II
L'année suivante, en revenant de la campagne, je trouvais au milieu de la correspondance arriérée qui m'attendait chez moi une lettre, gravée chez Stem, ainsi conçue :
Madame Veuve Pérouska a Hionneur de vous faire part du mariage de Madame Veuve Beaumignon, née Pérouska, sa fille, avec Monsieur le comte Ogolowski,
attaché au Ministère des Affaires Étrangères, et vous prie d'assister à la bénédiction nuptiale ([ui aura lieu le 10 Octobre 1884, à midi précis, à l'église Saint- Germain-des-Prés.
C'est, paraît-il, un excellent ménage. Ils sont fort heureux et, comme dans les contes de Fées, ils ont beaucoup d'enfants.
VIEUX BEUGEÂU
A Alphonse Daudet.
J'ai trouvé, l'autre jour, oublié dans un fiacre, un petit cahier relié en toile bise. Pas d'adresse, pas de nom. Des notes, des réflexions, des chiffres, des heures de rendez-vous d'affaires, des fragments d'un journal intime, et, de ci, de là, quelques cro-
quis au crayon, le tout jeté au hasard de la page et de la vie, sans lien, sans suite, sans l'ombre de prétention. Le cœur humain est toujours intéressant à voir, surtout par le trou d'une serrure, et, ma foi tant pis, je risque quelques feuillets de ma trouvaille. Ce n'est pas délicat, mais cela se fait dans le meilleur monde ; je copie donc textuellement et sans vergogne.
Enfants d'un jour, ô nouveau-nés !
Pour le bonheur que vous donnez A vous voir dormir dans vos langes,
Espoir des nids,
Soyez bénis,
Chers anges !
En rentrant déjeuner, je me suis heurté,
dans le corridor, contre le berceau qu'on avait enlevé de notre chambre, afin de faire place au grand lit, au grand lit d'un mètre. Bébé ne pouvait plus tenir dedans. Depuis quinze jours, sa mère était obligée de se i^éveiller pour remettre sous la couverture une jambe trop indépendante qui s'étendait soit à droite, soit à gauche, sur le rebord rembourré. La fillette aurait fini par s'enrhumer et, d'ailleurs, elle était mal, sans cela elle n'aurait pas tant remué.
Nous nous sommes donc décidés à acheter un lit.
Nous avons trouvé notre affaire au Louvre : un petit lit en fer sans dorures — nous avons horreur de Tor — avec un bon sommier recouvert d'un joli coutil damassé. Je l'ai essayé, il est très doux, et Fifille va dormir dessus tout à son aise.
Et voilà pourquoi, ce matin, on a enlevé le berceau pour le monter à la chambre de débarras. Le nouveau venu a chassé l'hôte déjà vieux,
C'est bête, mais en regardant ce pauvre berceau qui avait l'air si triste, si humilié, si abandonné, j'ai eu envie de pleurer. Machinalement, ma main s'est posée sur lui comme si je voulais le consoler par une dernière caresse. C'est une bien dure épreuve pour lui, et il n'y a pas qu'en politique que la Roche Tarpéienne est prèsdu Capitole ; les meubles aussi ont leur apothéose et leur chambre de débarras.
Il était là, adossé au mur, désemparé comme un vaisseau de guerre hors de service ; plus de rideaux, plus de filet, plus de soie, plus de guipures. On voyait maintenant, entre les feuilles de journaux mal jointes qui l'empaquetaient, les blessures que le temps avait faites à son'armature métallique, autrefois si pimpante sous sa peinture blanche. Je ne l'avouerai à personne, car on se moquerait de moi, mais je sons que ces morceaux de fer emporteront, dans la mansarde où ils vont êtes relégués, un peu de ma chair et de mon âme.
Je le vois encore, le jour de ses débuts, lorsqu'il reçut rainée, la grrrande demoiselle dont j'entends les gammes en ce moment, et qui avait alors les proportions d'une botte d'asperges de moyenne taille. Etait-il triomphant ce berceau,
■" 'J^^l tout blanc dans la mousseline et
SFvi les dentelles, un peu emprunté
■l^j? sous ses vêtements neufs, et so-
.^^^■jÉ lennel sous les rideaux dont les
WK WnLi longs plis traînaient à terre, mais portant gaiement, comme une oriflamme, le gros nœud de soie rose qui annonçait à tous la bonne nouvelle !
