‹ Beautés de l'histoire de Russie: contenant tout ce qu'il y a de plus curieux et de plusChapitre 16 sur 19 · CATHERINE I · texte numérisé non relu

CATHERINE I

On ne savait point , à la mort de Pierre-le- Grand y qui le remplacerait sur le trône ; il laissait Pierre , son petit-iils , né de l'infortuné Alexis ; il laissait sa fille aînée , la duchesse de Holsteîn. Il j avait une faction considérable en faveur du jeune Pierre. Le prince Mentzicof, lié avec Catherine dans tous les temps, prévint tous les partis et tous les desseins. Pierre était près d'expirer, quand Mentzicof fit passer la tzarine dans une s^Ie où leurs amis étaient déjà assemblés : on fait transporter le trésor à la forteresse , on s'assure des régimens des Gardes. Catherine tint un conseil secret avec ses amis et un secrétaire de confiance^ Le ministre du duc de Holstein assista à ce conseil 9 et à son issue , la tzarine revint auprès de

( 3o9 ) son époux moarant. La plupart des sénateurs et des grands de l'empire étaient d'accord pour prorclamer le jeune Pierre. Ils s'assemblèrent de grand matin au palais » avant que le prince Mentzicof s'y rendit. Tous généralement haïssaient ce princct On mit des gardes à la porte de l'appartement où les sénateurs étaient assemblés. Mentzicof s'y pré* senta^ mais on lui refusa l'entrée; il s'en retourna sans faire de bruit dans son palais, et envoya chercher le lieutenant-colonel. des Gardes du ré^ giment de Préobra^enski; il le pria de lui amener au plus vite une compagnie des Gardas, ce que le lieutenant -colonel ayant fait , Mentzicof marcha droit au palais impérial , enfonça la porte de l'appartement où les sénateurs et les généraux étaient assemblés y et déclara Catherine tzarîne et souveraine de toutes les Russies.. Personne ne s'attendait à ce coup hardi de Mentzicof, et personne n'osa s'opposer à la proclamation. Les gardes, les séna-« teurs , les ministres , les principaux officiers de la première noblesse, etc., prêtèrent le serment de fidélité à Catherine , qui succéda paisiblement à son époux le jour même de sa mort.

Une actiop , qui fait peu d'honneur à la mé« moire de Catherine p et qui pourrait faire soupçonner qu'elle eut beaucoup de part à la mort du tzaréyitz Alexis , est la cruauté avec laquelle elle traita la tzarine douairière Eudoxie, première femme du tzar Pierre. A peine fut-elle investie

( Sio ) de la suprême puissance, qu^elle se hâta d'aggraver le triste sort d'une infortunée qu'elle ne pouvait regarder depuis long-temps comme sa rivale. lie comte Tolstoé y le même qui avait engagé Alexli à revenir de Naples, en lui persuadant que le tz^f le traiterait avec la bonté d'ui» père y reçut otdré de Cathel'iiie de faire tran^cnrter Ëudoxie dans la forteresse de Sdhlusselbourg^ et de s'assurer qu^elle ne pourrait Jamais rien entreprendre. Ce fidèle ^genl, bien fait pour une telle commission, éxé* cuta avec la dernière rigueur les ordEres dont il était chargé. Eudoxie se vit resserrée dans nn ea« cbot affreux , et pour lui faîre plus crueUemeat sentir l'horreur de cette habitation, oà^ CKmgédia toutes les femmes et tous les domestiques qu'elle avait eus jusque-là pour compagnons de ses-peines^ On les remplaça par une seule naine vieille et ia« firme, et qui par conséquent lui devenait plus à charge qu'utile* Alors, la veuve d'un puissant monarque se vit réduite , dans ses pmpres états y à la nécessité de remplir les plu» vils emplois^ soit pour entretenir quelque propreté dans la chambre qu'elle habitait , soit pour blanchir son linge , soit pour préparer sa nourriture. Craignant même que , dans l'abattement o& sa position devait la plonger, la religion ne ra^rmit sop ame contre les maux qu'elle éprouvait , on lui refusa l'assistance d'un prêtre , qu'elle demandait avec înstahc'e pour lui 'administrer les sacremens de l'Eglise.

'PDBLICLIBKAKÏ

ASTOR, LFNOX TILDL N f c -s ^-z vTIONS.

