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("5) lui , aucnn souverain de Russie n'avait porté , du moins constamment. Ce fut pour soutenir ce titi^e qu*il prit la couronne qu'on croyait avoir appartenu autrefois à Gonstantin-Monomaque» empereur de Constantinople. Le premier Ivan , pour assurer le trône à son fils Démitrî, avait couronné ce jeune prince » qui cependant ne régna pas ; et c'est la première fois que les chroniques parlent de lacé* rémonie du couronnement. Les anciens souverains se contentaient du titre de grands-princes. Ivan lY crut qu'il fallait un appareil nouveau , plus im* posant 9 plus auguste pour une nouvelle dignité.
Il épousa , dans la même année 9 Anastàsie 9 fille de Roman Jouriévist Romanof ; cette prin* cesse , aimable ^ douce et spirituelle 9 sut prendre tm heureux ascendant sur l'esprit de son époux^ et rengagea à diriger sa vivacité naturelle vers des objets utiles ; elle l'amena à rougir des égare» mens auxquels il s'était livré. Ses passions furent modérées jusqu'à l'année i568 , qu'il eut le malheur delà perdre. Alors son penchant à la cruauté se développa avec force ; n'étant plus éclairé par les sages avis d'une épouse qu'il aimait, il commit d'effroyables barbaries.
• Aimables compagnes de l'homme , s'écrie un historien j sachez vous servir -de votre pouvoir ! usez de ce charme irrésistible que vous donna la nature pour subjuguer nos volontés rebelles et les ramener à l'amour du devoir : c'est à la douceur
( 116 ) que sont réservées toutes les vîcf oires^ Le créateur 5 en vous formant , voulut embellir son ouvrage } soyez la source de nos efforts généreux et la ré-^ compense de nos succès! vous partagerez à jamais avec les hommes que vous aurez formés , le prix de leurs victoires et celui de vos vertus. 1
Conquétt de Kasan et (VAstrakan. Fin de 4à puissance des Tdtars en Russie.
Ce fut en Tannée i55a qu'Ivan, à la tète d'une armée formidable 9 vint assiéger Kasan. Cette ville est bâtie sur une montagne dont le pied est arrosé par la Kasanka ; elle est entourée par une prairie vaste. Le mot liCa^an signifie , en langue ta tare , un chaudron. Les Tatars rapportent que Tévé^ nement suivant fit donner ce nom à la ville. « Un c domestique du kan Altîn-Beck , qui en est le « fondateur , laissa tomber un chaudron dans la € petite rivière qui arrose cette conti:ée ; et ce léc ger accident fit nommer Kasaâka la rivière , et t Kasan la nouvelle ville. »
Pour accélérer la prise de la ville 5 un ingénieur fit creuser des mines sous les muraiUes. La ville manqua d'eau, , tous les secours lui furent interceptés. Le travail des mineurs étant achevé , le tzar ordonna un assaut général dès que les mines auraient joué. Le feu devait être mis aux poudres à l'instant où le diacre, lisant l'évangile, lors de
("7) la célébration de la messe, prononcerait ces mots:
H n'y aura qu'un troupeau et qu'un pasteur.
Le diacre donne ce signal terrible , les mines font leur explosion 9 les- Russes montent à Tassant avec impétuosité 9 et la ville est en&n prise malgré la plus rigoureuse résistance.
- Astrakan ne tarda pas à avoir le même sort ; niais sa conquête ofifre d^ détails différens. Le royaume d'Astrakan formait anciennement cette vaste portion de la Tatarie qui porta d'abord le nom de Kiptchak 9 en rhpnneur du fils d'un général que sa mère mit au monde dans le creux^ d'un arbre. Kiptchak fut ensuite nommé Nogaïa ; les Russes ont changé ta dénon^iînation d'Aschi-Tarkan , ville où résidait 4e prince tatar , en celle d'Astrakan : Aschi-Tarkan est un mot de l'ancienne langue turque qui signifie , Un pèlerin de la Mecque a donfié la liberté. < La tradition dit à ce sujets c qu'un noble tàtfir venant de I4 Mecque 9 arriva « dans cette contrée lorsqu'on travaillait à poser « )es fondemens de la nouvelle ville>9 et qu'en mé- « moire de cet événement 9 il accorda la liberté à « quelques-uns de ses esclaves. » * ^
Quoi qu'il en soit die cfBtle tradition, Ivan IV envoya une forte armée pour s'emparer d'une contrée qui , depuis plus de deux siècles , avait été si funeste à la Russie. Les Russes , informés qu'à leur approche le kan Emourgéi avait aban-« lionne sa capitale^ »'y rendirent en diligence. Lcf
(ii8) habîtans leur en ouvrirent les portes, et cetld prise de possession ne ooûta pas une goutte de sang* Les Russes poursuivirent le kan saisi d'épou* vante^ le joignirent ^ exterminèrent ses troupes ^ prirent son camp, ses trésors, ses femmes; il fut trop heureux de pouvoir s^enfuir dans la ville d'Azof avec vingt tatars qui lui étaient le plus dévoués, reste de cinq mille hommes qui l'avaient ^ suivi. La défaite d'Ëmourgéi et la prise d'Astrakan consommèrent la ruine des royaumes Tatars , et augmentèrent de beaucoup la puissance des Eusses.
Exploits d*Iv(im IV dans la Finlande et dans la Livonie. Belle action d'un petit corps de Suédois.
Les Russes faisaient presque une guerre continuelle à la Pologne et à la Suède. Une des armées divan entre en Finlande , la dévaste d'une mar nière affreuse. Le tzar et ses deux fils pénètrent dans la Livonie , où le roi de Suède avait fait passer du secours. Il assiège et prend d'assaut Vittenstein , et fait main-basse sur tout ce qu'il y trouve.- Le barbare vainqueur fit embrocher à des lances , et rôtir le commandant de la place , ainsi que les malheureux qui avaient échappé à la première fureur du soldat. Après que le tzar se fut rendu maître de Karckousen , il retourna à Novogorod aveo
( »»9 ) une partie de ses troupes. Le reste fit une irrup**
tion et de grands ravages en Estonie. Le Général Ackenson sort de Rével avec peu de monde , rencontre les Russes à Lode , et fait marcher contre^ eux son avant-garde composée de Livonîens.
Ceux-ci ayant rompu les bataillons ennemis > sont saisis d'une terreur panique , prenaent la fuite ^ et
- les Suédois restent au milieu des Eusses. Us n'étaient qu^au nombre de six cents cavaliers et de cent fantassins, entourés de seize mille Russes. Cette petite troupe de braves valait une aihmée : elle se fait jour ^ taille en pièces sept mille Russes , met le reste en fuite , et s'emj>are de mille chariots de bagages.
- JEfnportement brutal d'Ivan, Son repentir , ci
sa mort.
Un père 9 qui, par un niouvement Irréfléchi de colère , à le malheur de tuer son fils 5 est certaine** ment très à plaindre 9 pour peu qu'il ait un. cœur sensible. C'est ce qu*éprpuva le Tzar y et voici de quelle manière on raconte ce triste événement» Les femmes nobles étaient dans l'usage de porter trois robes à la fois y plus ou moins chaudes , selon la saison ; celles qui n'en portaient qu'une faisaient mal juger dé leurs moeurs. Il arriva que l'épouse du tzarévitz 9 avancée dans sa grossesse , et gênée par le poids de ses habits ^ se mit à l'aise
( lao ) dans son appartement. Le tzar entre ches elle sans se faire annoncer ^ il la trouve couchée sur un siège, vêtue d'une seule robe. La princesse surprise se lève 9 et fait des excuses à son beau« père ; pour toute réponse , elle reçoit un soufflet ; elle jette un cri; le tzarévitz accourt, et reproche doucement à son père cet excès de dureté. Ivan furieux le frappe sur la tète avec le bâton qu'il avait coutume de porter ; le Jeune prince tombe noyé dans son sang. A cette \jie, Ivan se rappelle qu'il est père 9 presse son fils dans ses bras 9 Tarrose de ses larmes , et appelle à grands cris du secours. « O ciel 1 mon fils expire de la main de son père, disait-il, dans sa douleur; ma féroèité le prive du jour qu'il tient de moi ; et je rends inutiles , par cette cruauté , les soins et les peines que m'a coûtés son enfance I » Le jeime prince ouvre ses yeuxmourans, et, les fixant tendrement sur ceux de son père , il lui dit : c Je meurs content^ puisque je vous vois verser des larmes de tendresse. » Il expira au bout de quelques jours, emportantles regri^ts de la nation. Ivan ne put jamais se consoler de s'être privé lui-même d'un fils qui lui était si cher ; dévoré de remords, il laisse éclater fous les jours des marques de son désespoir : la nuit il ne peut goûter aucun repos. Afin que le ciel lui pardonne un crime involontaire , il fait faire des prières dans toutes les églises de son empire; il envoie même des sommes considérables pour cet effet
{ lit)
9i\ï patriarche de Gonstantinople. Sa douleur ne faisant que redoubler 5 au lieu de se calmer, il prend le parti de se faire moine , et reçoit la tonsure» Tous le» historiens conviennent que sa douleur et son repentir abrégèrent ses jours. Ce prince mourut en i56o, âgé de 54 ans 9 et dé son règne le cinquantième.
Création de ta milice des Stretitz,
Afin d'avoir une milice aussi soumise à Uautorité du prince qu'à la discipline militaire, Ivan établit dès i547 ^^ milice des Strelsi ou Strelitz. Il les fit exe)*cer , et les arma de fusils. L'arc et la lance. étaient presque la seule arme des Russes« Ivan forma sa garde d'une partie de ce nouveau corps : le reste fut employé dans les armées. La Russie vit alors, pour la. première fois, des trou^ pas réglées, des soldats toujours sous les armes, et une milice prête à^oarcher à l'ordre du souverain. Avant cette ititile ^stitution, mais qui dégénéra dans la suite , les nobles étaient obligés de servir. Les principaux d'entre eux faisaient , sous le nom de vévodes , les fonctions d'ofiicidrs. Les plus riches servaient à leurs frais , les autres recevaient une paie modique eu argent , et des fie&.. Les uns et les autres étaient suivis de leurs paysans mal vêtus, mal armés, sans aucune connaissance de l'art aaUitaire. Gha.que noblç éuit obligé d'amener
( lii2 )
avec lui un nombre d'hommes de pied et de cavaliers proportionné à sa £ortunc,en fonds de terre. Les cultivateurs , les babitans des villes et surtout les marchands ne servaient que dans de grande s extrémités. Quand Tétat était menacé d'un dan* ger éminent , ils prenaient les armes , et TËglise même fournissait des iiommes et des chevaux.
Mœurs et usages des Russes , anciens et
modernes*
Les maisons des anciens Russes étaient petites, bâties en bois, et chacune contenait une famille entière. Comme on se proposait surtout de lutter contre la rigueur du froid , les fenêti*es étaien t fort petites , et les portes si basses , qu'on ne pouvait y. passer qu'en se courbant. Les chambres étaient entourées de bancs fixés à la muraille , et l'on ne connaissait pas d'autres sièges , même à la cour. Les hommes occupaient les appartemens d'entrée; et lesfenmies, la partie la plus reculée du bâtiment.
Encore à présent , une partie des maisons est de bois : elles .soi\t construites de troncs d'arbres dépouillés de leur écorce , rangés les uns au-dessus des autres y horizontalement et avec beaucoup de propreté. Il n'entre pas un clou dans ces construc* tiens. L'édifice peut être abattu quand on le désire , et retevé^dans un clin d'œi). Il existe à Mos-
( »5 ) COU des marchés où l'on peut acheter non seulement des maisons ^ mais de petits villages tout faits. Ainsi une maison incendiée peut être remplacée dès le même soir. On voit dans toute la Russie un grand nombre d'églises entièrement de bois.
A l'exemple des anciens Romains , cVtait sur la grande place que se rendait la justice , et la présence du peuple en imposait aux juges. Les jeunes gens ne pouvaient^ sans s'exposer au reproche , s'ab? tenter souvent de ces assemblées. Il y prenaient les leçons que le» hommes plus avancés en âge * avaient reçues de l'expërience ; ils apprenaient à connaître leurs devoirs^et à servir la patrie.
L'empire des pères était très - despotique sût leurs enfans : aucun âge $ aucun établissement , aucun emploi ne pouvait les délivrer de la dépendance paternelle. Ils pouvaient être battus $ fustigés par ordre de leur père et par des mains serviles ; ils pouvaient périr par les suites de ces supplices domestiques 9 sans être vengés par la loi. Ils pouvaient être vendus jusques à quatre fois ; mais 9 s'ils étaient affranchis après la quatrième vente 9 les pères alors perdaient la propriété sur leurs enfâns.
Les femmes n'étaient guère plus protégées par les lois. Dans la sévère retraite à laquelle elles étaient condamnées y elles n'avaient pas même la consolation d'exercer leur 'autorité dans l'intérieur
de la maison. Entièrement soumises à leurs époux 9 elles ne commandaient à personne ; leur seule occupation était de coudre et de filer. Quelquefois il leur était permis d'aller se promener dans une plaine voisine de la ville. Là , elles prenaient le plaisir de la danse ou de l'escarpolette. Les femmes sont encore très - sédentaires en Au^ie.
Une des qualités les plus remarcpiables de l'esprit des dames de cette contrée^ c'est leur iaçilité à apprendre les langues étrangères : elles parlent et écrivent le français comme si elles étaient nées à Paris ; mais on pourrait leur reprocher de trop négliger leur langue. Les dames russes ont un teint agréable et brillant de fraicbeur ; mais les proportions de leur visage sonirpeu régulières.
Les différens états 9 du temps d'Ivan lY ^ se distinguaient par le vêtement. Un homme de néant ne trompait pas ceux à qui il était inconnu y par un habit qui ne convenait point à sa condition. II était défendu 5 sous de graves peines 9 aux gens du commun , de porter dçs rob^ faites d'étoffes précieuses.
Maintenant les gens riches s'affublent pendant l'hiver d'une espèce de turban de fourrure noire. Ils sont habillés d'un large manteau , qui descend jusqu'aux pieds 9 et est doublé de poil d'ours ou de renard de Sibérie. Des souliers de peau d'élan ou de veau 9 garnis de poil çn dedans et 6n dehors^
( «=5) garantissent les pieds du contact glacial de la neige.
D^autres personnes ont de larges bottes de cuir ou
de velours ^ doublées de flanelle ou de fourrures.
Il est impossible de reconnaître ses amis sous un
pareil accoutrement , et même de distinguer les
traits d'une créature humaine.
Les habillemens d'hiver des dames sont plus
gracieux que ceux des hommes; ils sont chauds et ne déguisent point tout-à-fait les formes. Les femmes de la capitale s'habillent , à peu de chose prës^ comme les Anglaises^ et suivent aussi les modes françaises ; elles ont seulement des vêtemens plus amples; précaution indispensable dans ce climat 9 où un simple rhume peut causer immédiatement des 'fièvres très-dangereuses , où une heure d'imprudence coûte trop souvent la vie.
Les paysans et les geixs du peuple s*enveloppent de fourrures pendant l'hiver. Ils ont sur la tête des bonnets 9 les uns ronds , les autres carrés. Leur habit consiste 9 en été ^ dans une longue blouse , ou caftan de drap bleu ou brun 9 lequel descend audessous des genoux. Il se croise diagonalement sur la poitrine , et s'y attache avec des boutons cilindriq\ies de cuivre ou de métal blanc. Leur taille est serrée avec une ceinture de filet : ils y attachent leurs gants , ou leur hache s'ils sont ouvriers.
Le passe-temps ordinaire des nobles qui n'ont point de devoirs civils ou militaires à remplir 9 est
( >>6 ) de se promener toute la matinée en voitHres on en
traîneaux. Ils<> dtnent à deux heures et demie ,
restent peu de temps à table et font la sieste unte
couple d'heures > ou bien ils jouent aux: cartes. Ils
aiment aussi le billard.
Les nobles de Moscou fout leurs délices des piégeons dressés à revenir vers leur maître : un couple bien privé se vend de cinq à dix roubles (i). On est étonné de voir le& marchands , pour montrer le savoir-faire de leurs oiseaux , les lâcher, et les rappeler ensuite à volonté. Les pigeons s'élèvent à une grande hauteur en décrivant une spirale, et se suivent tous dans la même direction. Si par hasard un des oiseaux s'écarte de la ligne , le marchand donne un coup de sililet, agite la baguette, et Taninial docile reprend sa route. Parvenu à une hauteur prodigieuse , il retombe comme une balle de plomb , et se relève sur ses ailes à peu de distance de la terre : on prend pour les former à cet exercice des peines incroyables. Pour les dresser , il faut d'abord avoir soin de les attacher avec un long fil; on les force de s'abattre dès qu'ils sont à une certaine hauteur, et ils apprennent ainsi par degrés à tomber d'eux-mêmes.
Les seigneurs, à Moscou , se rendent quelquefois sur la place du marché du dimanche , pour
(0 I<e rouble vaut environ ciu(| francs.
exaitliner là docilité de ces oiseaut » et en faire roccasion de paris considérables. On établit une gageure sur la hauteur respective à laquelle parviendront deux pigeons 9 ou sur le nombre de spirales qu'ils décriront enTair, avant de s'abattre.
Il est rare que les Russes mangent des pigeons: un respect religieux les force à respecter ces volatiles , parce que l'Ësprit-Saint emprunta la forme d'une colombe. On élève les pigeons moins pour s'en nourrir ^ que pour se procurer un divertissement agréable , et souvent leur entretien coûte des frais énormes. On a^ dans les maisons opulentes » des domestiques chargés de prendre soin des pigeons, et de les dresser. à différens tours d'adresse.
Les rossignols sont aussi en Russie l'objet d'une passion singulière ; on en élève dans presque toutes les maisons. Ces oiseaux, quand ils chantent en perfection, se vendent jusqu'à quinze roubles. Pendant toute la nuit, les rues de Moscou retentissent des chants du rossignol : il semble qu'on soit ^transporté dans un bocage. Les Russes , en remuant des grains sur une table, font chanter à volonté ces oiseaux pendant le jour.
On ne voit guère de gentilshommes , dans cette ancienne capitale , qui n'ait quatre chevaux à son carosse , et la plupart en ont six. Il est vrai que cette pompe a quelque chose de burlesque. Deux jockeîs en haillons sont placés comme des postillons , devant un cocher vêtu de peau de mouton ,
( laS ) à la manière des paysans qui vivent dans les bois. On voit derrière la voiture une couple de laquais 9 iniâ d'une manière un peu plus brillante , mais qui n'est guère moins misérable. Enfin les traits de» harnais sont d'une longueur si énorme , que les chevaux sont sujets à s'y embarrasser quand ils tournent le coin d'une rue , ou quand on veut les arrêter trop brusquement. .
Les marchands faisaient un. corps dans Pétat , et ils étaient comptés après la petite noblesse 9 comme ils le sont encore à présent, mais ils avaient de grandes prérogatives qu'ils ont perdues , et étaient regardés comme partie constituante du gouvernement. Ils étaient appelés aux grandes assemblées de la nation , et donnaient leurs suffrages.
Toutes les espèces de marchands sont rassemblées dans un même quartier, ainsi que cela se pratique en Orient. Chaque genre de trafic a sa place particulière assignée , comme dans les ha^ ^ars turcs de Conslantinople. Ces espèces de marchés forment ordinairement une sorte de cloître ^^ une rue couverte, assez semblable au Palais- *oyal à Paris.
