DE L'ARCHIPEL
Lé voyageur qui parcourtl* Archipel éprouve à chaque pas les émotions les plus douces et les plus variées : c'est un hommage involontaire qu'il rend aux lieux qui ont vu naître les grands hommes, ou qui conservent leurs cen^ dres. Il arrive à Paros : c'est là que naquit te poète Archiloque, qui partagea avec Homère l'honneur d'avoir étendu tes limites de Tart. A Céos , il se rappelle Simonide qui eut Pindare pour élève , Bacchylide qui l'eut pour rival , et ce Prodicus^ célèbre par ses sophismes et son éloquence. Cos fut le berceau d'Hîppocrate ; Samos, de Pj^thagore-, LesboS; d'Alcée et de
3a< Sapho( Seyros contribua aussi à rhonneur de la Grèce ; elle ne fut point célèbre par sa puissance ^ ou par le commerce de ses habitans ; mais c'est dans cette lie que reçut le jour un des premiers philosophes de rantiquité^PUèT récide ; un seul mot fera son éloge : il fut le maitre de Pjthagore. Scyros n'est aujourd'hui qu'une petite ville , située sur la pointe d'une montagne; tous les habitans de TUe y sont rassemblé au nombre de quatre mille , et l'on ne trouve dans Tintérieur du pays que les ruines des villages qu'ils ont abandonnés, ^
<( L'île de Paros est une des Cyclades les plus célèbres. Ses richesses et sa population lui donnèrent toujours une grande influence sur le sort des iles voisines y et le courage de se^ habitans assura long-temps son bonheur et sa liberté. Miltiade les attaqua inuéIement,-»Thémistocle^plus heureux^ soumit cette île au pouvoir des Athéniens. Mithridate la compta parmi ses nombreuses possessions, jusqu'à Tinstant .où il fut forcé de céder aux#armes de Sjrlla et de LucuUus toutes les îles de la mer Egée > qui ne furent plus aUrs que la faible partie d'une province romaine. L'histoire de l'empire grec parle rarement de Pîfros. A l'époque
die là deirftfuctîon de cet empîrè , elle devint / ainsi que les autres Cyclades , le partage du Vénitien Maifc Sahudo , à qui ses armes donnèrent des droits sur une partie de TArchipel ; enfin elle fût envahie avec la moitié du monde par leS' successeurs de Mahomet, Le fameux Barberôusse la conquit sous Soliman II.
(( La population de l'île de Paros est au jour* d'hui peu nombreuse ; les Russes, dans la dernière guerre, Tavaient choisie avec raison pour en faire l'entrepôt de leurs forces. Le séjour des troupe en a chassé une partie des habitant ; tout y porte l'empreinte de la destruction * L'ile est couverte des débris les plus riches* Ces restes dé la magnificence des anciens n'ont servi depuis long -temps qu'à construire des chaumières, et ces chaumièresiiièmé sont aujourd'hui abandontiéêà. Paréchia, bàtié sur les ruines de ranciènne Paros, est encore le lifeu le plrfs considérable de Tlle. On y voit un vîeu^t château entièrement construit aut dépens' dès plus superbes édifices qu'ait jamais élfetés l'antiquité; les murailles ne ^nt formées que de colonnes et de cliàpitéaux entassés j siôuVent une statue y est pressée entre deux corniches parfaiténient sfculpféés .•Ce sont sahs doute les restes de ce temple fameux consacré à Gérés , dont parlent léh historiens.
« Une partie de ces débris a servi à construire une église de la Vierge , très- vaste , et qui serait belle y si les marbres et les fragmens antiques dont elle est bâtie , avaient été employés avec moins d'ignorance et de mauvais goût; elle est située au-dessous de la ville, et s'appelle Katapoliani. Plus loin était un ancien couvent de capucins qui a été détruit par les Albanais au service de la Russie.
