‹ Beautés de l'histoire de la Grèce moderneChapitre 37 sur 42 · ANDRINOPLE · texte numérisé non relu

ANDRINOPLE

Beautés de ses environs,

L'Hèbre, le Mêlas, le Lissôs, le Nestos et fe Strymen, arrosaient autrefois les vastes contrées défendues par les monts Orbèle, Rhodope et Pang-Aum. Couvertes d'épaisses forêts, ces régions sauvages étaient froides et tristes, si Ton en excepte la côte où se recueillaient des vins très - estimés. Maintenant de vastes plaines et toutes les vallées mises en culture offrent d'a-^ boudantes richesses. Le so Iproduit chaque année vingt fois ce qu'il a reçu de semences, et les plaines, toujours arrosées et souvent inondées par des rivières, fournissent d'immenses récoltes de riz.

« Dans les environs d'Andrinople, après avoir admiré, dit M. de Choiseul-GoufBer (i), cette fertilité qui lutte contre les abus du gouvernement, le voyageur surpris découvre tout à coup des champs d'une espèce nouvelle:

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(i) f^ojrage pittoresque,

ses regards enchantés s'étendent k perte de vue sur des moissons de roses.

« Déjà les beaux jours du printemps ont mû-^ ri ces récoltes'embaumées ; il est temps d'enlever les (leurs épanouies, et de faire place aux nouvelles générations de roses qui se succéderont toutrété.De jeunes filles^ se tenant par la main y arrivent en dansant ; elles répètent des chants dont quelques-uns ont été conservés ^ travers les siècles , dont les autres célèbrent des amours plus récens ^ mais qui tous rappellent^ par des accens harmonieux, la langue d'Homère et d'Anacréon. Les grâces décentes de ces moissonneuses , leurs vêtemens y lés longues tresses de leur chevelure, et ces voiles qu'elles se plaisent k livrer au vent qui les soutient en voàte sur leurs téces, tout retrace les scènes décrites par Thcocrite et Virgile ; il n'est pas une de ces beautés dont vous ne croyiez avoir déji vu Timage sur quelques basreliefs , ou sur une pierre antique. Un vieux berger^ semblable à Silène , prend sa musette ; il s'anime lui-même des sons sortis de l'outre qu'il enfle et presse tour k tour; il croit aussi danser , et ses pieds appesantis par T&ge ré* pètent sur une même place tous les mouvemens de la jeunesse folâtre qui bondit sâr la prairie* Le vieillard sourit à leurs sauts légers; ces

belles filles applaudissent à ses efforts^ à sa galté j et ne rient qu'en cachette de sa barbe touffue^ de ses joues enluminées* Mais le moment, du travail est arrivé, le signal se donne; elles entrent dans ces vastes cliamps de fleurs; leurs corbeilles sont bientôt remplies; des chariots reçoivent ces récoltes odorantes , et de lourds buffles y au pas lent , à l'épaisse encolure , traînent avec gravité des gerbes de roses ; elles allaient périr sans rien laisser d'elles. L'art inventé dans l'Inde saisit et fixe leur parfum fugitif : il les fait ainsi survivre à elles-mêmes.

« La culture serait bien plus active encore dans ces vastes et fertiles provinces , si les propriétaires n'étaient découragés par des prohibitions qui , en leur interdisant les moyenj de réaliser le produit de leurs travaux^ accumulent alort chez eux d'inutiles récoltes qu'ils sont forcés d'enfouir^ et dont sou^nt une partie se corrompt dans les souterrains qui les recèlent. Heureusement le despotisme n'a pas acquis dans l'Orient cette habile prévoyance, ce profond savoir , qui le mettraient ailleurs à Pabri des moindres surprises. Le pouvoir s'endort aussi parfois dans ces belles régions^ et ne réalise pas toutes «es menaces. Les bâtimens étrangers viennent fréquenuueat ea-

35o lever la surabondance des pfoductions sur le^ c6tes, ou bien les bateaux du pays les portent sur des mouillages convenus ; les abus qui ne méritent pas toujours tout le mal qu'on en dit , réparent ainsi tes torts d'une loi peu réfléchie.

« Ce sont les provinces skuées entre la mer Egée et le Danube qjûi approvisionnent Tarmée , lorsqu'elle se rassemble sur les bords de ce fleuve. Quelque louird que soit le fardeau qui leur est alors imposé^ elles pourraient ce* pendant le supporter s*il était réparti aivec plus d'ordre et de ménagement, surtout si le passage des troupes n'éuit pas accompagné d'excès plus pénibles que la contribution, même. )>

uirgos , Thjrintke ei Pétri.

De Leme«on aperçoit Argos, jadis la ville des dieux ^ des héros et des rois. L'uni vers^ entier a retenti du bruit de la gloire d'Argos , mais on y chercherait en vain un seul des monumens qui la rendirent une des plusbelles cités du monde ; cette viUe fameuse ne renferme plus que quelques débris de ruines*

Il faut environ une heure poia: faire le tonr de \\ moderne i^gos».Ses maisons répandues

35i ça et là sans alignement , sans ordre , sont séparées par des cours et par des t errains incultes EUe est gouremée par un bey, qui a quelques soldats sous Ses ordres; sa position à micôte vers le levant , rend Veau de ses fontaines et cfe ses puits plus saine que l'eau des autres YÎlleade la Moree. Bu côté du midi, on voit une grande muraille qui semble avoir fait partie d'une fortification régulière ; près de cette muraille sur la montagne, se trouve une espèce de cbâteau garni d'une douzaine de canons ; sur un roc voisin, apparaissent différens basïelîefe et des^ inscriptions effacées. Le bazar est grand et très-fréquenté; on y remarque des fragmens de colonnes.

La Planizza, l'ancien Inacchus , coule à l'orient de la ville , et va se jeter dans la mer à l'occident d^tme butte sur laquelle s'élevait jadis Thyfinthe. Les eaux de la Planizza sont plus claires que celles de l'AIphée; des sources Tiombreuses se jettent dans ce fleuve à travers des forêts obscures , ou sous des arbres qui le couvrent de leurs ombres épaisses ; néanmoins il reste presque à sec pendant l'été.

Argos renfermé dix mille habitans , dont les trois quarts grecs. Les Argîens se livrent pour la plupart à l'état de charretiers ou de marchands de chevaux; cette ville est encore

35a nourricière de clievanx, mais on n'y yoit plus ces coursiers rapides qui remportaient le prix des courses dans les jeux de la Grèce. Parmi les Turcs qui habitent Ârgos on en compte beaucoup de fort riches. Du côté de Némée on aperçoit une foule.de monticules, et oh y rencontre de distance en distance des fragmens de bas-reliefs. La forêt possède quelques mines ^ et des çayemes faites pour exciter la curiosité.

La Tue d'Argos s'étend sur tout le golfe jusqu'à risle de la Spezzia, Tancienne Tiparenus, et sur son yallon couvert d'oliviers. D'Argos, on domine Naupli, Leme, et toute cette c6te Jusqu'aux environs d'Epidaurus I^imera ( Monenbrasie). A l'ouest des champs cultivés, des vignobles; au nord, la vaste forêt de Némée ^ vers l'orient My cènes et les montagpes de Corinthe terminent cette grande et li^lle pers-^ pective.