(5ii) Catherioe ne jouit pas long -temps du plaisir de tou rmen ter une princesse que ses malheurs auraient dû lui- rendre respectable. Dès le milieu de Tannée^ 1J2&, elle tomba dans un état de langueur et de dépérissement dont les médecins ne reGonnurent pas tout de suite la cause^ Les approches delà mort redoublant le trouble et les angoisses de son ame , car on n^est tranquille , à ses derniers momens ,. qu'après, avoir pratiqua la vertu ^ elle nomma pour lui succéder , par son testamen^t, le fils d'£udpxie et d'Alexis , petit-fil» de Pierre i.*'; si ce priaee mourait sans enfans^ elle voulait que la coujronne-passàt à la princesse Anne, sa fille aînée 9 épousç du duc de Holstein^ et à sa postérité. Après Anne, était nommée la princesse Elisabeth, et enfin Nathalie, filk du tzarévitz? Alexis* Les noces du duc de tfolstein et de la prin-* cesse Anne avaient été célébrées avec une grande magnificence.

Le mal àe Catherine augmentant d^une manière sensible , on reconnut enfin qu'il était occasionné par un abcès aux poumons. Les remèdes ne produisirent aucun effet; elle expira le. ^7' mal 1727 (n. s. )• £lle était âgée de trente-huit ans et quelques mois , et elle avait régné un peu plus de deux ans.

On prétend . qu'elle ne savait ni lire ni écrire; elle faisait signer son nom par une de ses dames d'honneur. .Mais lelle n'en eut pas moins l'ame

(3ia) grande et beaucoup d'eaprit naturel. Elle sentit qu'elle devait adopter en tout la façon de penser de son époux , et imiter la conduite qu'il avait tenue à regard de la Russie. Elle termina plusieurs ouvrages qu'il avait commencés 9 et mérita d'étr» associée à la gloire de son époux.

PIERRE II ALEXIÉYITZ.

PiEKEE II , dont le père avait péri si misérablement y était le seul prince qui restait du sang des Romanof. Catherine , qui le destinait à être son successeur, prit un soin particulier de son éducation , et le fit déclarer grand-prince de Russie y titre que nous changeons eu celui de grand-duc. Dès le lendemain du décès de4]atfaerine, Pierre II fut généralement reconnu tzar. Il n'était âgé que de onze ans lorsqu'il monta sur le trône. En vertu du testament qui l'y avait appelé^ kl: devait 9 jusqu^àsa seiaiième année , régner sous a tutelle d'un conseil '- dé régelice 9 composé des ptincesses Anne et Elisabeth , du diic de Holstein , du prince Hentzikof , et de tînq sénateurs. Mais aussitôt que Pierre eut été proclamé , Mentzikof tira ce prince du palais impérial , 'et le conduisit dans le sien , P^U* e*ip6èhèr les grands d'approcher du souverain' saft^ line péwAifesîbii qu'il se permettait d'accorder ou de refeisér. Le conseil

(3.5) de régence ne fut assemblé qu'une fois ^ seulement pour avoir sa signature.

Rappel de ta tzarine Evdoxie*

Il jest dHisage en Russie qu'à chaque change*ment de règne le nouveau souverain brise des fers et rappdle- de Texil les personnes proscrites sous le règne précédent. Indépendamment de cet usage, ta nattire rédiamait dans le cœur de Pierre II la liberté de la tzarine Eudoxie, son aïeule 9 et le rappel des parens et des alliés de cette princesse qui étaient exilés. Ces grâces furent accordées à Tinstigation de quelques nliembres du conseiL Quoique ce rappel ne plût pas à Mentzicof , il n'osa pourtant pas s'y opposer ouvertement : affectant de changer tout- à -coup de principes, cet iihplacable ennemi d'£udoxie^ qui Tavait poursuivie avec lant d'acharnement, voulut paraître rinstrument de sa délivrance , et la rapprocher du tcône , dont il n'avait cessé de l'éloigner sous les règnes précédens. Il lui dépêcha deux gentilshommes, dont l'un était son proche parent, pour lui annoncervPélévation de son petit-fils , et pour lui demander de vouloir bien consentir au mariage du jeune tzar avec une de ses filles. C'est ainsi qu'il fit céder sa vengeance à son ambition. £udoxie, qui avait supp<Hrté ses malheurs avec tant de courage et de cohstance , pensa succom-