(( L'ile de Paros offre de tous côtés des abris aux bâiimens» On mouille sur toute la côte , et plusieurs ports sont susceptibles de recevoir les escadres les plus nombreuses. Celui de Naussa est le plus vaste et le plus commode.
c< Personne n'ignore combien le marbre de Paros était estimé des anciens. On le transportait dans toute la Grèce, pour en construire les temples et les monumens les plus riches.* Tous les auteurs ont célébré sa beauté. *Cep^oidwi; ^ Jfid&i^ .lfi«M». élpge» , le inarbre:de Paros ja^estpfi*^ 4 beaucoup prAi, le plus^parn &it.qi2]e.po^fiède^(»$$.contrées f iLMmiidlalet «u briUaitt qiqi peuvent «joutei: k la beauté df un édifice , jaaw sgÀ le re^d^ntpesL^usceptible de «otitenir les détails d'un ciseau délicat. »
( Foyage pittoresque de la Grèce ^ 3^ M. le comte de Ghoiçeul-Gouffier^
Dan$e grecque à Paras.
Les Grecs ont plusieurs sortes de danses ; la plus commune est la roméca : elle a une conformité surprenante avec la danse de leurs ancêtres, et Ton suit avec plaisir M. Guys 9 lorsqu'il croit retrouver l'image du labyrinthe de Crète dans les differens contours que décrivent les danseurs. Le goût de la danse a toujours été le même chez les Grecs ; le malheur et la servitude n'ont pu leur faire perdre Tamoiur naturel qu'ils ont pour le plaisir : ua moment de fête leur fait oublier leur misère. Un peuple aussi, léger et plus aimable ne se croit- il pas quelquefois vengé d'un impôt par une chanson ?
Soldats albanais.
Grands, maigres, lestes et nerveux, les soldats albanais ne ressemblent cependant plus aux braves* que Scanderbeg conduisait à la victoire. Ils montrent à présent plus de férocité que de courage , et se livrent au métier de brigand. Des culottes fort amples , un petit jupon, un gilet garni de plusieurs rangs de grossejs olives d'argent, de plaques et de chaînes; composent leur vêtement. Ils portent
3^5 des brodequins atuchés avec des courroîéf* qui montent quelquefois jusqu'aux genou s , pour tenir sur les mollets des plaques qui en prennent la forme, et les préservent du frottement du cheval j leurs manteaux galonnés et tailladés de plusieurs couleurs , achèvent de rendre cet habillement très* pittoresque; ils n'ont d'autre Coiffure qu'une calotte de drap^ rouge, encore la quittent -ils en courant au combat. ^Néanmoins sous un chef habile, et qui parviendrait à les disciplinei*, ils pourraient changer la face de TOrient^ Leur férocité redeviendrait du courage ; car ils sont fiers, et leurs yeux brillent d'un éclat extraordinaire au plus léger bruit des armes.
Les officiers albanais se font ordinairemetit suivre par des hommes qui, dans les marches , portent leurs cuirasses et leurs armes ; leurs coutumes et leur manière de vivre offrent ' comme l'ombre de l'ancienne chevalerie. Ils prétendent être issus des Français. On re-^ trouve dans la langue arnaoute , qui est celle des montagnards, beaucoup de mots français, et même de phrases* Mais c'est surtout par la bravoure qu'ils croient leur appartenir. Ils ne parlent de ce peuple qu'avec un respect qu'ils Q'accordent à aucun autre.
Des caravanes^
Une constitution absurde et cruelle écouffe l'industrie^ et arrête tous les moyens que Tin^ térêt personnel pourrait inventer ej dérelop-j per. Comme elle nuit à la culturii et à la popu-^ lation, elle se prive également de tous les avantages qu'elle pourrait attendre d'un com--. merce plus favorisé; et cet empire immense ,. maître des pays auxquels la nature a tout ac-^, cordé, ne peut jouir de ses bienfaits, et lan-^ guit inanimé. Le commerce ne trouve que bien rarement dans les graades villes qui lui servent d'entrepôt, cette sécurité, cette. indépendance et cette liberté) sans lçsquejl,les il ne peut prospérer; et dans Tintérieur des provinces, il court tous les dangers qu'entraînent l'anarchie du despotisme et l'état de £uerre. Continuelle où sont tous les sujets, d'un4!^^ pote. L'empire est sans cesse tropblé par des guerres intestines, dont le souverain n'est ^ou-, vent pas même informé; les p^cbas déyastent avec des troupes les provijQces qu'ils ont déjà ruinées par leurs vexations , et des hordes do; brigands achèvent de poiter ladésplation dans ces contrées malheureuses^ et les privent des dédommagemens que pourrail leur offrir le