D'un seul coup, il était devenu de la famille, presque autant que le petit être qui dormait là, dans son bonnet ruche et sa brassière trop grande. Oui, à partir de ce jour, il fut des nôtres, le berceau, et il n'y eut pas de fête à la maison sans qu'il y jouât son rôle.
Dans presque tous les souvenirs de ma vie, il se glisse une ombre ; celui-là est resté très pur, très doux, très lumineux. Lorsque j'ai eu un chagrin, c'est ce petit lit qui m'a consolé ; lorsqu'un bonheur est entré chez moi, c'est avec lui que j'ai été le partager.
11 a aussi vu des jours sombres, mais quel est le voyageur qui se rappelle les fatigues de la route, lorsqu'il se retrouve chez lui, étendu, les pieds
aux chenets, dans un fauteuil moelleux ? Maintenant que je suis à l'abri, je prends presque plaisir à évoquer les heures amères.
Et d'abord la première séparation. Brr !.... le vilain moment ! A tous les carrefours, la France sonnait le ralliement ; de grandes affiches blanches battaient le rappel, il fallait aller manœuvrer pendant vingt-huit jours — un siècle ! — dans les plaines de la Normandie — au bout du monde !
Je décrochai le sabre, pendu pacifiquement dans un cabinet noir, entre une robede bal retournée,- de crainte delà poussière, et un plan de Paris oublié, je vissai mes éperons, je bouclai mon ceinturon sous le dolman et j'entrai dire adieu à ma fille.
La chambre, dans la débandade d'un départ précipité, n'était éclairée que par la lumière vague d'une veilleuse afin de ne pas réveiller bébé. La pouponne dormait, toute rose de la chaleur du lit, la tête à moitié enfouie dans l'oreiller, pelotonnée sur elle-même ; elle avait des petites boucles blondes qui frisaient à la nuque ; sa bouche entr'ouverte laissait passer une respiration égale et tranquille. J'avais levé un des rideaux et je regardais longtemps cette mignonne créature qui tenait tant de place dans notre cœur à tous. A ce moment j'aurais donné
vingt ans de mon existence pour ne pas quitter ce berceau, il me semblait qu'on exigeait de moi un sacrifice impossible et barbare, je m'apitoyais sur mon propre sort ; j'étais tout à fait idiot. Ma mère et ma femme pleuraient dans un coin ; j'aurais été com])attre le shah de Perse que nous n'aurions pas été plus désolés. Ce jour-là nous crûmes tous que c'était arrivé.
Ah! les bonnes tristesses! et comme nous en avons ri depuis !
Mais le berceau a vu des douleurs plus sérieuses que celle-là. La maladie est venue nous visiter, et souvent hélas !
L'enfant est d'une pâleur verte, les yeux enfoncés sont cerclés de bleu, la bouche est pincée, le front est grave. Elle s'est retournée vers l'ombre. Dortelle? On ne sait. Elle est immobile, mais elle se plaint de temps en temps. Debout et muets, nous passons des heures auprès d'elle, épiant un geste, un mouvement des paupières; nous évitons de nous regarder, sa mère et moi, car si la parole peut mentir, nos yeux rougis trahiraient les angoisses que nous voulons réciproquement nous cacher, et le grand silence de la nuit qui semble si longue près d'un malade, n'est interrompu que par le tictac monotone de la pendule ou le roulement lointain d'une voiture attardée. — Oh ! que l'aube est lente avenir! Et encore qu'est-ce que le lendemain
YIEUX BERCEAU
va nous apporter? Le mieux, la guérison, ou ?
Il y a des mots qui n'existent pas pour un père, ou qu'il ne peut prononcer.