ber aux mouvemens de surprise et de joie occasionnés par cette nouvelle surprenante : elle ne put d*abord s'exprimer que par des larmes ; la multitude des sensations quelle éprouvait à la fois, la rendit comme insensible pendant quelques instans; revenue de ce premier saisissement, elle goûta toute Tivresse d'être snr le point de jouir de la liberté, bonheur dont elle se croyait privée pour toujours. Elle sortit de son cachot pour aller occuper , à son choix , les appartemens ^pù l«i étaient préparés à Moscou et à Pétersbeurg. Elle choisit Moscou , et , en attendant Tarrivée de son petit- fils, elle fixa son domicile dans le C4Mivent destiné aux veuves des souverains, et aux princesses du sang. Ce fût là qu'Ëudoxie reçut les hommages des grands et de fonte la noblesse de la ville et des environs. Ce qui dut la flatter da^ vantage, c'est qu'elle fut déclarée innocente de tous les crimes dont l'avait accusée son époux. On augmenta sa pension , qui fut portée jusqu'à soixante mille roubles, qu^on lui paya toujours exactement jusqu'à sa mort.

Disgrâce et emi en Sibérie du- prince

Mentzioof*

La fortune se pr^arait à donner un atstre exemple de ses caprices. L'ambition de Mentzi-^ coi*, jamais satisfaite, lui faisait désirer sans cesse

( 3'5 ) de nouvelles richesses et de nouveaux honneurs*

Il ne prétendit pas moins que de marier sa fille aînée à son souverain ^ et Nathalie , soeur de Pierre II , à son fils. Il éloigne de la <^our , il exile en Sibérie tous ceux qui pouvaient s'opposer h ces alliances si disproportionnées. Il tourmente le duc de Holstein et son épouse , et les oblige à quitter la Russie à force de les abreuver de dégoûts. Ne craignant plus d'éprouver d'obstacle^ jl fiança sa fille à Pierre II avec beaucoup d'éclat 9 en présence du sénat et de toute la coiu:, danf rhôtel du ministre de Vienne, le 6 juin (17) 1727 , un mois après la mort de Catherine.

Il se flattait, et comme beau-^père dn tzar, et comme vicaire-général de Tempire, d'être parvenu au comble des grandeurs. Mais c'était direcr tement à ce haut point d'élévation que l'attendait la fortune. Un en&nt , dont Mentzicof n'avait garde de se méfier , entreprit de renverser ce colosse de puissance et d'orgueU , et y réussit. Non seulement il était défendu d'approcher de Pierre II sans la permission expresse de Mentzicof, il avait encore eu la précaution^ de ne placer auprès du souverain que des personnes dont il se croyait sûr, parce qu'elles lui étaient redevables de toule leur fortune. Mais comme il avait persécuté les prfncipales familles de Russie , parmi ceux qui approchaient du souverain , il s'en trouvait plusieurs qui voyaient avec peine leurs parens flétris et dé-

(5.6) pouillés f et qui saisirent l'occasion de fctire savoir au tzar le despotîsoie et la tyrannie du prenaier ministre. Le jeune prince Ivan Dolgorouki , fa* vori du tzar, qui raccompagnait presque tous les jours à la chasse, tandis que Mentzicof s'occupait des alûfaires de Tétat, entreprit de faire entendre à son maître la voix de la vérité. Il conunença par lui promettre de Tinstruire journellemeut de la conduite de son tuteur, et le supplia de lui garder le secret , et de dissimuler jusqu'à ce qu'il eût trouvé l'occasion de faire éclater sa juste colère. Pierre s'engagea sans peine à la dissimulation qui lui était recommandée , et fut fidèle à sa promesse. Il ne tarda pas à trouver l'occatsion de lui témoigner son mécontentement, et de lui faire soupçonner que sa disgrâce ne tarderait pas à éclater. La communauté des maçons de Pé(ersbourg fit un présent de 9^000 ducats au jeune tzar, qui vou-^ lut en faire un cadeau à sa sœur. Il lui envoya cette somme par un de ses gentilshcHumes ; celuici renconira en chemin* 1^ prince Identzicof , qui iui demdu4^ où il allait porter cet or, Le gentilhomme le lui dit. Ment;|icof répliqua : « Le tzar est trop jeune encore pour savoir l'usage qu'il faut iiaire de l'argent; portez cette somme dans mon cabinet , je trouverai l'occasion de lui en parler. » Le gentilhomme qui savait combien il était dangereux de s'opposer aux volontés de Mentziùof , ne m^inqua pas de lui obéir. Le lendemain , la

