous les reproduisons à ce titre. N'est-il pas piquant de voir celui-ci rimer de mauvais vers à la louange du roi et de la reine, au moment même où on les attaquait l'un et l'autre dans une méchante prose, à laquelle il n'était sans doute pas tout à fait étranger et qu'il voulut se donner le mérite d'arrêter à temps? Étrange contradiction. Ajoutons, — sans vouloir faire de la critique trop pointilleuse, — que ces couplets portent vraiment la marque de Beaumarchais. On y trouve bien le laisser aller d'un écrivain, qui pensait qu'on chante ce qu'on ne peut écrire, et jusqu'à cette pointe de polissonnerie intempestive, qu'il ne savait s'empêcher d'introduire dans les plus chastes sujets (1).
Enfin, le mémoire qui termine cette série a été écrit par Beaurparchais au commencement de l'affaire Kornman. C'est un bilboquet de 4 pages in-4<', que Beaumarchais adressa à tous les gens de loi et fit distribuer dans le public, aussitôt après la publication du libelle diffamatoire de Bergasse. La verve de Beaumarchais commençait alors à décroître étrangement. Il ne pouvait plus maintenant répondre au pied levé aux attaques de ses adversaires : les saillies ne venaient plus d'elles-mêmes et il lui fallait chercher des arguments, qui jadis s'offraient si naturellement à sa plume. Il annonça donc sa réponse, comme il devait le faire plus tard, pour la seconde réplique aux nouvelles attaques de Bergasse. En finissant, nous reproduisons ce petit factum, dont M. de Loménie ne parle pas et que les éditeurs de Beaumarchais négligent, à tort, selon nous, car il offre quelque intérêt (2).
(i) L'année suivante on rendit à Beaumarchais la monnaie de sa pièce, et un plaisant fit, sur le même timbre, quelques vers mordants, à l'occasion du Barbier de Scvillc. On les trouvera aussi dans le Recueil Clairambault-Maurcpas (édition Ém. Raunié, t. IX, p. 33).
(2) Il est mentionné dans la Bibliographie de Beaumarchais, par M. Henri Cordicr.
APPENDICE Si
J'ay reçu, Monsieur, le paquet que vous m'ave's adresse' par le Bureau de la marine. Je vous fais mes remercimens de la célérité de cet envoy, en vous en accusant la réception. Le résumé de toutes vos notions me paraît clair et précis et m'ouvre au moins la voye pour entamer une deffense qui deviendra offensive, et dont je n'avois pas la première idée. La vengeance de M. de Louesme sera prompte et entière, si je suis servy de toutes parts comme je le suis de la votre. Il y a un article de votre mémoire qui dit que l'on communiquera les pièces qui font le fondement des demandes de feu M. de Saint-Romain contre feu Souart. Elles sont à Paris. Ne tardés pas, Monsieur, à m'indiqueroù je recevray ces instructions. Si c'est le successeur de M. Dufrène proc, je vais luy faire une visite à ce suget. Si elles sont ailleurs, votre réponse seule peut nous mettre sur la voye. Autre article de votre mémoire. // serait nécessaire, dites-vous, de voir et lire les factums tant du Chatelet que du Parlement. Ils sont fort instructifs et on EN AmERA. Autre objet sur lequel vous pouvés seul me mettre sur la voye, et je vous demande toutes les instructions possible, avec d'autant plus d'empressement que l'arrêt que M= de Noyant a obtenu au Parlement est foudroyant, et ne laisse nul jour à cassation; à moins que l'on ne puisse montrer les plus forts titres contre sa teneur : comme les arrêts antérieurs que vous m'annonces, ou tels autres droits sur les quels ce terrible arrêt n'auroit pas prononcé : ce qui fourniroit peut-être l'ouverture à la requête civille. Dans tous les cas. Monsieur, les soins que vous vous donnercs pour augmenter nos lumières ne seront pas sans fruit pour vous, et c'est une chose de toute équité.
J'ay l'honneur d'être très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
nE Beaum.archais.
Ce 25 juillet 17C6.
SuscRiPTiON : A Monsieur, Monsieur Arvers, avocat en Parlement, de présent à Vouvray, près de Tours, à Tours.
Paris, ce iS aoust 1766.
Je viens de trouver, Monsieur, votre lettre du 7 en arrivant de Rouen. Je suis fâché que mon absence ait dérangé votre départ du 16. J'écris à M. Cottin aujourd'huy pour le prier de vous remettre 36 11. Je vous verray avec plaisir seconder mes intentions pour ramener Mad. de Noyant à la raison. Munissés-vous de toutes les pièces nécessaires à cet objet, car je vous assure quelle a de terribles armes aujourduy dans les mains.