On compte une lieue et demie environ d'Argos à Mycènes. Pour s*y rendre on traverse la Planîzza sur un mauvais pont de bois, et quelquefois k gué. Au-delà de ce fleuve se déploient des plaines cultivées et couvertes d'oliviers, ayant à gauche des forêts ; le voyageur arrive ensuite au village Saint-Georges^ l'ancienne Némée j ses habitons sont de pau-

vres Grecs qui trayaillent ûux rivières. Saint- Georges oflFre les ruines d'un temple , et celles d'une porte au dessus de laquelle on remarque encore le lion de Némée ; les Grecs nomment ces débris colonnais, les colonnes. Non loin se trouve Carvathi, l'ancienne Mycènes , et le tombeau de la famille des Atrides qui existe dans son entier ; il présente des morceaux de marbre d'une grandeur prodigieuse , des basreliefs , et des ornemens très-beaux. Les paysans ont fait une bergerie de ce mausolée.

A im quart de lieue au couchant, se trouve le dervin ou défilé du mont Polyphengos, qu'on suit pour aller à Corintbe.

Les environs du village appelé Pétri, situé à une lieue au nord de Mycénes^ possèdent^selon le rapport des Grecs , plusieurs cavernes; l'antre du lion de Néniée devait être de ce càté. A une lieue et demie de TErasinus , on remarque une butte qui de loin figure une terrasse : sur cette butte s'élevait Thyrinibe; elle a une demi-lieue de longueur de Test à l'ouest, et se trouve séparée de la mer par un plateau de près de six cents toises , couvert d'une verdure tendre que les moutons paissent avec avidité. Cette butte a un quart de lieue \environ de largeur, et quarante toises d'élévation j de superbes myrtes y donnent dechar«

raans ombrages. Les habitans de Nauplî prélëndeat que ces myrthes ont fait partie d'un ancien bois consacré aux Grâces. Aux environs coulent plusieurs sources d'eau douce ; mais on j cherche inutilement la fontaine Canaihie, que sa vertu merveilleuse rendait si chère à réponse du souverain des dieux.

A un demi-quart de lièue on traverse un torrent près duquel existait Thyrinthe ; on en retrouverait facilement lesremparts que, selon ta fable , les Cyclopes avaient bâtis. A une lieue et demie plus loin s'élève Naupli. Pour entrer dans cette ville on marche sur la basé des montagnes.

VancienArgos.

ccL'Argolîde, ainsi que l'Arcadîe^ est enire^ coupée de collines et de montagnes qui laissent dans leurs intervalles des vallées et des plaines fertiles. Kous n étions plus frappés de ces admirables irrégularités ; mais nous éprouvions une autre espèce d'intérêt. Cette province fut le berceau des Grecs, puisqu'elle reçut la première les colonies étrangères qui parvinrent à les policer. Elle devint le théâtre de la plupart des événemens qui remplissent les anciennes annales de la Grèce. C'est là que

parut Inacchus, qui donna son nom au fîeuve dont les eaux arrosent le territoire d'Argos ; Va vécurent aussi I>anaûs,Hjpermnestre,Lyneée, Alcmëon, Persée, Amphytrion, Pélops^ Airée, Thyeste, Aganiemnon, et tant d'autres fameux personnages.

<t Leurs noms qu'on a vus si souvent figurer dans les écrits des poètes, si souvent entendu retentir au théâtre , font une impression plus forte lorsqu'ils semblent revivre dans les fêtes et dans les monumens consacrés à ces héros^ L'aspect des lieux rapproche les temps, réalise les fictions, et donne du mouvement aux objets les plus insensibles. A Argos, au milieu des débris d^un palais souterrain, où l'on disait que le roi Acrisius avait enfermé sa fille Danaé, je croyais entendre les plaintes de cette malheureuse princesse. Sur le chemin d'Hermione à Trézène, je crus voir Thésée soulever l'énorme rocher sous lequel on avait déposé l'épée et les autres marques auxquelles son père devait le reconnaître. Ces illusions sont un hommage que l'on rend à la célébrité , et appaisent Vimagination qui a plus souvent besoin d'alimens que la raison, ♦

ce Argos est située au pied d'une colline sur laquelle on a construit la citadelle : c^est une des plus anciennes villes de la Grèce. Dés son.

origine, elle répandit un si grand éclat ^ qa^on donna quelquefois son nom à la province, an Péloponèse, à la Grèce entière. La maison des Pélopides s'étant établie à Mycènes, cette vflle éclipsa la gloire de sa rivale : Agamemnon régnait sur la première , Diomède et Sthénélus sur la seconde ; quelque temps après , Ârgos reprit son rang et ne le perdît plus.

« Le gouvernement fut d'abord confié à à&% rois qui opprimèrent leurs sujets , et à qui l'on ne laissa bientôt que le titre dont ils avaient abusé.

K Le titre même j fut aboli dans la suite, et la démocratie a toujours subsisté. Un sénat discute les affaires, avant de les soumettre à la décision du peuple ; mais comme il ne peut pas se cbarger de l'exécution, quatre-vingts de htz membres veillent continuellement au salut de l'Etat , et remplissent les mêmes fonctions que les prytanes d'Athènes. Plus d'une fgis, et de notre temps encore, les principaux citoyens, secondés ou par leurs orateurs, ou par les Lacédémoniens , ont voulu se soustraire & la tyrannie de la multitude, en établissant l'oligarc])^; mais leurs efforts n'ont servi qu'à faire couler du sang.

Cl Les Argiens sont renommés pour leur bra* voureî ils ont eu des démêlés fréquens arec

les nations Toisines, et n'ont jamais craint de se mesurer ayec les Lacëdémoniens qui ont souvent recherché leur alliance.

« Nous avons dit que la première époque de leur histoire brille de noms illustres et de faits éclatans. Dans la dernière^ après avoir conçu Fespoir de dominer sur tout le Pélopo* nése y ils se sont affaiblis par des expéditions malheureuses et par des divisions intestines*

« Ainsi que les Arcadiens^ ils ont négligé les sciences et cultivé les arts. Avant Texpédition de Xerxès^ ils étaient plus versés dans la musique que les autres peuples ; ils furent pendant quelques temps si fort attachés à Tancienne , qu'ils mirent à Tamende un musioien qui osa se présenter au concours avec une lyre enrichie de plus de sept cordes, et parcourir des modes qu'ils n'avaient point adoptés. On distiague parmi les musiciens nés dans cette province, Lasus, Sacadas et Aristonicus; parmi les sculpteurs , Agéladas et Polyclète ; parmi les poètes , Télésilla.