(5'7> sœur du ttarvint fendre visite à son frère ^ selon

sa coutume ;' après quelques propos , Pierre lut demanda si le présent qu'il lui avait fait la veille ne méritait pas- un remerctmeiit? La princesse répondit qu'elle n'^avait rien reçu. Le tzar fort étonné de cette réponse , fit appeler le gentilhomme , et lui dit qu'il voulait savoir ce qu'étaient devenus les ducats destinés à la prineesse. Le gentilhomme s'excusa sur ce que Mentzicof lui avait ordombé de les porter dans son cabinet. Le prince , irrité contre son ministre j l'envoya chercher sur-le-* champ, et lui demanda d'un ton menaçant pourquoi il ayait eu l'audace d'empêcher ce gentilhomme d'exécuter ses ordres? Mentzicof, qui n'était pas accoutumé à entendre le jeune prince lui parler de la sorte ^ en fut frappé comme d'up coup de foudre; il répondit d'un ton forthuknble, qUe l'é^ tat manquait d'argent, et que, le trésor étant épuisé, il s'était proposé ce jour même de remettre une note à sa majesté tzarienne , sur la manière dont, les neuf mille ducats pouvaient être utilement employés ; et il ajouta : < Si pourtant votre majesté l'ordonne, je ferai non seulement rejoaettre à la princesse l'argent qu'elle lui destinait, mais encore un million de roubles de ma propre caisse.» Le tzar ne se contenta pas de cette réponse, il frappa du pied , en s^écrîant : « Je t'apprendrai que je suis le i^aître , et que je veux être obéi. » Il lui tourna le dos en achevant ces paroles, et se

(5.8) retira dam soa cabinet ; mais Mentneof le suivît , et parvint à Tapaiser à force d'hnmiiîalâoos et de prières.

Celte trêve ne fat pas de longue durée. r.es ennemis de Menlzicof aigrirent de nonveaa Tesprit du monarque contre le premier ministre. Pé* tershof, bâti par Pierre I.'% est un château de plaisance dans une situation asses riante pour le climat. Il n'est éloigné de Pétersbourg que de cinq ou six de nos lieues. Ses magnifiques jardins cmt été faits d'après ceux de Versailles; el les environs* sont peuplés de gibier. Mentaicof y mena son royal pupille pourquoi y goûtât, pendant quelques )ours y le plaisir de la chasse. Les puissans ennemis de ce premier ministre regardèrent cette circonstance comme très^propfe à favoriser leur dessein. La principale difficulté consistait à engager le tzar à tromper la vigilance de son tuteur , qui ne le perdait pas de vue , et à s'échapper de ses fers. Le jeune Doigorouki sentit que c'était à lui à dissiper leur embarras. Depuis que Pierre II l'avait pris en amitié ^ .il couchait habituellement dans la chambre du prince. Il s'offrit à remettre le tzar sous la garde du sénat. La nuit prise pour l'expédition arriva. Le jeunç Doigorouki attendit avec impatience que les officiers de la chambre se fussent retirés , et dès qu'il jugea tout le monde enseveli dans le sommeil, il se leva, s'approcha du lit du monarque , et lui proposa de se délivrer

T5'9) par une prompte fuite de l'esclavage où on le re-

ftenaifci Le prince y consentit avec empressement. Aidé de son favori , il s'éehapfia par la fenêtre ^ si^ doucement et avec ta&t d'adresse, qae la garde qui veiilail à ia porte de son appartement , n'entendit pas le moindre bruit. Ils traversèrent les jardins à grands pas , et rencontrèrent à l'une des petites portes un grand nombre de seigneurs qui les attendaieiit, comme on en était convenu. On ne îugea pas à propos de s'arrêter en chemin. On marcha tout de suite à Pétersbourg où le tzar entra triomphant.