Jadis les domestiques servaient par contrat pour ^n temps convenu. Ces contrats étaient déposés ^yxn tribunal chargé d'en faire observer les clauses , et de juger les différens qui pouvaient s'éle-- Ver entre les valets et les maîtres.
( J29 ) Les paysans n'étaient point serfs y mais ils n*a*
vaient point de propriétés foncières. Toates les terres. appartenaient et appartiennent encore aux seigkieurs. lis en abandonnaient une portion aux paysans, qui employaient -un jour de la semaine pour la travailler 9 et' donnaient au seigneur tout le reste de leur temps. Mais ces paysans étaient maîtres d'abandonner cette propriété précaire, et d'aller dans les villes se louer pour le service domestique 5 ou exercer les travaux dont ils étaient capables.
On ne connaissait d'esclaves que les captifs faits à la guerre , ceux qu^on achetait des Rosa* ques et des Talars , et les Russes qui s'étaient vendus. Tous ces esclaves étaient ordinairement affranchis à la mort du maître. Mais souvent , dénués de tous secours , et embarrassés de leur liberté , ils n'en profitaient , que pour se revendre»
De nos jours 9 le paysan ne s'appartient pas à lui-même. La terre qu'il féconde de ses sueurs est-elle vendue, il passe au pouvoir du nouveau maître avec les troupeau!i, avec les înstrumens aratoires ,' et on l'achète lui et sa famille , comme faisant partie des objets employés à l'exj^oitation du domaine.
Les paysans ou leh esclaves de la couronne ,
( caV c'est là- même chose ) sont les plus heureux ;
ils se transmettent de père en fils leur patrimoine;
ïiB sont seulement tenus à une redevance an-
( i5o ) nudle. Bien sûrs qu'on n'en augmentera pas le tarif, ils peuvent donner un libre essor à leur in^ dustrie.
Beaucoup de seigneurs accordent à leurs serfs des deux sexes la permission d'aller gagner de l'argent à la ville , en qualiléde domestiques, de mar* chands,de iournaliers,etc. Le maître règle la somnse qu'ils doivent mettre en réserve pour lui sur leur bénéfice. Les esclaves traités avec cette douceur > acquièrent quelquefois de grandes richesses.
Les personnes libres et les serfs , quand ils se rendent coupables de quelque délit , sont également dans le cas d'être punis. Dans les temps anciens , ils n'éprouvaient pas moins la rigueur des lois. Lorsqu'on avait reçu quelque offense , il était défendu sévèrement de se faire justice à soi-même. Si la chose arrivait , on payait une somme pour l'honneur outragé de sa partie ad-^ verse, et on était encore condamné à une amende
envers le souverain , dont on avait osé prévenir la justice.
Ainsi le duel était inconnu parmi les Russes ; et les étrangers qui s'en rendaient coupaJ[>le?, attaqués ou agresseurs , étaient également punis comme des meurtriers.
Mais il était d'autres combat^ que le -gouvçrnement tolérait, qu'il encourageait jftéme, pslrce qu'on les croyait utiles pour conserver le tourage de la nation et Tendurcir à la douleur. A de ccr*
( i5i ) tains jourg marqués , le peuple sortait en foule hors des villes pour voir lu jeunesse s'exercer au pugilat. Les Russes n'armaient pas leurs mains de gantelets de fer , comme le faisaient les anciens Grecs; mais l'habitude des rudes travaux et des exercices violens leur avait singulièrement endurci les poings. Ces combats simulés pouvaient offrir quelque avantage ; mais les jeunes athlètes en sortaient souvent avec de graves blessures.
FÉDOR !.•' or THÉODORE lYANOVITZ, dernier souverain de ta première dynastie.
Nous en sommes restés au successeur d'Ivan lY > et ce fut son fils Fédor qui le remplaça sur le trône* Mais ce prince , quoique âgé de trénte-*cinq ans 9 d'un tempérament faible 5 valétudinaire , était loin d'avoir le génie 9 et ne possédait même aucun dés tâletis nécessaires pour régner avec gloire. C'est en vain que son père en mourant lui avait nommé trois sages* conseillers; il n'eut peint assez de raison pour écouter leurs avis , et fut cruellement la dupe de l'ambition et de là perversité de Boris Godounof, dont il avait ^épousé là sœur. ' ' ^<'
Ce bèau-fi'ère ne désirait pas moins que de monter sur le trône du tzàr. Afin de i^re disparaître l'obstacle qui lui causait le plus d'inquié*
tude, il forma le projet d'ûterlavie au jeune Démitri, dgé de sept ans, et frèredupriace^égnant. Mais il ne lui était pas facile de consommer ce crime. La tzarine douairière avait sans cesse les yeuK ouverts sur son Tils, et sa tendresse alarmée lui permettait à peine de prendre quelques instans de repos. Accablée enfin par une fatigue aussi constante , elle eut un jour le malheur de se laisser vaincre par le sommeil après le dîner, la ^ouveroaate de l'enfant, qui avait 'été subornée, saisit ce moment pour conduire le jeuue prince dans la cour, sous prétexte de le faire jouer avec son fils. Celui-ci, digned'unetellemère,lefrappa le premier à la gorge , et Ves autres assassins le couvrirent aussitôt ileblessuresmortelles. Sa nourrice, qui ie perdait rarement de vue , accourt, s'écrie, le couvre de son corps; elle estlaissée pour ' mgrle sur la place.
Cet événement affreux arriva le i5 mai 1591 , vers le milieu du jour , suivant là chronique russe; les auteurs étrangers disent , au contraire , que ce erÏKie fut commis pendant la nuit , et cette circonstance leur a fait cn^re qu'on avait pu facilement substituer à la place du prince une victime moins Drécieiise. Les intérêts et lesinlrigHea de BdriBont tant d'obscurité sur cet événement, qu'il «sible de démêler à pcéseoi la vérité, lierais nckàfpéB à l'exécntioa du crïm« 'étaienbchargés, ne s'aperç^Lirent pas qu'ils
( 135 ) étaient obsetvés par le sacristain de la principale égiise 9 qui , tout éperdu , courut sonner le tocsin. Le peuple effrayé et les parensdu jeune prince accoururent aussitôt ; ils apprennent que Démitri n'est plus et quels sont les assassins ; on les cherche 9 on les saisit , et ils sont lapidés sur-le-champ au nombre de douze.
Boris déguisa cet événement pour en informer le tzar ; il lui dit que le jeune . prince s'était tué lui-même dans Taccès d'un (iëvre chaude i et le crédule Fédor n'eut pas de peine à ajouter foi à ce récit.
On soupçonne qu'il fut empoisonné par le ministre qui abusait si indignement de sa confiance. Quoi qu'il en soit, Fédor mourut en iSgS, âgé de 4i ans f après avoir végété onze ans sur le trône. En lui finit la dynastie des princes descendans de Rourik; elle occupa le trône pendant huit siècles^; et fournit cinquante-deux souverains.
Richesses prodigieiises des Tzars,
Rapportons l'étonnement dont furent frappés le patriarche de Constantînople et sa suite qu^ s'étaient rendus à la cour de Fédor I, et auquel on montra les trésors du tzar ; c'est une nouvelle preuve de l'opulence de la Russie dans le seizième siècle et de l'éclat dont la cour brillait alors. « Imaginez 9 dit rarchevéque Arsène > l'un des
( '54 ) e prélats de la suite, imaginez de superbes buffets chargés de coupes d'argent, de flacons , de « gobelets entourés de guirlandes d'or, et remplis c des vins les plus rares et les plus exquis. Dans le a nombre prodigieux de cuves d'or , de formes et tf de grandeurs différentes 5 et dont on ne peut éva- « luer le prix , on en voit une que douze hommes « ont peine à porter. La vaisselle représente toutes « sortes d'animaux , tels que deslions , des ours, etc. « On remarque surtout, parmi ces objets , une li- « corne d'une grandeur extraordinaire. »
BORIS FÉDÉROVITZ GODOUNOF.
BoRts aurait pu jouir du fruit de Ses crimes , et s'emparer des rênes -du gouvernement que personne ne lui disputait ; s es largesses lui avaient procuré des amis parmi les boïards; et te peuple, dont il avait pa^ru le protecteur , lui était dévoué. Ce-* pendant Boris ne se servit point de son crédit pour monter sur le trône , il aime mieux y parvenir en employant l'hypocrisie ; il fait répandre la nouvelle de la mort du tzar dans toutes les provinces de l'empire ; tous les boïards et les gouverneurs se rendent à Moscou et s'assemblent au palais pour élire un nouveau souverain. Feignant de leur laisser liberté entière dan'slechoix , Boris s'enferme dans le monastère où sa sœur s'était retirée ; il sa-
( «55) vait d'avance que toutes les voix seraient pour lui^ et en effet il est proclamé ; mais pour mieux Jouer sou rôle f il désapprouve le choix de la nation , et insiste fortement auprès des députés qu'on lui envoie pour que rassemblée fasse une autre élection. Il les chargea de lui dire qu'il était incapable de porter un poids tel que la couronne de Russie , et* il ajouta : «J'ai fait tous mes efforts pourcontenc ter et les grands et le peuple pendant mon ad- « ministration sous Fédor; je vois avec satisfaction « que j'y ai réussi : que me faut-il de plus ? Si mes « remontrances et mes conseils avaient été suivis ^ c les récompenses auraient été multipliées, et l'on « aurait vu diminuer les punitions. J'ai toujours « reçu et exécuté avec plaisir les ordres qu'on « me donnait de faire le bien , et toujours avec c répugnance j'ai fait le mal qui m'était prescrit, s Mais aujourd'hui les circonstances sont chan^ « gées; il s'agit de remplir dignement tous les de*- « voirs d'un souverain , d'apprécier les hommes tt et de les mettre à leur place 9 d'éclairer la con* « duite des ministrefs 9 d'arrétex la cupidité des « grands qui n'ont jamais assez ; de chercher et de c prendre les moyens de rendre. les peuples heufi reux ; de punir le ^ crime et de faire triompher t l'innocence opprimée. »
. Ce discours de Boris fit sur l'assemblée tout l'effet qu'il s'en était promis. On procéda à une nouvelle élection : le j^remier cl^ix fut confirmé.
( «36) Le peuple 9 instruit de ce qui se passait, courut
en foule au monastère et demanda son tzar ; la noblesse lui fit une députation , et le supplia de vouloir bien se mettre à la tète de Tétat j dont il serait le sauveur. Le patriarche , à la tête du clergé , se rendit auprès de lui , et redoubla ses instances. Alors Boris crut en avoir assez fait pour couvrir son ambition , il céda au vœu général y et parut n^accepter la couronne qu'à regret et comme une victime dévouée au salut de la patrie.
DIX-SEPTiisMB SIÈCLE.
Le caractère cruel de Boris ne tarda pas à se faire connaître ; quand il fut parvenu au trône , il ne dissimula plus ses mauvaises qualités ; ceux qui lui faisaient ombrage étaient jetés en prison et bientôt étranglés : la délation fut accueillie et récompensée. Moscou ne renferma plus que deut classes d'hommes, celle des calonmiateurs , et celle des accusés et des victimes. Les confiscations les plus injustes grossissaient le trésor de Boris, et son exemple était suivi par une partie des habitans de Moscou. Pour avoir de Targent ou des places y te domestique accusait son maître , l'esclave son patron , le frère son frère , la femme son époux > le fils même fut le délateur de son père. Un vieillard parut chargé de chaînes au milieu des juges ^ présidés par Boris; il demanda son accusateur, el
( «57) ce fut son fils qui osa se présenter : le père garda queicpie temps le silence de la consternation ; levant les yeux au ciel 5 il secoua ses fers, et dit à cet enfant dénaturé : « Réponds , mon fils , à ce langage , si tu le peux et si tu en as la force. • Ce spectacle touchant faisait impression sur les esprits ; Boris s'en ajperçut, il fit retirer Taccusateur et Taacusé sans oser prononcer de jugement.
ht faux Démitri ou DémétritiSé
Un moine élevé dans Tobscurîté d'un cloître ^ nommé Otrépief, avait quelque ressemblance ^vec •Démitri si barbarement assasmné par les satellites de Boris I." Il résolut de tirer parti des signes extérieurs qu'il devait à un jeu de la nature. Il se déroba de son couvent , passa en Pologne , se mit au service d'un prince de cette nation , où il fut réduit à remplir les plus bas ofiices" de valet. Il feignit de tomber malade , et déclara à son confesseur qu'il était le prince Démitri , qu'il croyait assassiné; maïs qu'il s^était dérobé^ comme par miracle , au glaive des meurtriers ; une croix enrichie de diamans qu'il lui montra, qu'il portait toujours sous sa chemise , et qu'il avait reçue, disait-il , du prince Mestislafski son parrain , acheva de persuader le bon ecclésiastique. Le faux Démitri fut reconnu dans toute la Pologne pour le véritable héritier du trône de Bussie. Le palatin de Seu-
( i58 ) domir lui promit en mariagie sa fille Marina, princesse jeune , belle , ambitieuse. Le prétendu fils d'Ivan promit d'établir en Russie le culte catho«lique; il eut pour protecteur le pape Clément VIII. Le roi de Pologne leva une armée pour Taider à monter sur le trône , et les Kosaques du Don se hâtèrent de lui faire savoir qu'ils avaient des armés à son service. L*heureux imposteiur s'avance en Russie 9 livre bataille 9 est vainqueur , l'armée ennemie se range sous ses lois ; des villes et des provinces s'empressent à le reconnaître. Â la nouvelle -de tant d'avantages remportés par le faux priiice , Boris tombe dans la consternation ; cependant il ordonne de lever des troupes, et formé le projet de porter la guerre en Pologne; mars. en sortant de table , il fut attaqué d'une si violente colique qu'il mourut quelques heures après. S'il s'empoisonna lui-même dans un accès de désespoir, il était juste qu'un monstre tel que lui fût son propre bourreau. Boris Godounof mourut en i6o5, après un règne de sept ans.
FÉDOR H oti THÉODORE BORISSOVITZ.
Là mort de Boris Godounof fut regardée par ses partisans même, conune une punition de Dieu envers un tyran usurpateur ; ^t Démitri aurait été proclamé par les boïards s'ils n'avaient
(»59) •craint la fureur du peuple ^ que le patriarche , à l'aide^ de ses excommunications 9 retenait dans le parti de ia famille de Godounof. Ce peuple courut en foule au palais ^ proclama Fédor , âgé de quinze ans 9 et déclara sa mère régente. La noblesse de Moscou , forcée de ratifier cette élection y prêta au nouveau tzar le serment de fidélité ; mais celle des proTÎnces , les chefs et les soldats de Tannée , étaient disposés à proclamer Démitri. Tout-à-coup des émissaires envoyés secrètement à Moscou, gagnent par des promesses et font soulever les habilans de cette capitajle. La populace et un corps de Streiitz s'attroupent sutJa grande place ; en vain le 'patriarche veut apaiser ce tuiÉiulte , les cris de la sédiiioù étouffent sa voix. Les agens de l'imposteur crieBt vive ie tzar DétnUri ! et ce cri est répété par la foule ameutée. On court au palais , on massacre un parti des boïards, des parens y des amiîs du tzar. La tzarine douairière, Fédor, la princesse sa sœur sont arrêtés, renfermés et gardés à vue dans la maison qu'avait occupée Godounof , lorsqu'il était simple particulier. Des députés allèrent inviter Démitri à venir prendre possession du trône. Ce fut dans celte audience qu'il prononça l'arrêt de mort àçL tzar et de sa mère : deux princes et un oflicier russes se chargèrent de cette barbare exécutioti. Le patriarche fut ignominieusement dé« pouillé , revêtu de l'habit de moine , et relégué dans un petit monastère aux extrémités de la Rus«
sie. La princesse Axénia , sœur de Fédor 5 res» pectée à cause de, sa ieunesse 9 fut envoyée dans un couvent de Yolodimlr. La rage exhuma le corps de Boris qui resta trois jours exposé aux outrages d'une populace aveugle et féroce.
OTRÉPIEF , au le faux DÉMITRT.
Aussitôt que Démitri fut informé de la mori de Fédor, il se mit en marche pour se rendre à Moscou avec les deux armées russes et polonaises. Le clergé et le peuple vinrent à sa rencontre en criant' que Démitri est i* étoile du matin qui luit sur la Russie. Ce nouvel astre. se rendit à la cathédrale pour remercier. Dieu de son avènement au trône.
Afin de ne pas différer la cérémonie du cou^rcnnement , il nomma patriarche Tarchevéque de Rézan. Ce fut ce prélat qui plaça sur la tête d'Otrépief la couronne des tzars*
Yoilà Démitri proclamé, sacré 9 et vainqueur de tous les obstacles qui Téloignaient du trône ; mais la chose la plus difficile reste à faire : la mère du véritable Démitri vit encore ; elle languit dans une retraite obscure : s'il prend le parti de l'y laisser , on ne manquera pas de dire que l'imposteur n'ose paraître devant elle; s'il fait venir. à Moscou cette mère infortunée, consentira-t^e à
devenir complice de Timposture? Démitri^ après avoir pesé le pour et le contre , pensa qu'il y avait plus de risque de la laisser dans son couvent que de l'appeler à Moscou. Il lui envoya des députés^ avec' un des plus beaux caresses de la cour, pour la prier de venir partager le trône avec lui , son appui et son vengeur. Cette princesse vî* vait malheureuse dans la plus triste solitude ; on lui offrait de partager le trône avec elle; elle se rendît aux solliditatîons de TimposteUr: que pouvait^llé faire de plus raisonnable ?
Dès que Démitri sut que la princesse appro- Xîhait de Moscou 9 il alla au-devant d'elle, descendit de cheval , se prosterna en l'abordant , et lui donna les plus grandes marques de tendf esse et de respect filial. Se précipitant ensuite dans les bras de la princesse, il fait des imprécations contro la mémoire de Godounof , et jure de lui faire ou^ blier tous les maux qu'elle avait endurés depuis la mort d'Ivan. L'espérance remporta sur la crainte dans le cceur de la tzarine ; elle réconnut Démitri pour son fils 9 affecta la plus grande joie de le revoir, et le pria avec instance de monter dan^ie carrosse qui la menait» Il refusa par respect , suivit long-temps le carrosse à pied et la tête découverte. La princesse le força enfin de se couvrir et deTcmonter à cheval, en lui disant obKgeamment que c'était la première marque de soumission ^pi'elte exigeait dç son fils. Il la conduisit dans le
( >4a) couvent de TÂscension , qui était destiné aux
veuves des tzars.