3îi; cbmnierCe. Dans un pays où Ton ne connaît de droits que ceux de la force, c'est de la force seule que l'on doit attendre sa conserra-^ lion, et c'est cette nécessité qui a fait naître Tusàgé des câràTanes où les intérêts se réu<« uissent pour se préserver mutuellement^
Sans autre protection que celle qu^il sait té procurer, le commerce règle les routes qui conviemient à ses opérations, il fixe ses enii'ep6ts , les multiplie ou les abandonne ; il y en a cependant que l'on peut regarder comme invariables, parleur extiéme convenance aved le (Commerce de l'Europe : telle est la ville d'Angora, qui communique avec Smjme et Constantinople par des caravanes dont les époqpies n'éprouvent jamais que de légères variations. Les villes principales communiquent ainsi enCre elles à des époques connues , et qui deviennent plus fréquentes suivant la natute et l'activité de leurs^rapports. Ces carâranes i^églées ont un cbef nommé Caj^aifan* Bachiy avec lequel les voyageurs peuvent traiter pour eux et pour le transport de leurs marchaiîdises> et qui leur vend la protection des braves qu'il tient à son service» Il y a aussi d'autres caravanes moins considérables ^ qui se forment par la réunion volontaire de plusieurs négocians, et alors ils élisent un chef
3^5 ^ui se charge de pourvoir aux b'esoitis de là communauté. Le départ de quelque person-* nage considérable est encore une occasion dont le commerce profite^ en se soumeitanC toutefois aux Tcxations de celui auquel il est forcé d'avoir recours, et qui ne manque jamais cette occasion de sarisfaiie son avidité. De toutes les caravanes , la plus considérable est sans contredit celle de ta Mecque ; quoique le voyagé des lient saints , si recommandé par le Koran , en soit le premier motif, elle est cependant l'occasion d'un commerce immense ', chaque pèlerin forme une pacotille , dont le produit le dédommage d'un' acte ie dévotion aussi pénible^ et augmente sa fortune en assurant son salut. C'est de Consuntinople que part la tête de celte caravane , qiri grossit à mesure qu'elle avance / et dont le départ ainsi que la route sont calcnlés sur la néces^ site d'arriver à la Mecque la veille du bey-» ram des sacrifices , quarante jours après la fin du ramazan<
( P^oyage pittoresque de la Grèce , par M* le comte de Choiseul-Gouffier. )
Le$ Khans, ou KimrvansèrcCis,
ce On appelle du mot khan tous les lieux pitblics où les voyageurs sont admis. On donne^ plus particulièrement le nom de hiars^anse-' rai aux bâtimens assez vastes pour recevoir de nombreuses troupes de mafcliands , ûom-^ mées kiarvan,el que nous appelons assez improprement caravanes. Ces édifices sont dus* presque tous à la piété de pachas ou de riches particuliers qui les ont fait construire, elles ont placés sous la sauvegarde de la religion , en consacrant à des mos^quées le modique reteniï qu'on en relire.
« Les kiarvanseraïs sont presque toujours' formés de quatre bâtîmeûs qtri renferment une vaste cour; au rez-de-chaussée sont des écuries et des magasins ; Tétage supérieur est divisé en un grand nombre de chambres ; elles ont presque toutes une cheminée et communi-' quent par une galerie extérieure. Au milieu df la cour^ est une fontaine abondante et richement décorée*, de magnifiques platanes en ombragent le pourtour, et présentent leur abri aux voyageurs fatigués. Cest un spectacle intéressant que celui d'un khan, lorsque vers la fia du jour plusieurs caravanes arrivent de