J'ay l'honneur d'être très parfaitement. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
DE Beaumarchais.
SuscRiPTioN : A Monsieur, Monsieur Arvers, avocat à Vouvray, par Tours, à Tours.
Je vous remercie, Monsieur, de la préférence que vous me donnés pour les deux quarteaux de votre vin. Si vous voulés les adresser tout uniment à mon adresse, j'espère qu'ils me parviendront en bon état. Je seray fort aise de vous voir à votre arivée et si je vous suis bon à quelque chose, vous pouvés m'cmployer. Le vieux marquis est mort. Mais ses enfants sont malades et rien n'avance. Nous en raisonerons.
J'ai l'honneur d'être très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
DE Beaumarchais (i).
P.Tris, ce 17 décembre 1766.
SuscRiPTioN : A Monsieur, Monsieur Arvers, avocat, en sa maison des Vcrncrics, à Vouvray, à Tours.
(1) I£n marge, ilc la main il'Arvers : « l.cs Ji'k.v ijuartcaiix de vin partis le 10' mars t-6-, par le carossc de La Rochelle, conduit par le grand Marcon. »
A la Belangeric, ce 8 juillet 1767.
Vous qui estes, Monsieur Arvers, un jurisconsulte très e'clairé vous n'ignore's pas cet axiome de droit qui dit vendre et retenir ne vaut. Vous qui devds avoir des procédés de galant homme avec moy, qui vous veux tant de bien et qui vous en ay déjà donné des preuves non équivoques, croyés vous qu'il soit bien honeste d'envoyer procuration à un nommé Le Blanc, à Vouvray, pour couper en votre nom et vendre des foins que vous m'avés vendus, parce qu'ils sont le seul produit des domaines que je vous ay acheté ? vous qui avés beaucoup de sens cornent etes-vous tombé dans la petite contradiction de me prier en partant de ne pas oublier la coupe des foins et de donner l'argent nécessaire pour leur exploitation, et qui en avés chargé une autre personne, laquelle en a tiré vingt bons francs de Dieu qui m'ont passé par le bec ?
Savés-vous, Monsieur Arvers, l'effet que cela produit dans ce païs ? Chacqu'un me fait des éclats de rire au nez, en disant que vous m'avez mistifié, c'est-à-dire que vous vous êtes moqué de moy, et que je doys m'attendre à tout de votre part. Je ris comme les autres parce que vingt livres de perdu n'est rien. Mais ce qui est bien quelque chose, c'est que vous vous faites par cette petite conduite une réputation détestable. Au vray, je crois que vous rêviés quand vous avés fait cette procuration, car vous n'estes pas un homme à rouer et il n'y a qu'un fripon en titre d'office qui puisse avoir Tintention qu'on vous prette. M. de Miron vous remet cette lettre et est chargé d'aprendre de vous quelle tournure vous donnés à ce fait. Si vous m'avés joué, vous y perdrés plus que moy, je vous jure. Si vous pouvés vous justifier ne tardés pas à le faire, et rectifiés ce qui a été fait par votre ordre, car je ne vous cache pas que ma sœur est outrée contre vous et m'a signifié qu'elle ne voulait jamais vous voir.
J'espère que vous lui donnerés toute satisfaction là dessus et très promptement, car je- me plais à garder de vous l'opinion que j'en ai prise, et je compte que vous ne me ferés pas repentir de m'ètre dit avec plaisir et estime. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Beau.viarchais.
J'envoye à M. de Miron la preuve de votre infidélité que je viens de me procurer, et elle est telle que je ne puis m'empccher d'en être piqué moy-mesme,
car votre procuration est datée du 20 juin, et, le 28, à mon de'part, vous voulie's encore me donner une lettre pour que votre drolle coupât les foins à mes ordres. Tache's de vous tirer de cette maladresse, si vous pouvés.
SuscRiPTioN : A Monsieur, Monsieur Arvers, à Paris.
Je reconnois que la nomme'e Garnier m'a remis un pouvoir du sieur Arvers signé du 20 juin par le quel il authorise les sieurs Le Blanc à vendre trente neuf chenées et demy de prés dépendans de In maison des Verneries, datte du 20 juin 1767 sans aucune approbation de ma part, me reservant tous mes droits quelconques pour raison des dits prés.
Fait au château de la Bclangcric, ce <» juillet 1767.
Ce 14 août 1781 .