« Les trois premiers hâtèrent les progrès de la musique : Agéladas et Polyclète, ceux de la sculpture. Ce dernier, qui vivait vers le temps de Périclès, a rempli de ses ouvrages immortels le Péloponèse et la Grèce. En ajoutant de nouvelles beautés à la nature de l'homme,

îl surpassa Phidias^ mais en nous offrant Ti^ mage des dieux , îl ne s^éleva point à la sublimité des idées de son rival : il choisissait ses modèles dans la jeunesse ou dans Tcnfance, et Ton eàt dit que la vieillesse étonnait ses mains , accoutamées a représenter les grâces. Ce genre s'accommode si bien d'une certaine négligence , qu'on doit louer Polyclète de s'être rigoureusement attaché à la correctioià du dessin; en effet, on a de lui une figure où les proportions du corps humain sont tellement o))servées, que^ par an jugement irréfragable , les artistes l'ont eux-mêmes appelée le canon ou la^règle : ils letudient, quand ils ont à rendre la mêaie nature dans les mêmes circons-tances; car on ne peut imaginer un modèle unique pour tous les âges, tous les sexes, tous les caractères. Si l'on fait jamais quelques reproches à Polyclète, on répondra que s'il n'aite ignit pas la perfection, du moins il en approcha. Lui-mémo seraMa se méfier de ses succès: dans un temps où les artistes inscrivaient sur les ouvrages sortis de leurs mains, un tel l'a f ait, il se comeniai d écrire sur les siens iPoly^ cîète le faisait; comme si , pour les terminer , il attendît le jugement du public*

« 11 écoutait les avis^ et savait les apprécier» 11 fit deux statues pour le même sujet, l'une

en secrel, ne consultant que son génie et les règles approfondies de l'art •, l'autre dans son ateliero uvert à tout le monde, se corrigeant et se réformant au gré de ceux qui lui prodiguaient leurs conseils. Dès qu'il les eut achevées, il les exposa au public. La première excita l'admiration , la seconde des éclats de rire ; il dit alors : Voici votre ouvrage, et voilà le mien. Encore un trait qui prouve que de son vivant il jouit de sa réputation. Hipponiens, Vun des premiers citoyens d'Athènes, voulant consacrer une statue à sa patrie; on lui conseilla d'employer le ciseau de Polyclète : Je m'en garderai bien, répondit-il ; le mérite de l'offrande ne serait que pour l'artiste. On verra plus bas que son génie facile ne s'exerça pas avec moins de succès dans l'architecture, » Télésilla , qui florissuit cinq cent cinquante ans avant J.-C, illustra sa patrie par ses écrits et la sauva par son courage. La ville d^Argos allait tomber entre les mains des Lacédémoniens ; elle venait de perdre six mille hommes, parmi lesquels se trouvait l'élite de la jeunesse» Dans ce moment fatal , Télésilla rassemble les femmes les plus propres à 'seconder ses projets, leur remet les armes dont elle a dépouillé les temples et les maisons des particuliers , court avec elle» se placer'sur les murailles , et

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repousse Tennemi; qui^ dans la crainte qu'on ne lui reproche ou la yîcioire ou la défaite^ prend le parti de se retirer.

« On rendit les plus grands honneurs à ces guerrières. Celles qui périrent dans le combat furent inhumées le long du chemin d'Argos ; on permit aux autres d'élever upe statue au dieu Mars» La figure de Télésilla fut posée sur une colonne en face du temple de Vénus; loin de porter ses regards sur des volumes représentés et placés à ses pieds , elle les arrête avec complaisance sur un casque qu'elle tient dans sa main , et qu'elle va mettre sur sa tête. Enfin, pour perpétuer à jamais un événement si extraordinaire, on institua une fête annuelle^ où les femmes sont habillées en hommes , et les hommes en femmes.

c lien est d'Argos comme de toutes les villes de la Grèce ; les monumens de l'art j sont communs, et les chefs- d'oeuvre très-rares. Parmi ces derniers , il suffira de nommer plusieurs statues de Polyclète et de Praxitèle ; les objets suivans nous frappèrent sous d'autres rapports.

n Nous vîmes le tombeau de la fille de Persée, qui, après la mort de son premier mari, épèusa OEbalus ,roi de Sparte. Les Argiennes jusqu'alors n'avaient pas osé contracter un second

36i liymen. Ce fait ieni(uite à la plus haute antiquité.

« Nous vîmes un groupe représentant Pérîlaùs d'Argos, prêt à donner la mort au Spartiate Othryadas.Les Lacédémoniens et les Argiens se disputaient la possession de la ville deThyrée. On convint de nommer de part et d'autre trois cents guerriers, dont le combat ternûneratt le différend. Ils périrent tous, à Texception de deux Argiens, qui, se croyant assurés de la victoire, en portèrent la nouvelle aux magistrats d'Argos. Cependant Othryadas respîfrait ea* core, et , malgré des blessures mortelles, il eut assez de force pour dresser un trophée sur le champ de bataille; et après y avoir tracé de son sang ce'|)etit nombre de mots : Les Lacédcmcniens vainqueurs des argiens y il se donna la moi t pour ne pas survivre à ses compagnons.

« Les Argiens sont persuades qu'Apollon annonce l'avenir dans un de leurs tetoples. Une fois par mois, la prétresse, qui est obligée de garder la continence, sacrifie une brebis pen-» dant la nuit , et dès qu'elle a goûté du sang de la viciime , elle est saisie de l'esprit prophétique.

« Nous vîmes les femmes d'Argos s'assembler, pendant plusieurs jours, dans une espèce de

cHapeBe aitenanie au temple de Jupîter-Sativeur, pour y pleurer Adonis. J'avais envie de leur dire ce que des sages ont répondu quelquefois en des occasions semblables? Pourquoi le pleurer s'il est dieu? pourquoi lui offrir des sacrifices s'il ne Test pas ?

« A quarante stades d'Argos , est le temple de Junon, un des plus célèbres de la Grèce, autrefois commun à cette ville et à Mycènes. L'ancien fut brùlè , il n'y a pas un siècle , par la négligence de la prêtresse Chrysis, quiou- Wia d éteindre une lampe placée au milieu des bandelettes sacrées. Le nouveau , construit aiti pied du mont Eubée , sur les bords d*un petit ruisseau , se ressent (fu progrès des arts , et perpétuera le nom de larclStecte Eupomélus d'Argos^

« Celui de Polyclèie sera plus fameux encore par les ouvrages dont il a décoré ce temple , et surtout par la statue de Junon , de grandeur presque colossale* Elle est posée sur un trône^ sa tôle est ceinte d'une couronne où l'on a gravé les Heures et les Grâces ; elle tient de sa main droite une grenade , symkole mystérieux main qu'on n'expliqne point aux profanes ; de sa gauche, un sceptre surmonté d'un coucou, attribut singulier, qui donne lieu à des contes puérils-. Pendant que nous admirions le travail.