33d divers endroits pour y passer la nuit : cle îdilgues files de chameaux viennent y déposer leurs charges précieuses J utte foule de cavaliers les accompagpeuj; ou. les suivent; ils ont des vêtemens variée, .des arme»/ des .figures difTérentes. "Le mouvement est, général ; on parle à la fois plusieurs langues; on se retrx)uve avec surprise^ on se reconnut avec Joie; les. uns proposent des marchés, les ^uuxess'inter-^ tôgent sur les dangers de la route : toutes les nations , toutes les religion^ se rapprochent pour leur intérêt commun. Un vieillard, ins^ pecteur du khail, chargé d'y maintenir le bon ordre, est assis à Tentrée; il accueille les voyagerurs > leur jrend le salut et les.vofux qu'ils lui adressent; il s'informe de ceux qu'il n'aperçoit point encore : tous se félicitent de le revoir, et le traitent avec égards; il rcille aux intérêts de ses hôt<^s^ assigne les places ^ pré-^ vient les discordes ; et si , à la suite de pes riches convois venus des régions lointaines, il se trouye, par un contraste trop fréquent^ quelques malheureux dénués de tout, ^u nom de Dieu et de Mahomet- ils sont traités ciomme des frères qui achèvent plus laborieusement que d'autres le pèlerinage de la vie. Ils n'ont pas craint d'entrer ; sur la porte ils ont lu gravés en lettres d'or des mots qui signifient ;
Le paradis est à ceux qui noutrissetit , pouf V amour deDieu^ les malheureux sans res* sources, tes orphelins et les esclaves,
« A Taspect de tels mon u mens, pourrait-ort ne pas arrêter quelques inslans sa pensée sur* Forigine et sur les pratiques diverses dé cette tertu de FOrient, qui semLle s'unir à Tcnfance du monde ? C'est surtout dans les contrées où les mœurs ont conservé leur simplicité originelle j c'est sbbs les tentes de ces nomades , riches de leurs nombreux troupeaux et heureux dé leur indépendance, qu'on retrouve les habt-^ tudes patrîarchales -, qii^on croit voir encore Abraham oubliant le poids des années pout courir au devant des voyageurs inconnus, et le$ conjurer de ne pas dédaigner sa demeure; ou ce pieux Israélite (i), modèle de bienfaisance, quî charn^ait sa captivité en soulageant le malheur de ses frères. Dans des lieux où se retrace ainsi la vive image de jces mœurs antiques , le voya* geurs accueilli, secouru, bénit la fidélité de ces peuples aux pieux usages de leurs pères ; il souhaite que le malheur ne puisse les atteindre, que son hâte généreux ne soit jamais réduit à s'écrier comme Job succombant à l'excès ds ses douleurs : « Je n'ai: pourtant pas laissé
(t; Tobie.
t 1 etraDger hors de ma demeure , et ma porte a fut toujours ouverte au voyageur. »
« En effet, tous les Arabes pourraient encore aujourd'hui prendre, comme Job^ le ciel à témoin de leur attachement à ces principes révérés : les usages qui leur sont particuliers remontent comme eux jusqu'aux premiers âges du monde. Le voyageur, après quelques expressions réciproques de bienveillance , offre un léger présent toujours reçu avec un sentiment religieux ; un don considérable serait repoussé comme une insulte; et si, à la fin d'un long voyage, il se trouve avoir distri* bué les productions dû sol ou de l'industrie de son pays, dont il avait eu soin de se munir> c'est alors une fleur, une simple branche d'arbuste, cueillie près de la maison, qu'il présente en entrant : cet acte seul est une formule qui sollicite un asile et qui est toujours enftendue. Offrir la feuille verte, est, pour ces peuples, synonyme de demander Thospitalité : les serviteurs, les enfans, s'empressent autour du mussafir; on dirait qu'il apporte ufie heureuse nouvelle; on se fait un sujet de joie de sa présence; et déjà il est bien sûr que rien ne sera négligé de ce qui peut lui rendre son séjour agréable. C est un devoir rigoureux de le garder au nioias trois jours, de tuer pour lui l'ar
gneau le plus grâs ; le mussafir est Invité à porter le premier la main au plat, à se croire le xnaitre de la maison ; et d'après un usage général, c'est lui qui doit faire les honneurs du repas qu'on lui donne , et offrir le premier morceau à celui qui le nourrit : son hôte le remercie d'avoir choisi sa demeure, et se félicite du bonheur dont cette préférence lui semble le présage.
