‹ Beautés de l'histoire de Russie: contenant tout ce qu'il y a de plus curieux et de plusChapitre 6 sur 19 · ASTOR, LENOX · texte numérisé non relu

ASTOR, LENOX

Jnd^ines cérémonies du maHage des princes Russes, et ce qui se pratique maintenant aux unions conjugates des particuliers.

Lorsqu^anciennement les princes et les tzars de Russie ( czars) > voulaient se marier ^ ils faisaient publier uu ^kas ou loi^ qui était envoyé dans toutes les provinces de leur domination. Il était ordonné à tous les pères de famille de conduire à la cour leurs filles en âge d'être mariées , si ^lles étaient assez belles pour prétendre au choix du souverain. Arrivées dans la capitale » la grandemaîtresse de la cour les recevait chez elle 9 les logealt séparément y et les faisait loger toutes ensemble dans une même maison . Le prince les voy ait, ou sous un nom emprunté, ou sans déguisement. Pendant la nuit 9 on les examinait avec beaucoup d'attention. Cet examen physique avait un but moral. Celles qui avaient un sommeil inquiet , des rêves agités ^ étaient exclues du choix.

Le )our du mariage était fixé y sans que Tintention du prince fût encore connue. Quand il avait manifesté son choix 9 on distribuait des habits aux rivales qui recevaient Texclusion 9 et elles s'en retournaient dans le sein de leurs familles.

Maintenant le iiiariage chez les Russes 9 dit un écrivain mçderne 9 présente un mélange des céré* monies juives » et de celles que les anciens Ko-

prendre pdur but de leurs flèches. Ils chercheût, surloul , iU saisissent les prêtres , leur lient les mains derrière* le dôs , et leur enfoncent à coups de masses de longs clous dans la tête. Tout éprouve la rage du vainqueur féroce, qui n'a pas trouvé d'ennemis.

Tandis qu'ils commettent toutes ces horreurs , on a le temps de prendre des mesures contre eux. Des armées se rassemblent et s'approchent en diligence ; les Russes enveloppés tombent sous le fer d'un ennemi justement irrité : on les poursuit jusque sur leurs vaisseaux , qu'on embrase avec le feu grégeois , composition qui s'enflamme dans l'eau, et que rien ne peut éteindre. Igor put à peiae ramener un tiers d'une armée qui avait été si formidable à combattre.

Mort tragique d'Igor*

Au bout de quelques années , en 945 , les chefs de ses troupes et l'amour du pillage l'engagent à vouloir forcer une nation voisine ( les Dreulîens ) , à payer un impôt plus considérable que celui qu'il leur avait imposé. Mais le succès ne répondit point à la soif de l'or qui le dominait , lui et les siens. 11 s'avance imprudemment dans le pays, sans avoir fait observer le ^ombrè d'ennemis qu'il avait à craindre : il tombe dans une embuscade ; ses troupes , en trop petit nombre ^

( i5) sont n^assacrées f lui-même jest fait prisonnier , et

on lui tranche la tète. On lui dresse ensuite un tombeau très-simple , dans le lieu même du carnage. Il avait régné trente-deux ans 9 et mourut âgé de soixante-huît.

Régence d'Oiga. Vengeance qu'eUe tire de ia fnort de $Ofi r^arû EUe se fait chrétienne ^ et meurt.

Igor avait eu d^lga un fils nommé Sviatoslaf , trop jeune encore pour régner , et sa mère prit les rênes du gouvernement. Elle s'est rendue fameuse par l'esprit de ruse et de fourberie qu'elle déploya , et par la cruauté dont elle fit usage : triste genre de gloire qu'on ne doit point lui envier.

Les xDreuliens crurent pouvoir profiter de la minorité de Sviatoslafpour recouvrer leur liberté, et procurer à leur prince la souveraineté de Kîof, en l'engageant à épouser Olga. Vingt des plus distingués d'entre eux se rendent à Riof , demandent une entrevue à Olga , qui fut aussi troublée que remplie d'indignation en apprenant que les meurtriers de son époux avaient l'audace de se présenter devant elle. Dissimulant ce qui se passait dans son ame , elle donna audience aux députés, et Pun d'eux lui parla en ces termes : «Nous avons tué Igor, parce qu'il exigeait de nous un tribut fort au-dessus de nos forces, et parce. que,

(i6V loin de s'en contenter ^ il voulait nous dévorer comme un loup ravissant. Nous avons un prince prudent et saçe y qui enrichit ses états par la culture y et tu ne peux mieux faire que de Té* pouser. »

01g;a usa de ruse pour mieux assurer sa venj;eance, et répondit aux députés î <c Mon époux est mort , et tous mes regrets ne peuvent le rappeler à la vie. La proposition que VOUS me faites exige des réflexions ; et en attendant ma réponse 9 je veux vous montrer le cas que |e fais de vous et de votre prince : retournez à vos vaisseaux , reve^ nez demain^ et je vous recevrai en présence de mon peuple 9 de la manière que vous méritez. » Le lendemain y elle les envoya prier de venir à Kiof, et elle les fit précipiter, à leur arrivée, dans une fosse qu'elle avait fait creuser exprès , où ils furent enterrés tout vivans.