J'arrive en ce moment de Bordeaux, Monsieur; sans cela votre lettre ne serait pas restée si longtemps sans réponse. S'il n'y a rien de décidé, ce n'est pas négligence de M. Girault, c'est répugnance de ma part. Je lui ai dit de me montrer clairement que vous étiez propriétaire de ce que vous vendez, et que je me déterminerais sur vos titres ; je les attends de lui, car sans eux, je ne puis rien statuer. Pardon si je n'entre pas dans de plus longs détails ; les affaires qui se sont accumulées pendant une absence de six semaines ont beaucoup multiplié mes occupations.
J'ai l'honneur d'être très parlaitcment, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Caron de Beaumarchais.
SiiscRiPTioN : A Monsieur, Monsieur Arvers, avocat au Parlement, Hôtel d'Anjou, rue Serpente.
CoppiE du mémoire servant de moyens pour M" Jean Baptiste Arvers, ancien avocat au Parlement, et cy devant nommé par arrest du 26 septembre lySS pour faire les fonctions de MiM. les gens du Roy aux requestes de son hostel, à Paris, y demeurant ordinairement, riie Zacharie, paroisse Saint-Séverin, sans attribution de juridiction, et sans aucunement déroger à l'art. 1 1 2 de la coutume du dit Paris.
F.\iT. — Après quelques relations avec M. de Beaumarchais, Lieutenant-général des chasses du Roy, au sujet des affaires des sieurs de Louesme, etc., M. de Beaumarchais invita le sieur Arvers de luy envoyer un essay de vin de Vouvray.
Le 10 mars 1767, M. Arvers satisfit à la réquisition dudit sieur de Beaumarchais, et chargea, à la messagerie du bureau des carosses de Tours, deux gros quarteaux ou tiercins de vin blanc, pour le compte dudit sieur de Beaumarchais. Ils luy sont parvenus, le fait est constant.
Au commencement du mois d'avril suivant, ledit sieur Arvers se rendit à Paris, et se transporta chez ledit sieur de Beaumarchais. Cet envoy fut arresté entr'eux à la somme de 100 livres.
Comme cet objet estoit destiné par M. Arvers pour se procurer quelque habillement, ledit sieur de Beaumarchais donna ordre aussitost au sieur Franckaërt, son tailleur ordinaire depuis plus de douze ans, de fournir au dit sieur Arvers tout ce qu'il auroit besoin.
Une circonstance singulliere c'est que, le i5may aussy suivant, M. Arvers passa promesse audit sieur de Beaumarchais pour la vente de tout son domaine ; l'écrit est double entre les parties, les conditions sont icy indifférentes, quoyque sans exécution jusqu'à présent.
Au mois de juin, le sieur de Beaumarchais se rendit en province pour quelques affaires particulières, ayant laissé ordre, avant son départ, au nommé Laurent, un de ses domestiques, et auquel il avoit confié le soin de sa maison, de ne pas manquer de me conduire chez son tailleur ledit Franckaërt, et de me faire et fournir tout ce qui me conviendroit.
Au commencement de juillet de la même année, M. Arvers, sur le point de s'en revenir en province, se transporta avec ledit Laurent chez le tailleur en question, qu'il ne connoissoit que de l'avoir veu plusieurs fois chez ledit sieur de Beaumarchais, et lui commanda les ouvrages contenus au mémoire dont il s'agist.
Une observation importante et digne d'attention, c'est que le tout fut apporté riie de Condé, à l'hostel dudit sieur de Beaumarchais, et, en suitte, riie Zacharie près Saint-Séverin, à l'appartement dudit M. Arvers par le tailleur et son i^arson.
Vers le milieu du mois de septembre suivant, le sieur de Beaumarchais vint à Vouvray.avec une grande apparence de vouloir terminer avec ledit M. Arvers, et il fut convenu, au pre'alable, qu'il seroit dresse' procès-verbal de Testai des dommaines, ce qui y a étéexécutté par M« Martineau, notaire royal audit Vouvray, en conse'quence du pouvoir donné par écrit par ledit sieur de Beaumarchais.
Tous ces faits sont exacts, et on ne peut refîuser d'appeller, et mettre en cause ledit sieur de Beaumarchais, le tout soubs les re'servcs et prestations dudit M. Arvers, etc.
Messieurs, j'allais partir de Rochefort pour me rendre en cette ville, lorsque M. de La Touche a reçu un courrier de M. de Sartine, qui le forçait d'en dépêcher un à Nantes, un à La Rochelle et un à Bordeaux. Je me suis chargé du dernier, pour vous, avec d'autant plus de plaisir, qu'il m'est très agréable d'être porteur d'une nouvelle aussi intéressante pour le commerce. Je ne perds pas un instant de vous la faire parvenir à mon arrivée et j'ai l'honneur d'être, avec la plus haute considération, messieurs, votre très humble et très obéissafit serviteur.