Mentzicof fut réveillé par la nouvelle de cette évasion. Il frémit du coup qui lui 'était porté , mais il se flatta bientôt de le repousser et d'en tirer une vengeance éclatante. Rempli de ces douces espérances , il partit en hâte pour Pétersbourg , où en arrivant on lui annonça l'étendue de son malheur. Il vit avec douleur toutes les gardes changées , et la garnison renforcée et sous les armes. Incertain du parti qu'il devait prendre dans cette extrémité, il prit le chemin de son palais ; il ne trouva plus sur son passage ces flots de courtisans qui s'empressaient autour de lui , l'orage les avait déjà dispersés. A peine fut - il entré ^ans son palais , qu'il le vit environné d'un gros de grenadiers. L'officier qui le commandait , pénétra bientôt jusqu'à lui avec un détachement, et lui ordonna les arrêts de la part du tzar. Il se flatta

( 3ao*) £n€ore qoe, s'il pouvait vcnrscm prince'» il re^ prendrait aussitôt son aortorité ; il» en ^^BiâAcla la permisâon , comioe font lobs lesfiiTorisdisçraciié^^ mais la seule réponse qu'on, liû. fit , .-fut on ordné de partir le lendemain avec sa femme et^ses enlans pour Raninbourg ^ yille. qu'il avait £adttiàtir dans le gouvernement de Vérooè)e. €e lieu d'exil ini fit espérer qu'il serait traité avec douceur , et qc^îl pourrait un jour rentrer en graoe. Il se coillirHia dans cette idée , quand, on lui' dit qu'il' était le maître, d'emporter avec lui ses effets les plus précieux , et de se faire suivre par un aussi grand nombre de domestiques qu'il le jugerait à propos. Il passa le reste du jour et de la nuit à faire les arrangemens nécessaires pour son voyage. Ilpartit de son palais le lendemain en plein jour.; ^sesen-» a émis l'avaient ordonné ainsi , «afin de lui causer la douleur de servir de spectacle au peuple. Sa marche était composée de ses carrosses les plus magnifiques ; il était avec sa famille dans le plus brillant. Ses équipages 9 hommes ^ cheVaux et ba-* gages 9 formaient une suite si nombreuse et sLlesIe, qu'aumilieudece cortège il ressemblait pUitôtàun illustre guerrier honoré du triomphe , qu'à un cri* minel qu'on, traînait ep exU. C'est aveçcettjel pompe qu'il traversa Pétersbourg. Il affecta de saluer à droite et à gauche tout le inonde qui était aux fenêtres , et si , au milieu des flots du peuple accouru de toutes parts j, il démêlait qudqu'u»

( Sa» ) qu^il avait eu occasion de connaître plus particulièrement f adieu , lui criait-il , en le nommant par son nom. On ne manqua pas de lui faire un crime à la cour du train qui raccompagnait dans 8a retraite ; il avait à peine fait deux lieues 9 qu'il fut joint par un second détachement. L'oi&cier qui le commandait , était chargé de la part du t^ar de lui reprendre les ordres de R,ussie ^ et ceux dont les puissances étrangères l'avaient honoré. « Les voici, répondit-il ,^ reprenez ces témoins de ma folle vanité : je les ai tous rassemblés dans ce coffret y parce que je ne doutais pas qu'on commençât par m'en dépouiller. » La commission de cet pffîciei^ ne se bornait pas à cela; il lui déclara qu'il fallait descendre de carrosse , et monter 9 ainsi que sa femme et ses enfans, sur des chariots que le déta* chement avait amenés. « Je suis préparé à tout , répondit -il 9 faites votre charge, plus vous m'ôterez, moins vous me laisserez d'inquiétudes. Il mit en même temps pied à terre , et monta sur un^ petit chariot couvert , avec un air de tranquillité qui attendrit l'officier et sa troupe. On fit reprendre la route de . Pétersbourg à ses équipages et à ses domestiques, et il continua la sienne. Sa femme et ses enfans furent mis sur de semblables chariots , mais séparément. Ce n'était que par hasard qu'il les apercevait, on lui avait interdit la consolation de s'entretenir avec eux ; quand l'occasion s'en présentait , il la saisissait pour les exhorter à ce-

der à Torage sans se laisser abattre; et la religion , qntest rriineg;rande. ressource dans les adversités y lut fournissait des raisons pour fortifier leur courage. C*est' ainsi que le prince Mentzicof arriva à R^nînbourg. Il cro3'ait y couler des jours tranquilles; mais quoique éloigné de deux cent cinquante lieues de la cour , U en parut trop près à ses ennemis. Ils eraignîrent tout de ses intrigues et