âigné du rival de Phidias, et la richesse de la matière , qui est d'or et d'ivoire , Philotas me montrait en riant une figure assise y informe , faite d*un tronc de poirier sauvage , et couverte de poussière. C'est la plus ancienne des statues de Junon ; après avoir longtemps reçu rhommage des mortels, elle éprouve le sort de la vieillesse et de la pauvreté : on Ta reléguée dans un coin du temple , où personne fie lui adresse des vœux,

« Sur Fautel, les magistrats d'Argos viennent s'obliger par serment d'observer les traités de paix ; mais il n'est pas permis aux étrangers d'y offrir des sacrifices,

« Le temple, depuis sa fondation, est desiservi par une prêtresse qui dcît^ entre autres choses, s'abstenir de certains poissons; on lui «lève pendant sa vie une statue, et après sa mortx>n y grave et «on nom et la durée de son sacerdoce. Cette suite de monumens placés en face du temple , et mêlés avec les statues de plusieurs héros, donne une suite de dates yie les historiens emploient quelquefois pour fixer l'ordre des temps. »

(yojrage du jeune Anacharsis.)

Tombeaux de Telmissus.

((La nature imprime généralement à tous les êtres qu'elle anime, le désir de leur conserva* lion; rhomme seul étend ce sentiment jusque sur les débris inutiles de son existence. Rien de plus naturel , sans doute , que de recueillir les restes de ce que Ton a aimé, de les soustraire à une destruction, dont le spectacle serait trop révoltant , de conserver même précieusement des cendres chéries 5 mais ce soin pénible de rendre les tombeaux inaccessibles, de surcharger la terre de ces masses énormes , pour éterniser ce qui n'est plus , on ne peut limputer qu'à une absurde superstition , à laquelle bientôt après vint se joindre la vanité la plus ridicule. Les prêtres répandirent cette opinion, que Tctat du coie^s influait sur celui de rame ; et les grands , en adoptant cette idée lucrative pour ses auteurs, firent de leurs togabeaux des monumens de faste et de magnificence. Assurer des soins funéraires à son corps , c'était alors sauver son âme ; avec de l'opulence on joignait à Tespérance d'un repos éternel, l'agrément de garder son rang , môme après sa mort, et d'avoir la prééminence sur les autres cadavres. On inventa l'ait des em.-

baumemeus et des injections •, on creusa des rochers , pour y mettre à l'abri d^ toute insulte ces corps ainsi préparés, et des milliers de malheureux furent employés pendant des règnes entiers à construire des pyramides , asiles des tyrans , même avant leur mort. L^'usage de creuser des tombeaux dans le sein des rochers, est sans doute le plus ancien ^ parce qu'il est le plus simple et le plus propre à remplir le but qu'exigeait alors la religion ; mais lantiquité même de ces monumens ne permet pas de déterminer Tépoque de leur con truction. Ils sont trop antérieurs à l'histoire pour qu'elle puisse fournir quelques lumières à cet égard,

a On trouve, dans la Haute -Egypte, un grand nombre de grottes, qui s^ns doute étaient consacrées a cet usage 5 mais aucun de ces monumens n'a autant d'analogie avec ceux de Telmissus , que les tombeaux de Persépolis. T.es relations de plusieurs voyageurs qui les ont vus , s'accordent parfaitement avec ce qu'en rapporte Diodore. «Du côté de l'orient; « dit-il, il y avait, à quatre cents pas de la ville, «une montagne, appelée le Mont - Royal ; i( dans laquelle étaient les tombeaux des rois. Il « n'y avait aucun chemin pour y arriver ; mais a l.'S corps étaient suspendus à des machines

a faites exprès^ qui les portaient à lear place. «^

« Cette montagne, située à près de deux lieues de Persépolis ou de Telielaiinar, comme les habitans la nomment aujourd'hui , offre qi^atre tombeaux, n Leur forme et leur cons* «t tructiou, dit le comte de Caylus^ soot par- « tiçulières à ce pays , et présentent de très- « grandes singularités. La montagne , traraillëe a et coupée à pic , porte une décoration posée « à plat, et creusée dans la masse même àa. ♦ rocher, derrière laquelle on a pratiqué de», « voûtes plus ou moins profondes ; la décora- « tion extérieure ne peut être mieux comparée c qu'à un tableau suspendu contre un mur.. « Les colonnes dont cet édifice est orné , pré-^ ¥ sentent ces chapiteaux, que l'enfance de Tar- « chitecture permettait de traiter à volonté,. ¥ Ils sont formés par des bustes de taureaux « accroupis y et dont les jambes de devant sont <( apparentes. »

(( Il parait , par le récit de Corneille le « Bruyu , qu'il j" a au moins un de ces tom- « beaux dont la porte est simulée, et que les. « autres n'ont qu'un oudeux pieds d'ouverture, K quoique les paremens et les monians en in-. « diquent une proportionnée i la masse gé^ tt nérale. Charcli» est persuadé que cette voie K n'a jamais servi pouf entrer dans CQS toni^

« Beaux, et que les ouvertures qu*on y voit, « et dont on se sert aujourd'hui, sont Tou- « vrage de Tavare curiosité des temps pos- «< térieurs. Les deux voyageurs conviennent X qu'on ne peut découvrir de quelle façon ies « corps y ont été introduits : ce n'est pas le tf seul sujet d'étonnement ; il setnj|Ie que les^ ^ urnes dans lesquelles lés CK)rps étaient ou « devaient être déposés, ont été réseripées dansce l'espace creusée pour former la cavité du (f tombeau -, la place qu^ils occupent et leur K volume s'opposent à tout moyen d'intro- ¥ duciion ; enfin tout confirme les soins apte portés pour rendre l'entrée de ces tombeaux «secrète et cachée. Cette attention pour le « repos des morts, est bien conforme aux idées « égyptiennes , et se joint aux autres indiea^ V tiens .^

(( On volt dans ces tombeaux plusieurs urnes a ou sarcophages , ornés de leurs couvercles ; c< les plus grandes urnes ont onze pieds de « longueur, et les plus petites dix ; elles tiennent « à la m<»itagne , non-seulement p^ le dessous , « mais aussi par une de leurs extrémités ; les * couvercles, qui paraissent av^irunpied d'é- « paisseur, sont encore à leur place, ce qui « doit persuader que les modernes n'o^t point «t ouv«M*es urnes : ils n.'auraient pas certaine-

ff meûl pris la peine de les refermer. L'imagina- «f lion s'étonne à la vue d'un si immense travail : ^ c'est une dépense vraiment royale ; aussi ne « voit-on que six tombeaux dans Persépolis « et dans Naxi-Rustan. »

Il y a sans doute de grands rapports entre ces i]¥>n(imens de la Perse et ceux de l'Egypte; ils ont été fïsiblement produits par le même motif, par le même désir d'assurer une retraite inviolable aux morts auxquels ils étaient consacrés 5 mais quelle analogie plus frappante encore entre les tombeaux de Persépolis et ceux de Telmissus! Ces derniers sont de même creusés dans une montagne de rocbe vive , et à une trop grande hauteur pour qu'on y puisse parvenir sans beaucoup de peine. Ils sont en grand nombre; quelques- uns ne sont que de simples trous , d'autres sont plus décorés; mais deux de ces tombeaux, vrais monumens , fixent bientôt les regards. Ils offrent la façade d'un édifice dont le style prouve que c'est un ouvrage des Grecs , travaillant à rimitation des Perses ou des Égyptiens.

