SMYRNE
Les Grecs sortis du quartier d'Ephése nommé Smynia, n'avaient bâti que des hameaux au fond du golfe qui depuis a porté le nom de leur première patrie. Alexandre voulut les rassembler , et leur fit construire une ville pires la rivière Mélès ; Antigone commença cet ouvrage par ses ordres , et Lysimaque le finit.
3i4 Une situation aussi heureuse que celle de Smyrne était digne du fondateur d'ÂIezan** drie , et devait assurer la prospérité de cet éta^ blissement. Admise par. lee viUest è^Ionie- i partager leis arantages de kur confédération > ce tto ville devînt bieot^ le œiitre da com-^ -merce de l?Âsie mineure \ soa luxé y attira' tous Jes arts; ellefot décorée d'^dîficea superbes, .et remplie d'une foule d'étrangers qui ve^ naient l'enrichir des produetioas de kurpajrs, admirer ses merveilles, chanter avecsespoëies, . et s'iasuruire avec ^ts philoeophes^ Un dialecte .plus dous^ prêtât un nouveau charme à cette ^éloquence^qui paraissait un attribut des Grecs« .La beauté du climAt semblait influer snr c^lle des individus , qui offiraient aux artistes des .modèles à l'aide deaqnek ils fusaient concmt* tre au reste du monde la natture et l'art réunis dans leur perfection. Ses heureux cito^ens^souv mis à l'autoriié des lois , ne virent s'élever , parmi eux aucun de ces tjrrans ^ui opprime^ rent tant de villes: grecques, et .les Remains . même , qui avai0nt Tijujustice de vouloir Atre «euls libres dans l'univ^s , respectèrent le bonheur 4o Smyrne > et hû latâ&èrent au moins ceue ombre de liberté, le pka ^and des biens après la liber té même. '
l^Wc était une des villes qui |:evendiqui|iem
3i5 rhonneur d'avoir vu naître Homère. On moniirait sur lea bords du Mélès, le lieu où Crj^h^is, sa mére^ lui avait donné le jour, et la caverne où il se retirait pour cojmposer. se^,vei;s iijr^mprtels; un monument élevé à. sa gloire j, et qui portait son nom> prései^t^t^ au mllieia de la ville, de vastes portiques sous le^^^M fie rassemblaient les citpyensî enljo. Jewrjs monnajcs , portaient son ipage ,, cpmmç s*ils ^ufsent reconnu pour souverain le .génie qui les hq^o*^ rait,
S/nyme conserva \^s restes pj^qcjcmjli de çew^ prospérité, jqjsqu^'à répp4jue oà r(ezi^)trAçut.à lutter cOQ^e des. barbares, qi^ fondirent avjed toute 1 énergie dp fanatisn^e sur un peuple ^ qui n'était que superstitie||ix , jet d^n^t les aoui^^? rains assemblaient des çoi^c^es ,çim\iâ jifol^ lait lever des armées» Elle fut .prise par hk Turcs , reprise par le§ ÇrecB> tqpjpu^ p^ée^ toujours détruite» Au çommenç(^inent diu treizième siècle^ il p'en existât plus.qqe Ijçs ruiner et la citadelle^ qui fut réparée p^r Vemp^reiir Jean Conmène , mort en iaa4* Cettç Co^tore^se ne put résister; aux ajttdques di^spir^içes, turcs , dont elle fut souvent la rési^te^ç^e., .Oia^é le& efforts des cheyalierfl^dç]^l^od^s,qiii, maîssanf^ une circonstance £ai[or^l:4§> pwvjnreat à y construire cm iox%^ et k ^'j.mwieiik,;^ m/m
3i6 Tamerlan prit en quatorze jours cette place , que Bajazet bloquait inutilement depuis isept ans.
Smyrne ne commença à sortir de ses ruines que lorsque les Turcs furent entièrement mai* très de lempire; alors sa situation lui rendit les avantages que la guerre lui avait fait per-
n dre : elle redevint l'entrepôt du commerce de ces contrées ; les habitans rassurés abandonné-r rent le sommet des montagnes , et bâtirent de nouvelles maisons sur le bord de la mer» Ces constructions modernes ont été faites avec les marbres de tous les monumens anciens, dont il reste à peine des fragmens, et Ton ne re-r
^ trouve plus que la place du stade ^ du théâtre. On chercherait vainement à reconnaître les vestiges «de fondation, ou quelques pans de murailles qui s'aperçorvent entre la forteresse et l'emplacement de la ville actuelle.
On n'est point frappé en arrivant à Smjrrne, comme on l'est à Amsterdam ou à Bordeaux , de cet extérieur de richesses et de magnificence que produit un commerce considérable. Les sujets du grand -seigneur, occupés d*augr menter leur fortune, s occupent encore plus soigueasement de la cacher; et toujours tremblans, ils n'osent en jouir dans la crainte de U perd le» Le danger presque contiaueldes inçei;?