Olga fit partir ensuite des députés vers les Dreuliens, pour leur demander des personnes distinguées , chargées de conclure son mariage , et de la conduire à leur prince, craignant, disaitr elle , que les habitans de Kiof ne s'opposassent à son éloignement. Les Dreuliens , ignorant ce qui -venait de se passer, donnèrent dans ce piège, et lui envoyèrent aussitôt cinquante de leurs principaux officiers. A leur arrivée , Olga les invita à prendre le bain , et les fit brûler vifs* Elle fit envoyer alors de nouveaux députés aux Dreuliens,

C -7 ) pour leur dire qu'elle était en route , et qu^elle le«

priait de porter sur le tombeau d7gor de Thydromel et des vivres 9 parce qu'elle se proposait de donner un grand festin en Thonnour de son mari 9 avant d'en épouser un second. Les Dreuliens charmés de cette nouvelle » font les préparatifs désignés. Olga ne manqua pas de tenir parole ; elle arriva au lieu désigné avec quelques-uns de ceux, qui étaient dans son secret. Lès Dreuliens accourus au-devant d'elle, raccueillirent avec des transports de joie , et lui demandèrent des nouvelles de leurs députés. On leur répondit qu'ils étaient restés pour escorter l'argent et le bagage de la princesse, et ils crurent cette allégation.

Olga se fit conduire sur le tombeau d'Igor, l'arrosa de ses larmes , et lui fit élever un inonument. Après cette cérémonie funèbre , elle se revêtit de ses habits dé noces , et se rendit au festin préparé. Les Dreuliens burent sans ménagement , les Russes avaient des raisons pour se prescrire plus de sobriété. Olga fit un signal, et ses confidens fondirent tout-à-coup sur ceux qui croyaient déjà lui avoir dicté des lois. Après ce massacre, Olga retourna à Kiof, leva une armée, et revint chez les Dreuliens avant qu'ils eussent eu le temps de se reconnaître. Ils mirent néanmoins quelques troupes en campagne; mais elles furent battues, dis^ persées, et se réfugièrent dans leur capitale. Olga en bnna le siège ; les Dreuliens s'y défendirrat aveo

tant de bravoure, que la place n^était point encore

prise au bout d'une année.

Olga désespérant de forcer la place , fit proposer la paix aux habitans , à^<^ndLtion que chaque lieu lui paierait un tribut de trois pigeons et de trois moineaux. La proposition ayant été acceptée f les assiégés s^empressèrent de payer ce tribut. Olga fit attacher aux pattes de ces oiseaux un fil soufré , auquel on Ynit le feu lorsque ses soldats les lâchèrent à l'entrée de la nuit ; ces oiseaux regagnèrent les nids qu'ils avaient construits dans les greniers et sous les toits des maisons 9 et occasionnèrent un incendie si violent , que les assiégés furent réduits à la cruelle alternative de se rendre à dîflcrétloii, ou de périr dans les flammes. La vindicative Olga fit mourir les plus âgés , réduisît les chefs militaires en esclavage , et imposa aux autres un tribut onéreux.

Olga 9 victorieuse par la ruse et la perfidie , bien plus que par son courage 9 entendit parler peu après de la religion grecque ; elle voulut s'ins^ truire de cette croyance , et forma le désir de Tembrasser , dans l'espoir qu'elle y trouverait un terme à ses remords. Elle se rendit à Constantin nople pour s*y éclairer des vérités qu'elle brûlait d'apprendre.

Constantin Porphyrogenète y régnait alors. Ce prince la présenta au baptême , et lui donna le ^om d'Hélène. Alais lamais Olga ne put engager

( »9) son fil8 à adopter cette nouvelle religioD , quelque

déférence qu'il eût pour sa mère. Depuis celte

époque y les Russes ont toujours fait profession de

la doctrine de Féglise grecque , qui est encore la

dominante dans Tempire. Olga mourut comme

une sainte ) en 955 9 et est encore invoquée comme

telle en Russie , sous le nom à^HéUne*

SVIATOSLAF L«

Le premier soin de ce prince fut de rassembler une armée ^ moins redoutable par le nombre des soldats, que par leur courage féroce. Regardant comme une prison reneeiute de son pjJAîs^ U n'avait d'autre habitation que les camps ; et ses troupes ) sans cesse en mouvement ^ n'étaient suivies d'aucune sorte d'équipages. Elles marchaient comme leur chef, qui n^avait pas même à sa suite de vases pour préparer ses repas. Il vivait à la manière des Kalmouks et des Tatars : un morceau de viande de cheval grillée sur des charbons, était sa nourriture ordinaire. Il n'avait point de tente , il couchait sur la terre , exposé en tout temps à l'inclémence de l'air et des saisons : il dormait la tête appuyée sur la selle de son cheval.

Ce prince qui menait une vie si dure , fut un •es -grand guen-ier, et l'histoire a conservé le

avenir de ses conquêtes. Mais pendant qu'il s'é-

tait mis en campagne poar subjuguer de hou^ veaux peuples , il faillit perdre la capitale de ses états, dan» laquelle était renfermée toute sa famille. Une nation voisine dont il ne se défiait point , profitant de son absence , vint ravager Id Russie ) et mettre le siège devant Kiof. La ville ^ manquant de vivres , allait être forcée de capituler ; un général , nommé Pritich , tenta de la secourir; mais effrayé du nombre supérieur des ennemis , il s'arrêta sur la rive opposée du fleuve. Les habitant de Riof se livraient au désespoir , lorsqu'un Jeune homme propose d'aller lui-même avertir Pritich de la nécessité d'un prompt secours. Il sort de la ville une bride à la main , au milieu d'une nuit très - obscure , et traverse le camp en demandant à haute voix si l'on n'a pas vu son cheval. Des soldats rient de sa recherche , d'autres jurent de ce qu'il a troublé leur sommeil, il arrive ainsi sans obstacle sur les bords du fleuve, et le traverse à la nage. Pritich , instruit de la nécessité pressante de tout hasarder, embarqua ses troupes dès le point du jour. Les cris des soldats , le son des trompettes, auquel répondaient les instrumens militaires de la ville , portent la terreur dans l'ame des assiégeans , qui fuient , se dispersent, et la capitale est délivrée.