Devenu tranquille possesseur du trône , Demitri n'écouta plus que son amour pour la princesse Uarina , fille du palatin de Sendomir. Il envoya deux ambassadeurs, en Pologne, Tun au palatin, avec des présens considérables ppur la princesse ; Tautre au roi et à la république ^ pour conclure avec eux une ligue oITen^ve et défensive , leur marquer sa reconnaissance au sujet des services qu'ils lui avaient rendus , et auxquels il devait la couronne; enfin, pour prier Sigismond de permet* tre à sou vassal de lui donner sa fille en mariage. Cette ambassade déplut beaucoup aux Russes : ils voyaient avec douleur une Polonaise devenir leur souveraine , et toutes les pierreries de la couronne envoyées à Marina. L'ambassadeur destiné au palatin de Sendomir ,- fiança au nom de 00a maître la princesse Marina : le cardinal-évéqne de Ctacovie leur donna la bénédiction. Bile partit avec un magnifique oortége ; elle était accompagnée des ambassadeurs de Tune et l'autre qation , du palatin *son père, et de plusieurs polonais de distinction. Lorsque Démitri sut que la princesse appi^chait de Mpscou , il envoya au-devant d'elle les premiers boïards de sa cour, et tous les officiers et les soldats -de sa garde. La princesse fut conduite au couvent de l'Ascension, où la tzarine-mère faisait sa résidence ; le palatin de Sendomir log^a
( «45 ) dans la maison de Godounof ^ et les seigneurs po<» lonais occupèrent les maisons des boïards 9 qui furent obligés de les leur céder.
Quatre jours après Tarrivée de Marina , on cé« lébra son mariage dans la cathédrale. Un ofiicier du palais précédait la tzarine y tenant un carreau de velours cramoisi 9 et la couronne qu^on devait mettre sur la tète de la princesse. On portait de^» vant le tzar le sceptre ^ le globe et Tépée. L'église était tendue de velours cramoisi; enrichi de broderie en or et en argent. Après la cérémonie ^ les deux époux retournèrent au palais au bruit des eanons et des cloches.
Plusieurs sujets de plainte s^élevaient contre le nouveau tzar. Informés que l'ambassadeur polonais j au nom de son naaitre , avait faitlademande de la ville de Smolensk, les officiers et les Strelite jurèrent la perte du tzar et le massacre des Polo <nais. Il ne leur manquait qu'un chef. Bazile ChouisLi 9 boïard très - ambitieux , qui avait déjà conspiré contre Démitri , et auquel le tzar avait daigné faire grâce de la vie , se présenta aux fac^ tieux, et les excita à tout entreprendre. Voyant les esprits au point où il les désirait 9 il s'occupa de lever secrètement des troupes dans les environs de Moscou et dans les provinces voisines. Malgré le my^t^ede cette opération , la trame fut dé- <^ouverte. Une des créatures de ChouisLi laissa échapper quelque)» paroles indiscr^s ; on se saisit
de cet imprudent; on l'interrogea > et le tt^r âp* prit que le chef de la conspiration avait déjà plus de douze mille complices. Le jeune homme qui avait joué le rôle de dénonciateur sans le vouloir ^ obtint son pardon ^ dans la crainte que sa punition n'avertit les séditieux du parti qu'ils avaient à pren* dre. Les Polpnais furent prévenus de se tenir sur la défensive , et Démitri renforça sa garde de quel* ques compagnies de Strelitz^Il jaurait déjoué tous les complots 9 s'il avait fait veiller autour de sa personne les soldats polonais et les ILosaques qui Tavalent suivi. '
Il eut trop de confiance dans une ruse assez mal imaginée. 11 avait indiqué pour le quinze mai une fête militaire, qui devait représenter l'attaque et la défense d'une place. La forteresse 9 construite en bois, était garnie de véritables canons, et aurait jservl au ti^ar à se défepdre contre le peuple , tandis que les Stiretitz et les Polonais qui lui étaient dévoués, feraient main-basse sur les principauxconjUrés iuvilés à ce spectacle. Ghouiski se douta du piège qui leur, était tendu, et donna des orifares secrets po\ir que , dans la nuit qui précéderait la fête , les complices des environs de Moscou se rebaissent sans bruii dans la ville. Ces ordres fureat exécutés avec exactitude. Ils s'arment à la hâte » arrivent pendant que tout dormait au palais ;< ils sonnent le tocsin , le peuple accourtde toutes parts» €t la révoUe devient gén-éral^. Alprs les conjurée
i^emparent de tous les postes importans de Moscou. €houiski paraît, le crucifix dans une main, un poignard dans Pautre , et les révoltés se rangent autour de lui. Il les conduit au milieu de la ville , donne Talarme partout où il passe , publie que les Polonais ont juré la perte des Russes, et qu*ils sont prêts à les égorger. Les hommes , les vîeillard%, et jusqu'aux femmes, tous courent aux armes ; on force les maisons occupées par les Pot(»iais, et, sacs leur donner le temps de se recon«» naître et de se défendre , on les immole à la ven* geance publique. Les cris des mourans , le bruit des armes, éveillent le tear ; il envoie le capitaine de ses gardes savoir la cause du tumulte, et cet of*» ficier apprend qu'il n'y a plus de sûreté pour It 4zar , ni pour les personnes chargées de veiller & sa sûreté. Ghouiski arrive au palais, dont il fait enfoncer les portes , pénètre dans Tanti-chambre du tzar à la tête d'une troupe de déterminés , et somme le faux Démitri de venir rendre compte de sa conduite au peuple. Le eapitaine des gardes et quelques Strelitz veulent opposer de la résistance : ils sont massacrés. Démitri qui entendait de sa chambre le tumulte et les cris, qu'augmentait encore le carnage , oheroKe une issue pour se sauver, H n'en trouve point ; elles étaient toutes occupées par ses ennemis; il ouvre une fenêtre, n» précipite, tombe dans une cour, se casse une jambe, et sefait une blessure considérable à la tête. Desgard^s
( '46 ) accourent aux plaintes que la douleur lui arrache^ et le transportent dans le quartier des Strelitz; ces troupes furent si touchées du triste état otl^elles le voyaient , qu'elles jurèrent de le défendre jusqu'au, dernier soupir. Les conjurés arrivent^ et demandent qu'on leur livre l'imposteur; les Strelitz ré«pondent que, loin de sacrifier un prince , fils, divan 9 ils sont prêts à mourir pour sa défense. £n effet ils résistèrent jusqu'à ce que les conjurés s& disposassent à mettre le feu à leur <piartier. Alors ils furent contraints d'abandonner le tzar, qui reçut de ses ennennis tous, les outrais que peuvent se permettre des forcenés; Ce malheureux prince se montra dans ce moment digne du rang auguste qu'il avait occupé. Il dit fièrement à ceux qui le frappaient et lui arrachaient la barbe : «Vous m'outragez.9 et vous savez que je suis le véritable fils d'Ivan Yaziliévitz et votre légitime souverain, couronné en présence de tous. les- Russes; et si vous re£uaez d'ajouter foi à mes parcdes, allez, trouver ma mère^ elle vous dira la véidté«» Ce discours suspendit Ha fureur *âes séditieux, et les Sti'elltz écartèrent lapopulace. On nomnoie des àé" pûtes ; GhouisU e«t à leur tête, ChouisLi qui n'aurait pas^ dà excite» lavt de oowfia^oi^* Ce botard ambltieox prie la princesse douaioièrev au nom de la. nation , de déclarer sMe.lzarrégnanir^st véritablement son fils , et lui promet qn'bn oubiâera le vtf intérêt qu'elle aparu prendre à l'imposteur, si, en
découvrant la vérité , elle facilite aux Russes le moyen de se délivrer d'un tyran qui les déshonore et qui souille le trône du grand Ivan. La princesse, dans un trouble extrême , répondit: «Le tzar actuel n'est pas mon fils , c'est un imposteur : je ne l'ai reconnu pour Démitri que dans la crainte dépérir y puisque vous l'aviez reconnu vous-même et proclamé comme étant le fils d'Ivâui et le frère •âe Fédor. »
Cette réponse fut l'arrêt de mort de l'imposteur ; lés Strelitz l'abandonnèrent à la fureur du peuple. Tous ceux qui étaient présens^ voulurent avoir part à la punition qu'il avait méritée ; tous le frappèrent à la fois. On tratoason cadavre danstoutes les rues, et on le laissa exposé pendant deux jours dans la place du marché, où il fut ensuite brûlé.
Tandis que ces scènes horribles se passaient^ les conjurés, divisés euplusieurs bandes,, se livraient, à tous les excès, sans pouvoir assouvir leur rage; ils n'épargnaient pas même les Russes qui portaient l'habit polonais. Les pluf féroces se rendirent au palais, et péi^étrèrent dans l'appartement où la jeune tzarine s'était retirée: ils la cherchaient pour la massacrer ;. mais sa coatenane^* tranquille et fiëreleuren. imposa; elle leur dît avec assurance : « Ma résolulion est fkrise , je ne crains point la mort ; frappez , barbares , si vous êtes assez làehes pour verser le sang d'une femme sans défense: que
vous avez reconnue pour votre souveraine, s Saisis d'étonnement et de respect , intimidés malgré eux 9 ils se .retirèrent en silence , étonnés de la puissance invisible qui venait de désarmer leurs bras. Leur fureur se tourna contre les Polonais. Ils allaient assiéger les maisons où le palatin de Sendomir et les seigneurs de sa suite s^étaient retran* ohés 9 lorsque les boïards ^ sentant de quelle conséquence il était d'arrêter un pareil massacre , se réunirent , firent marcher en armes les Strélitz , dissipèrent la populace , et établirent des gardes aux portes des maisons où il y avait encore des étrangers. Plus de douze cents Polonais et quatre cents Eusses périrent dans cet horrible tumulte. Telle fut la fin tragique du faux Démitri , qui joua un si grand rôle dans THlstoire de Russie et dans celle des fameux imposteurs. Il régna un peu plus d'un an ; et la fille du palatin de Sendomir n'occupa le trône que pendant quelques jours*
VAZILI V (BAZILE)IVANOYITZ
GHOUISKI.
Tendàkt les quatre jours qui suivirent le massacre de l'imposteur , Ghouiski mit tout en usage pour se concilier les esprits et les décider en sa faveur. 8a naissance , son âge , son expérience , tl les services qu'il avait rendus à l'état ^ lui don-
( i49 ) Daient droit âux plus émînentes dignités ; mais il
avait un concurrent dans un prince Galitzin ^ agréable à la nation 9 et il lui fallait une faction puissante pour traverser un choix qui Taurait exclu du trône. Il convoqua rassemblée desboîards , et les invita à bien réfléchir sur le choix quUlsallaient faire. L'assemblée était partagée entre les deux concurrens 5 lorsqu'un boïard dévoué au prince Galitzin , se leva : « Les deux princes sur lesquels est tombé notre choix , dit- il ^ ont autant démérite Tun que l'autre; nous nous sommes acquittés par-là de notre devoir : laissons à présent la décision au peuple 9 pour n'avoir rien à nous reprocher. » L'assemblée approuva la proposition , qui désignait d'abord le prince Galitzin pour souverain ; mais le bruit se répandit que Ghouiski venait d'être élu; et lorsqu'on ouvrît les portes de rassend)lée , un de ses partisans confondu avec le peuple , cria de toutes ses forces : Vive ie tzar BaziU Chouisid I Ce cri fut répété par la populace ; il parut une sorte d'inspiration y etlesboïard» proclamèrent Ghouiski.
Les Polonais qui avaient échappé à la fureur des Russes , furent conduits dans l'hôtel destiné pour les ambassadeurs , et Ghouiski leur fit donner une forte garde. La tzarine et le palatin de Sendomir furent envoyés prisonniers à Jaroslaf, et ceux qui leur étaient attachés, dispersés en différentes villes. Ghouiski avait tout à craindre de
{ i5o ) la vengeatice des Polonais ; il chercha les moyéb« de se réconcilier avec eux. Il leur envoya un ambassadeur pour rendre compte au roi et à la république de ce qui venait de se passer à Moscou. Ji^ambassadeur 9 mal aoeueilti , fut renvoyé sans réponse.
Chouîski oublia bientôt de qui il tenait la ceoronne , et à quelle occasion on l'avait revêtu dé Tautorité souveraine : il s'était permis 9 au moment ménïe de sa proclamation , de réduireà L'état de moine le patriarche que Démitri avait nommé , et d'élever à sa place le métropolite de Kasan ; il osa davantage : il devint parfure. Il avait promis à la face des autels de ne jamais se venger des oivtrages qu'il avait reçus étant simple particulier ; et U envoya en exil les partisans de la famille Galitzin 9 et les boïards qu'il ne croyait pas entièrement dévoués à ses intérêts. Cette imprudence eut des suites fâcheuses ; elle alluma le feu de la révolte ei^ différentes provinces à la fois, occasionné par les plaintes et les intrigues des exilés. On répandit le bruit que le tzar Démitri était échappé à la fureur des habitans de Moscou , et qu'à sa place on avaitîmmoléun officier allemand. Plusieurs villes se révoltèrent à cette nouvelle^ Ghoutskicrut poir- olr arrêter le mal dans son origine ) en faisant exhumer et transporter à Moscou le corps du véritable Démitri. Il eut soin défaire publier que les reliques de ce prince martyr
ataient fait plusieurs miracles depuis sa translation 9 ainsi qu*à son arrivée dans la capitale : il ordonna au patriarche qu'il venait d*élire , d'établir trois fêtes en l'honneur du nouveau saint. Mais ce singulier expédient ne produisit aucun effet»
Nouveaux fauçs DémitH ou Démétrius,
Les Kosaques du Térek s'allient avec ceux du Don pour seeonder la révolte des Russes contre Chouiski. Ils ayaient parmi eux un jeune Russe 9 sommé Elias Yassilief , qui s'était évadé de chez êotk maître ; ils publièrent qu'il était le fils de Fédor Ivanovitz , et qu'en 1692 » Godounof , qui voulait »'einparer du trône ^ avait fait enlever ce jeuoe prince , et lui avait substitué une fille qui fut baptisée sous le nom de Théodosia ; que Démitrî , bien instruit du fait , avait donné des ordrespour qu'on lui ramenât ce prince caché à Tzaritsa; mais que ceux qui le conduisaient à Moscou , ayant appris en route la mort de Démitri , Pavaient mis en liberté , et qu'il jetait enfui sur les bords du Térek. Ce roman absurde fut adopté par un peuple barbare , qui se flattait qu'il lui servirait de prétexte pour se livrer aupillage. Ce nouvel imposteur se fit d'abord un grand nombre de partisans : des princes russes même se rangèrent sous ses drapeaux , ainsi que des villes. Mais Chouiski se mit à la tête d'une armée ^ remporta de grands avan-
'( i5a ) tages^ et rimposteiir lui fut livré. Il croyait avoir terminé tout prétexte à la révolte ; il était dans une sécurité bien trompeuse. Un autre faux Démitri va paraître sur la scène.
Un nommé Nagui , fils d'un pope ou d'un maître d'école 9 se montre dans la ville de J^taradoub^ et se donne pour Démitrî sauvé par la protection du ^iel : on sonneles cloches en signe de réjouissance^ Nagui est reconnu ^ on lui prête serment de Odélité. Les Polonais et les Kosaques accourent pour le seconder ; les victoires qu'ils remportent engagent le patriarche et les boîards à conseiller au tzar de rendre la liberté au palatin de Sendomir, à sa fille 9 et à tous lesPolonaîs retenus prisonniers depuis la mort du premier faux Démitri : c'est le plus sûr moyen ^ dirent-ils , d'engager Sigîsmond à rappeler ses troupes et à conclure la paix avec la Russie. Le tzar suivit ce conseil ; un détachement commandé par le prince Dolgorouki , conduisit les prisonniers jusque sur les frontières de la Po^ logne. L'imposteur Nagui , instruit à temps de leur départ , sentit de quelle importance il serait pour lui d'avoir à sa disposition le palatin de Sendomir et sa fille ; il envoya deux mille Kosaques pour leui' couper le passage et les. enlever. L'escorté. russe abandonna le dépôt qui lui était confié : on permit aux ambassadeurs de retourner en Pologne , ils étaient inutiles à Nagui.. Le palatin et la princesse Marina furent amenés dans son camp : cette en-^
,(»65) trevue devait être froide et causer de rétonnement aux spectateurs , c^est ce qui arriva: L'indifférence des deux prétendus époux fit murmurer les troupes» peu s'en fallut que l'imposteur ne fût démasqué ; l'ambition , la ruse et la vengeance le servirent dans ce moment critique ; on répandit dans l'Ârmée que Marina , persuadée de la mort de son époux , n'avait osé se livrer à la joie qu'après s'être bien assurée que c'était Démitri lui-même qui l'avait fait enlever et conduire dans son camp; les troupes le -crurent par la raison 9 observe un historien^ que plus l'imposture est grossière^ mieux elle réussit auprès de Is^ multitude. Pendant que Nagui faisait répandre ce bruit dans son armée , les confidens du palatin et de sa fille les exhortaient à reconnaître le faux Démitri : les uns dtsaient qu'après avoir porté la couronne de Russie 9 la princesse devait mettre tout en œuvre pour la recouvrer ; que Démitri était sur le point d'être proclamé tzar par un consentement général ; 'd'autres ajoutaient qu'en supposant même sa naissance vile et abjecte , une couronne la rendrait illustre. L'orgueil du'rangfit oublier au palatin toutes sortes de considérations 9 et l'ambition de régner exigea de sa fille les sacrifices les plus chers à son sexe , celui de la décence et celui de l'honneur. Elle se rend avec son père dans la tente de Nagi:^! , se jelte dans ses bras , et le reconnaît pour son époux en
présence de l'année. Cette imposture engagea les
( .54 ) soldats de Nagûi à lui rester fidèles ^ et lui soumit plusieurs villes;
Le gouverneur de Rézan , instruit de ce qui se passait à Moscou , pensa qu'il fallait profiter de la disposition des esprits à la révolte. Il se rendit en diligence dans cette capitale avec un prince Ga^ liizin : leur arrivée décida du sort du tzar. Les conjurés réunis courent au palais , enlèvent Y asili et la princesse son éponse 9 et les traînent ignominieusement dans la maison que ce prince avait occupée avant son avènement au trône. Les boiards déclarèrent le trône vacant , et firent avertir les officiers et les soldats du camp dufaux Démitri de Tab^ndonner et de se rendre à Moscou pour élire un autre souverain. Les rebelles , affectant une fidélité qu'ils n'avaient pas , répondirent qu'ils étaicnt^bieB éloignés de suivre l'exemple des habitans de Moscou : que si l'on y avait osé détrôner le prince légitime 9 on né devait pas espérer de trouver en eux des complices de cet attentat.
Bizarre moyen pour faire prononcer des vœux
forcés»
Des reproches si bien mérités ne firent aucune impression sur les Moscovites; loin de rentrer dans le devoir 9 les boiards firent conduire Vazili dans un couvent , et le forcèrent à déposer la pourpre pour se vêtir d'un froc. Selon la coutume usitée k
( '55 ) regard de ceux qui embrassaient la règle monag* tique ; le métropolite demanda à Yazili s^il pro« mettait de renoncer au monde? — c Je ne promets rien , répondit le tzar. — Que voulez-vous donc ? reprit rarchimandrite. — Rien , dit le tzar, et je réclame contre la violence. » Alors un prince Toufiakin , ennemi du souverain détr6né, osa parier pour son ancien maître , demanda Phabit monastique, articula pour lui des vœux contre lesquels il avait protesté, et feignit de croire qu'il l'avait lié par cet indigne subterfuge. Mais voici le plus singulier : le patriarche , qui sentait toute la nullité de pareils engagemeus , continua à donner à ' Chouiski le titre de tzar , et il traitait Toufiakin de moine, parce qu'il avait prononcé les vœux monastiques. La tzarine ne montra pas moins de fermeté que son époux , et l'on eut recours au même moyen pour la consacrer à la religion*
Fermeté du tzar Fazili. Sa mort.