3.7 ^iei et des tremblemens de terre est un nou* veau motif qui les empêche d'élever de grands édifices, et toutes les maisons sont construites en bois, excepté les mosquées, les bézestins et quelques caravansérails*, mais pour apprécier la ville de Smyrne, il faut arrêter ses regards sur rétendue et sur la sûreté de son port, il faut compter cette foule de navires de toutes les nations qui, toujours en mouvement^ toujoars remplacés, font de cette échelle le marché I0 plus fréquenté du Levant, çt lentrepôt du commercé de TAsie mineure, comme Alep est celui des productions et des besoins de l'Asie méridionaleé Mais en Syrie , le négociant , placé dans Tintérieur des terres, a moins de facilités pour se soustraire aux vexations des Turcs, et attend souvent en vain la ctravane qui lui apporte ses effets d'Alexandrette , et que des brigands ont dépouillée; au Caire, il est relégué dans une enceinte étroite où souvent même on Fassiége^ toujours exposé aux caprices de ces douze despotes, qui, réunis ou divisés, sont également redoutables au pajs malheureux qu'ils prétendent gouverner, et qui, abusant de la situation des étrangers, ne leur laissent, ni la liberté de ne pas vendre, ni celle de refuser un achat désavantageux; à Constantinople 5 le négociant est circonscrit
3i8 dans le cercle (jué l'Intérêt nadonala êiè forcé de tracer, afin aopj^osèr des négocians rëunis {>our Vendre , à des corps de marcliands tou^ Jours ligués pAir acheter; il est gêné par une» foule de régîemens, et ses spéculatbns sont restreintes à là consommation de la capitale, qui^ quoique très-c6usidérablè , a cependant des bornes contioes; enfin il ne jouit réellement de t#a9 lesf àvanfages de son état, que lorsque s'éievànt h une coiùnaissancé parfaite des relation® de Constantinople avec les placés correspondantes , il peut opérer de manière à profiter de toutes les combinaisons du change, ei faire circuler utilement et avec rapidité son ai*gènt et son papier, signe de son crédit.
Les comm'erçans de Smyme sont bien plus beu^ecfk : ils jouissent de tous les agrémens que peuvent offrir un beau ciel , un pays fertile, et une liberté fondée sur le caractère doux et humain des Turcs qui rhabîtent. La rue des Francs , dans laquelle ils sont réunis , offre Taspéci d'une ville européenne, et toutes les jouissances que là société et les relations du commerce peuvent ajouter aux moyens d^ûugmenter leur fortune. Dans aucune place du Levant leurs spéculations ne pourraient être aussi étendues et aussi utiles : c'est pour eux qu'arrivent successivement les riches cara-
vanes dç Tokat, d!ÂQgora| de Brousse, de CogQ4 > dje Sataliei d'Er^érluaetdeDiaffbékirf e)le8 multipUent les laatièires de learjéchaoges^ et leur ofireut àes moyens aTûnugeux de renvoyer, d^ns leur patrie la valeur des productions qu'ils, en ont tirées^ ^ li: : i^ ■>
On apporte à Smjnie des diraps de France^ d'Angleterre et de Hollande/, des soies de Ve-ï nise^ des soieries d'Italie» des étoffes de hjon, d'or et d'argent y des galons ; du café de nos iiles, de Tindigo de Saint-Domingue , de la Caroline et de la Louisiane; du sucre, de la cochenille » des épiceries ^ du papier, des verreries et quincailleries de Venise et d'Allemagne \ des kara-groufs , monnaie de Hongrie ; du fer, de Tétain, du plomb, du verdet et du bois pour la teinture». r
On exporte le cotop qae fournissent si abondamment les pli^^ça ie^Kirkagaçh et de Ma^ gnésiej le coton filé t^ipit en rouge, ,les su-* perbes toisons djes qbèyres d'Angara, les soieS' de Perse, des (^pls ^e Xsàne^ des étoffes de fil , de la gataççi? ,, d^s droguas ,. de la cire , des cuirs , des éponges , des figues et des raisins secs*
Smjrne contient envjron cent mille habîtans; soixante à soixante -cinq mille turcs, vingt et un mille grecs, dix mille juifs, cinq à
six mille armëiMens et deux cents européens^ I| faut ajouter un assez grand nombre de doinestiques et d'ouvriers de leurs nations. La Porte y envoie tous les ans un nouveau gouverneur : c'est un homme de loi, qui sous le litre de cadi, juge civil et criminel, a sous ses ordres le lieutenant de poUce et le chef des janissaires ; il choisit quelques-uns àes principaux habitans dont il compose son conseil , pour lequel il a ordinairement fort peu de dé-* férence.
( ^^^S^ pittoresque de- la Grèce ^ par M. le comte de Choiseul-GoufEer. )