Sviatoslaf se voyant toujours victorieux, marcha contre les Grecs avec un corps seulement de dix mille homjnes. L'empereur de Gonstantinople

(ai ) feignit de vouloir acheter la paix ; mais dans Tiatention de savoir à combien se montait Tarmée ennemie 9 il fit proposer une certaine somme pour chaque soldat ^ à condition qu^elle sortirait de ses états. Le prince russe , qui désirait jg;rossir son trésor par toutes sortes de moyens , déclara vingt mille hommes au lieu de dix uùUe , dont son armée était composée. Le prince grec^ qui avait près de cent mille combattanst attaqua avec assurance les Russes y qui furent défaits. Leur souverain eut bien de la peine à s'ouvrir un passage et à, regagner la Russie.

Il avait réparé toutes ses pertes 9 lorsqu'en parcourant les rives du Boristhène , il fut attaqué à Timproviste non loin des cataractes de ce fleuve; le petit nombre de ceux qui raccompagnaient fut exterminé , lui-même perdit la vie sous le glaive des ennemis ; et , suivant l'usage de ces temps barbares 9 son crâne orné d'un cercle d'or, servit de tasse au prince vainqueur. Sviatoslaf périt à l'âge de quarante ans^ en 972 , et son règne fut de vingt-sept années.

JAROPOLR L«

Le Traître puni.

Cb prince avait reçu de son père la souveraiieté de Klof^ et partagé avec ses frères tous les

pays soumis aiix loix de S viatoslaf. Yolodimir , l'un d^eux<9 fils d'une concubine, avait eu Novogorod et son ambition était peu satisfaite. Jaropolk demanda en mariage la fille du palatin de Polotsk , princi* pauté alors située en Pologne. Yolodimir demanda en même temps la main de cette princesse. Le père, craignant 4e gêner le dioix de sa fille, la consulta sur le parti qu'il devait prendre, c Je ne veux point, lui dit-eUe, déchausser le CHs d'une esclave ; je choisis Jaropolk. » L'usage obligeait alors les jeunes naariées à déchausser leurs époux le premier jour de leurs noces. • Yolodimir , après cette répense outrageante ^ ' marche conti« le prince de P<4otsk , met en fuite ses troupes, le tue, et force la |eune prin> cesse à recevoir sa main , teinte du sang de son père.

Après avoir commis ce icrime , il s'avance vers Kiof^our en commettre un plus grand encore.

Un traître, nommé Blo%id ,' favori de laropelk , persuade à son maître qu'il doit se défier des citoyens de sa capitale , et lui conseille de prendre la fuite , s'il ne veut pas être livré bientôt à son W^^**^' ^^* habitans, abandonnés de leur princie, ouvrent les portes de la ville , et reçoivent Yok)dimir. Jaropolk , toujours poursuivi par son frère, assiégé dans sa nouvelle retraite, s'abandonne encore 'àiixf conseils du traître qui a toute sa confiance , et se détermine à se remettre entre

( =»3 ) ies mains de Volodimîr , qui le fait massacrer au

moment qu'il se jetait dans ses bras. Jaropolk régna pendant neuf ans.

C'était à Bloud, ministre perfide et faux ami de Jaropolk , que Volodimir était redevable de ses criminels succès. Aussi pendant trois Jours ^ ce prince lui rendit les plus grands honneurs, et le décora de pltmeurs dignités. Ce terme passé : cj'ai rempli ma promesse^ lui dit-il 5 Je t*aî traité eonanle mon ami ; les honneurs dont je f ai comblé sont montés au-delà de tes espérances : aujourd'hui y comme Juge 9 je proscris le traître et l'assassiii de son prince, b En finissant ces paroles 5 il le fit massacrer à ses yeux.

VDLODIMÏR !.•«

Bizarte et coupaMe manière de se convertir*

DÉGTOÉ à se faire chrétien , Yolodimir n'était arrêté que par un itéul obstacle. Il jn 'avait pas auprès de lui de prêtres grecs , et ne pouvait rececevoir le baptême , ainsi qu'il Paurait souhaité. Il lui était cependant facile de s'en procurer : les Grecs ne dismandaient pas mieux que de lui envoyer des apôtres 9 et il en était instruit. Sa fierté naturelle rejeta une démarche qui lui paraissait un hommage à l'empereur de Gonstantinople : il

préféra de porter la guen^e dans la Grèce , et^ de se procurer. par les armes, des er^^^s, Tinstruction dont il avait besoin , et le l]%|llèue.

Yolodimir se met à la tète de ses troupes , se rend dans la Ghersonèse ( la Tauride ) , et assiège Théodoside , connue aujourd'hui sous le nom de K.afa. Voici la prière qu-il adressait à Dieu dans cette circonstance : « O Dieu ! fais-moi la grâce « de prendre cette ville , afin que )'en puisse em- N tt mener des prêtres et des chrétiens qui m'insc truisent , moi et mes peuples ^ et portent la yraie c religion dans mes états ! >

Cependant le siégQ durait depuis six mois , et Yolodimir conunençait à désespérer de la prise de la ville , lorsqu'un traître , un perfide citoyen , attache un billet à une flèche quHl lance dans le camp des Russes. Ge billet contenait ces mots : c II est derrière le camp une fontaine d'eau douce c qui|, par des canaux souterrains, fournit seule « de l'eau aust" assiégés. »