Bébé est toujours immobile, mais elle ne geint plus. La peau est moins sèche, la respiration moins courte. Elle n'a pas retiré brusquement sa pe-
tite main brûlante de la mienne, comme tout à l'heure ; cette fois elle dort. Le jour gris de décembre glisse dans la pièce, entre les rideaux. La porte s'ouvre doucement, par saccades; c'est la grand'mère, qui, elle non plus, n'a guère dormi et qui vient prendre des nouvelles de la malade. On marche sur la pointe des pieds, on se parle très bas, par monosyllabes, presque par gestes ; on regarde la pendule : huit heures, et le médecin ne vient qu'à dix heures!... Deux véritables années d'angoisses! Enfin le voilà, il arrive avant l'heure promise.
— Eh bien, la nuit?
— Heu, pas trop bonne
— Ah ! vous n'êtes pas raisonnables, toujours les mêmes... Que diriez- vous donc si vous étiez devant une maladie grave!... Allons, ouvrez les rideaux que j'y voie.
Mais la flèche vient de remuer ; l'enfant est réveillée. Elle promène les yeux autour d'elle, l'air fatigué et indécis, mais sans ce pli sombre entre les sourcils qui met le masque de la souffrance sur ces visages bien-aimés. Elle a vu sa mère : « Maman » ... Oh! ce mot-là ! voilà cinq jours qu'elle ne l'a prononcé; comme il sonne clair à l'oreille et chaud au cœur! Allons, la voilà sauvée... encore une fausse alerte. Je cours au bazar acheter un polichinelle.
Que je la regrette, ma douce bercelonette, elle dans laquelle ont dormi^mes trois enfants, elle qui emporte — la-Iiaut, au cinquième — sept ans d'une vie heureuse ; je la regrette, car, en me quittant, elle me rappelle que les petits grandissent et que les bébés deviennent des hommes. Des hommes, déjà!... Chers anges, ne vous pressez pas tant, et laissez-moi encore vous ôter vos petits vêtements, comme autrefois, auprès du feu. Vous rappelezvous nos bonnes parties? Vous vous disputiez pour savoir qui serait déshabillé le premier par moi. Afin de ne pas faire de jaloux, j'enlevais une manche à l'un, une manche à l'autre, un bas à celui-ci, un bas à celui-là, et, une fois les longues chemises de nuit enfilées, nous terminions la séance par un steeple-chase effréné sur mes genoux.
Et maintenant? Les lauriers sont coupés. Ces grands lits dont vous êtes si fiers devront me rendre sage ; le « papa » va relayer pour laisser la place au « père », je n'oserai plus vous appeler Kiki, ni Didi, ni -^-^>
Fifille; vous aurez des noms, des ,/1fî .
vrais noms et je ne pourrai plus J^ ■^ ' embrasser vos pieds roses. ^^wv?^ I
Les voyageurs pour la vie, en voiture ! '
Ah ! décidément voilà une vilaine journée, et jamais je n'aurais cru qu'un meuble de plus ou de
moins dans une chambre, pût faire ainsi saigner le cœur. C'est égal, quand je serai sûr de ne pas être vu, j'irai causer dans sa triste retraite, avec le vieux berceau, il verra du moins que je ne suis pas un ami ingrat
Enfants d'un jour, ô nouveau-nés, Pour le bonheur que vous donnez A vous voir dormir dans vos langes,
Espoir des nids
Soyez bénis
Chers anses.
Des vers de Daudet, des vers des Amoureuses, du Daudet première manière ! Je crois, Dieu me pardonne, que mon bourgeois a de la littérature.
A Pierre de La Rochefoucauld, duc de La Roche-Guyon.
J'ai encore à fleur de peau l'impression produite par le premier coup de fusil que j'entendis. Certains sons, certains parfums, certaines lectures qui, au point de vue physique et réel, sont si peu importants, prennent une place énorme dans la vie. Il y a de ces grains de sable qui paraissent des rocs gigantesques et que le temps, ce grand limeur, ne parvient pas à user, ni même à déplacer.