«L'Italie offre aussi un monument du même genre. «< J'ai vu, dit M. l'abbé Barthélémy, à Pallazjlo, sur le lac d'Albano, un tombeau dont je n'ai trouvé nulle part la description.

Sur la face d'un rocher, qui est auprès du lac , sont gravés douze faisceaux, une chaise curule, un sceptre surmonté d'un aigle , et une inscription qu'on ne peut lire du pied du rocher; au dessus, plusieurs marches s'élèvent en pyramide , comme on représente le tombeau de Mausole; à côté des marches, un petit corridor conduit à une chambre , qui a onze pieds deux pouces de long, sur neuf pieds six pouces de largeur ; le tout est sculpté , taillé et creusé dans le roc. Il n'est pas nécessaire d'avertir que. ce monument est du temps de la république : on le voit à sa simplicité et à sa soli^ dite; mais il faut observer cette forme pyramidale, emfiruntée des Egyptiens ou des Etrusques ; car ces deux nations la connurent également, et les Romains l'employèrent, non seulement pour le tombeau de Cestius, qui subsiste encore, mais aussi pour d'autres tombeaux que le temps a détruits.

« C'est en saisissant ces rapports, en suivant ces analogies , que l'on peut espérer d'entrevoir cette chaîne de oonnaissances , par laquelle lés peuples anciens se sopt communiques, et dont nous avons tant de peine à saisir quelques fragmens.

« L'ordre employé dans ce monument , ne permet pas de le croire très-ancien ; mais on

s'aperçoit cependant quon â checcbé Ji Idi; dernier un caractère sérère, et tel que le demattdait Tusage auquel il était destiné. Les corniches ne sont composées que de parties carrées^ les modillons sont très-foris, la frise est supprimée , et Tarcliitrave est formée de deux corps très-lourds; les trois masses, qui couronnent les angles du fronton, ajoutent encore à la gravité du monument , et tiennent dayantage du style des Egyptiens. Au désir de les imiler , il a fallu joindre lenr patieiïce ^ pour sculp^r ainsi ces édifices sur la masse^ même du rocher.

« La porte , parfaitement figurée , n'a j anuxis . eu d'autre oureriure qu'un des parmeaux inférieurs^ par lequel on a pénétré dans le rocher, pour y pratiquer une chambre de onze pieds trois pouces de largeur, sur neuf pieds deux pouces de profondeur, et cinq pieds dix pouces de hauteur; ^autour de cette chambre , r^gne uœ banquette de trois pieds deux pouces de largeur^ sur deux pieds neuf, polices de hauteur. Si ce tombeau a servi, comme on dpit le croire, il faut que les corps. qu*on y a déposés ne fassent point enfermés, dans des sarcophages , puisqne l'on n'en trouve aucun vestige, et qu'à moins d'un intérêt qu'on ne saurait imagiaer^ pcïsonae ne se

serait donné la peine de faire repasser ^cestombes par Fouveriure étroite et diflGcile du panneau dont j'ai parlé ; et même pour qu'it eût été possible originairement de les y faire* entrer, il faudrait qu'elles eussent été beaucoup moins grandes qu-elles^ne relaient ordinairement. Au reste, peut-être ce tombeau n'a-t-il pas été construix dans le même temps que les sarcopbages dont on trouve un si grand nombre à peu de distance, et peut-êtren'y a-t-on déposé que des urnes cinéraires : on sait que ces différens usage» ont souveut: varié chez les anciens.

« L'entrée du tombeau se fermait par unetable de pierre, que l'on faisait glisser dans des rainures- faites pour là recevoir, et dont la surfaoe extérieure répondait aux autr^»^ panneaux figurés sur la porte^

« Sur le panneau gauche de la porte, est uneinscription grecque , mais si effacée, que malgré toute la peine que noua prîmes pour Ipti laver, il nous fut impossible de la déchiffrer. »♦

( Voyage pittoresque de la Grèce , , |»ar M: le comte Choiseui-rGoufllcrc);

Théâtre de Telmissus»

Ce théâtre, élevé sur le penchant d'une colline, comme la plupart des théâtres de la Grèce , est construit avec une pierre grise fort dure. Toute la partie circulaire, sur laquelle se plaçaient les spectateurs , est assez bien conservée; mais les extrémités, qui joignaient le proscenium, et qui n'étaient pas soutenues parle terrain, sont entièrement détruites et remplies de décombres , ainsi que la scène.

État de la littérature chez les Grecs modernes.

La Grèce s'honore aujourd'hui de posséder des savans que la France elle-même ne rejetterait pas; il enetiite un nombre assez considérable qui écrivent et parlent la langueçrccque ancienne avec une pureté digne des beaux jours d'Athènes.

Les Gœcs ont entrepris avec succès la traduction de plusieurs ouvrages dus k nos écri vains les plus distingués, TéUmaque; V Histoire aTicie7ine,j^ar Rollin ; VExposition de la doctiine de r Église catholique, par Bossuet; r^yis au peuple sur sa sauté, par Tissot; les mile et une Nuits; les Contes de madame

Bonne ou Magasin des enfans , fureni les premiers livres admis dans leurs bibliothèques.

Elles offrent maintenant divers traités de mathématiques et de physique j mais les ouvrages qui leur plaisent le plus sont ceux de Marmontel et de Voltaire. L'inquisition n'en défend point la lecture^ tandis qu'elle traita de livres condamnables les Mondes de Fonlenelle, et Rohinson Crtisoé,

FéÊe de saint Georges / mariages.

« Le soleil ne dorait pas encore les sommet* du mont Taygète, que les pasteurs de TArcadie conduisirent leurs troupeaux dans des vallées , où ils les lajssèrenl à la garde de quelques vieillards et des enfans, pour se rendre à U fête, accompagnés de leurs femmes. On vit arriver en même temps les habitans des bords du lac Stjmphale, ceux des retraites du mont Pogliési ( autrefois le mont Anchyse), ceux des rivages de la mer de Corinthe, qui avaient marché pendant toute la nuit. Les paysans du mont Artémisius, qui domine Argos, ceux des chorions ou villages de la forêt de Némée, de Sténo, descendirent vers cette chapelle, tant rassemblée ou espèce de foire qui s'y réunit en ce jour avait de renommée dans le pays.

I Le respect le plus profond, le silence le plUs auguste, présidèrent d'abord à la célébration de la liturgie. Les rameaux des térébintbes^ les palmes de quelques dattiers stéiiles, les* lauriers toujours verts qui couvrent le tombeau d'Epaminondas et des braves qui reposent sur i«ette terre glorietise, frémissaient agités par le souffle des zépbirs, qui précédaient Tastre da jour ) lorsque des amans vinrent au pied des aa« tels se jurer une foi mutuelle, et reçurent des mains du prélat même une couroniie-de vigne»,

« La veille de cette cérémonie, la jeune mariée , qui était une de nos voisines , avait été conduite au fcain, suivant Tusage. On avait vu défiler dans la ville son mobilier, porté sur des cbevaux dont la crinière était ornée de rubans et de moucboirs brodés. Quelques enfans avaient en même temps transporté ses babits dans des corbeilles fleuries élevées sur lèiirs têtes. Les danses avaient également commencé dans la maison des amans, et la curioo site m avait conduit cbez la prétendue où j'entendais le roulement du tambour de basque.. A peine y fus-je entré avec quelques-uns de mes camarades, que la jeune fille, les cheveux, tressés avec des fils d*or, la figure fardée, les sourcils et le tour des yeux peints en noir avecdu surind, la tête ceinte d'uu bandeau de Qour--

3; 5 ppe, sortit dé la maison et viat humblemenfir nous baiser la main. Elle semblait sourire auiL jeux qu'on faisait pour sa fête. Mais aujourd'hui qu'elle était timide eu approchant derautel! k peine pouVait-elle s'avancer. Est-ce- Hélène, ést-<;e Iphigénie? Elle portée couronne nuptiale; elle xaarche comme une victime gémissante.