On cherche cette source , on la trouve ,* on rompt les canaux ; les assiégés sont obligés de se rendre pour ne pas mourir de soif. \oilà Yolodimir en possession d'un grand nombre de prêtres ; mais avant de se faire baptiser, il veut s'allier aux Gésars , et ne craint point un refus : il envoie demander aux empereurs Basile et Gonstantin , leur sœur en mariage ; et comme il voulait être baptisé en maître absolu , U les menace de traiter Gons-

APTOr?. L'INOX

tanlinople comme Théodosie , s'ils sont assez hâtais pour rejeter sa proposition. Les empereur» hésitent , et la princesse est au désespoir. Dans cette perplexité , on prie le monarque russe de commencer par se faire chréUen ; mais il insiste : on n'est pas en état de lui résister, on lui envoie la princesse, il devient docile aux instructions; il reçoit le baptême , o^ le nomme Basile ; il épouse la princesse , restitue les conquêtes qu'il vient de fafa-e , et retourne dans ses états avec des trophées d'un nouveau genre, consistant en vases sacrés, livres d'église, images, reliques, archimandrites et popes ( piètres ).

Combat parUeuiier et mèmwahU, de. deux soldats de différena partis.

Afin de réprimer les courses d'un peuple voisin, Volodimir marche contre leurs troupes. Les deux années étaient près de combattre : elles n'étaient séparées que par la rivière Soula, qui se jette dans le Boristhène , au midi de la petite Rus-' «e. Le chef ennemi s'avance sur le bord opposé , et propose à Volodimir un parti qui fait honneur à ce barbare. « Epargnons le sang, lui dit-il, et «dons notre différent par un combat entre deux champions : le parti vaincu s'abstiendra, pendant h-ois ans, de prendre les armes contre l'autre. . Volodimir accepta la proposition > mais se trouva

(a6) dans une étrange perplexité. Où découvrir up soldat assez vigoureux pour Topposer à un cham- ;pion qu^on lui avait dit être un Hercule ? On désespérait de le trouver 9 lorsqu'un vieillard qiii . avait avec lui quatre de ses fils à Tarmée , déclare à Volodimir quUl lui en reste un cinquième , doué d'une force surnaturelle. Oale i^t venir à la hâle , et pour essayer ses forces , on irrite avec des fers rouges un furieux taureau^ et le feune homme se présente hardiment devant lui , Tarrète dans sa course, Tabat à ses pieds 9 en déefaire la peau et les chairs. Cette victoire, fut le présage de celle qu'il devait remporter. Les deux cliampîons s'avancent entre les deux armées ; l'ennemi du jeune Russe le regarde avec mépris; celui-ci se jette sur son adversaire , le saisit 5 le presse entre ses bras avec une force étonnante , et l'étend mort sur la place. Les ennemis effrayés prirent soudain la fuite. Le champion vainqueur, nommé Péreiaslaf^ n'avait point encore de barbe : 11 était fils d'un corroj'eur ; il fut mis avec son frère au nonibre des grands de l'état ( des boïards ). Volodimir, pour perpétuer la mémoire de cet événement, (it bâtir ' une ville sur le lieu même du combat , et lui donna le nom du jeune russe ^ illustré par sa victoire.

Mort de Volodimir. H est mis au rang des saints dans ie caiendrier russe.

omztsMB siiciiE.

Parvenu à Tâge de la vieillesse y Volodimir parfagea ses états entre tous ses enfant mâles 5 qui étaient au nombre de dix. Jaroslaf ^ possesseur de Novogord f fut très-mécontent , refusa de payer le tribut qu^il devait en qualité de vassal 9 et implora contre. son père le secours des Varégues. Volodimir, forcé de marcher contre un fils rebelle, mourut 4e douleur en chemin, Tan 101 5. Son règqe avait été de quarante-cinq ans.

Volodimir , après sa conversion , s'était montré extrêmement charitable. Les nouveaux convertis recevaient de son humanité des secours très-abondans, et il leur faisait célébrer les grandes fêtes par des festins. Tclus les pauvres qui se rendaient au palais , le dimanche 9 étaient admis à un grand souper , qu'ils prenaient sous des tentes. Il leur fit distribuer un jour , pour dessert , trois cents ruches de miel. Ces convives indiscrets ne voyant sur leurs tables que des cuillers de bois 9 s'en plaignirent , et dem^andërent s'il n'y en avait point d'argent dans la maison d'un si grand monarque ? Ces propos parvinrent jusqu'à Volo-

dimir, qui n'en fut point offensé : « Je veux, ditil , que désormais il y ait autant de couverts d'argent qu'il y aura de convives ; il est bien juste que ceux qui m'en ont procwé par leurs travaux , n'en soient pas privés lorsqu'ils viendront manger chez moi. »

Yolodimir I.*' , regardé conmie le Sa4omon et î'apotre du Nord , est honoré et invoqué en Russie , sous le nom de saint Basile.

Ce prince qui , avant sa conversion , n'avait ' pas eu horreur de verser des flots de sang , aurait même voulu , lorsqu'il fut chrétien , conserver les jours des criminels. < Qui suis-je, disait-il souvent 9 pour condamner des hommes à la mort? >

liCs Russes abandonnèrent aisément le culte de leurs idoles. Yolodimir fit publier un jour dans Kiof 9 un ordre à tous les habitans de se rendre le lendemain matin sur les bords du fleuve pour recevoir le baptême. Ils obéirent avec joie.

Il détruisit et renversa sans peine les idoles. Comme Péroun , ou le Dieu de la foudre , était pour les Russes le plus grand des Dieux , Yolodimir le traita avec le plus d'ignominie. Il le fit lier à la queue d'un cheval 9 traîner jusqu'au Boristhëne , et pendant le chemin y douze soldats vigoureux ,. armés de gros bâtons , frappaient à tour de bras sur l'idole , qui fut ensuite jetée dan$ le fleuve,

La Reiigioii des Russes. Cérémonies reti^ gicuses; Popes; Evégues ; Préjugés; Bap-tente.