« Les Arabes Bédoins eux-mêmes , toujours prêts pour le pillage , qu'aucun lien n'unit aux nations, qpi dépouillent sans pitié les caravanes traversant leurs djéserts, et poursuivent le voyageur fuyant à leur aspect , qui se croient le droit de reprendre par la force ranticfrjj héritage dont ils fiirent, disent-ils, injustement dépouillés dans la personne dlsmaël ^embknt tout à coup, par une étonnante opposition , oublier leur caractère pour exercer la plus noble et la plus courageuse hospitalité Jamais aucun li'eux n'abandonnera l'étranger qu'il aura reçu : la famille entière périra plutôt pour le défendre , pour se préserver de l'afr ifront d'avoir laissé insulter un de ses hôtes ; et à l'abri de ce titre sacré , le voyageur traversera le désert au milieu des hordes ennemies protégé à la fois par Thonneur et la religion ; jous s'itidigneraient de la seule idée de trahTf
le malheureux qui se serait réfugié sous leur toit , qui aurait touché le pan de leur robe.
c Ce sentiment généreux triompha dans tous les temps des discordes particulières , des haines nationales , des fureurs même de la guerre ; et lorsque le ^èle des sectateurs de Mahomet menaça l'Europe entière de l'esclavage , lorsqu'une légitime confédération se forma pour son indépendance, on vît, dans cette lutte sanglante du Koran et de l'Evangile f le fanatisme le plus ardent, ainsi que la pitié la plus tendre , s'incliner avec respect devant la divinité des fojers. Le guerrier sa* cheminant vers la Palestine pour combattre l'ennemi du nom chrétien , était chaque jour accueilli dans les châteaux et les monastères placés sur sa route : l'hospitalité lavait même devancé jusque sur les bords où il allait braver les dangers. II ne devait pas sans doute attendre moins de ceux qui partageaient sa crojanoe et sa noble ardeiu:; mais si, dans les revers d'une guerre inégale, le chevalier séparé des siens , égaré sur une terre inconnue , arrivait à la tente d'im de ces mêmes Arabes , que peut-être il avait dé j blessé dans le conibat , là aussi il ne trouvait que dès hôtes; il entrait comme le guerrier des temps d'Homère , sous les auspices du dieu vengeur des suppiiaas;
et la guerre ne reprenait ses droits que loin de la tente hospitalière où il avait été reçu.
•r Les musulmans ont tous ces mêmes principes. Le nom de mnssafir est à la fois une sauvegarde et un titre d'honneur que les plus fanatiques ne refusent pas aux chrétiens. Pour être l'objet de leur intérêt, il suffit d'être loin de sa terre naule : tant de déplacement est en effet im malheur aux yeux de ces liommcs^ qui trouvent la félicité dans le repos et ne peuvent même concevoir le but de nos brillantes agitations. Tandis que , parmi nous , le voyageur est souvent Vhomrae heureux dont • on envie le sort , il est constamment , pour ces peuples, qn infortuné à secourir, un navigateur jeté sur une côte lointaine. On sent bien cependant que l'hospitalité, en honneur chez tous les peuples de TOrient , quelle que spit leur croyance , doit recevoir une teinte ' particulière des mœurs ^e chacun de ces peuples. Chez les Arabes , elle porte l'empreinte de leur simplicité et de leur indépenr dance; celle âe$ Turcs a quelque chose de contraint et d'austère comme eux ; ils laissent trop souvent apercevoir l'embarras qu'ils éprouvent, en admettant des étrangers dont ils redoutent l'indiscrétion : on voit qu'en vous recevant, c'est un devoir c^u'ils remplissent,
Clicz les Grecs, au contraire, c'est réellement une fête ({u'ils célèbrent , et on est frappé de ce contraste , surtout dans les îles où Us ont conservé plus fidèlement leurs usages , où ils ne sont pas alarmés par la présetice de leurs tyrans , et par la nécessité de cacher leur aisance à la rapacité qui Les lépie^