« Le soir arrive ; Vesper vient fermer le» portes du jour. Je la vois quitter la maison paternelle ) où chaque objet lui retrace son,. en£|pice^ ses plaisirs ^ et ce qu'elle eut de plu3

cher aa monde; là 9 elle fut chérie , caressée

Elle hésite-, sa mère la tient étroitement embrassée, et la presse contre son sein. Une douce violence l'arrache cependant. Soutenue par ses proches ,, précédée d'un enfant qui lui. présente le cristal d'une glace où se réfléchisseat ses traits, elle s'éloigne à pas lents et in-^ terrompus, tandis que les chants de Tépithalame, qui seront répétés sur sa couche ^ annoncent son bonheiu: et son tilomphe. D<9 combien de souhaits , de combien de voeux on l'accompagne! Que d'années, de générations et de trésors ne lui désire-t-on pas!.

Vers le milieu du chemin, l'époux et son cortège viennent au devant d'elle, et prexment la^ léte de la marche..

HL Arrirëe à la porte de l'époux , il vient se ranger à la gauche de sa femme; on fait pleuvoir sur ce couple, des fleurs, des fruits, des noix et des dragées , symbole d'abondance. On soulève Fépouse sans lui permettre de toucher le seuil pour le franchir; car si son pied en approchait, les plus sinistres augures s'élèveraient contre le bonheur de son ménage.

«Telles sont les cérémonies ordinaires où je suis ces amans, pendant que la jeune paysanne de TArcadie , montée sur une charrue attelée de bceufs, est conduite en trionaiphe dans la maison de son époux. A voir la dignité qui l'environne dans celte marche rustique, sous ces vêtemens simples , on reconnaît cette femme qui doit donner le jour à de robustes Arcadiens.

« Pendant mon récit, où j'ai peint des époux, espoir d'une génération qui pourra naître sont> de meilleurs auspices, les jeux^ les danses, les repas se sont organisés dans la plaine e\ sur la pelouse odorante ; les pères ont béni k repas. Chaque convive, plein de santé et d ap* péiil, ne larde pas à être rassasié. On continuo pourtant de boire à longs traits en faisant des vœux pour tous ceux qu'on sonnait , et en les recommandant k saint Georges, auquel ou boit également.

«Les sons de la lyre accompagnent bîentit des pastorales , non telles qu'on les entendait autrefois quand le feu poétique animait les génies immortels de la Grèce, mais simples, mais diffuses, et semblables peut-être à celles que les grossiers Spartiates chantèrent à l'origine de ce genre de poésie. Quelques vieilles chansons parlent du Tityros , et elles donnent ce nom tantôt au bélier qui , la sonnette au cou, ouvre la marche et précède le troupeau, tantôt au pasteur lui-même. Ainsi , ce nom fameux , honoré par la muse immortelle de Virgile, fut jadis célèbre dans TArcâdie, où il s'est conservé malgré le désordre des temps.

« On qîiiite les banquets en se couronnant de fleurs. Les danses et les jeux se composent, se mêlent, s'unissent, se confondent et ne prennent fin qu'avec le jour. Alors, ivres de vin et de plaisirs, les Arcadiens, les peuples de la Sîcyonie et de l'Argolide, reprennent, en chantant, le chemin de leurs villages.

«Ces amusemens sont étrangers aux fêtes de l'hiver, qu'on ne chôme que par des orgies. L'aurore trouve souvent le verre à la main les familles qui se réunissent sous le toit pateriTêl , pour célébrer les Rois ; car les Grecs , de plus en plus dignes de leur réputation de buveurs, semblent renchérir sur leurs ancêtres.

« Au eûrnayal , ils ne quittent presque pas Ta table. Les rues de la triste ville de Tripoli tza forent alors garnies de boutiques de rôtisseurs ; 'û y avait des bals ; on vit quqJlpies masque» armés de tbyrses , poursuivis par des enfans qui criaient io! îo! et dès que la nuit était venue, des jeunes gens masqués se rendaient chez leurs amis. Mon étonnement fut grand lorsque, le dernier Jour consacré à cg5 divertissemens, je vis, après le coucber du soleiJ^ la campagne couverte de feux de paille, autour desquels les Grecs sautaient et dansaient, en disant qu'ils brûlaient la barbe à Cronés, te temps. Je ne sais %\ l'antiquité possédait quelque coutume semblable ; mais eUe ne me^ paraît pas appartenir aux modernes.

« Comme on le voit, les fêtes des Grecs ne conservent plus d'intérit que dans la belle saison, où la nature, toujours la même, toujours tir che, leur offre de ^berceaux et un gazon fleuri. Autrement, les maisons q^i*ils habitent ne peuvent se prêter aux grandes réunions, dans lesqueFesTexpansion de la joie peut éclater k son aise; ils n'ont plus ces palais pompeux, ni ces vastes péristyles, bu les jeux et les arts brillaient tour à tour; le marbre qu'ils possèdent reste oublié; ils ne bâtissent qu'à la bâte et pour le moment. Eh! comment danSv

leur situatioa affligeante oseraient -^iU dé^ ployer -quelque go6.t? r

« Les meubles se ressentent de cet état de dégradation. Etendus sur un sopha grossièrement construit, ob sert les Grecs sur une table ronde et qui est élevée de terre toui au plus d'un l^ed; nulle somptuosité nivechercbe dans la mbe du couvert ; l'oubli des arts s'est étendu jusqu'aux choses les plus simples, et il est encore plus sensible che^ les grands ^e par* mi le peuple. En effet, on trouve parmi les. paysans de TÂrcadie des yases en tout semr blables aux modèles de Taniiquité ; tels sont, par exemple^ de petites amphores en métal, dans lesquelles ils servent le vin à table ; les bidons que les bergers portent suspendus au^ tour de leurs épaules, et qui sont en olivier, sur lesquels les habitans de Caritène et de Faneri traceùt quclijues ûguies qu'ils colo* cent. )»

( Voyage de M. Pouqueville 1 779. )

Cérémonies du mariage dans la Grèce antique..

« UAmour présidait aux fêtes de Délos, et cette jeunesse nombreuse, qu'il avait rassem-»blée autour de lui , ne connaissait plus d autres Ilots que les siennes. Tantôt de concert aTeC:

38o THy mne, il couronnait la constance des âpians fidèles'^ tantôt il faisait naître le trouble et la langueur dans une âme jusqu'alors insensible; et par ses triomphes multipliés^ il se préparait au plus glorieux de tous , à Wiymen d'Ismène et de Théagène.