La Aellgion des Russes est presque entièrement semblable à celle des Grecs , et les cérémonies en sont à peu près les mêmes. C'est en lan^e slave que se célèbrent la messe et les offîces divins. Une grande partie de la messe se récite à voix basse. Depuis Ja préface jusqu'à la communion , l'on ferme les portes du sanctuaire 5 et l'on tire un rideau qui couvre entièrement l'autel.

Les Russes, ainsi que les ^recs, communient sous les deux espèces. Le pain qu'ils emploient dans ce sacrement, est du pain levé; le prêtre le mêle dans le calice avec le vin ou le précieux sang, en prend avec une cuiller, et le distribue aux communians. Les popes ou prêtres russes, se servent dans la consécration d'expressions qui, répondent à celles des prêtres romains ; mais avant de consacrer , ils portent le pain autour de l'église , pour l'exposer à la vénération des fidèles.

On porte la communion aux malades, mais cela se fait avec beaucoup de simplicité , et sans avertissement. Le prêtre la tient sous son bras , dans une hoiie renfermée dans un petit sac.

Il n'y a ni sièges, ni bancs dans les églises : le

( 3o ) souverain et tous les laïques y sont debout , la tête découverte pendant roffice. Le prince, l'héritier présomptif de la couronne , et quelques seigneurs privilégiés , sont les seuls qui peuvent entrer dans le sanctuaire.

La musique d'églLse est très-belle ^ mais on n^y admet pas d'inslrumens : elle est toute vocale. On ne voit point ceux qui chantent ^ et cela ne laisse pas d'ajouter à Teffet.

Les messes russes et les offices publics consistent en beaucoup de petites cérémonies , de chants et de prières 9 auxquels le peuple ne répond que par des signes de croix multipliés^ par des prosternations , le front contre terre , et par ces mots : Gospodi pomïtouî ( Seigneur , ayez pitié ). De temps en temps on y fait la lecture de quelques pères de l'église. On prêche très-rarement , et seulement à la cour. Dans les fêtes solennelles 9 le clergé est magnifiquement vêtu. Les Russes n'ont

point de livres de cantiques ; leurs chantres trèsnombreux ne chantent que des psaumes.

Les Russes font continuellement des signes de croix 9 soit pour monter à cheval , soit pour en descendre 9 et à plus forte raison quand ils passent devant une église. En entrant dans une chambre ou lorsqu'ils en sortent ^ ils pratiquent la même cérémonie.

Dans le culte privé , les Russes font commune-^ ment la prière devant des images , qui reprï-é^

(3. ) sentent ordinairement le Sauveur , la Vierge 9 le patron de la personne , et surtout Saint-Nicolas. Dans les maisons 9 il y a toujours une image suspendue vers la fenêtre ; dans les rues , il y en a d'exposées à la dévotion publique : quelque près* ses que soient les passans, ils s'arrêtent devant elles , et les saluent de plusieurs révérences entremêlées de signes de croix.

La première chose que Ton fait généralement en entrant dans une chambre 5 c'est de chercher des yeux Timage^ de la considérer avec respect ^ de faire le aigne de la croix 9 après quoi on salue le maître et la maîtresse de la maison.

Les Eusses , à l'exemple des Grecs > ont des carêmes et des jeûnes très*rigoureux ^ auxquels ils se préparent , ou dont ils se dédommagent par un redoublement de bonne chère et d'ivrognerie.

Ils ont l'uâage des cloches : on les sonne en les frappant sur le côté avec le battant. On compte cinq cloche» au moins par chaque église : elles sont en activité la plus grande partie du jour, ce qui occasionne dans les villes un bruit assourdissant et continuel.

Ordinairement on voit en peinture 9 à la principale entrée de chaque église , l'histoire du saint à qui elle est consacrée. L'intérieur est décoré dans le même goût : on y remarque des ornemens gothiques et de mauvais tableaux.

Le jour de pàque^ tous les Russes s'embras-

(5a) sent amicalement , se baisent sur la bouche > et se donnent un œuf peint et enjolivé 9 en prononçant Christos voskressen ( le Christ est ressuscité ); et l'on répond : Voïstino voskrest ( il est certainement ressuscité ). Les personnes les plus' distinguées à qui l'on présente cet œuf, ne peuvent se dispenser de se laisser embrasser sur la bouche par l'homme des dernières classes.

Avant le carême qui précède Pâques , les Russes ont une semaine qu'ils appellent mastenitza > semaine de beurre , parce qu'on cesse alors de se nourrir dé viandes , et que l'usage du beurre est encore permis. Cette huitième semaine avant Pâques, est le carnaval des Russes, et cette sem^ne est fameuse par les excès du peuple ; il ne À'ocoupe qu'à boire , qu'à se divertir; la consommation d'eau-de-vie est énornxe.

La confession auriculaire est ordonnée dans l'Eglise de Russie ; mais le peuple croit assez généralement qu'elle n'est d'obligation que pour les grands seigneurs et les nobles ; tout le monde va cependant à confesse au commencement du grand carême.

- Il existe en Russie un nombre considérable de fêtes religieuses. Les fêtes de Noël durent douze jours : elles commencent le 24 décembre , et finissent, le 5 janvier. Les jeunee gens s'assemblent tous les soirs ; ils chantent et se livrent à divers jeux : assez bornés pour être remplis de préjugés.

(35) Ils s'amusent à jeter de l'étain fondu dans Teau 9 afin de tirer leur horoscope d*après la Ggure que prend le métal.