« Â la vue d'un bateau entrant dans le port de Naxos, de Chios, de Miyconi, etc,, les chefe de la petite nation viennent s'informer quel est l'étranger que la curiosité amène sur leurs bords ; et celui qui s'est assuré le premier le bonheur de l'attirer chejs lui, s'efforce de justifier cette distinction dont il s'honore. Sa famille , qu'il s'est hâté de faire avertir, est déjà prête à recevoir le voyageur : on s'empresse de lui apporter du café, dea fruits ou des conserye3 de roses ; la fille d^ U maison , parée de toutes les grâces de son âge , les lui présente , et s'étonne de l'embarras qu'il témoigne en se voyant servi par elle. Après un premier moment de repoç , on lui propose de prendre un bain ou de dormir quelques heures : ce temps est employé à préparer une .agréable soirée. Les voisins sont invités au repas et à un bal, où les jeunes et belles insulaires exécutent des danses dont l'origine remonte aux premiers siècles de la Grèce ; elles se fopt un
amusement des questions que basârde Tétranger, de Tignoranccî oi il est de leurs usages ; elles se plaisea't à les lui expliquer. Cependant le maître de la maison s'occupe des moyens de lui faire parcourir le lendemain Tintérieur de rile, de lui montrer les sites les plus intéiressans ou quelques débris d'antiques édifîces: il raconte les vieilles traditions du pays ; et soit qu'il partage les idées populaires , soit qu'il étonne en montrant une instruction qu'on ne lui supposait pas , il intéresse toujours par la vivacité de son imagination et la facilité de son langage. On essaie de retenir le voyageur ; il éprouve lui-même le désir de rester, et lorsqu'après quelques jours de repos et de distractions, il se décide enfin au départ, ce n'est jamais sans regret , sans souffrir de l'idée qu'il ne reverra probablement plus ceux dont il vient d'éprouver une réception si aimable et si désintéressée. Quelle satisfaction pour lui, si , quelques années ap^-ès ^ des circonstances imprévues le ramenaient dans ce pays avec les moyens de rendre à ses anciens botes Taccueil qu'il en-a reçu! »
( Vayagt pittoresque de la Grèce , par le comte de Choiseul-Gouffier. )
Révolutions qiia subies le Méandre et les Ûes de Lade , d'Astérius , de Tragean j Uéraclée , jadis Lalmes.
Toute la plaine que le Méandre parcourt aujourd'hui, était jadis un golfe dont Textrémité fut comblée du temps d'Hérodote 5 de ce golfe en sortait un autre qui, resserré par le mont Grius , s'étendait vers le midi, allait se terminer au pied du Latmus , et en rece- ^vait son nom. Ce Latmicus Sinus, qui forme actuellement un Lie, a subsisté long-temps après le golfe dont il faisait originairement partie, et n'a été séparé de la mer que par les attérissemens successifs que les' terres charriées par le Méandre ont produits
Lors de l'arrivée des Grecs en lonie, le rivage de la mer régnait depuis Mjus jusqu'à Priejine; et ces deux villes, actuellement si éloignées de la mer , avaient d'excellens ports. L'an 32 après l'ère cliréiierine, le continent, considérablement augmenté, n'était plus qu'à trente stades de Mi le t.
L'an 80 , l'embouchure du Méandre ne se trouvait plus qu'à dix stades de Milei, et cette distance était alors la largeur du détroit par lequel le golfe de Latmus communiquait encore à la mer ; mais Tan 170 ,
t^ausanias nous montre ce détroit entièrement obstrué, et le Méandre se jetant dans la mer sous les murs de Milet,
En 866, son embouchure était prés d'un lieu nommé Cepi, connu dans ITiistoire par l'assassinat que Tempereur Michel y fit commettre sur son oncle Bardas.
Les Wesàe Lade et dJAsténus, célèbres par la victoire que leg Grecs remportèrent sur ces bords le jour même qu'ils triomphaient à Platée, sont aujourd'hui engagées dans le continent, et forment, au milieu de cette plaine marécageuse, deux mornes élevés, sur l'un desquels est un hameau nommé Patmos.
Enfin les Ues Tragex^ qui, suivant Strabon, servaient de retraite aux pirates, font aussi partie du continent.