Les princes Démitri et Ivan , frères du tzar, furent enveloppés dans la même disgrâce. Lorsque Zolkiefski, aieul maternel du fameux Sobieski,eut battu les Moscovites et pris Moscou par la ruse ^ il conduisit cette famille infortunée à Sigismond' qui assiégeait Smolensk. Yazili se souvenant qu'il avait porté la couronne, parut devant Sigismond avec une contenance si fière, que ce foi en fut
(-156) piqué et lui ordonna de se prosterner. « Le mal' beur, lui dit Vazili, ne m^a point fait oublier, que je suis souverain ^ et que je ne dois me prosterner devant personne. Ce n'est point ta valeur qui m'^ fait ton esclave, c'est la perfidie de mes sujets. £n me voyant tombé dans Tétat où je suis , tu dois trembler , toi qui n'es jamais monté austsi haut que moi. » Sigismond , loin d^ètre pénétré d'ad^ miration pour un prince qui , au milieu de ses malheurs , conservait tant de grandeur et de fierté» l'envoya avec sa famille à Varsovie , où il ne vécut pas long -temps : sa mort fut suivie de celle de ses frères. Sigismond les fît inhumer sur le bord d'une grande route : il eut la vanité d'ériger un trophée à sa gloire sur les cendres d'un prince dont il n'avait jamais triomphé. Une colonne de marbre fut élevée auprès des tombeaux des Ghouiski , avec cette inscription. Ici repose VasUi Chouiski j, tzar de Russie : son corps est au milieu de ses toiards* Ce prince avait régné quatre ans.
Repas des Russes. Usages» Monnaies. ~
Après la mort de Yazili , il y eut un interrègne de trois années. Avant d'en, parcourir les événemens, nous allons passer en revue quelques usages des Russes.
Commençons par ce qui concerne les repas. La cuisine russe diffère con3idérablement de la cuisine
française. Par une superstition fort étrange , ou paf une loi économiqfue 9 il était défendu aux anciens Russes de manager du veau. Des hommes ont été punis de mort pour l'avoir enfreinte.
A Moscou et à Pétersbourg on dtne vers quatre ou cinq heures ; il est même des maisons où Theure de ce repas est encore plus reculée. Les convives se réunissent dans le salon vers deux ou trois heures. On n'emploie pas cet intervalle en conversation frivole , on fait en qitelque sorte un second déjeuner.- De petites tables sont couvertes de mets propres à. exciter Tappétit, tels que caviar ( œufs de poisson au vinaigre ), anchois , saumon , saucissons et, poissons frits : on mange fort peu de ces mets y et Ton prend de préférence un verre de Madère , de Malaga^ ou d'extrait d'absinthe. Les personnes qui font ce léger repas , restent debout et continuent de causer.
Pendant le dîner , on boit conune vins ordinaires , du Bordeaux et du Porto ( vin de Portugal) ^ que l'on a coutume de tremper. On donne au dessert du vin recherché de THermltage, de Medoc^ du Glos-Vougeot , de Madère ^ deTokaî, etc.
Le mets favori des Russes , celui qui se trouve sur toutes les tables ^ depuis celles des paysans jusqu'à celles des princes , est une espèce de pâté a^^elé piroghi. On le sert sur la table 6es«grands en même temps que le potage : on en vend considérablement dans les rues de Moscou et de Péters-
(i58) bourg. Ces piroghi ont très>bon goût; mais ils sentent la graisse et souvent l'huile. Ils consistent en viandes hachées , ou en cervelles roulées et frites dans l'huile ou le beurre.
Les gens riches aiment à donner de splendides festins ; on se brouille souvent avec eux si l'on va dîner chez d'autres personnes. Les étrangers sont accablés d'invitations.
La manière dont les festins sont servis en Russie, n'a rien d'égal dans le reste de l'Europe. Les plats et les vins sont arrangés par gradation , selon le rang et la condition des convives : ceux qui ont l'honneur d'être placés près du maître de la maison n'ont aucune communication avec les personnes assises au bas-bout de la table. Celles-ci doivent se contenter des plats qui sont devant elles; quant aux convives de distinction , il ne leur est permis de rien demander : le maître de la maison leur envoie ce qu'il juge à propos, et il a toujours soin qu'ils soient bien régalés.
Chaque convive a ordinairement derrière lui deux valets, l'un chamarré de plumes et de galons d'or; l'autre dont le costume diffère peu de celui d'un mendiant.
L'étiquette , relativement à la distribution des mets et des vins , est si scrupuleusement observée » qu'un étranger qui voudrait s'en écarter, serait considéré avec étonnement.
Le meilleur vin, dit le docteur Clarke (Voyage
en Russie , en Tartarie , etc. ) , est placé au haut bout de la table. A mesure que les convives s'éloignent de la place d'honneur, la qualité des vins diminue , et les bouteilles finissent par être remplies de simple quass (sorte de bière).
J'essayai , continue ce savant voyageur , de faire une petite contravention à cette coutume bizarre 9 en prenant la bouteille qui était devant moi , et en offrant de ce vin choisi aux voisins placés audessous. Jamais on ne s'avisa d'accepter mon offre de peur de déplaire. Si un étranger , par caprice ou par goût f demande d'un plat réservé au bas "bout » le maître de la maison témoigne une sorte de colère , et les autres convives sont très^surpris. S'il insiste pour obtenir le mets qu'il a demandé , il est bien surpris de le trouver d'une qualité détestable , et tel qu'il ne se serait pas attendu à le trouver sur une table somptueusement servie.
Le souper est encore en Russie un repas important. Il est servi avec plus de luxe que le dtner, et on y réunit une extrême variété de mets , de potages , de poissons j de rôts et de viandes bouillies.
La cherté des objets de première nécessité^ dit Pallas dans son nouveau voyage y n'est pas moins remarquable à Moscou, que la fureur des habitans pour des fruits et des légumes q[ue la nature a refusés à ce climat : on les fait venir de loin à
( i6o ) grands frais , et on les cultive dans des serreschaudes. Telles sont de grosses asperges que l'on se procure au milieu de l'hiver, et qu'on envoie à Pétersbourg. Avant l'année 1770, on ne connaissait dans cette ville , ni cerises , ni pèches , ni poires, ni pommes: aujourd'hui on les achète, en été , à un prix fort raisonnable. On vend au marché jusqu'à des ananas , production des régions les plus chaudes.
On a imaginé en Russie un expédient très-heureux, pour empêcher le menu peuple des villes de manger des fruits verts ; ce qui engendre ailleurs tant de maladies. Aucun Russe n'oserait manger un fruit quelconque avant la permission que leur en donnent les prêtres, par la bénédiction générale de tous les fruits de la même espèce. Il y a dans Moscou une église particulière destinée à la bénédiction des pommes : elle n'a lieu que lorsqu'un fruit mûr est tombé de lui-même dç l'arbre; on apporte cette pomme à l'église en grande cérémonie.
En Russie, les hommes jouissent dans les réunions d'un singulier privilège. Un homme, quel qu'il soit, jeune, vieux, estropié , aveugle ou même dégoûtant , a droit de baiser la main d'une femme; et celle-ci, quelque jolie, quelque distinguée qu'eUe puisse être , doit lui rendre le baiser sur la joue : l'impératrice elle-même n'est pas dispensée de ce cérémonial. On embrasse les
( i6. ) femmes ^ ou plutôt on se fait embrasser par elles dans toutes les réunions, sans qu^elles connaissent le moins du monde Tétranger qui sollicite d'elles une pareille faveur. Ce^ embrassades sont plus frérquentes que jamais après le carême , lorsqu'on di^ tribue les œufs de Pâques.
La veille du dimanche de la Résurrection , Ton fait à minuit une grande cérémonie dans une cathédrale 9 à Moscou. On tire du tombeau avec beaucoup de pompe , un tableau du Seigneur qu'on y a déposé le Jeudi -Saint : alors tout le monde s'embrasse sans distinction^ prononçant les mots : Christos vos creist. On reçoit souvent à la fois le baiser d'une personne charmante , et celui d'un manant dont la barbe salle et touffue présente un objet dégoûtant.
Les lieux de rassemblement pour la danse sout trës-décens. Les bals resseniblent exactement à ceux des grandes villes de France iu d'Allemagne. Le bal des nobles , à Moscou , avait lieu tous les jeudis^ On n'y admettait aucun roturier > à moins que ce ne fût un étranger. Deux mille personnes environ s'y réunissaient. Les habiliemens étaient fort riches , et la plupart élégans. On ne paraît aux bats qu'en grande tenue. Les honimes ont des uniformes ou des habits richement brodés.
Les danses principales sont les quadrilles françaises , la polonaise et Tanglaîse. Ver^ la fin du règne de Paul I.", la walse fut défendue.
Pour les besoins de la vie , et pour satisfaire à ceux du luxe et aux divers amusemens de la société, les monnaies d'or et d'argent ne sont pas absolumrat communes en Russie. Les premières monnaies d'argent furent frappées, en 1420, à Novogorod; on en fit de petites pièces qu'on appela kopeckç. Le kopeck actuel est de cuivre , et ne vaut pas plus de cinq centimes. Cependant on compte quelquefois des sommes très-fortes en kopecks. Cette monnaie d'argent représentait sur «ne de ses faces l'image de saint George , perçapt avec sa lance un dragon. Cette lance se nommant en russe ieopoea, de là est venu le nom de kopeck.
En 1654, on introduisit les roubles à Moscou; c'étaient de simples lingots divisés par des sillons rouhii en plusieurs morceaux que Pon pouvait couper à volonté : de là l'origine du mot rouMe. Cet usage de couperles monnaies vient de la Chine. Nous avons déjà dit ailleurs que le rouble vaut de quatre à cinq francs.
Presque toute la monnaie de cuivre se frappe en Sibérie.
Aujourd'hui, les espèces ont presque entièrement disparu ; le papier de banque les a remplacées.
Les monnaies d'or sont d'ailleurs extrêmement rares. Ce sont en général des ducats; les premiers ont été frappés du temps de Pierre-le-Grand ; ils valaient chacun deux roubles et vingt- cinq ko-
( Ifô )
|>eel8# Vers la JSn du règne de Paul I,", on frappa À la monnaie de Pétertbourg , des monnaies d'or. On y travaillait jour et nuit. Les machines à préparer et battre les ducats étaient mises en mouyement par des pompes à feu.
Quand les ouvriers entrent dans Tatelier des .monnaies ^ ils se déshabillent tout-à-fait et se retètent des chemises et dès culottes que leur four» Bit la maison. Quand ils sortent , Us sulnssent, sur toutes les parties du corps 9 une visite rigoureuse ; ils se mettent par terre tout nus » les bras et les jambes étendus en croix de Saint-André.
INTEREÈGNE DE TEOIS AÏS.
YoTOVS les principaux événemens <fui 'Se passèrent en Russie 9 après là mort du tzar Yazili GhouisLi, depuis Tannée 1610 jusqu'en 161 5 , où le trône des Russes fut enfin. occupé.
Dans cet espace de temps j les dilTérens partis ravagèrent et pillèrent tour -à-tour la Russie; les Polonais ) les Suédois, les Kosaques, les Tatars se rendirent également odieux à la nation , et les Russes eux-mêmes déchirèrent le sein de leur patrie. L'imposteur qui se faisait passer pour Démitrî, abandonné de ses principaux partisans, se réfugie auprès d'Ouloumamet, kan de Kasimof. Nagui découvre- que ce kan est dans l'intentiou de le livrer à ses ennemis, il le prévient et le tue dans une
j^artîe de chasse. Sa mort est vengée par Ourozof
qui ^ d'an coup de sabre ^ abat la tète du meurtrier. La veuve de Nagui , la princesse Marina , accouche dans ces tristes circonstances ; et toujours dominée par Tambition , devient la femme de Tattaman des kosaques du Don. Ils forment ensemble le complot de régner, en plaçant sur le trône Tenfant qui vient de nattre. Le sort en décida autrement. Ils furent arrêtés vers le Jaïk (fleuve de la Tatarie), par les troupes russes qui les poursuivaient, et avaient ordre de 1^ prendre morts ou vifs. L'attaman fut chargé de chaînes], envoyé à Moscou avec Marina et son fils, et ce chef de kosaques fut empalé , horrible supplice qu'il n'eût pas éprouvé sans la barbarie de ses vainqueurs. Le fils de Nagui fut pendu , quoique âgé à peine de trois ans, et l'on condamna la princesse à une prison perpétuelle, où elle mourut peu de temps après. Cette femme ambitieuse ne souffrait point qu'on lui donnât d'autre titre que ' celui de tzarine, et le prit jusqu'à sa mort. Un de ses parens l'ayant exhortée à oublier les grandeurs et à implorer. la clémence du roi de Pologne Sigismond , elle lui répondit : « Dieu me vengera des injures que j'ai souffertes ; ce qu'il a illuminé ne peut être obscurci : est-il possible de diminuer la lumière du soleil? les nuages ne la cachent , qu'un instant. »
Pendapt que Sigismond assiégeait Smolensk, les
. ( i65 ) Moscovites 9 au désespoir d'être en proie à tousleU maux de la guerre civile et étrangère 9 lui envoyèrent une ambassade composée de tous les ordres de l'état, du métropolite Philaret, du prince VazUi Galilzîn , qui représentait la haute noblesse ; de nobles d'un rang ihférieur , de bourgeois et de marchands. Cette ambassade était chargée d'annoncer à Sigismond que les habitans de Moscou avaient reconnu pour souverain Dladislassou fils; qu'ils lui prêteraient serment de fidélité, dès que le jeune prince aurait été tebaptisé ( 1 ) , et qu'il aura juré d'observer les clauses stipulées par la nation. Elle arriva au camp de Sigismond ^ le 1 1 septembre 1610. Le roi de Pologne la reçut avec distinction ; mais , le jour suivant ^ H leur proposa de lui faire ouvrir les portes de Smolensk. Le vertueux Philaret lui répondit avec, fermeté r c Nous n'avons ni la volo/ité , ni le pouvoir de vous livrer Smolensk ; votre fils la possédera avec les autres contrées, de la Russie , quand il sera installé sur le trône. » Cette résistance ^ quoique si bien fondée, déplut à Sigismond, qui refusa d'envoyer Uladislas à Moscou. Ce refus annonçait l'intention de soumettre la Russie par la force des arômes. Un général russe , nommé Liapounof , ras-
( 1 ) Les Russes donnent à ceux qui embrassent leur religion un noarean baptême ^ qui consiste dans l'im? snersion.
( ï66 ) wmbla alors une armée de soixante - dix mille hommes. Sigismond, informé du parti que prenaient les Russes, et du danger que couraient le» Polonais renfermés dans Moscou , fit venir les ambassadeurs qu'U retenait malgré eux dans son camp ; il voulut les oWiger d'écrire à Liapounof de Ucencier ses troupes , et d'ordonner au gouverneur de Smolenskde lui livrer la place. Tous refusèrent unanimement de faire ce qu'il demandait. Irrité de ce refus , le roi les fit charger de chaînes , contre le droit des gens , ordonna qu'on les conduisit en Pologne , et qu'on les dispersât dans différentes vUles. On se plut à les accabler de mauvais traitemens. La nomriture lapluscommunéne leur était accordée qu'au poids de l'or. Il leur arriva de payer un seau d'eau jusqu'à dnq roubles, l'archevêque Philaret , qui s'était montré le plus ferme, était le plus haï, etfutleplusmaltraité. Il était défendu de lui laisser voir personne : on ne lui donnait quedu pain et de l'eau. Il endura ses peine» pendant neuf ans avec une si grande constance, qu'on ne l'entendit jamais se plaindre. Il refusa' même avecinépris les offresobUgeantes de»
évèques polonais.
Comme le patriarche traversait leurs desseins j a fut déposé , dégradé et renfermé dans un monastère. Son courage ne l'abandonna pas. Pour prix de ses vertus morales et patriotiques, on le laissa mourir de faim.
■ t «67 ) . Dans- ces cruelles circonstances 9 la Russie vit sortir du sein du peuple un homme qui s'annonça comme son libérateur : cet homme était un boucher de Novogorod , nommé Kouzma-Minim , à qui on avait donné le surnom de Souko-Rouki { Mains-Sèches ). Ce généreux citoyen, assemble le corps des bourgeois de Novogorod , et leur dit : f Nous n^avons pas besoin de disserter long-temps pour savoir ce qu'il faut faire 9 afin de remédier aux maux qui nous accablent , et pour éviter ceux qui nous menacent encore : il faut sacrifier nos biens et nos vies ; mais avant tout n faut chercher un chef capable de nous conduire, v Son en* thousiasme releva le courage de stes concitoyens , et il fut résolu de suivre son avis. Qn jeta les yeux fiur le prince Poïarski. Plusieurs villes s'imposent des tributs j envoient des troupes et de l'argent à Novogorod ; et Minim est proposé pour- recevoir et distribuer les somme» destinées à la solde des troupes. Elles marchent ; les victoires qu'elles remportent 5 relèvent l'espoir des patriotes. La rivalité qui animait les Suédois et les Polonais les uns contre les autres y seconda les' efforts généreux du brave Poïarski , et délivra la Russie des malheurs dont ces deux peuples étaient cause.
MICHEL ( MIKAIL ) ROMANOF ( UIKÀIL FÉDÉROVITZ lOURIFF ).
PovE affermir la tranquillité , il fallait à la Russie un souverain qui foignit à upe naissance illustre la prudence , le courage et le patriotisme. Toutes ces qualités parurent réunies dans Fédor Romanof , allié par les femmes aux derniers souverains de Russie. Mais ce prince était archevêque de Rostof , et détenu prisonnier en Pologne. Arrêtés d'abord par ces difficultés insurmontables les Russes entraînés par l'estime et la profonde vénération qu'ils avaient pour le père , réunissent leur choix sur le fils, quoiqu'il ne fût âgé que de dix-sept ans : Mikaïl ( Michel ) Fédérovîtz est proclamé tzar le 21 février 161 5. C'est à cette époque que comimença Je règne de l'illustre maison de Romanof 9 qui depuis a toujours porté le sceptre de la Russie.
Mikaïl Romanof vivait auprès de sa mère 9 religieuse dans un couvent éloigné de Moscou. Les sénateurs , accompagnés de quantité de seigneurs de la cour 9 allèrent notifier à c9 prince et à sa mère la proclamation qui venait d'être faite. Au lieu d'en être flattée 9 la tendre mère protesta contre tout ce qui venait de se passer ; et , fondant en larmes , elle supplia les députés de l'aider à éluder cette élection. £Ue se plaignit que ses mal-»
( >69 ) heurd la poursuivaient jusque dans sa retraite 5 et qu'après avoir vu assassiner cruellement plusieurs tzars, on voulait lui arracher pour dernière victime son fils unique , dont la possession lui était plus chère que tous les biens de l'univers.
Les députés parvinrent à lui faire comprendre que 9 la chose étant faite , ses plaintes et ses prières devenaient inutiles. Le calme se répandit enfin dans son ame ; elle conjura les sénateur/de prendre son fils sous leur tutelle ^ et de répondre dcr vaut Dieu de tous les inconvéniens qui pourraient provenir de sa jeunesse et de son peu d'expé* rience.
Le nouveau tzar ne revint à Moscou quç deux mois après son élection ( le 18 avril ). Comme il n'y avait' point de patriarche , et que dès -lors il réservait sans doute à son père cette éminenta dignité , il se fit sacrer par le métropolite da Kasan.