Le 6 janvier, jour de TEpiphanie , on procède à la bénédiction des eaux dans tout Tempire 9 et particulièrement à Pétersfoourg , avec une grande pompe ; l'empereur , toute sa cour 9 les prêtres , les archimandrites ( ou supérieurs des couvens *) 9 et les évéques sortent processionnellement du palais d'hiver, vêtus de leurs plus riches habits sacerdotaux. Us portent des cierges allumés, des en« censoirs , des bannières , et s'avancent au bord de la Neva , alors l'emblème du Jourdain , où saint Jean -Baptiste donna l'immersion à Jésus -Christ. Toutes les troupes sont sous les armes , les enseignes déployées.

Une des plus grandes fêtes est celle de Saint- Nicolas, évêque de Myre, et patron de Tempire msse. L'ancienne tradition porte qu'il arriva en Russie pat eau , sur une pierre qui avait la ^brme d'une meule de moulin , et qu'il débarqua à Novogorod.

Les prêtres russes se marient, et ils ne sont même admis au sacerdoce que lorsqu'ils ont une femme légitime , ou qu'ils font vœu d'en prendre une. Cette épouse doit être choisie de mœurs exemplaires. Au cas que la femme meure, le prêtre ne peut plus ni se marier, ni continuer ses fonctions ecclésiastiques; mais il doit entrer dans lûi

couvent ^ on devenir prêtre régulier 5 ou bien 11

se fait consacrer de nouveau ^ et se remarie ensuite. Les ménageraens que ces prêtres ont pour leurs épouses , ont donné lieu à ce proverbe : « Aucunes femmes, en Russie , ne sont aussi bien c traitées par leurs maris , que les femmes des « popes. V

Les prêtres séculiers font le service des paroisses , sous le nom de popes. Lès régùKérs appartiennent à un ordre monastique. Les premiers ont une robe longue y à larges manches 9 bleùé où brune, un chapeau fond, et laissent croître letCr barbe. Oùànd ils vont à Fautel, leur habillémerity pour la plupart est très -riche et garni de pérïe^. Les moines ont une tunique de couleur pluà Nombre , et une espèce de bonnet d^ Arménien. Ils tiennent d'une niain iuïe longue canne, et de l'autre un chapelet. L'archimandrite ou àbbé mitre ( c'est le principal de chaque monastère ) , porte sur la poitrine des colliers , auxquels sont suspendues dés croix ei autres marques distinctives de son grade. Dans les couvens de filles , la supérieure se homme héguména. Lés hommes sont admis à là profession à Tàge de trente ans , et on ne reçoit point de religieuse qui ait moins de cinquante ans.

Les religieuses se distinguent en novices , professes et parfaites. L'habillement d'une novice consiste en une tunique noire appelée rh(»9a p

(55) et un capuchon de la même couleur 9 appelé ca* fnaU , parce qu'il est fait de poil de chameau. Les professes portent par-dessus une fnandUU ou petit habit. Celles du troisième degré portent constamment mi voile , et ne doitent point laisser voir leur figure.

Les monastères de teligieuses ont fort peu de filles, mais beaucoup de veuves 9 et plus encore de femmes mariées y qu'on j enferme par force.

Il n'y a dans toute la Russie que cent cinquanteneuf couvens de religieux , qui ont à leur tète cinquante -huit archimandrites. Les monastères des femmes sont fixés à soixante - sept , et chaque monastère a une abbesse.

Les moines ne^ portent point leur nom de bap* téme ; on leur donne ordinairetnent des noms grecs 9 en observant que ces mêmes noms commencent toujours par la première lettre de chaque nom de baptême.

Les archevêques et les évêqucs sont nommés archierei : on leur donne de grands titres en l^ur parlant, tels que ceuii d'éminence , de très-sain*teté 9 etc. La planche ci>)ointe donne Une idée de leur habit ordinaire , et de celui avec lequel ils officient. Les prélats russes marchent toujours en ha»bits pontificaux , soit en carosse > soit à cheval. La différence de leurs chapes d'avec celles de nos évêques , est une garniture de sonnettes ou* de grelots, qui règ;nent tout autour.

(56) Dans l'église grecque , les prêtres se marient^ mais non pas les évêques.

Le clergé russe est fort ignorant ; ses connaissances se bornent à peu près à celles qui sont nécessaires à l'état ecclésiastique : il ne cultive ni les arts ni les sciences Les popes attachés' dans les campagnes aux fonctions qui reviennent à celles de nos curés de village, sont souvent aussi ignorahs que les rustres dontrils édairent et dirigent la conscience.

Les popoîvitz, ou fils de prêtres , embrassent conimunément la profession de celui à qui ils doivent le jour. Ils sont placés de bonne heure dans des séminaires , où ils étudient une théologie fort «impie.

Les cérémonies du baptême et de la confirmation sont les mêmes parmi les Russes que chez les Grecs , à quelques changemens près dans la manière de les administrer. Dès que l'enfant est né 5 on envoie chercher lé pope pour le purifier :. cette purification s'étend sur tous ceux qui sont présens à la cérémonie. Il est d'usage que le parrain et la marraine du premier enfant , le soient aussi de tous ceux qui naîtront après celui-là dans la même famille. C'est apparemment pour ne pae trop multiplier les alliances spirituelleé qui forment obstacle aux mariages. D'ailleurs , les parrains et les marraines sont regardés conune pères et mères des enfans qu'ils tiennent sur les fonts.