Les ruines d'Héraclée, nommée autrefois Latmos parce qc^elle était bâtie au fond du Latnucus Sijms^se trouvent au-delà d'une élévation qui sépare le Méandre du village de* Busi. Une partie occupe le bord de la mer «t l'autre les hauteurs dépendantes du LatmoSb Ostte ville partagea le sort des autres villes de rionie, dont leshabitans tombèrent sous le joug des Perses, contre les forces desquels ils avaient inutilement essayé de défendre leur liberté. La journée de Salamine leur
rendit rindépendance -, mais Latmos n'en jouit pas loDg-temps. Ârtémise y desespérant d^emporter une place si avantageusement située et défendue avec courage, leva le siège et fit caclier ses troupes dans les montagnes voisines de Latmos. Cette reine feignit ensuite de vouloir offrir un sacrifice à Cjrbèle , dans un bois consacré à cette déesse , distant de sept stades de la ville. Les hab^ans en sortirent dans le dessein d'assister au sacrifice , et se livrèrent ainsi désarmés aux troupes cariennes. Latmos resta sous la domination d' Artémise jusqu'à sa mort, et ne recouvra sa liberté que pour retomber dans les embûches de Mausole, son successeur , elle suivit depuis le sort de rionie, et prit le nom d'Héraclée. Du temps de Strabon elle n'avait aijfune importance, et pour la distinguer d'une autre ville ^ du même nom, située à peu deadistance , on l'appelait-fferacfea ad Latmum. Parmi ses ruines qui sont très-considérables , on distingue encore les vestiges d'un temple et ceux d'un théâtre creusé dans la montagne. Près de la ville , suivant la tradition des Grecs , on trouvait une caverne dans laquelle le berger Endjrmion dormit trente ans par Tordre de Jupiter, «t où l'on révéra loûg-temps son tombeau. Il existe dans ce lieu plusieurs grottes, qui sèr*
Ht
Tirent d'asile aux premiers chrétiens, et qui sont maintenant habitées par des caloyers.
Cahiers et Moines,
On peut diviser les ministres de la religion grecque en réguliers et en séculiers. Les patriarches , les évéques tirés de la classe des calojers ou religieux cloîtrés , sont voués au célibat. Les seuls hommes exercés dans les matières théologiques se trouvent' parmi eux# Leur conduite est respectable; mais ils se livrent aux plus infSlmes intrigues pour parvenir aux dignités.
Ces caloyers, destinés à être un jour patriarches et évoques, font d'ordinaire leurs premières études dans les monastères du mont Athos (i). Ils appartiennent aux familles les plus distinguées parmi les Grecs, k celles qu'on nomme princes en France, et aux bourgeois les plus riches.
Ils apprennent dans ces monastères et surtout dans celui de Pallimqs à connaître les Pères de TEglise ; ils y possèdent des traduc-
(i) Les Grecs appellent le mont Athos la sainte montagne , à cause des couvens de religieux qui »V trouvent comme séparés du reste de Tuniveps,
tiens de Bossuet et des meilleurs théologrens: français ; mais leur esprit subtil s'abandonne à des sophismes continuels, et ils contestent les points les plus importans de la doctrine chrétienne.
Le mont Athos, qui renferme les moines les plus riches et les plus poissans de la Grèce , loin d'élre l'asile de la paix , est le séjour de rintrigue et de la discorde : ce dont les moiness'occupent le moins, c'est de prier. Les patriarches déposés par le divan sont relégués dans un couVent du moilt Athos ou à celui^ des Météores. Ainsi les mêmes hommes qui ^ environnés d'honneurs , ont descendu la montagne sainte pour aller prendre à Constantin nople le bâton patriarchal , la remoment sou-<^ vent pour venir y terminer leur vie dans, rhumiiiation et dans les larmes.
Des intrigues plus puissantes encore s'organisent au fatal séjour de Toligarchie; on y forme des brigues de toute espèce pour faire monter à la dignité de patriarche un Grec né prince, encore simple caloyer. Au mont Athos , on n'épargne pas l'argent pour gagner le visir ou ses amis; le même moyen sert à: circonvenir le sultan qui donne l'investiture^ Les Turcs, dans leurs capitulations avec les Grecs ^ se sont réservé le droit de coujfiruxeç-
réleclion des patriarches grecs et arméniens, et du kakam des juifs.
La Morée possède aussi quelques monastères de calojers ; mais ils n'y reçoivent que peu d'instruction, et rarement on y vient chercher un simple évéque. Les plus remarquables de ces couvens sont dans TArcadie , du côté de Sinano et d'Arcadie , aux environs de Mistra , près de l'embouchure du fleuve Lemnis , vis-à-vis l'île d'Hydra , et du côté de Veslitza. Les moines qui s'y renferment mènent la vie la plus austère : au sein d'uiie cdntrée délicieuse ils se couvrent de cilices, se nourrissent d'alimens grossiers et labourent la terre ; on ne trouve pas de savans parmi eux; toutes les facultés de leur esprit s'éteignent par Tobligation dans laquelle ils se trouvent de se livrer à des travaux manuels pour se procurer les choses de première nécessité, d'aiilem'5 la règle de leur institut consume tout leur temps et toutes leurs forces ; ils couchent sur le plancher/et ils se flagellent et se couvrent le corps de stigmates plusieurs fois la semaine. Enfin le récit de l'office divin, soit à l'église, soit dans leur cellule, le texte des Evangiles, ou les homélies des Pères de TEglise font leurs lectures accoutumées ; mais ils
n'aiment point les livres de théologie , qu'ils regardent comme un fatras de controverses qui offensent Dieu* Ces moiaes^ par leurs habitudes et par leur austérité , rappellent les disciples de l'abbé de Raucé.