Les Polonais et les Suédois continuèrent en»
core long-temps à faire la guerre à la Russie. Les habitans de Pleskof , pressés par Gustave, roi de Suède , d'accepter des propositions de «paix , et voulant éviter les horreurs d'un siège , rejetèrent avec hauteur ces conditions, c Nous ne voulons , dirent-ils ^ entendre parler que de poudre et de plomb. »
La paix se conclut avec la Suède en l'année 1616; le tzar fut obligé de lui céder plusieurs pro- -
( 170 ) tinces et de signer une renonciation formeUe à r£stonie et à la Livonie ; encore lui fallut-il donner de Targent.
La paix fut enfin solennalleiuent îurée entre les Polonais et les Russes en 1618. Fédor Romanof 9 ou y comme on rappelait depuis sa disgrâce, le métropolite Philaret , détenu en Pologne depuis neuf ans contre le droit des gens y et malgré sa qualité d'ambassadeur , recouvra sa liberté » ainsi que ceux qui avaient partagé son esdavage. Le tzar se vit dans la dure nécessité d*ètre contraint d'abandonner à la Pologne le» villes de Dorogobouje et^de Smolensk.
Le plujs beau Jour du règne de Mikail fut celui où il eut le bonheur de presser son père dans ses bras ; il voulut que sa félicité (ût partagée par tous ses sujets; ilfitmettreenlibertétouslesprisonniers et rappeler dans leur patrie tous les exilés. A force d'instances, il engagea son père à accepter la dignité de patriarche , qui était alors vacante et donnait le droit de préiàder au conseil, les tzars n'entreprenant rien. sans consulter ce prélat,'dont le suffrage donnait le plus grand poids à leurs déli* bérations.
Avant de pouvoir se résoudre à accepte oette dignité suprépie , l'illustre prélat écrivit an mor narque son fils une lettre fort intéressante, y dont nous pensons qu'on lira ici Pextrait avec, plaisir :
ff Mon fUs; les droits que la qualité de père me
% donnait sur vous, n'existent plus depuis que voun
c êtes monté sur le tr6ne : tous êtes mon souverain
« et je dois vous obéir. Souffrez cependant que je
«vous parle encore une fois en père tendre. Lors^
« que la iu)uvelle de votre élection parvint dans la
« prison où j'étais renfermé , je regardai cet évé-
« nement comme le comble des malheurs qui de-
« valent arriver à ma famille; les honneurs que l'on
c vous rendait , me parurent des honneurs funè-
t bres , et je vous pleurai comme la dernière vic-
« time que l'éternel voulait sacrifier à sa vengeance ;
€ mais si la tendresse a gravé ses droits dans mon
« cœur , la raison en eut toujours sur mon ame ;
c elle me rasMira lorsqu'on me dit que c^était par
c la volonté de Dieu , manifestée au métropolite
« de Moscou , que vous étiez sur le trône ; f osai
c même me flatter que le ciel vous délivrerait de
t vos ennemis ^ et qu'en bénissant votre règne ,
c il le remplirait de prospérités. Mon espérance
« était fondée : les rebelles rentrent dans le de voir,
c et les ennemis du dehors ont mis bas les armes.
€ Vous touchez, mon fils, au moment d'être puis- « sant et heureux ; mais n'obscurcissez pas cette c aurore, entroublantce bonheur naissant. Vous le € gavez, la nation russe est naturellement incons- € tante: elle en a donné des preuves trop convain- « oantes pour qu^on en puisse douter. Si elle voit « le fils tenir les rênes du gouvernement , et le c père à la tête du clergé et du conseil, elle s'alar*
« meira du trop de puissance réunie dans la même « maison. Si le peuple n'y faisait pas attention par c son amour pour nous y et par sa confiance en « vos boutés 2 il en serait averti par ces hommes c envieux qui abondent dans les cours. Prenez-y « garde , mon fils , ils ont les yeux fixés sur vous , « chacun d'eux croit que votre élévation est une « injustice faite à son droit et à son mérite person- « pel. La dignité de patriarche est enviée par cha- « cun de ceux qui sont à la tète du clergé ; Tamc bition est de tous les états. Si vous me forcez « d'accepter cette dignité ^ la maison desRomanof « va être en butte au clergé et à la noblesse. Etesc vous bien sûr qu'on ne verra pas encore sortir c du néant quelque imposteur qui , sous le nom ( emprunté de Démitri , viendra vous disputer le 1 trône ? Que la grandeur suprême ne vous t éblouisse pas , mon fils* Les rois ont rarement « des amis sincères. Les éloges que l'on vous f donne, ne s'adressent qu'à votre puissance ; dé- « fiez'vous des flatteurs y ils ne cherchent à s'apf procher de vous que pour étudier vos faiblesses « et pour savoir en profiter. »
Les instances et les prières des grands engagèrent le tzar à prendre pour' épouse Maria ^ fille du.prince MiLaû Dolgorouki. Mais cette princesse mourut quelque^ mois après son mariage. Le tzar , qui l'aimait tendrement , fut si touché de cette perfe , qu'il passa plusieurs jours saps vouloir
prendre de nourriture , et sans parler à personne. JEnfin^ le patriarche Philaret obtint de lui de prendre quelques alimens , et de dissiper peu à peu sa douleur..
LMmpression qu'elle laissa sur son ame 5 finit par être si peu sensible , qu'il se rendit aux vœux de ses sujets , en consentant à passer à de secondes noces. Il jeta les yeux sur la fille 'd^un pauvre gentilhomme , nommé Stréchenef. Eùdoxie était attachée à la cour à la femme d'un sénateur ^ et devait se sentir fort honorée d'épouser son souverain. Le père demeurait à la campagne ^ et igno rait que sa fille fût devenue . tzarine. Michel &omanof lui envoya un chambellan , aVec une suite nombreuse, pour Tinviter à venir à Moscou. Le chambellan le trouva qui travaillait dans ses champs 9 secondé de quelques esclaves. En l'abordant , il le salua de la part du prince et de la princesse , et lui dit qu'ils désiraient l'un et l'autre de le voir à la cour, où il avait ordre de le conduire» Ce discours parut si étrange à ce pauvre gentilhomme , qu'il crut d'abord qu'on se moquait de lui. « J'ignore qui vous êtes, dit-il à l'envoyé ; il est vrai que votre air , votre équipage , votre habillement et votre suite , tout annonce en vous un homme de qualité. Quant à moi , seigneur , quoique noble , je suis pauvre, et par conséquent obligé de travailler; ne me faites pas perdre mon temps. » Mais le seigneur russe lui ayant remis
( '74 ) une lettre de sa fille ^ le père d'Eudoxîe ne douta
plus de son bonheur. Il prit avec lui la route de
Uoscou ; il y avait déjà été nommé sénateur , et
sa famille y est encore aujourd'hui fortdistinguée.
La douceur et la piété d'Eudoxie égalaient ses
charmes ; et la nation russe a long-temps béni son
règne.
Michel Romanof mourut d'apoplexie 9 le i a juillet 1645 , à Tâge de quarante-neuf ans 9 après en avoir régné trente-deux. Il laissa d'Ëudoxie trois fils et sept filles. L'aînée de ces princesses » nommée Irène , avait été promise au fils naturel du roi de Danemarck. Le tzar, qui connaissait les bril-* lantes qualités de ce jeune prince > la lui avait accordée; mais le clergé s'opposa à cette alliance 9 sous prétexte que Volmer était d'une religion toutà-fait différente de celle des Russes. Le prince de Danemarck offrit de faire défendre sa croyance par ses aum<)niers ; les prêtres russes ne voulurent point accepter la conférence. Le tzar, irrité de ce refus , leur demanda quelle religion ils professaient 9 puLsqu*ils n'osaient la défendre.
Michel Romanof appela dans son empire des ofiiciers étrangers, et forma des troupes régulières de cavalerie et d'infanterie. C'est sous son règne qu'il est fait mention , pour la première fois , do Dragons dans les armées russes.
ALEXIS MIKAILOVITZ.
Ce fat le ûls atné du prince défunt qui lui succéda 5 à l'âge de seize ans^ mais guidé par les lumières dVn gouverneur, Boris Morozof , qui aurait rékidu son nom à jamais célèbre, si Tambition des grandeurs et des richesses n'en eût terni Téclat. Alexis régna avec gloire ; mais ce qui lui fait le plus d'honneur dans la postérité , c'est d'avoir été le père dé Pierre-lc-Grand.
Uorôzof eut bientôt le titre de premier ministre , et s'appliqua à donner au prince de l'aversion pour les affaires. Sous prétexte de lui faire prendre de l'exercice , il l'engageait souvent à des parties de chasse et à d'autres amusemens. Le jeune prince s'y prêtait avec d'autant plus d'ardeur, que ces plaisirs étaient de son âge , et qu'à ce période de la vie , il est bien rare que l'amour de la dissipation ne l'emporte pas sur le goût des choses utiles. Deux ans s'écoulèrent atiisi en pure perte pour le jeune souverain , et le temps ne se recouvre point quand on n'a pas su le mettre à profit.
Perfidie qui empéehe un mariage du tzar.
Morôzof, pour acquérir plus d'empire sur Alexis, résolut de le guider dans le choix d'une épouse ; mais le prince déclara qu'il voulait qu'on suivit l'usage de ses prédécesseurs , en faisant as-
( '76 ) . fembler les plus belles filles de son empire j et
qu'il prendrait pour femme celle qui lui plairait le plus. Morozof obéit, mais se promit bieh de diri* ger ce grand événement , sans qu'on eût lieu de Ten soupçonner. Une foule de jeunes et jolies personnes se rendit à Moscou. !Nous détaillerons plus loin ce qui se pratiquait alors. Le tzar les examina, et se décida en faveur de celle qui lui parut surpasser les autres en beauté. Le premier ministre, mécontent de ce choix, résolut de le contrarier; il ga^na les femmes désignées pour servir la tzarine future ; elles lui lièrent les cheveux si près de la racine , qu'elle n'en put souffrir la douleur ; elle s'évanouit au milieu de la cérémonie : c'était ce que le rusé ministre avait prévu. Il fit envisager cet évanouissement comme une attaque d'épilepsie, à laquelle il persuada au tzar que cette jeune fille était fort sujette. Son père , qui l'avait accompagnée , fut regardé comme coupable de trahison envers le souverain. Morozof eut la cruauté de le faire fouetter , et de l'exiler en Sibérie. La jeune personne fut renfermée dans un couvent. Le tzar , croyant agir d'après ses propres dispositions , épousa la fille d'un pauvre gentilhomme , nommée Marie , qui joignait à la beauté un air noble, une taille avantageuse , et des qualités estimables. Huit jours après le mariage d'Alexis, l'ambitieux niinistre épousa la sœur de Marie, et devint ainsi le beau-frère de son mattre.
Dans la sn^e^ le monarque ayant su qu^on Ta* vait trompé , en éprouva beaucoup de chagrin ; il rappela le père 9 le combla de biens ^ et donna à la £iUe une pension considérable. Elle conserva toujours l'anneau et le mouchoir qu'elle avait reçus du tzar , et refusa constamment de se marier*
Sédition du peupte de Moscou»
Morozof , beau- frère du tzar, et son premier ministre , se permît d'abuser de son pouvoir , et tourmenta les Russes par un grand nombre d'injustices. Le peuple de Moscou se révolta ; un jour que le tzar assistait à une procession , une partie des séditieux osa arrêter ce prince , en saisissant la bride de son cheval , et lui demanda vengeance contre l'avidité de ses ministres. Alexis leur promit d'avoir égard à leurs plaintes , lorsqu'il eu aurait pesé la justice ; et ils se seraient dissipés tranquillement^ si des boïards qui accompagnaient le prince n'avaient eu l'inprudence d'en maltraiter quelques-uns. Alors les révoltés entrent en fureur , lancent des pierres , mettent en fuite une partie du cortège du prince , et menacent d'enfon-< cer les portes du palais. Croyant les apaiser, on leur livre un des ministres prévaricateurs , qu'ils déchirent en pièces , et encouragés par ce succès , ils courent au palais de Morozof , le mettent au pillage, et le démolissent. Les troubles qui ayaient
( 178 ) suivi la mort du tzar Fédor, avaient appris à Alexis jusques à quel excès les Russes étaient ea-» pables de se porter, et le danger même auquel sa personne était exposée. Il crut que le parti le>plus sage était de se conduire avec son peuple , conune avec une bête féroce que Ton veut apprivoiser. Il supprima quelque-uns des abus qui excitaient la dameur générale , fît distribuer pendant plusieurs jours de Tbydromel et de Peau-de-vie. Le père de la tzarîne rassembla chez lui les princi* paux marchands y et leur donna à boire et à manger à discrétion pendant trois jours. D'un autre côté , le patriarche prescrivit aux prêtres et aux moines de calmer les esprits , et de remontrer au peuple que la religion Tobligeait . d'avoir du respect et de la soumission pour le souverain. Le calme commençant à se rétablir , Alexis ordonna une procession solennelle 9 et lorsque le peuple fut réuni, il lui témoigna à haute voix la douleur qu'il avait ressentie des crimes de ses ministres , et le soin qu'il avait pris de mettre à leurs places des personnes capables de Içs remplir. Il fut interrompu par des cris de joie et de satisfaction ; ensuite le peuple se prosterna , et , selon son usage , se battit le front contre terre , pour rendre des actions de grâces au prince , qui profita de la disposition des esprits pour obtenir le pardon du premier ministre son beau-frère. « 11 68t vrai.
( »79 ) reprit-il, que j'ai promis de mettre BIbrozof entre
vos mains y mais je ne puis me résoudre à livrer au supplice un homme qui m'a servi de père 9 qui a été mon gouverneur , qui a toujours eu les yeux fixés sur moi pour en écarter les dangers auxquels les énfans et les princes sont continuellement exposés. Ce n'est pas mon intention de le justifier entièrement; il a fait des fautes , sans doute ^ maïs je vous prie de le regarder comme mon gouverneur , mon ancien ami j mon beaù-frère j^ et je vous promets , sur ma couronne^ qu'il se comportera plus sagement à l'avenir. Si vous trouvez mauvais qu'il continue de prendre ^a place au conseil 9 je ne l'y appellerai plus : mais la conduite que vous tiendrez à son égard , sera la preuve de l'amitié que vous avez pour moi. a
Peu de jours après cette scène touchante, le t^ar fit un pèlerinage au couvent de la Trinité , pour remercier Dieu du calme qui avait succédé à des troubles si dangçreux. Morozof demanda au tzar la permission de l'y accompagner , afm de juger des dispositions du peuple à son égard. Il traversa Moscou, le bonnet à la main , saluant le peuple qui était sur son passage , parlant aux uns avec bonté , et souriant aux autres. Cette conduite adroite lui réussit ; . tout le mon^^e cessa d'être mécontent. L'importante leçon qu'il venait de recevoir, changea entièrement sa façon d'agir, éteignit la haine qu'on lui avait portée, et y fit
( ,8o ) succéder Tamitlé. Il se faisait un devoir de rendre 8ei*vice à tout le monde , et de procurer la justice à ceux qui recouraient à lui.
* Façon de penser d'un prince estimable.
Alexis crut avoir de graves sujets de plaintes à former contre Casimir y qui venait d*ètre élevé au trône de Pologne ^ en 1655, après la mort de son frère Uladîslas y et il lui envoya un ambassadeur pour en obtenir une réparation éclatante. Le premier grief, selon le (zar ^ était une omission de titres aux lettres que lui avait écrites Casimir pour lui notifier son avènement au trône. La position où se trouvait le nouveau roi de Pologne , ne lui permettait pas de rejeter des plaintes qui ne pouvaient retomber que sur la négligence ou Poubli des secrétaires de la chancellerie. Il répondit à l'ambassadeur, que si l'on avait manqué aux formalités en écrivant au tzar, il ferait rendre compte des motifs de cette omission , et que s'il découvrait des coupables dans ceux qui n'avaient pas donné aux lettres la forme qu'elles devaient avoir, il les punirait de mort. Après avoir obtenu cette satiçfactiou , l'ambassadeur avait des ordres pour établir un autre sujet de plainte , qu'il présenta comme beaucoup plus grave que le premier.. Il prétendit que l'université de Yilna avait fait imprimer des ouvrages dans lesquels elle relevait
• ( i8i ) les triomphes d'Uladîslas sur les Russes 9 pour ternir la mémoire du feu tzar et de ses généraux ; il ajouta qu'Alexis serait obligé de venger cet outrage par les armes 9 si on ne lui cédait pas Smolensk et son territoire , en forme de réparation, t Ces ouvrages , lui répondit Casimir, , ont été composés par des hommes libres , dans une repu*-, blique libre , sans la participatioti du roi et du sénat, et je ne vois pas comment la cessiop de Smolensk pourrait réparer la prétendue injure faite à la mémoire du tzar Michel ; mais je sens que cette ceflision lui serait injurieuse : ce.traAc compromettrait Thonneur d'un prince que je res« pecte » . L'ambassadeur ne trouvant pas de réponse à faire au roi ^ lui dit que si on arrachait des livres les feuillets qui contenaient ces insultes, le tzar serait satisfait. — « Précaution inutile , reprit Casimir. La curiosité du public n'en deviendrait que plus vive; chacun voudrait savoir pourquoi ces feuillets ont été arrachés. D'ailleurs, on ne gagne rien à se fâcher contre les écrivains qui instruisent la postérité des fautes des princes ; il n'y a qu'un seul moyen de leur fermer la bouche , c'est celui de n'en point commettre. Il me parait injuste que des écrivains étrangers aient plus de soin de notre réputation en écrivant, que nous n'enavQns nousmêmes' en agissant. >
Le médecin malgré lui*
Les historiens prétendent que ce fut en i65;r qu'arriva une aventure fort plaisante. Alexis extrêmement tourmenté de la goutte , promit de grandes sommes i quiconque lui indiquerait un remède propre à le guérir. La femme d'un boïard 9 outrée des mauvais traitemens que lui faisait son mari y vînt déclarer qu'il possédait un spécifique immanquable oontre le mal qui affligeait le monarque. Le prince envoya chercher cet homme , et lui fit demander son remède. « Sans doute , répondit-il y que Ton me prend pour un autre ; je ne sais de quoi on veut me parler ; Jamais je n'ai été médecin , et je ne connab de secrets y ni pour la goutte , ni pour aucune autre maladie, b On crut qu'il ne tenait ce langage y que parce qu'il était în^ différent à la santé du tzar : on le fit- fouetter jus-, qu'au sang 9 et on le conduisit en prison. €e fut là qu'U apprit que c'était sa femtne qui lui jouait ce tour : il se livra aux derniers transports de la colère, et jura qu'il se vengerait. On en fit rapport au tzar; et ce prince 9 persuadé que le boïard ne se mettait en colère contre sa femme, que parce qu'il était fâché qu'elle eut révélé son secret , ordonna qu'il fût fouetté le lendemain avec plus de violence que la première fois : il assura encore avec serment , qu'il n'était pas médecin , mais os
PU
^ --—il: ' r f'ONs
(185) lui dit qu'on le ferait périr sous les coups 5 s'il ne donnait pas son remède au tzar. Voyant qu'il ne pouvait éviter la mort qu'en faisant le médecin , il se décida à faire l'aveu qu'on exigeait de lui ; il dit qn'il connaissait en effet un remède , mais que n'étant pas sûr de son efficacité f il n'avait osé l'indiquer à sa majesté ; qu'il l'emploierait si on voulait lui donner quinze jours pour le préparer. On lui accorda ce délai : il envoya chercher sur les Bords de l'Oka une multitude d'herbes aromatiques 9 avec lesquelles il prépara un bain pour le tzar; et le hasard fit que ce bain opéra des effets très -salutaires 9 le tzar fut entièrement soulagé. On crut alors avoir la preuve de son peu d'attachement pour la personne du prince ; on le fit encore fouetter arec plus de violence que les deux premières fois 9 à la grande satisfaction des médecins. On lui donna ensuite une somme d'argent considérable 9 dix esclaves de la couronne 9 et on lui défendit sous les peines les plus rigoureuses de marquer aucun ressentiment à sa femme.