Ceux -ci 9 lorsque l'enfant esl porté à TégUse ^ donnent plusieurs bougies au pope, qui les alluine et les attache en croix à la cuvette , dans laquelle on doit immerger le nouveau né. Le pope encense les parrains et consacre Teau* Après cela , il fait trois fois la procession avec les parrains autour de la cuvette. Le clerc qui marche devant, porte une image de saint Jean-Baptiste. Le baptême se fait par une triple immersion. Le pope ayant mis un grain de sel dans la bouche de l'enfant, lui fait en croix les onctions que l'on appelle la Gonfir* matlon , et en le revêtant d'une chemise blanche ; il lui dit : Tu es maintenant aussi net que cette chemise , et purifié de ia tache du péché originel. Il lui met au cou une petite croix d'or ou d'argent , ou d'un autre métal ; cette croix est )a niarque du baptême de l'enfant , qui doit la porter pendant toute sa vie, et ne pasiméme s'en séparer à la mort. A chaque baptême on change l'eau de la cuvette , parce qu'on la croit chargée du péché originel de ceux qu'on a baptisés.

SVIATOPOLK !•'.

Lb successeur de l'apôtre de la Russie, du prince qui y fonda la religion chrétienne , fut Sviatopolk qui, oubliant les sublimes vérités qu'on ayait dû lui apprendre, fut un monstre de

(38) tfuauté , répandit le sang de trois de ses frère$ , etn^eutrien de sacré pour satisfaire son ambition effrénée.

Battu 9 poursuivi par son frère, le prince Jaroslaf, qui youlalît tenot à la fois le punit de sa férocité et le chasser jdu trône, il implora le secours de Boléslas , roi de Pologne , son beau-père. Les armes victorieuses de ce monarque le rétablirent dans Kiof , et lui rendirent toute sa puissance. Quelle fut sa récompense ? Il éprouva à son tour toute la perfidie de s^â gendre : Svtatopolk fit révolter les Russes contre les Polonais , distribués en quartiers d^hiver dans le pays qu'ils avaient défendu, et où ils avaient gardé une exacte disci-* pline, aussi étonnante qu'admirable dans les temps de barbaHe. Svîatopolk, ingrat dès qu^tl put Tétre impunément, fit massacter les troupes qui venaient de' le replacer sur le trône.

Boléslas aurait pu le punir sévèrement de cette noire perfidie , mais il se contenta de l'abandonner au sort dont H était menacé , et de retourner en Pologne. Il ne retint de ses conquêtes que la Russie - Rouge , qu'il réunit à sa domination ; mais , sous le règne suivant, elle revint à ses anciens maîtres. -

Attaqué de nouveau, par Jaroslaf , Tindigne souverain de Kiof est encore diassé de m ca^pitale, et dépouillé de ses états. Crolraât-on qu'il eut la bassesse de vouloir aller mendier un asile et des

(39) secours à Boleslas, dont il avait si mal reconnu let

bienfaits? Mais uiiémorf douloureuse et effrayante lui épargna ce dernier affront.. Les remords qui le déchiraient troublèrent sa raison ; il S*ima|;ina se voir entouré d'une foule de fantômes hideux , armés de poignards et altérés de son sang. La terreur dont il était saisi lui ôtalt la force de fuir ; et S*ii tâchait de 8*éloîgner des lieux où il croyait voir des spectres menacer ses jours « de nouvelles visions le rendaient encore plus malheureux; il expira dans d'horribles convulsions , en s'écriant : lis m* ont frappé! Ils m'ont frappé I Juste fin d'un monstre abreuvé du sang de ses proches. Son règne ^ trop long y fut de trois ans.

JAROSLAF L«

Apebs avoir conquis deux fois le trône de son père f Jaroslaf fut enfin paisible possesseur du trône de Russie. Ce prince avait toutes les qualités propres à rendre ses sujets heureux. On ne peut reprocher à sa mémoire que sa révolte contre son père ; mais le repentir qn'H en témoigna, doit le faire paraître moins coupable. Il réunissait la douceur, le courage, la modération, à un goût décidé pour l'étude ; il lirait tiuit et jour, et sa mémoire était excellente. Il fit traduire beaucoup de livres grecs f et les déposa dans une magnifique église

tiu'il avait fait bâtir à Kiof. Il établit à Novogorod une maison d'éducation y oit Ton élevait dans les lettres trois cents enfans de starostes ( de nobles ) et de prêtres. Digne par ses vertus d'adorer le vrai Dieu , il étendit par la douceur la religion chrétienne dans ses états. En un mot , il mérita Testîme et Tamour des Russes, et la considération des souverains de la Grèce et de Toccident, ave<> lesquels il forma des alliances trèà-étroites.

Il était si zélé pour la religion qu'il professait ^ que 9 deux de ses oncles étant morts depuis plu* sieurs années dans le sein de Tidolàtrie , attendri sur leur sort dans l'autre vie, il imagina de faire déterrer leurs ossemens et de leur donner le baptême, dans la persuasion que ce sacrement procurerait à ces princes un repos éternel.

Jaroslaf I.*' régna trente-cinq ans , et mourut en io54-

ISIASLAF I." , ou DÊMÉTRIUS.

La Russie conquise par ies Polonais.

Il fut digne de succéder à un*përe vertueux et qui ne s'était occupé qu'à faire bénir son règne ; le courage et !a magnanimité de l'ame relevaient encore ses grandes qualités. S'il fut constamment . ttialheureux , les circonstances où il se trouva en ont été l*anique cause.

(4i) Le Aoi de Pologne Boleslas II ^ surnommé Tin-

trépide, étant venu eb Kussie deux foUconsécu^ tives au secours d*lsiaslaf , finît par faire la conquête de cette vaste contrée , après huit années de batailles continuelles 9 vers Tan 1067.

Cependant Isiaslaf recouvra une partie de ses états 9 qu^il lui fallut souvent défS^ndre contre ses frères. La Russie fut long-teinps déchirée par les princes russes 9 mécontens de leur partage.