de celles des créatures que la fortune lui avait faites. Ils le firent condamner à passer le reste de ses jours 9 lui et sa famille, àBérézof , sur les frontières les plus reculées et les pins froides de la Sibérie « et à plus de quinze cents lieues de la cour. Avant son départ pour ce lieu horrible , on le dépouilla des riches habits qu'il avait portés jusquelà 9 on lui en fit prendre un pareil à celui que portent les paysans moscovites ; sa femme et ses enfans furent aussi revêtus de ces tristes uniformes de la misère : c'étaient des robes de bure, etpar-dessus de mauvaises pelisses. On couvrît leurs têtes de bonnets faits de peau de mouton. Il soutint ses malheurs avec une fermeté admirable , et parut p)lu^ grand au comble de Tinfortune , que lorsqu'il était le plus puissant seigneur de la Russie. Son épouse, qui était devenue aveugle à force de pleurer, mourut avant d'être parvenue au lieu de son exil. En parlant de Tobolsk , capitale d,e la Sibé- **^e , toujours bien escortés , on les mit sur un cha- ^*«t découvert qui n'était tiré qtic par un seul

( 595 ) eheyal ^ et quelquefois par des chiens. Us furent cinq DQLois à aller delà capitale de la Sibérie à Bérézof , et pendant ce pénible voyage , ils furent exposés à toutes les inclémences des saisons 9 extrêmement rigoureuses dans ces contrées. On assigna à M^ntzicof six roubles par jour ( trente francs ) ; cette somme modique suffît non seulement à ses besoins 9 à ceux de sa famille et de quelques domestiques 9 mais il fit des épargnes qu'il employa à la construction d'une église à laquelle il travailla lui-même la hache à la main« Il mourut en 17299 d'un^ attaque d'apoplexie. Son fils et sa fille furent rappelés sous le règne suivant : Taînée, qui avait été fiancée à Pierre II 9 mourut dans la Sibérie* Ces deux derniers rejetons du prince Mentzicof se rendirent à Moscou où la cour était alors. A peine les aurait-on reconnus . si on n'^ivait pas été prévenu de leur arrivée ; leur taille s'était développée avec grâce 9 les traits 9 surtout ceux de la sœur , étaient devenus plus agréables : on ne reconnaissait pas des changemens moins considérables dans leurs cœurs et. dans leur esprit. La mauvaise fortune les- avait corrigés de celte bonne opinion de soi-mêine9 de ces airs de hauteur dont il est si difficile, de se défendre au sein de la prospérité. Au retour de leur exil , tout le monde eut à se louer de leur douceur et de leur modestie.

Décès de Pierre II.

Leg.DolgorouLi , après avoir renversé le prince Mentzicof, le remplacèrent dans la faveur du jeune souverain , et partagèrent entre eux ses titres^ ses honneurs ^ ses richesses 5 sans prévoir qu'ils pou*, valent à leur tour être précipités du faite des gran* deurs. Pierre vit la princesse Dolgorouki. (1)5 soeur de son favori; il fut enchanté de ses grâces, de la beauté de sa physionomie y de Télégance de sa taille^ et de réducation qu'elle paraissait avoir reçue : il en devint .éperdument amoureux , et résolut de répouser. Il déclara en plein consheîlses intentions à cet égard. Le 5o novembre lyftg , on procéda solennellement aux fiançailles. La princesse fut amenée avec pompe dans les é(|uipages de la cour 9 et l'archevêque de Novogorod bénit les deux futurs époux. Le 18 janvier lySo était le jour où le jeune monarque devait être déclaré majeur , et celui qu'on avait fixé pour la célébration de son mariage. Pendant l'intervalle > il y eut des fêtes et des réjouissances à la cour. La veille de son mariage, Pierre II tomba malade de la petite vérole > et mourut le 29 janvier { v. s» ) , à l'âge de seize ans 9 après avoir régné deux ans et neuf m ois..

(i) Dans le nord on donne aux jeunes personnes les titres de leurs familles.

( 525 ) Eiidoxie > son aïeule ^ dont il avait brisé les fers f ne tarda pas à le suivre au tombeau : elle ne put survivre à ce dernier coup de la fortune.

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