A la fin d'Août, en 1870, j'avais été détaché au Génie, pour diriger les travaux de défense qu'on exécutait à Brimborion. Cette adorable colline boisée
qui domine Sèvres et le cours de la Seine, est bien connue des Parisiens qui vont le dimanche manger une friture au Bas-Meudon ; c'est en tout temps un des plus jolis sites des environs de Paris, mais, à ce moment, c'était uniquement un point stratégique important.
La garnison de la future redoute se composait d'un élève de l'École Polytechnique, de deux mobiles de Seine-et-Marne et de moi. J'avais un chassepot et neuf cartouches; Charmas qui était plus myope qu'Alphonse Daudet, était arméde son épée de Polytechnicien— la tangente — et d'un revolver de poche, grand comme la main, qui portait à quinze pas. Quant aux deux mobiles, vêtus de vareuses en toile bise à pattes écarlates, ils étaient totalement dépourvus d'engins meurtriers. Avec leur ceinturon pacifique, leur bonne figure rougeaude, leur air embarrassé et un peu bêta, ils avaient plutôt l'aspect de collégiens en rupture de bancs, que de farouches soldats ivres de sang et de carnage.
Je demandai des armes pour « mes hommes » au commandant du Génie, sous les ordres duquel je me trouvais ; on me répondit que « mes hommes » seraient armés en même temps que leur bataillon. Quand?... Mystère.
Devant une situation aussi critique. Charmas, qui avait le titre d'officier de place (!) et moi, nous nous réunîmes en conseil de guerre et il fut décidé,
à l'unanimité, que tous les deux, en cas d'attaque, nous tiendrions tête à l'ennemi, lui avec son revolver, moi avec mon chassepot. Pendant le combat, la garnison, — nos mobiles — resterait en réserve ; elle viendrait nous remplacer, en se servant de nos armes, lorsque nous serions tués ou blessés.
Il ne faut pas rire de notre naïveté. Dans cette misérable campagne, le grotesque a souvent coudoyé le terrible, et je jure que mon Polytechnicien et moi nous étions de bonne foi, très sérieux et tout à fait décidés à exécuter notre plan de bataille.
La révolution mit fin à cette farce à l'Offenbach. Le 6 septembre, nos deux moblots retournèrent à leur bataillon et furent remplacés auprès de nous par une compagnie de cet héroïque 35' de ligne qui se conduisit si admirablement pendant le siège.
Comme le colimaçon qui rentre dans sa coquille à l'approche du danger, la grande ville se tassait devant l'arrivée des Prussiens; les villages suburbains devenaient peu à peu déserts et silencieux. On ne voyait pas la bête, mais on la sentait venir.
Le capitaine de la compagnie comprit qu'il était prudent de veiller et de s'éclairer. Le 14, il commença à faire exécuter à ses hommes des reconnaissances dans les bois qui nous séparaient de Versailles.
Avec rinsouciance de mon âge, la vie nouvelle que je menais me ravissait et je nageais en plein rêve. Piétinant d'impatience de n'avoir à diriger que des terrassiers, je recherchais constamment l'occasion de me signaler dans une action d'éclat extraordinaire afin de gagner, du premier coup, la gloire d'un Bavard ou d'un Napoléon. Un jour, je n'y tins plus et je demandai en tremblant au capitaine l'autorisation d'accompagner la prochaine ronde.
Les balles n'avaient pas encore fait, dans mon bataillon, les vides qui m'amenèrent plus tard à être lieutenant ; malgré mes humbles sardines d'or, le capitaine, qui ne prenait pas, je crois, mon militarisme au sérieux, m'avait toujours traité en égal. 11 était froid, réservé, d'une distinction presque hautaine, mais sans raideur et sans rudesse.
— Volontiers, me répondit-il. Mes sergents sont sur les dents, et celui qui devait venir avec nous cette nuit est malade ; vous le remplacerez. Nous partirons du château de Meudon à onze heures.
Si j'avais osé, j'aurais embrassé mon interlocuteur.