« Téiiioin des cérémonies dont cette union fot accompagnée, je vais les rapporter et décrire les pratiques que les lois , l'usage et la superstition ont introduites, afin de pourvoir à la sûreté et au bonheur du plus saint des engagcmens , et s'il se glisse dans ce récit des détails frivoles en apparence , ils seront ennoblis par la simplicité des temps auxquels ils dorvent leur origine.

¥. Le silence et le calme commençaient à renaître à Délos. Les peuples s'écoulaient comme un fleuve qui , après avoir couvert la campagne, se retire insensiblement dans son lit. Les habitans de Tile avaient prévenu le lever de l'aurore-, ils s'étaient couronnés de fleurs, et offraient sans interruption , dans le temple et devant leurs maisons, des sacrifices ^ pour rendre les dieux favorables à l'hymen d'Ismène. L'instant d'en foimer les liens était arrivé : nous étions assemblés dans la maison de Philoclés ; la porte de l'appartement dismène s'ouvrit; et nous en vîmes sortir les deux époux ,

38 1 suivis des auteurs de leur naissance et d'un officier public qui venait de dresser l'acte de leur engagement. Les conditions en étaient simples : on n'avait prévu aucune cause de di- Torce entre les parties contractantes, et à l'égard de la dot , comme le sang unissait déjà Théagéne à Philoclès , on s'était contenté de rappeler une loi de Solon 5qui , pour perpétuer les biens dans les familles , avait réglé que les filles uniques épouseraient leurs plus proches parens.

a Nous étions vêtus d'habits magnifiques que nous avions reçus d'Ismène. Celui de son époux était son ouvrage. Elle avait pour parure un collier de pierres précieuses, et une robe où for et la pourpre confondaient leurs couleurs Ils avaient mis l'un et l'autre, sur leurs cheveux flottans et parfumés d'essence , des couronnes de pavots, de sésames, et d'autres plantes consacrées à Vénus. Dans cet appareil , ils montèrent sur un char ai s'avancèrent vers le temple. Ismène avait son époux à sa droite , et a sa gauche un ami de Théagéne, qui devait le suivre dans cette cérémonie. Les peuples empressés répandaient des fleurs et des parfums sur leur passage ; ils s'écriaient : Ce ne sont point des mortels! c'est Apollon et Corouis j c'est Diane et Endymion ; c'est Apollon

tît Diane ! Ils cherchaient à nous rappeler dès augures favorables, à prévenir les augures sinistres. L'un disait : J'ai vu ce matin deux tourterelles planer long-temps ensemble dans les airs , et se reposer ensemble sur une branche ^e cet arbre. Un autre disait : Ecartez la corneille solitaire; qu'elle aille gémir au loin sur la perte de sa fidèle compagne : rien ne serait si funeste que son aspect.

« Les deux lépoux furent reçus à la porte du temple par un prêtre qui leur présenta à chat:un une branche de lierre , symbole des liens qui devaient les unir à jamais ; il les mena ensuite à Fautel , où tout était préparé pour le sacrifice d'une génisse qu'on devait offrir à Diane , h. la chaste Diane , qu^on tâchait d'apaiser , ainsi que Minerve et les divinités qui n'ont jamais subi le joug de rbymen. On implorait aussi Jupiter et Junon , dont l'union t)t les amours seront éternelles; le Ciel et la Terre , dont le concetirs produit l'abondance ri la fertilité; les Parques, parce qu'elles tiennent dans leurs mains la vie des mortels; les Grâces, parce qu'elles embellissent les jours des heureux; Vénus, enfin, à qui l'Amour doit sa naissance, et les hommes leur bonheur*

« Les prêtres , après avoir examiné les entrailles des victimes, déclarèrent que le ciel

approuTait cet hymen. Pour en adierer les cérémonies , nous passâmes à rartémisiuni ^ et ce fut là que les deux époux déposèrent chacun une tresse de leurs cheveux sur le tombeau des derniers théores hypertoréens» Celle de Théagéne était roulée autour d'une poignée d'herbes, et celle d'Isméne autour d'un fuseau. Cet usage rappelait les époux à la première institution du mariage , à ce temps où l'un devait s'occuper par préférence des travaux de la can^agne^ et l'autre des soins domestiques.

tt Cependant, Philoclès prit la main de Théagéne, la mit dans celle d'Ismène, et proféra ces mots : <r Je vous accorde ma fille , afin que ¥ VOUS donniez à la république des citoyens « légitimes. » Les deux époux se jurèrent aussit6tune fidélité inviolable, et les auteurs de leurs jours, après avoir reçu leurs sermens, les ratifièrent par de nouveaux sacrifices,

« Les voiles de la nuit commenç«iient à se déployer dans les airs, lorsque nous sortîmes du temple pour nous rendre à la maison de Théagéne ; la marche éclairée par des flambeaux sans nombre , était accompagnée de chœurs de musiciens et de danseurs. La maison était entourée de guirlandes et couverte de lumières,

K Dès que les deux époux eurent touché le

seuil de la poite^ on plaça pour un instant une corbeille de fruits sur leurs têtes : c'était 1^ présage de l'abondance dont ils devaient jouir. Nous entendîmes en même temps répéter de tous côtés le nom d'Hyménéus, de ce jeune homme d'Argos qui rendit autrefois à leur patrie des filles d'Athènes que des corsaires avaient enlevées : il obtint pour prix de son zèle une de ces captives qu'il aimait tendremeiU; et, depuis cette époque, les Grecs nç contractent point de mariages sans rappeler sa mémoire.

(( Ces acclamations nous suivirent dans la salle du festin, et continuèrent pendant le souper; alors des poètes , s'étant glissés auprès de nous , récitèrent des épithalames.

« Un jeune enfant, à demi-couvert de branches d'aubépine et de chêne, parut avec une corbeille de pains, et entonna un hymne qui commençait ainsi : ce J'ai changé mon ancien a état contre un état plus heureux. » Les Atliéniens chantent cet hymne dans une de leurs fêtes destinée à célébrer Tiustant où leurs ancêtres nourris jusqu'alors de fruits sauvages, jouirent en société des présens de Cérès; ils le mêlent dans les cérémonies du jnariage, pour montrer qu'après avoir quitté les foiêts,les hommes jouirent des douceurs

de Tamour. Des danseuses^ velues de robes légères, et couronnées de myrte, entrèrent ensuite 9 et peignirent, par des iHouvemens variés, les transports, les langueurs et Tivressc de la plus douce des passions^ . « Cettedanse finie, Leucippe alluma le flam* beau nuptial, et conduisit sa fille à l'appartement qu'on lui avait destiné. Plusieurs symboles retracèrent aux yeux dis mène les devoirs qu'on attachait autrefois à son nouvel étal. Elle portait un de ces vases de terre où l'on fait rôtir de l'orge ; une de ses suivantes tenait un crible , et sur la porte élait suspendu un instrument propre k piler des grains. Les deux époux goûtèrent d'un fruit dont la douceur devait être l'emblème de leur union.