Satie d*audi€fiC0 du tzar Aieads.
Un ambassadeur allemand 5 arrivé à Moscou le 26 mai 1661 9 dans la relation die son voyage qu'il publia, a rendu compte de l'audience qui lui fut accordée, et décrit en ces termes la salle de cérémonie.. Il y avait au milieu , dit-il 9 une
( i84 ) colonne qui en soutenait la voûte 9 et qui en di^ minuait beaucoup la beauté. On voyait de vieilles peintures ^ur les murailles, et des plaques d'argent entre les fenêtres. Autour de la salle étaient des bancs de bois scellés dans le mur, et couverts de tapis : on y montait par un degré de quatre lïiarches. Là, les boîards étaient assis au côté droit du tzar, la tête découverte. Le trône était placé dans un coin de la salle , à la gauche de ceux qui entraient : il était de vermeil , élevé de trois marches au-dessus des bancs; mais il était si étroit , et dans un lieu si obscur, qu'on n'en pouvait découvrir, tout le travail. Au-dessus de la tête du tzar, pendait une image qui représentait la mère, de Dieu ; de l'autre côté , en face du trône , était une horloge faite en forme de tour ; et dans le coin opposé , il y avait une pyramide qui soutenait un globe d'or. Du haut de la voûte pendaient deux images de saints, lesquelles étaient exposées à la vénération de ceux qui étaient dans la salle. Sur un banc placé à la droite du tzar , était un bassin , une aiguière et une serviette , pour laver et essuyer sa main après que les ambassadeurs l'auraient baisée. Le tzar avait sur sa tête un bonnet en pain de sucre , bordé de martres zibelines,. cou vert d'une couronne d'or garnie de pierreries^ et qui se terminait en pointe.
ttort du tzar AUxis, et queUiuet traits de son
caractère,
Alexis mourut le 2§ janvier 1676, dans la quarante-huitième année de son âge y après trente-un ans d'un règne glorieux et assez fortuné.
Ce prince était de la plus haute taille. Il avait Une physionomie aimable et douce. Son caractère répondait à cet heureux extérieur; jamais il ne se joua de la vie de ses sujets. Il aimait à secourir les malheureux , et consacrait ses épargnes à sou-* tenir leurs infortunes. Il assignait même une subsistance aux coupables qu'il reléguait en Sibérie. Il y faisait toucher une pension aux personnes de qualité , donnait de l'emploi à ceux qui avaient des talens y et accordait aux autres une paie de soldat.
Les troubles intérieurs et Tesprît remuant de la nation l'engagèrent à établir la Chancellerie se« crête 9 espèce d'inquisition d'état , par laquelle le plus respectable citoyen pouvait être arrêté sur l'accusation du dernier misérable. Il est vrai que l'accusateur était détenu en prison avec l'accusé , et qu'il était soumis le premier à recevoir trois fois le Lnout (coups de courroie sur le dos); mats s'il persistait dans l'accusation , l'accusé subissait à son tour les mêmes tortures. Une punition sévère
{ .86 ) attendait le calomniateur convaincu : mais s'il était d'une constitution vigoureuse 9 il était sûr de perdre son ennemi. Il résultait d'ailleurs de grands abus des procédures secrètes et des jugemens de ee tribunal, qui fut plus doux sous Alexis que sous les successeurs de ce prince.
Alexis était très -porté à la colère, et en donnait souvent des marques aux personnes qui rapprochaient ; mais il revenait bientôt à sa bonté naturelle. Un jour.il se fit saigner : lorsque le chirurgien eut arrêté le sang, le tzar invita les cour*tisansà souffrir la même opération. Tous aussitôt se font ouvrir la veine. Un seigneur, fort vieux, qui avait l'honneur d'être allié au tzar par la mère de ce prince , s'excuse sur son âge et sur sa faiblesse. Le prince , irrité de ce refus , l'accÂble de reproches et d'injures , s'abaisse même à le frapper , et l'instant d'après il lui fait de riches présens.
Il aimait à savoir ce que le peuple pensait de son administration. Il se déguisait souvent et s'introduisait dans les maisons pour entendre les discours qui se tenaient sur lui et sur ses ministres. Ces visites peuvent avoir leur utilité sous un prince , observe un historien judicieux; mâîs elles seraient dangereuses sous un prince /j^rté à la vengeance. Peut-être même est-ce toujours une inquisition odieuse d'aller surprendre les entre-
( i87 ) tiens secrets des familles, et de violer l'asile sacré
des maisons 9 que le crime seul doit empêcher
d'être impénétrables.
Codô^du tzar AitSDis, et sa hariarit à qudqtus
égards*
Le tzar Alenis fit rédiger un code en i65o ^ trèsestimé pour soft temps. Un reproche fondé qu*on peut faire à ee recueil de lois 9 c^est le pouvoir tyrannique qu'il donne au mari sur sa femme ; sous l'apparence de correction , il n'y a rien de si V barbare ^ qu'il n'autorise impunément contre elle. En voici une preuve. L'histoire rapporte qu'en 1661 , un mari obligea sa &mme à se revêtir d'une chemise quHl avait trempée dans de l*eau-de-vîe, et qu*y ayant mis le feu , il la fit périr dans des tourmens affreux 9 sans que les tribunaux aient osé l'inquiéter.
Les arniioiries ont pris naissance sous le tzar Alexis : ceux des princes qui portent Taigle à une seule tête et un ange d*argent , descendent des princes de Tchernigof ; ceux qui portent le canon , sont issus de la branche de Smolensk ; et ceux qui ont l'ours debout, ont pour ancêtres les princes de Jaroslavele ^ etc*
FÉDOR II ALEXIÉVITZ.
Fedob II, couronné à Tàge de dix-neuf ans, était Taîné des enfans de la première femme du tzar Alexis. La nature avait donné à Fédor les qualités dont la réunion fait la gloire du trône et la félicité des peuples; il possédait un esprit juste et pénétrant, une ame élevée, un caractère ferme avec un cœur sensible : il ne manquait à ce prince qu'un corps bien cohastitué ; et malheureusement sa complexion faible le rendait habituellement valétudinaire.
Ambition des prérogatives de ta noblesse en faveur des avantages du mérite*
Les maux physiques qu'éprouvait Fédor ne l'empêchaient point de tenir avec fermeté les rênes du gouvernement , et il montra une grande force de caractère dans une opération qui lui fait le plus grand honneur. Il régnait un étrange préjugé parmi la «noblesse moscovite; plusieurs des principales familles tenaient pour déshonneur de se voir sous un seigneur, n'importe dans quel emploi, si ce seigneur était d'une naissance inférieure à la leur. On poussa cet orgueil si loin , que des hommes du même rang, de la même parenté, ne voulaient jamais dépendre Tun de l'autre, si le père
(•89) #u le grand-père du général auquel le commandement était confié 9 avait servi autrefois sous les ordres du père ou de l'aïeul de celui qui se trou vait actuellement en sous - ordre. Cette dispute
pour le rang servit souvent de prétexte pour se dispenser du service militaire , et cette vanité des hommes à généalogie leur faisait rechercher avec soin quels emplois avaient occupés leurs aïeux ; chaque famille s'en procurait des preuves par écrit , auxquelles elle avait recours pour appuyer ses prétentions. / Voulant faire disparaître pour jamais un abus aussi dangereux , en 1681 9 le tzar Fédor , quoique armé du pouvoir absolu y avait besoin de quelque adresse pour supprimer des prérogatives si chères aux familles les plus puissantes. Il ordonna aux nobles de rapporter dans une assemblée générale des prélats et des seigneurs y leurs généalogies et les copies qu'ils avaient des registres concernant les rangs , son intention étant d'y faire ajouter ce qui y manquait. Quand il eut sous ses yeux tous ces documens, il s^écria, plein de joie : « C'est à présent que je reconnais ici la providence divine qui me conduit à l'exécution de mon projet. C'est par sa volonté particulière que vous avez tous senti les dangers d'un usage ancien, mais funeste, qui ne peut que nourrir l'orgueil , rompre tous les liens de l'amitié et de la société , et ruiner toutes les entreprises utiles à l'état. Je rends gtaces à
( «90) Dieu qui a daigné disposer aiiisî les cœurs , et , in«
rendant à vos vœux unanimes, j'ordonne à jamais l'abolition des rangs héréditaires ; et , pour en éteindre jusqu'au souvenir, je veux que les registres en soient à l'instant livrés au feu. »
Les nobles, quoique désespérés de cet événe^ ment, ne purent s'empêcher d'applaudir. Aussitôt les registres publics et les généalogies particulières furent portés devant le vestibule du palais, où il» furent brûlés en présence d'un prince Dolgoroukof , d'un conseiller d'état et de tous les métropolites et évèques; les uns et les autres restèrent coname témoins sur le vestibule jusqu'à ce que les livres et papiers fussent entièrement réduits eu cendres. Ils revinrent ensuite annoncer au prince que ses ordres étaient exécutés : alors le patriai^che , élevant la voix, lança l'anathèine cpnjbre quiconque oser rait à Tavenir contrarier 4e quelque façon que ce pût être cet ordre si louable du souverain.
Après ce coup d'état, Fédoi; fit inscrire les nobles du premier rang dans un registre particulier , et insérer les noms de ceux qui n'étaientpa^ encore compris dans les anciens livres généalogiques. C'est ce prince qui le premier distingua deux ordres de noblesse , et qui ordonna aux nobles du premier rang de servir dans les postes où lisseraient placés , sans se prévaloir à l'égard des autres des grades et des emplois de leurs ancêtres. Depuis ce règne le» bonneurset la considération se règlent sur le grade
( >9' ) militaire , et non pas sur la naissance. Un tieute*-
nant-généraly quoique d'une noblesse commune 9 a le pas à la cour et ailleurs , sur un prince qui n'a que le rang de colonel. La constitution du^ou* vernement est toute militaire , et la noblesse est vouée f par état , au service dès sa naissance ; elle conunence par le rang de soldat y et ne parvient que par degrés aux emplois supérieurs. Plusieurs nobles de Russie 9 sans jamais avoir été à Tarmëe 9 . ne laissent pas d'arriver au rang d'officiers généraux y parce que les différentes fonctions qui les attachent à la cour > leur tiennent lieu de service militaire.
Autres ^Higations qu*a la Russie au Thgne tU
Fédor.
La Russie est encore redevable à Fédor II de plusieurs sages établissemens : il améliora la police ; il fit fermer les rues de Moscou pendant la nuit, et établit des gardes qui veillaient à la sûreté des habîtans. Il embellit de beaucoup cette capitale et quelques autres villes ; il donnait des matériaux 9 ei faisait avancer de l'argent pour dix ans aux par^ ticuliers dont les facultés ne permettaient pas de bâtir en briques ; il. augmenta le nombre des col^ léges qu'Alexis avait fondés; il introduisit le plaîn-* chant dans les églises 9 eti ce fut sous son Th{^x\Q "que les prédicateurs commencèrent à réciter de
( ^Q^ ) mémoire. Le premier qui introduisit cet usage fut
le moine Siméon Polotskii , qui avait été précepteur du prince. Pour réformer l'habit grossier des Russes 9 on préten4 que Fédor prît Thabit polo- ^ nai$> et engagea ses courtisans à Timiter. ËniBn^ le règne d'Alexis et celui de Fédor traçaient la route et aplanissaient beaucoup d'ob&tacles à Pierre
Mort de Fédor II. Quel fut le successeur qu'U
se désigfia»'
Fédor, sentant approcher sa fin, et se voyant sans enf ans, nomma pour son successeur Pierre son frère , qui n'était âgé que de dix ans , au préjudice d^Ivan qui en avait seize ; maïs le premier était d'une santé vigoureuse , et annonçait déjà un caractère mâle et actif; au lieu que le second avait un tempérament délicat, et un esprit encore plus faible. Après avoir pris ces sages dispositions, Fédor mourut le 16 février 1682, âgé de a5 ans, et son règne ne fut que de cinq ans et demi..
PIERRE I." ET IVAN Y (Jean) ALEXIÉVITZ.
/ Sophie, bégente.
SoPHiB , plus âgée que ses deux frères, avait tout le feu des grandes passions ; douée d'un es-*
( >95 ) prit âussî supérieur que dangereux; elle af aît le courage nécessaire^ pour entreprendre et pour suivre les plus hardis projets. P€u de jours après les obsèques de Fédor^ elle désapprouva haute-^ ment le choix qu'il avait fait; elle cria à Tin justice > et soutint que c'était violer les droits du sang que d'arracher la couronne à l'aîné des princes , à l'héritier présomptif 9 pour la mettre sur la tète d'un enfant, frère cadet du successeur légitime. Mais le vîf intérêt qu'elle paraissait prendre au sort d^Ivan , n'était qu'un prétexte pour parvenir au trône. Issu de la même mère qu'elle , Ivan lui était entièrement dévpué-9 et comme il était incapable de gouverner par lui-même , Sophie eût régné sous son nom 9 en fîtisant annuler les dernières dispositions de Fédor, en faveur de Pierre. Le caractère indépendant de ce prince ne promettait pas à Sophie l'attachement , la docilité , la confiance aveugle qu'Ivan avait pour elle. D'ailleurs si Pierre régnait seul 9 Nathalie sa mère aurait toute sa confiance , ef ne manquerait pas de tenir les rênes de l'état pendant la minorité. Placée entre deux frères qui ne pouvaient gouverner , l'un par son incapacité reconnue , l'autre par son extrême jeunesse , Sophie voulut tirer parti de cette circonstance unique. Ivan fournissait un ^aota sous lequel elle pouvait régner elle-même ; elle s'occupa donc avec beaucoup d'ardeur de cette grande affaire ; elle coust pira. Il eût été trop dangereux d'attaquer ouverte-
( >94) ment un souverain désigné, sur qui toute la nation avait les yeux ouverts : So^ie était trop adroite pour commettre cette faute politique ; eUe prit des détours 5 et mit en us£^e tous les moyens dont l'ambition se sert pour exécuter ses desseins : inr trlgues, ruses, argent, promesses, calomnies, tra^ binons, rien ne fut oublié par cette. £enmae artificieuse et cruelle.
Crimes et mc^sacres que fait cammetire ia priur
cesse SopMc.
Les partisans que TamUtieuse princesse était parvenue à s'attucber , font soulever le& Strelitz : cette soldatesque iérooe , au nombre 4^ vingt mille dans Moscou , jura ta. perte de la tzarine douairière, mère de Piètre (Nathaiio), de sa famille > et de tous les boîards qui leur étaient attachés. On lui avait persuadé que les, plus zélés partisans de Pierre avai^it empoisonné le tzar Fédor , et que le frère et le neveu venaient d'étrangler le prince Ivan. Ils courent en armes au palais avec du canon , et demandent à grands cris les traîtres et les meurtriers du tzar. En vain, la tzarine douairière, les deux princes et les ministres cherchent à calmer leur fureur; ils se précipitent df^ns lepa}fiis, rencontrent le frère de Nathalie > et l^Jç^tten^par les fenêtres : Qeu% qui sont restés dans la cour >, le reçoivent sur Içors piques* Ils se répapdent dans la
ville. Leur, rage était portée au point qu*eHe leur avait 6té toute espèce de jugement. II9 voietit passer un jeune ptince Dolgorouki ; ils le prennent pour le neveu de la tzarine quHls cherdtaient, et le massa'^ crent sur-le-champ. Ih reconnaissent leur funeste méprise ; ils portent le corps du jeune homme à George Dolgorouki, son père, pour le faire enterrer ; et le malheureux père ,loin d*oser se plaindre , leur donne même des récompenses , pour lui avoir rap* porté le corps palpitant de son fils« Sa femme , ses filles , et Tépouse du mort ^ en pleurs , lui re-^ prochent sa faiblesse : Attendans ie temps de îd vengeance, leur dit le vieillard. Quelques Strelîtz entendent ces paroles; ils rentrent furieux dans Id chambre , le traînent par les cheveux j et l'égor-i gent à la porte de sa maison.
Après ces premiers attentats, les Strelflz vont chercher partout le médecin hollandais Yangad ^ jqu'ils regardaient comme un empoisonneur; ils rencontrent son fils , lui demandent où est soti père , et Fassassinent parce quHl Pignore. Us trou* vent un autre médecin , mais allemand , et lui di-^ sent : « Tu es médecin ; si tu n'aS pas emp<»isonné le tzar Fédor , tu as fait mourir un grand nombre de malades , tu mérites bien la mort. » Et ils le tuent. C'est ainsi que cette barbare soldatesque mêlait à ses fureurs le ton m'éme de ht plaisanterie. ^ Enfin j elle découvre le médecin hollandais , dé** guisé en mendiant^ et<le traîne devant le palai».
( >96) Les princesses qui Taimaient et qui avaient confiance en lui 9 demandent sa grâce aux Strelitz , en les assurant qu'il est bon médecin , et qu^il a bien traité leur frère Fédor. Ils répondent que non seulement il mérite la mort comme médecin , mais comme sorcier , et qu'ils ont trouvé chez lui un énorme crapaud séché et une peau de serpent. Loin de lui faire grâce, ils exigent encore qu'on leur livre Cyrille et Ivan Nariskin (père et mère de Nathalie), qu'ils cherchent en vain depuis deux jpturs, et qu'ils croient cachés dans l§ palais. Ils menacent dp mettre le feu sur-le-champ , si oi| rçfpse de les livrer. La tzarine et les autres princesses , épouvantées , vont dans te lieu où les deux proscrits étaient cachés : le patriarche les accompagne ; iL donne l'absolution , le viatique et l'extrèmeonction aux deux victimes, après quoi il prend une image, de la Vierge , qui passait pour miracu-v leuse 9 s'avance vers les Strelitz , ep leur montrant cette image, et menant par la main le jeune Nariskin. Les princesses entourent le père et le fils, se mettent à genoux aux pieds des soldats, les conjurent^ au nom de la vierge , d'accorder la vie au père et au frère de la tzarine; mais ces barbares les arrachent des mains des princesses , et les traînent au bas de l'escalier. Alors ils tiennent conseil , et condamnent le jeune Nariskin et le Hollandais Van* gard à être hachés en pièces ; c'est un supplice usit^ ^ la C;hine et en Tartarie pour les parricides ; on
( ï97 ) ^ Rappelle le supplice des dix mille morceaux. Après
avoir ainsi dépecé leurs victimes, ils exposent leurs têtes, leurs pieds et leurs mains sur les pointes de fer d^une balustrade. Cyrille Nariskin, témoin de tant d'horreurs , fut conduit dans un monastère , où les meurtriers d^une partie de sa famille le forcèrent à prendre là tonsure monacale.