Nous étions le 17, c'est-à-dire deux jours avant l'investissement de la capitale; le télégraphe était
partout coupé, excepté vers Paris. La veille, on avait trouvé, à un kilomètre de Bellevue, un gendarme porteur d'une dépêche, le crâne fracassé et la sacoche vide, gisant, au milieu de la route, dans une mare de sang. Évidemment la vermine noire avançait.
A l'heure dite, j'étais dans la cour des communs du château. Douze lignards étaient déjà réunis près du mur de la cantine.
Aux commandements du capitaine, prononcés à demi-voix, on s'aligna, on se numérota, on chargea les fusils.
— Par le flanc droite, sans doubler — En avant marche. — Et surtout le plus profond silence.
Nous entrâmes sous bois.
Ah ! la belle nuit ! Dans sa placidité limpide, la lune avait jeté un voile bleuâtre sur la nature, qui semblait goûter un voluptueux sommeil . Les teintes sombres des taillis se découpaient avec des dégradations insensibles sur la nappe argentée des gazons. Quelques arbres, rougis déjà par l'automne, accrochaient la lumière et la renvoyaient en ricochets, dans la pénombre des fourrés. Grâce à l'humidité de l'atmosphère qui entourait jusqu'aux premiers plans d'un léger brouillard, le paysage respirait une douceur infinie, pleine de recueillement et de poésie .
A droite, à gauche, devant, derrière soi, l'ombre s'étendait capricieuse, immense, insondable, et donnait au bois l'aspect d'une forêt enchantée, peuplée de sylphes et de gnomes. L'odeur amère et pénétrante des feuilles, mouillées par la rosée, que faisait frissonner le souffle de la nuit, mêlée au parfum capiteux des fleurs sauvages, montait au cerveau et produisait une ivresse troublante.
Je pensais à la peinture de Corot, à L'heure du mystère, de Schumann, au Songe d'une nuit d'été, et à bien d'autres choses encore, mais certainement ni aux Prussiens, ni à Paris, ni à la guerre, ni à la reconnaissance, lorsqu'un coup de fusil me rejeta brutalement dans la réalité. Une lueur rouge, rapide comme un éclair, déchirant l'ombre du bois, une détonation qui me sembla formidable dans ce grand silence, un sifflement semblable au vol d'un insecte, le bruit sec d'une branche cassée au-dessus de ma tête et ce fut tout.
Ce fut tout, mais de ma vie, je n'oublierai ce coup de fusil, car j'ai eu, dans le moment, la plus belle peur qu'il soit possible à une créature humaine de ressentir. Oui, depuis, la détonation du Dreys a souvent frappé mon oreille; certains jours, les coups de ce fusil maudit étaient si nombreux, si précipités qu'il était impossible d'entendre sa propre voix, et qu'on se serait cru sous la couverture vitrée d'une gare, pendant une grêle effroyable ; mais ja-
mais, jamais je n'ai eu la même impression que la nuit de ma première reconnaissance.
— Halte! commanda le capitaine, d'une voix aussi calme que s'il eût demandé l'annuaire au Helder. Tout le monde sous bois.
Quant à lui, il tira son sabre posément, comme à la parade, et droit sur la route, sous les rayons de la lune qui faisaient miroiter sa légion d'honneur et les boutons de sa tunique :
— Que le lâche qui vient de faire feu, me frappe donc, dit-il, d'un ton clair et ferme. Je l'en défie, car nous saurions oii il se cache.
Il resta ainsi une minute, ce fou héroïque, une minute qui me parut un siècle, puis il vint à moi, dans le taillis où nous étions rentrés.
— Sergent, prenez six hommes et fouillez le bois. Si vous êtes attaqué, vous vous replierez sur moi et nous tâcherons de regagner la redoute où nos coups » de feu donneront en tout cas l'éveil. Allez, baïonnette au canon.
Si je disais que je ne tâtonnai pas en ajustant mon sabre au canon de mon fusil, et que ma main était très ferme, je serais certainement à côté de la vérité. Mais le cœur m'était tout de même un peu revenu et puis l'amour-propre s'en mêlait ; je ne
voulais pas que mon pantalon bleu de mobile restât en arrière des pantalons rouges, et le meilleur moyen