Gcs couvens jouissent d^un assez boa revenu, formé de leur casuel, de quelques dotations et d'aumônes que leur offrent les fidèles; à Tépoque du carême, plusieurs religieux de ces monastères vont faire des excursions évangéliques qi^ rapportent beaucoup aux commu-* nautés.Les pères du mont Athos ou Pathmos ^ et les Béotiens des monastères de Thèbes confessent^ bénissent et exorcisent dans la Morée*
Cy^me. ^'
Cyme, placée sur le bord de la mer, était traversée par le Xanthus, très-petite rivière dont le cours n'a point changé. De la grandeur passée de cette ville, il ne reste que des ruines sans nom, presque sans intérêt, et des fragmens méconnaissables, au-dessus desquels on n'aperçoit qu'un petit nombre de cabanes isolées. Cyme avait été , dit-on , fondée par une amazone sujette ou compagne de Myrina, de cette reine conquérante et législatrice de ces pays, 9t dont les peuples ont long-temps honoré 1q
tombeau près de l'enceinte de Troie, Cyme fat dans la suite surnommée Phriconis , ou Phriconitis , par de nouveaux colons , qui , ayant de passer en Asie, habitaient le laônt Pbricius près des Thermopyles; les Grecs, qui vinrent à diverses époques s'établir sur le continent, se plurent à transporter dans leur nouvelle patrie les noms les plus connus de* contrées qu'ils avaient quittées.
Si Ton en croit Tauteur de la Kie d'Homère, faussement attribuée à Hérodote, mais qui n'en est pas moins un ouvrage très-ancien, le prince des poètes , aveugle et malheureux , voulut se fixer à Cyme , et le sénat refusa d'y assurer sa subsistance; en s'éloignant de cette ville, il conjura les dieux de ne jamais permettre qu'il y naquit un poëte qui pût la rendre célèbre, et cette imprécation passait pour avoir été favorablement écoutée. Ce fut, dit-on, pour soustraire sa postérité à cet anathéme, que Dius , père d'Hésiode , alla s'établir près de THélicon avec sa femme, qui, sur celte terre chérie du dieu des vers, donna le jour au chantre de la Théogonie.
Il parait que la ville de Cyme a cessé d'exister après le huitième siècle; ses évêques sont nommés pour la dernière fois .en 787 , au second concile de Nicée» «
Pharsale*
La ville moderne de Pharsale est bâtie sur un coteau, d'où l'œil embrasse les plaines trop faimeuses d^î la Thessalie ; il reconnaît parfaitement où campèrent les armées de Pora^pée et de César» Pompéo occupait la position la plus avantageuse. Il était accoutumé à vaincre ;. mais la fortune volage se déclara pour soi^ jeune rival- César triompha, la liberté périt.
On ne saurait visiter Pharsate sans se rappeler avec douleiur ces jours de deuil auxcpiels Caton ne voulut pas survivre ; mais dans ces plaines jadis ensanglantées respire aujourd'hui la paix, et se déployant les trésors qu'en»^ Êtnte ragriculture ; l'insdustrie de la ITicssali© entière semble réunie dans les champs de Pharsale , et de nombreux villages ont été bâtis suc les collines qui les environnent; la ville elle-même a beaucoup d'importance.
Pharsale , bâiie fur le revers oriental' d'utt coteau qui fait partie du» monti Pras , comiem ptis de cinq mille habitans, et possède* tm commerce considérable. Celte ciié entretien-t des relations avec Zeïtoun, Volo et Laisse. Les négocians de Pharsale vendeat àces'trais
viîles une grande quantité de coton en rame et de coton filé , de tabac et de laines. Un bey gouverne Pharsale.