Ces premières exécutions furent suivies du mas-^ sacre de tous ceux qui étaient suspects à Sophie, et odieux aux Strelitz. Devenus, pour ainsi dire, maîtres absolus des princes et de Tétaf , ils proclamèrent souverains les deux princes Ivan et Pierre, et leur associèrent Sophie en qualité de régente. Le premier acte qu'elle fit de son autorité, fut d'approuver tous les crimes commis par les Strelitz, et de les récompenser; elle osa même les remercier publiquement, par des lettres-patentes, de leur zèle et de leur fidélité. C'est peut-être, dit un historien , le plus grand scandale qui ait été donné au monde.
Politique cLStucieuse de Sophie.
Cependant elle fit donner la plus mauvaise éducation au tzar Pierre, qu'elle n'entoura que de gens capables de pervertir ses mœura, et de le détourner de s'instruire dans l'art du gouvernement. £o le rendant tout-à-fait méprisable aux yeux de ses sujets, elle espérait le renverser du trône, et le
*our mieux ^lutdema' esikVétat, ir son au-t des euiber et de ^nnes. La a sur les pousa en
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Lavanski « pour ré- 9 des tzars fut rejelée iura de se [
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( »99 ) le prince Kavânsiî', soùs prétexte d'une affaire
importante. Il n'oàa désobéir , dans la crainte de se ren dre suspect, et il se regardait- d'ailleurs comme trop 'puissant pour appréhender quelque outrage. Mats à peine était - il parvenu à moitié cheiùin , qu'il fut arrêté -et décapité , ainsi que le détachement des gardes qui l'accompagnaM.
tés Strelîti , informés que la cour avait pris des mesures pcnir leur résister , et que de toutes parts il venait des troupes à son secours, perdirent leur fierté et leur arrogance , et crurent déjà voir lever sur leurs télés la hache des bourreaux : les criminels sont ordinairement lâches , épouvantés par leurs remords. Plus de quatre mille d'entre eux , sans armes , la corde au cou , portant eux-mêmes les instrumens de leur supplice , des cordes , des billots , des haches, se mettent en route pour le monastère de la Trinité , versant des larmes , poussant des cris de repentir. Ils s'arrêtent sous les fenêtres des princes , et là ils s'écrient : « Nous sommes tous coupables , nous méritons la mort ; nous attendons notre jugement ; les tzars sont maîtres de notre vie. » Les plus opiniâtres dans la révolte furent punis , les autres s'en retournèrent à Moscou , en bénissant leur souverain.
Destitution et punition dQ la princease Sophie.
La régente s'intéressait vivement , et peut-être beaucoup trop , au prince Bazile Galitzin , qu'elle
( aoo ) avait fait son pi>emier ministre et généralissime de ses armées. Ce mauvais général , à la tête de deux cent mille hommes, eut la honte , -en 1687 9 d'être battu en Crimée par des troupes qui lui étaient de beaucoup inférieures. Revenu à la cour 9 il y reçut Paccueil le plus flatteur de la régente , qui fît même frapper des médailles en rhonneur de ce prétendu fameux guerrier , comme sUl avait été vainqueur. Mais Pierre y qui avait alors seize ans , ne put s'empêcher de lui témoignerun profond mépris. Sophie 9 furieuse du mau* vais accueil fait à son protégé > étouffa les sentimens de la nature pour se livrer à ceux de la vengeance. Elle conçut le projet abominable d'immoler son propre frère , et de s'élever à sa place sur le ti:6ne avec le prince son favorL Le tzar , informé de cet affreux complot 9 fut obligé de se sauver au couvent de la Trinité , refuge ordinaire de la cour dans les occasions périlleuses ; il emmena avec lui Eudoxîe Lapuchin , qu'il venait d'épouser contre le gré de la régente. Des forces se rassemblèrent pour protéger les jours du prince menacé. Sophie essaya vainement de désarmer la colère du tzar justement irrité : elle eut recours au prince Ivan , et le pria d'interposer son autorité pour faire mettre les armes bas aux soldats qui lui étaient contraires. Elle engagea même l'épouse de ce prince à joindre ses prières aux siennes ; mais Ivan lui répondit : « Je ne veux point
( îioi ) me mêler de cette affaire. Sophie est ma propre sœur ; mais elle a si mal agi à Tégard de Pierre , qu'elle ne mérite plus notre estime ; et s'il vous arrivait à vous - même de parler mal de mon frère , je vous regarderais comme notre ennemie. C'est de lui que dépend tout le bien de l'état , qui doit m'étre plus cher que'ma femme et ma sœur. » Le prince Galitzin qui avait un parent auprès du tzar Pierre 5 ne périt point sur Téchafaud ; mais dépouillé de tous ses biens , il fut relégué dans un lieu désert ^ où il vécut miSiérablement vingtquatre années. On lui prononça en ces termes sa sentence : « Il t'est ordonné par le très - clément « tzar, de te rendre à Karga , sur la route d'Ar- «i kangel , et d'y rester jusqu'à la fin de ta vie. La « bonté extrême de sa majesté t'accorde trois sous « par jour. »
Sophie 9 déposée de la régence , fut condamnée à être enfermée dans un monastère qu'elle av^t fait bâtir aux environs de IMloscou.
C'est à cette époque que commence proprement le règne de Pierre ; Ivan lui abandonna le soin du gouvernement , et ne se réserva que le pouvoir de mettre son nom dans les actes publics ; il mena une vie privée ^ et mourut en 1696.
Usages et coutumes des Russes dans ie XV II-*
et le XVIII.* siècle.
Avant de parcourir le règne à jamais mémorable de Pierre-le-Grand , nous allons nous occuper un instant de quelques usages particuliers des Russes, qui, sous leur nouveau législateur, ou furent entièrement supprimés , ou perdirent une partie de leur rusticité et de leur barbarie.
Dans cette analyse des mœurs et des usages 9 nous pourrons revenir sur quelques détails dont nous avons parlé ci-dessus trop légèrement.
Vénération pour tes images. Superstitions.
Cérémonies concernant ie Fatriarche.
On a eu raison d'observer que les Russes sont très - superstitieux ; mais ils l'étaient encore bien davantage avant que la civilisation eût fait chez eux des progrès sensibles. Il s'est à peine écoulé deux siècles depuis que ce peuple accordait aux images un culte tout^à-^fait idolâtre. Chacun briguait l'avantage de pouvoir attacher aux murailles d'une église une image qui lai appartînt , et qu'il ornait à grands frais , suivant sa £brtunç. Pendant le service divin , les maîtres de ces images , souvent clouées au mur opposé à l'autel , les adoraient et tournaient le dos aux: saints mystères. Le maître d'une image ne souffrait pas qu'un autre
lui adressât des vœux. S'il le surprenait à la prendre pour but de ses prières ^ il l'outrageait et le poursuivait jusqu'à ce qu'il en eût obtenu des dédommagemens. Il Ktt disait qu*il n'avait qu'à se pourvoir d'un saint dont il pût dis^ser, et qu^on ne sl3 ruinait pas à parer Follet de son culte, d^or , de perles y de pierreries , pour lui voir accorder des grâces k d'autres.
Les Russes rendent à saint Nicolas presque au* tant d'honneurs qu'àDîeuméme. Chacun a parmi eux son saint particulier 9 auquel il s'adresse dans ses besoins. Qoand les voisins voient qu'il réussit dans la culture de ses champs ou dans son corn* merce 9 ils lui paient une certaine somme pour qu'U leur prête l'image du saint à qui ils attribuent sa prospérité. Alors on offre au saint emprunté toutes sortes de respects et d'offrandes. Il y en a qui ne vont point à leurs travaux sans emporter leur saint. Si un étranger arrive alors chez eux , et demande le saint , la femme répond qu'il est atix champs ou en voyage.
Au lieu des ex^vat0 , qu'on voit dans plusieurs de DOS églises 9 les Russes, qui avaient reçu quelqueii faveurs dû ciel , offraient aux leurs des cierges énonties , du poids de soixante de nos livres , et sur lesquels on lisait les noms des dévots qui en avaient fait l'offrande.
Lorsqa'ils enterrent un proche parent , les plus
( ao4 ) ,
superstitieux et les plus îgoorans des gens du peu-> pie ont soin de donner au mort un mouchoir blanc 9 pour s'essuyer après le long voyage qu'il doit faire dans l'autre monde.
Lesévêques de Russie marchent toujours en habits pontificaui , soit en carrosse , soit à cheval. La différence de leurs chapes d'avec celles denosévèques est une garniture de sonnettes ou de grelots qui régnent tout autour.
liC jour de la réception solennelle du patriarche 9 il se rendait processionnellement au palais du 4zar 9 et prenait place à la même table que le prince 9 mais à plus d'une toise de distance. Le clergé dînait dans la même salle, mais à une table séparée. On servait au patriarche trois mets , des œufs d'esturgeon 5 de la soupe et un pâté. Après avoir fait ce léger repas, il saluait le tzar, et sortait pour aller , accon^pagné d'un superbe cortège , faire le tour du Kremlin , monté sur un âne , dont la bride était soutenue par trois boïards. Il n'y a point d'ânes en Russie ; quelquefois on en entretenait pour cette cérémonie ; et , le plus souvent , on se servait d'un cheval entièrement couvert de toile blanche , à qui l'on ajustait de grandes oreilles postiches. Après avoir fait cette burlesque promenade^ lepomtife revenait prendre sa place à table. Il recevait, en sortant, les présens du souverain* Avant de terminer le repas ,
( ôo5 ) on pointait la âanté de la Sainte- Vierge ^ celles du tzar y de la tzarine, de leurs enfans s'ils en avaient, et enfin celle du nouveau patriarche.
Les deux jours suivans, ce pontife 9 après la messe, renouvelait encore ses promenades sur Pane dans les différens (juartiers de la ville , et en bénissait les portes.
Ce n'éftait pas seulement les jours de son installation que le patriarche se promenait dans la ville , monté sur un âne ; il renouvelait cette cérémonie chaque année, le dimanche des Rameaux; et les tzars tenaient la bride de l'âne. Tous les évêques faisaient la même procession dans leurs villes métropolitaines*
PartictUarités sur ies Russes.
L'habit long dans les jours de cérémonies, à la manière des Asiatiques , semblait plus noble que le vêtement court des nations occidentales de l'Europe. Une tunique doublée de pelisse avec une longue simarre enrichie de pierreries, dans les jours solennels; et ces espèces de hauts turbans qui élevaient la taille , étaient plus imposans aux yeux que les perruques et les fustaucorps, et plus convenables aux climats froids : mais cet ancien vêtement de tous les peuples , parait moins fait pour la guerre et moins commode pour les travaux.
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Presque insensibles à rextrème rigaeur des hi-vers 9 les Russes ne redoutent que le froid de la tète et des pieds : il n*est pas rare de leur voir le cou et la poitrine découverts ^ tandis que le thermomètre est à trente degrés; et lors même que Pair en sortant de la bouche ^ se congèle en forme de petits glaçons sur leur barbe.
Un des omemens dont ce*^ peuple est très -jaloux 9 c'est la barbe ; et lorsque Pierre - le - Grand voulut en exiger le sacrifice , il trouva une résistance qu'il n'avait pas prévue. Alors oe monarque se vit forcé de mettre un impôt sur la barbe. On fit frapper une espèce de médaille de cuir , semblaMe à uife pièce de deux liards , qui représentait, sur Tune des faces, un masque à barbe ; on lisait surTautre les motsstdvans : Dmgui vzatii, qui signifient , on a reçu l'argent. Les porteurs de ces quittances preaaaenaient leur barbe en triomphe ; mais ceux qui n'en étaient pas muilîs ^ étaient rasés sans rémission.
Il y a certainement de bcAies femmes en Russie ; mais la beauté du sang y est dégénérée , depuis que les usages et les mœurs des femmes ont été changés, depuis qu'elles sortent et se répandent dans le monde. Le noot d'us^^e parmi les grands comme parmi le peuple^ pour exprimer une trè». • *^"® femme , est prékrasnaïa éaha ( f citome trèsrouge ). D'après cette idée, dles devraient toutes paraître très-beUes, car, jusqu'aux dernières
< ^07 ) , , femmes do peuple , toutes font usage fournelle-ment de fard et de rouge ; et faute de moyens pour se procurer du rouge , les femmes du commun ont recours à l'infusion de cochenille et au suc de la betterave.
Le peuple russ6 est naturellement imitateur , et il a des dispositions pour touft les arts : il est même peu de peuple qui lui soit comparaUe en ce genre. On dit à un esclave : Je veux que tu sois cocher ou cuisinier , etc. Il répond : Ifeznaiou [ je ne sais rien de cela ) ; nénwgou dMat ( je ne puis pas faire cela ). On le menace, il répond : Fachou .voiiou ( comme il vous plaira )• Quelquefois on le fait battre à coups de verges , et alors il se résoud à essayer ma intelligence > et puis 11 s^arrète ; il est battu de nouveau ^ les coups redoublés l'excitent au travail; il devient perruquier, cocher , cuisinier, artisan , et, en un mot, tout ce que son mattare voulant qu'il fût.
Un de ces paysans , c'est-à-dire un esclave , élève seulement de son génie^ apporta un jour dans la capitale, vers l'année 1776 , des ouvrages ,de mécanique, qui lui obtinrent les suffrages de racadémie des sciences de cette ville , et les récompenses dis gouvernement* On a vu de cet homme étonnant, une montre sonnante de la forme et à peu près de la grosseur d'un œuf de poule. Vue procession sortait quand l'heure venait à son-
( ao8 ) ner. Il exécuta toutes les pièces j la botte et la figure.
Au pied du mont Taguil 9 en Sibérie , un ou«vrier d'une fabrique de fer, sans avoir eu ni maître ni modèle 9 construisit une horloge de fer sonnante. Quand l'heure allait sonner, un ouvrier sortait par une petite porte, et venait forger une barre de fer aux yeux des spectateurs.
On compte en Russie les richesses d'un gentilhomme et d'un ecclésiastique , non par leurs revenus en argent, mais par le nombre de leurs esclaves.
Le peuple russe ne boit jamais d'eau. Ses boissons ordinaires sont de la bière forte, appelée hoiias ; de l'hydromel commun , appelé rhioud, et une boisson aigrelette assez agréable , piquante
au goût , qui porte le nom de KiHichi» La table des Russes avant le dix-septième siècle , était sale et mal servie : c'est un défaut qu'on trouve encore dans les classes inférieures 9 et même chez des gens dont l'état et la fortune promettraient plus de délicatesse. Une méchante nappe couvrait une table longue et étroite : chaque convive n'avait pas même une cuiller, et les personnages les plusimportans avaient seuls un couvert complet.
Malgré son extrême rusticité , ce peuple portait au dernier point son amour-propre national. Sei^ ambassadeurs prétendaient toujours à déshonneurs
( ao9. ) plu9 dlfttiDguéft .que ceux des autres puissances. Les Grecs et les Romains traitaient les étrangers de Barbares : les Russes les appelaient muets ; car ne pas parler leur langue , c'était > suivant eux 9 être privé de la parole.
Mais le caractère le plus distlnctif des Russes y avant et depuis leur conquête de la Krimée, est d*étre singulièrement porté à la destruction dans les pays qu'ils envahissent, t Si rArchipel , dit le c docteur Clark ( F oy âge wh Russie ) , fût tombé « sous la domination de la Russie ^ les beaux restes « de l'ancienne Grèce ne seraient plus, Athènes € aurait disparu 9 et les conquérans Moscovites « n'eussent même pas laissé une seule pierre pour « indiquer l'emplacement réel de cette ville ce- « lèbre. Les Turcs sont des gens de goût et des t savans en comparaison des Russes. »
Les femmes de distinction 9 autrefois soumises à l'austérité des mœurs orientales ^ éprouvent main* tenant bien moins de gène. Jadis elles pouvaient à peine sortir pour aller à l'église ou pour visiter leursparens les plus proches : alors elles se paraient moins qu'elles ne se surchargeaient d'omemens et ^e bijoux. La condition des princesses , (lUes des tzars 9 était fort triste ; elles passaient leur vie renfermées dans le palais ou dans des monastères. On ne voyait presque jamais l'épouse , les sœurs ni les filles du prince. Une fois la tzarine tomba malade , U fallut appeler un médecin ; on eut soin , avant de
( aïo ) l'inlrodaire^ de lit^r des rideatt^x épais qui rë|)dn* daient dans la cliâliière Tobscurité de la miH , et il ne put tâier \^ pouls de la prtn^edse q«i^au tra-^ vers d'un voile.
Coup d^wii sut (es militaires Ikcssds.
L'uniforme ordinaire de Plnfabletie est vert avec des revers rouges : la cavalerie a Thabît btett bordé de rouge : les artilleurs et les boi^baréîers sont en écarlate avec des revers bleus et noirs. Toufe Tarniée porte la cocarde Manche. Chaque régiment tire son nom du pays où il a été levé ; les grenadiers seuls font exceptién à cet<;e règle : ielirs corps prennent le nom du coloneK Les casquettes sont décorées d'une aigrette noîl'e , verte ou roVige. L'épée et la baïonnette sont attachées autour de* reins avec un ceinturon ; la giberne est suspendue à une bandoulière qui passe sur l'épaule gauche. Les soldats portent aussi des pantalons blancs et des bottes. L'uniforme de la garde impériale ne se distingue de celui de Tinfanterie ordinaire que par l'aigrette de crin qui surmonte le casque ; leurs moustaches sont soigneusement noircies et pei« gnées ; d'énormes favoris descendent jusque sous le menton , et sont toujours poudrés à blanc comm^ le reste des cheveux.
L'armée se recrute par une espèce d'impôt sur les seigneurs : on demande à chacun un certain
( au ) ïaombre d'homuiBOS par cent tètes de paysan»* Chaque régiment a sa mvuique, non-seulement instrumentale ^ mais vocale ; ceux qui la composent chantent en s^accompagnant d^une espèce de guittare ; les sons en sont rudes et perçans.
La cérémonie par laquelle se termine la journée dans un camp russe est imposante. A neuf heures du soir 5 tous les soldats se rangent sur une ligne à la tète du camp ; ils sont en capotes et sans armes; les oûtciers se tiennent deux pas en avant , les tambours sont placés au. centre de^chaque batail« Ion , la musique est en arrière. On b^t la retraite, la musique joue un air grave et solennel. Ensuite, à un certain signal , tous les soldats se découvrent, un silence religieux règne pendant quelques minutes. Ces momens sont consacrés à une prière mentale ; bientôt après, le chœur accompagné du son des instrumens se fait entendre , on chante un hymne fort simple , mais dont Fair a quelque chose de majestueux ; les soldats font dévotement des signes de croix , les officiers leur donnent l'exemple du recueillement et de la piété, Aprèq cette cérémonie religieuse, les soldats remettent leurs bofmets , font un demi-tour à droite et rentrent sous leurs tentes.
. Il n'est, pas difficile de pourvoir à la nourriture dès militaires russes. On leur distribue de la farine ; et dès qu'ils sont campés , ils creusent des fours eo terre où ils cuisent leur pain qu'ils fonl eux-mêmes*
Quand on veut les régaler ^ on leur distribue ufié sorte de biscuit qu^ils rompent en petits morceaux et font bouillir avec du sel et quelqu es herbes qu^Is trouvent partout.