« Cependant, livrés aux transports d'une joie immodérée, nous poussions des cris tumultueux, et nous assiégions la porte défendue par un des fidèles amis de Tbéagène.Une foule de jeunes gens dansaient au son de plusiecurs instrumens. Ce bruit fut enfin interrompu par une jeune fille de Corinihe , qui s'était chargée de chanter l'hyménée du soir. Après avoir félicité Théagène, elle ajoutait:

« Nous sommes dans le printemps de notre « âge-, nous sommes l'élite de ces filles de « Corinthe, si renommées par leur beauté

3«6 t< O Isinènel il u*en est aucune , parmi notïs, a dont les attraits ne cèdent aux vôtres. Plus « légère qu'un coursier deThessalie, éleyée «th « dessus de ses compagnes comme un lis qui « fait l'honneur d^un jardin , Ismènc est For- ^ nement de la Grèce, Tous les amonré soni If dans ses yeux , loUs les âfts respirent sous « ses doigts. O fille! 6 femme cliarm«ntel (( nous irons demain dans la prairie cueillir a des fleurs pour en former une couronne j, « nous la suspendrons au plus beau des plaie tanes voisins. Sous son feuillage naissant, « nous répandrons des parfums en votre honte neur, et sur son écorce nous graverons ces « mots : Offrez "Vwi votre encens^ je sids « larhre d'Ismène. Kous vous saluons^ heu- (( reuse épouse; nous tous saluons, heureux « époux : puisse Latone vous donner des fils c( qui vous ressemblent *, Vénus vous embraser « toujours de ses flammes; Jupiter transmet- « tre à vos derniers neveux la félicité qui vous <t entoure ! Reposez-vous dans le sein d^plai- « sirs, ne respirez désormais que Tamour le <c plus tendre. Nous reviendrons au lever de « Taurore , et nous chanterons de nouveau : « O hymen, hyménée, hymen! »

a Le lendemain, à la première heure du jour, nous revînmes ixu même çndroit, et les filles

àe Corinikc firem enicndre l'hymne suivant : a Nous Tcms célébrons dans nos chants , If Vénus^ ornement de TOlympe, Âmour^ dét( liceê de la terre, et vous , Hymen , source « de rie 5 nous vous célébrons dans nos chants, a AmoQr, Hymen, Vénus. O Théagéne !

c< éveillez- vous, jetez les yeux sur votre « amante ; jeune favori de Vénus , heureux et « digne époux dismène ^ A Théagène , éveila kz-vous! jeteï les yeux sur votre épouse; « voyez réclai dont elle brille^ voyez cette w fraîcheur de vie dont tous ses traits sout te embellis^ La rose est la reine des âeurs; Is- ¥ mène est la reine des belles. Déjà sa pau* a pière tremblante s'entr^ouvre aux rayons Hi du soleil; heureux et digne époux dls- « mène , 6 Théagène , éveillez- vous> »

t< Ce jour, que les deux amans regardèrent comme le premier de leur vie , fut presque tout employé de leur part i jouir du tendre intérêt que les habitans de l'île prenaient à leuf hjmen , et tous leurs amis fiirent auto* risés à leur offrir des présens : ils s^en firent ^ux-mémes Tun à Fautre, et reçurent en commun ceux de Philoclès, père de Théagène. On les avait apportés avec pompe. Un enfant, vêtu d'une robe blanche, ouvrait la marche^ tenant une torche allumée; venait

ensuite une jeune fille ayant une corbeille sut sa tête : elle était suivie de plusieurs domes^ tiques qui portaient des vases d'albâtre, des boites à parfums, diverses sortes d'essences, des pâtes d*odeur^ et tout ce que le goût de rélégance et de la propreté a pu convertir en besoins.

« Sur le soir, Ismène fut ramenée cbez son père ; et moins pour se conformer à Tusage , que pour exprimer ses vrais sentimens , elle lui témoigna le regret d'avoir quitté la maison paternelle. Le lendemain elle fut rendue & son époux^ et depuis ce moment rien ne troubla plus leur félicité.

( f^oyage du jeune Anachartit, )

Fête d Hyacinthe àAmiclée, dans la Grèce antique.

t< Le respect retient lesLacédémoniens cbez eux pendant les fêtes d'Hyacinthe, célébrées au printemps , surtout par les habitans d'Amyclée. On disait qu'Hyacinthe , fils d'un roi de Lacédémone, fut tendrement aimé d'Apollon; que Zépbyre, jaloux de sa beauté, dirigea le palet qui lui ravit le jour, et qu'Apollon, qui l'avait lancé, ne trouva d'autre soulagement à sa douleur que de métamorphoser le jeim^ prince e\x une fleur qui porte son nom»

Oninstitaa, en son honneur^ des jeux <{ui de renouvellent tous les ans. Le premier et le trow sième jour ne présentent que l'image de la tristesse et du deuil; le second est un jour d'al» légresse : Lacédémone s'abandonne h Vivresse de la joie ; c'est un jour de liberté : les esclaves mangent à la même table que leurs maîtres^

« De tous c&tés on voit des chœurs de jeunes garçons revêtus d^une simple tunique, les uns jouant de la ljre,ou célébrant Hyacinthe par de vieux cantiques accompagnés de la fl&te y d'autres exécutant des danses, d'autres à che-* val faisant briller leur adresse dans le lieu destine aux spectacles,

« Bientôt la pompe ou procession solennelle s'avance veis Amyclée, conduite par un chef qui y sous le nom de légat, doit offrir au temple d'Apollon les vœux de la nation* Dès qu'elle est arrivée, on achève les apprêts d'un pompeux sacrifice , et l'on commence par répandre , en forme de libation, du vin et du lait dans l'intérieur de l'autel qui sert de base à la statue. Cet autel est le tombeau d'Hyacinthe. Tout autour sont rangés vingt ou vingt* cinq jeunes garçons et autant de jeunes filles, qui font entendre des concerts ravissans , en présence de plusieiuis magistrats de Lacédémone ; car, dans cette ville ainsi que dans toute

3gs> la Grèce , les cérémonies rel%ieose8 mte* ressent le gouvernement : les rois et leurs en^ ÙLXis se font un devoir d'y figurer*. On a vu , dans ces derniers temps, Agésilas, après des victoires éclatantes , se placer dans le rang qui loi avait été assigné par le maître du choaur , et, confondu avec les simples cUojens, eo^ tonner avec eax l'hymne d'ÂpoUon aux fôtes d'Hyacinthe.

« La discipline des Spartiates est telle quo leiurs plaisirs sont toujours accompagnés d'une certaine décence; dans les fêtes même de Bacchus, soit k la ville ^ soit à la campagne,, personne n'ose s'écarter de la loi qui défend l'usage immodéré du vin (i)« >y I ■ j I ■ "■■ 1 1 II ■ 1 1 1 IIP I ■ Il I I I . 1 1 1 . Il If..

(ï) Voyage du leuneAnacbarsis..

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