La différence des grades établit entre les militaires russes une distincfion prodigieuse. Les capitaines et autres officiers subalternes mangent debout à la table de leur colonel ou de leur général. Les soldats ne mangent point à la gamelle y ils font seuls leur repas qui est composé d'un seul mets et peu abondant ^ attendu la modicité de leur paie.
Dans le dix-septième siècle ^ les officiers qui se distinguaient par leur valeur et par Timportance de leurs services^ étaient présentés au tzar ; ils en recevaient des pièces de drap 9 des étoffes de soie 9 de riches pelleteries 9 des vases d'or, des augmentations d'appointement , des terres , et quelquefois le prince les admettait à sa table. Les soldats courageux recevaient des récompenses en argent : on appelait cela argent dû service* On gratifiait les femmes de ceux qui étaient tués à l'armée.
Les hommes dans les corps des Kosaques sont vigoureux et ont un air martial ; les chevaux présentent l*iapparence contraire; petits de taille et rétifs , ils semblent faibles et languissans, et à tout moment sUr le point de succomber sous leur cavalier» &ien de plus trompeur que ces apparences :
( ai5 ) les chevaux kosaques résistent à la fatigue ; ils font des marches d'une longueur incroyable ; ils passent du froid au chaud ^ des inclémences du jour à celles de la nuit 9 sans paraître souffrir la moindre incommodité* Ces pauvres animaux ne connaissant point le luxe des râteliers, ni d'une abondante litière ; jamais Tétrille ni un bouchon de paille ne polirent leur poil ; leur nourriture n'est pas moins misérable 9 et malgré ce dur traitement, ils sont d'une infatigable vigueur. Les armes principales des Kosaques sont une lance longue de huit pieds, quelquefois de douze, et une paire de pistolets. Il y a des régimens kosaques de différentes espèces, les uns 9ont habillés en rouge , seulement leurs bonnets s'élèvent plus haut et sont garnis de ve*lours rouge : une espèce de chemise , descendant jusqu'aux genoux, sert encore à les distinguer des bleus. Les Kosaques de )a mer Noire sont à cheval d'une habileté singulière , ils courent ai| galop en agitant leurs longues lances , tournent ou s'arrêtent avec beaucoup de grâce : le pavalier et le cheval semblent ne faire qu'un ; ils réalisent la fable des Centaures. Ils ne ressemblent aux Kosaques du Don , ni par leurs habits ni par leurs manières. Le Kosaque du Don est doux , affable et poli ; le Kosaque de la nier Noire est rude et grossier.
L'équipement de guerre des Kalmouks consite en un casque de fer avec uae crête dorée. Une maille de fer leur descend sur Ip front jusqu'aux
sourcils 5 et flotte paivdessus le cou et les épaules afin de le» garantir des coups de sabre ; leur corps est protégé par une cotte de mailles qui se prèt« à tous leurs mouvemens. les plus belles de césar* mures viennent de la Perse , et on donne eom-* munément cinquante chevaux en échange : celles d'un moindre prix sont en étain et ne coûtent que six ou huit chevaux. Leurs armes offensives sont des lances ;^ des arcs, des flèches, des poignards et des sabres. Les plus distingués dans le service ou les plus riches ont des armes à feu qu'ils conservent précieusement dans des étuis- Les noteiHeur» s^cb sont faits de cornes de chèvres sauvages , ou de fanOiM de baleine , les communs sont d'érable ou de lames très-minces d'orme ou de sapin réunies ensemble avec une bande d'écorce de tilleul ou de bouleau. ' On fournit à tous les militaires russes en général la poudre de leurs cartouches ; mais ils sont obligés de fondre eux-mêmes les balles et d'acheter le plomb sur les fonds du régiment : ce qui les met souvent dans le cas , lorsqu'tts pénètrent en pa^ ennemi , de démolir les édifices publies , les fon* taines, les acquéducs^ afin de voler le plomb que ces constructions renfermaient.
Usages relatifs aux ancie^is tzars* Cérémonies t de, leur couronnement et de leur mariage.
Quand le tzar avait résolu de fkire la guerre , il se rendait dans la principale église , et faisait lire
. ( ai5 ) à haute voix 9 par un secrétaire d^état ^ ses ^rkfy contre son ennemi y et les raisons fui l'obligeaient à en tirer vengeance.
Iîe% grigndB boîacds attachés à la cour , aUaieat 9 tous les matins , rendre leurs hommages au tzar« Bersonne ne paraissait armé devant le prince. Les ministres étrangers étaient obligés de laisser cheis çux leurs ^pées , ou de les déposer à la porte du palais«
Lorsque le.t^ar admeUaità sa table des ambassadeurs 9 ou la palriarcbe > ou Hfuelfues-^uns des piwcipaux officiers de la couronna.» fl se faisait servûr avec la plus ^ande m.agnffîoence* A ce serviQ« étaient emjrfojKéa deivc ou ^ois- oents gentilshonwaM^5 yètus d'étoflesdW ecd'ai^epnt^ fabri«> quées,en Perse > ayecd^iurges collet» qha^és de perles et de ehaloes d'oi^émailljées ^ pendantes sur }a poitrine. Il n'y avait d'abord sur les tablent .i^e^ que durpain f du sel et du vinaigre : on commençait.par boiio de Teau-do^-vie , e% oet u^gi^'Wbsîste cneone. Le prince (envoyistit uniniorceàu-de pain à cbaisun /de^ convives- 9 ^n le nommant pôr json nom ,^etle boïardquiett'étattckai^é, disait en le présentant : « V4»iUtle bienfait que t^JM^ordele t2;ar.et grand-seigneur. » On apportait ensuite les viandes : on les présentait devant Iq prince , qui envoyait . un . plat devant chacun des convives , : «t aus^itèt 1(9 tables étAî^nt couvertes,. Le t^iar faisait aussijpasser d6SQ4»upies d*hydrom^ et de vkisprér
{ 2.6 ) cîeux. Sur ehaque table étaient placés de grands bassins d*hydroniel où l'on puisait à pleines tasses* Les convives , et même des absens favorisés da tzar 9 conformément à ce qui se passait dans Fan* cienne Rome , recevaient encore un plat , qui était envoyé dans leurs maisons. Chaque jour il se por* tait de la table du tzar quelques plats à différens seigneurs. Souvent le prince faisait porter en grande cérémonie à des ministres étrangers 9 ou même aux courtisans qu'il distinguait le plus 5 des repa« entiers , qui étaient supposés sortir de sa table. Un officier rîchemeiit vêtu , et accompagné d'un grand nombre de cavaliers , allait annoncer cette faveur du prince à celui à qui elle était accordée 9 et restait pour lui tenir compagnie. Deux hommes le suivaient à pied , portant chacun une nappe roulée ^ deux autres étaient chargés des salières 9 deux autre» des vinaigriers 9 et deux enliù des couteaux et des cuillers. Six hommes 9 rangés deux à deux j portaient le pain ; ils étaient suivis des porteurs â'ea«*dê-yie , qui précédaient douze hommes chargés de différentes espèces de vin 9 contenu dans des urnes d'argent ; ensuite venaient les coupes 9 qui étaient suivies des viiindes et des pâtisseries 9 portées souvent dans de grands plats d'or 9 au inoins jusqu'au règne de Borî»9 et quehfuefois dans 3ës plats d'argent. Ëtifm 9 dix-huit à vingt )»oes a'hydromel étaient portés chacun par deux h<Hnv^i 9 que suivaient douze autres hommes 9 qui por-
taieoiâe grandes tasses. Cette marche était fermée par deux ou trois diariots chargés d'hydromel et de l^ière pour les domestiques : quelquefois deux ou trois cents StreHtz étaient employés à porter un seul repas.
La nuit qui précédait le couronnement du tzar était consacrée à la prière dans toutes les églises* La cérémonie^ faisait dans la cathédrale de Moscou. On y élevait f pour le tzar, un trône où Ton montait par des gradins^ il était garni de velours hrodé en or ^ et brillait de Téclat des pierreries. Le chemin qui conduisait à ce trône était couvert de 4rap écarlate. Le siège 4u patriarche, placé à la gauche du trône^ était moins riche , mais garni aussi de velours brodé en or.. Avant que le tzar se rendit h réglise^ on y portait du palais, en grande cérémonie, tous les ornemens impériaux et une evoix d'or^ dans laquelle était enchâssé un morceau*du bois de la vraie ceoix.
Le tzar allait faire sa prière dans la chapelle du pidals, d'où il se rendait à Téglise. Il était accompagné de toute la noblesse, vêtue d'étoffes d'or, la tète couverte- de bonnets de renard noir, ayant au cou des celliers de perles et de diamans , et des diatoes émailiées^ qui pendaient sur la poitrine. LesIStrelitzétâdent rangés en haie le long du chemin. Arrivera la porte du sanctuaire, le prince #kicliâait tvoAs fois, et se tournant ensuite vers le pattiarche, il le saluait et recelait sa bénédiction.
(a.8) Alors le. pontife descendait de sa place , et le bénissait avec la croix, avec de Teau bénite et avec la main. Le prince et le patriarche se donnaient mutuellement un baiser , et montaient en« suite à leur place. Le tzar^ après s-é'tre assis» adressait un discours aii patriarche , qui y répondait. Quand le tzar av^t cessé de parler, le prélat se faisait apporter le manteau impérial; et, lorsque le prince en avait été revêtu par deux det principaux seigneurs, il le bénissait encore, trois fois avec la vraie croix, la lui posait sur le cou y et lui imposait ensuite les mains, en faisant une assez longue prière. Des arcbinxandrites appor-* taient ensuite , jusqu'au siège dupatriarche , le diadème , la couronne , le sceptre et h; globe impériaL Chacune de ces marques de la puissance suprême était reçue* par un archevêque qai la remettait au patriarche. Celui-ci ceignait le front du tzar du diadème, lui mettait la couronne sur la tête, lui faisait prendre le sceptre de la m«iin droite et le globe delà main gauche. Le prince, décoré de tous ces ornemens, recevait les humbles salota-' tions du clergé, et y répondait par une légère inclination de tête. Le patriarche le prenait alors par la main, le faisait asseoir sur son trêne.,.et, après avoir proponcé un discours sur lesdevoi{9 de la souveraineté, il faisait commencer la liturgie (lés prières ). Après la ^consécration , le patriauH che oignait le. prince de Thuile sainte au fronts
( ai9 ) aux deux oreilles ^ sur les lèvres 9' aux doigts , au cou, aux épaules, et aux bras, disant à chaque onction : Ceci est ie sceau et ie don du Saint-^ Esprit, Lui-même essuyait le chrême avec des étoùpes , qui étaient aussitôt brûlées sur Tautel ; et , pendant sept jours , le prince ne devait pas se laver les eàdroits qui avaient été oints d'huile sacrée. Le pontife , après ces onctions , lui admi« nistrait la communion sous les deux espèces , suivant le rit grec , et lui faisait présenter du pain bénit. Après la messe , le tzar , toujours vêtu des ornemens impériaux , allait faire des stations dans^ deux églises différentes. A l'entrée du prince , le protopope ou archi-prêtre lui jetait de la poudre d*or sur la tète : la même cérémonie, lorsqu'il sor« tait, était renouvelée par un des grands boïards de l'empire. Le tzar donnait, le jour de son sacre f un grand repas au patriarche , aux chefs du clergé et aux principaux seigneurs de la cour.
La cérémonie du mariage était encore plus brillaate et bien plus singulière. Quand les tzars a:vaient résolu de se marier, leur première démar-> che était d'aller demander l'agrément du patriarche , qui , conmie on peut croire , ne le refusait jamais. Ils ordonnaient ensuite aux princes et aux boîards d'amener leurs filles à Moscou. On élevait, pour les recevoir, sous la garde de la grande maîtresse de la cour, un vaste édifice eu bois, riche>ment décoré et divisé en plusieurs grandes salles,
espèces de dortoirs , dans chacun desquels éf aieat placés douze lits , pour autant de jeunes filles. Elles mangeaient toutes ensemble. Le tzar les voyait sous un nom emprunté , ou sans dég;uîsèment. Le jour du mariage était fixé , sans que le choix fût encore connu. Le tzar se rendait dans cefte maison , accompagné d'un boïard fort avancé eh âge y et prenait place sur un trône qui lui avait été préparé. Là , les jeunes rivales , magnifiquement parées , venaient , Tune après l'autre , s'of*frir aux regards de leur juge et se prosterner devant lui. Il manifestait son choix, en faisant présenter un habit de noce à celle qui en était Theu* reux objet. Elle recevait , en outre , un superbe mouchoir brodé en or et bordé de perles et de^ diamans. On distribuait aux autres rivales des habits moins magnifiques y ft elles s'en retournaient chez elles.
Un principal boïard était nommé pour présider à la cér^nonie et à la fête des noces. C'était ou un prince du sang, ou un des seigneurs les plus illustres de l'empire. Il prenait , pour exercer cette fonction , le titre de tisiatski , parce qu'il présidait sur des miliers d'officiers commandés pour cette fête. On dressait , dans une des principales salles du palais , deux sièges pour les deux époux. On étendait sur ces espèces de trènes du velours et du daitias; on y plaçait deux coussins, et Ton arrangeait dessus deux quarantaiiies de peaMx<to
( 2àl )
ttiârtre - zibeline. On croyait alors que ces peaux avaient la vertu d'écarter les sorts. On en Réservait une quarantaine pour éventer les époux. Un grand était nommé pour s^asseoir alternativement dessus jusqu'à leur arrivée 9 tant on donnait de soins à se garantir des ihaléfices. Les moindres détails du service étaient confiés aux premiers sei* gneurs de la cour. On parait en même temps la princesse dans son appartement : elle avait auprès d'elle l'épouse du tisiatski , des femmes de boïardSf et de graves matrones 9 dont la fonction était. de représenter ces vieilles femmes qui , en Russie ^ s'entremettent dans les mariages des particuliers. C'était en leur compagnie que la future tzarine passait dans la salle de cérémonie : elle était précédée de deux boïards 9 dont l'un portait le cierge du tzar 9 pesant ordinairement cent vingt livres , et l'autre celui de la jeune princesse 9 qui ne pesait que quatre - vingts livres. Quand tout était préparé 9 le tisiatski envoyait un officier dire au monarque : < On n'attend plus , seigneur , qiie votre présence. » Le prince venait alors se placer à côté de sa future épouse 9 mais un rideau de taffetas les séparait. Dn protopope récitait des prières. La principale matrone ( svakha ) peignait la tête des deux époux: un secrétaire d'état, debout auprès de cette dame » tenait une coupe remplie d'hydromel dont elle se servait pour laver le peigne. On mettait à la princesse y par-dessus sa couronne d'or
enrichie de perles tt de diamans , un voilé également orné de perles et de la plus riche Inroderie. La première matrone répandait sur la tête' de» deux époux de la graine de houblon , qu^on lui présentait dans un plat d'or : cette graine était un symbole de la fécondité. Elle les éventait avec des peaux de martre - zibeline ^ et Ton allumait les cierges nuptiaux avec des cierges bénits. |£n8uite Tami du souverain , car tous les mariages exigeaient la présence d*un ami , ou d'un honime qui en pre* naît le titre pour ce four-là ; cet ami titulaire coupait une fiorte de gâteau et un fromage , et en présentait au prince , à la princesse , et à toute Tassemblée. Après cette distribution du gâteau et du fromage 9 le tzar se levait pour aUer à l'église. A peine avait - il quitté le carreau sur lequel il était assis f qu'on y étendait quarante peaux de zibelines çt autant sur celui contre lequel il s'était appuyé ; un seigneur restait pour garder soigneusement cette place. Sur le chemin qui conduisait du palais à l'église , des seigneurs étendaient des pièces de damas rouge. Les cierges des deux époux précédaient la marche «de toute la cour. On portait aussi avec pompe deux espèces de brioche , qu'on nommait karavai , pâtisserie fort estimée des Russes , qui l'ont reçue des Tatars. Le prince était à cheval et la princesse en traîneau. Un seigneur montait auparavant le cheval qui devait porter le tzar, afin d'éviter tout maléfice. Un autre
( aa3 ) avait occupé aussi 9 dans le traîneau ^ la place destinée à la princesse. On prenait Tes mêmes précautions pendant <{ue les époux étaient à Féglise » et vingt gentilshommes, de la dernière classe des bo!ard»9 étalent commandés pour garder le cheval et le traîneau. Quand les époux étaient arrivés à la porte du sanctuaire , on étendait à leur^ pieds une' pièce de damas rouge, pliée en deux , et couverte de quarante peaux de martre-zibeline Après la bénédiction nuptiale , le métropolite ( Tarche-. vèque ) , ou le patriarche , leur présentait du vin ; ils en buvaient par trots fois ; et quelquefois le prince , après avoir bu , jetait le ^ vase à terre , et les deux époux le foulaient aux pieds. Cela signifiait qu'ils souhaitaient que les ennemis qui voudraient semer entre eux la division , fussent ainsi brisés et foulés aux pieds. On retournait au palais avec les mêmes cérémonies et le même cortège qu'on en était sorti. Quand le tzar était descendu de cheval , le grand écuyer y montait , et faisait
la garde autour du vestibule , l'épée à la main. Tout le monde- ayant pris place dans la salle , on servait devant les époux un poulet rôti. L*ami du prïnee prenait le poulet aveo le plat, un petit pain , une sallière et une serviette , et allait à la chambre à coucher. Les époux le suivaient , et , lorsqu'ils étaient arrivés à la porte , la principale matrone faisait hautement des vœtix pour leur bonheur, jetait encore des grains sur leur tête, et
( aa4) présentait au prince un morceau de {MHdel , peti^
dant qu'une, autre matrone en offrait i. la pinUicesse. Les cierges nuptiaux étaient pl^c^s à ta t£le du lit, dans une cuve de vermeil remplie de blé' A chaque coin du lit^ était dressée une flèche^ à laquelle on attachait une quarantaine de peaux de zibelines et un pain blanc. On étalait sous le Ut vingt-sept gerbes de blé-seigle. Une couverture de zibelines devait garantir le^ époux des maléfice!^ y et l'on avait soin de |eter sur le drap des grains de blé. On mettait sur les bancs 9 aux quatre coins de la chambre à coucher , une mesure d'hydromel 9 et on y suspendait des images : on en attachait aussi à tous les ^oins des chambres par où les époux devaient passer. Au-devant du lit se voyaient deux images 9. l'une représentant la naissance de Jésus-Christ^ et l'autre celle de la Vierge. Au chevet du lit était une croix , et à côté la représentation de la Vierge avec l'Enfant Jésus.
Le lendemain ^ les deux époux recevaient toute la cour dans leur chambre nuptiale. L'ami du prince présentait au tzar du gruau dans un vas^ de porcelaine f sur un pla^ d'or» entouréde quatre peaux de martre - zibeHne ; la premièire mâ^tronie en présentait en même temps à la tzarine. 11 y avait , ce jour-là > grandbanquet àlacour. Le quar trième jour , le clergé » la noblesse , et miéme les marchands • venaient rendre au tzar leurs bom* mages et lui offrir des présent
{ aâ5 ) La plupart de ces cérémonies étaient observées» mais avec moins de pompe » aux mariages des boîards , et aviec plus de simplidté encore pour les gens du commun.
Règne dô VÏEKRE I.*' ALEXiiVITZ, surnommé