De prétendus prophètes excitèrent beaucoup de troubles pendant la vie de ce prince. Un de ces fourbes prit asssez d'ascendant sur le peuple de Novogorod pour rengager à massacrer leur évèque. Ce prélat, instruit du danger qui le menaçait 5 parut sur la place , la croix en main y et revêtu de ses habits pontificaux. Cet appareil auguste et ré*» véré ne put en imposer à une populace furieuse. Le prince Gleb, petit - neveu de Isiaslaf, prit la défense du prélat, et appelant l'imposteur, il lui demanda ce qui allait arriver à l'instant même. « De grands prodiges que je vais opérer , % s'écria le fourbe d'un ton prophétique. Il avait à peine achevé de parler , que le prince lui fendit la tête d'une hache qu'il avait cachée sous son habit. La mort du scélérat, qui n'avait pu prévoirsa fin prochaine, ouvrit les yeux à la multitude , et la tranqtiillité fut aussitôt rétablie.

Usevolod , frère d'Isiaslaf , qui avait fait une guerre cruelle à son aîné , chassé de s^ principauté

par deux de ses neveux ^ ne craignit point d*aller chercher un asile auprès du frère qu'il avait autrefois détrôné. Isiaslaf ne lui fit aucun reproche; il se contenta de lai- rappeler ses propres malheurs. < Consolez - vous, inon frère, lui dit-il ; vous savez tout ce que fai souffert; j'ai été chassé de mes états , Y^i vu me» trésors au pillage : c'é-'* taient mes propres frères qui me persécutaient. Errant ,- privé de tout , j'ai parcouru en suppliant des terres étrangères* Cependant qu'avais-je fait ? Ne vous livrez point à la douleur : tant qu'il me restera dans la-Russie un héritage, je le partagerai avec vous , et je n'hésiterais pas à donner pour vous mon sang. • Cette bonté avec laquelle il reçut son frère, qui l'avait renversé du trône, lui fait infiniment plus d'honneur qu'une multitude de conquêtes.

Il ne tarda pas à lever une forte armée , pour joindre Teffet aux paroles. Les premiers succès furent heureux ; mais^ dails une bataille, s'étant mis à pi^d à Ta tête d'un corps d'infanterie , il fut tué par derrière d'uû coup de lailce. Il mourut en 1078 , dans sa- cinquante - troisième année , après un règne très-agité de vingt-neuf ans.

USÉVOLOD L*' JAROSLAYITZ.

UsÉvoLOD est le premier prince russe qui ait ajouté le nom de son père au sien , et cet usage

(43) s'est perpétué en Russie jusqu'aujourd'hui. Le nom propre du fils 9 terminé par celui du père 9 y est regardé comme une marque de distinction particulièrement propre aux grands , aux nobles > aux princes et aux princesses du sang impérial.

Le règne de Usévolod, devenu souverain ou grand prince de Russie 9 comme on disait alors 9 le titre de grand-duc n'ayant été mis en usage que dans ces derniers temps 9 et emprunté de l'allemand^ le règne d'iJsévolod présente une révolution politique dans l'ordre naturel de succession , et cet événement est une des principales époques de cette histoire. Isiaslaf , en mourant 9 laissait deux fils en âge de régner. Cependant Usévolod lui succéda sans aucun trouble 9 sans aucune opposition 9 sans même aucune rupture avec ses neveux. On voit qu'il y avait alors 9 sinon une loi 9 au moins un usage plus fort même qu'une loi.

C'est que les Russes 9 observe un historien , voulaient être gouvernés par celui de leurs princes à qui l'âge avait donné le plus d'expérience. Ainsi le trône ne quittait jamais la maison deRourik9 mais il appartenait ordinairement au prince le plus âgé de cette maison.

Usévolod régna quinze ans à Kiof 9 et mourut en 10959 à l'âge de soixante-quatre ans.

SVIATOPOIK II JAROSLAVITZ.

Un peuple presque tou^urs en guerre avec les Russes, les Polovtsi, habitans des bords du Don , ou Tanaïs ^ envoya une députation à Volodimir y un des princes de Russie 9 pour faire des proposi* tions de paix. Volodimir donna pour otage son fils 9 qui se rendit dans leur camp; et Itlar, chef de la députation , entra dans la ville pour régler avec le prince les conditions du traité : il alla loger che2 un habitant qu^il regardait comme son ami. Dans le même temps , Sviatopolk envoya auprès de Yo* lodimir un certain Slavata , pour régler quelques affaires. Celui-ci conseilla au prince dé profiter de la conjoncture et de faire mourir Itlar , qui se trouvait entre ses mains ; Itlar, qui était dans la ville comme ministre de paix , et qui se reposait sur la foi publique. Volodimir représenta quUl s'était engagé envers Itlar par un serment sacré , et que la vie de son propre fils ^tait le gage de sa parole. Slavata répondit que les sermens ne pouvaient être sacrés envers des ennemis infidèles , qui avaient toujours violé leurs prom^esses ; mais qu^avant de sacrifiar Itlar , il fallait leur enlever le précieux otage qui se trouvait entre leurs mains, et il s'offrit lui-même pour cette entreprise. Il eut le bonheur de réussir, en pénétrant de nuit dans le camp des Polovtsi*

Cependant Itlar ignorait le malheur dont il était menacé. Les lois inviolables de Thospitalité, celles de Pamitié, et le caractère dont il était révéla, tous les droits les plus saints éloignaient de lui le soupçon et la crainte. Son faux ami l'invite à déjeûner dans une chambre préparée pour Thorrible dessein qu'on méditait. Itlar s'y rend avec ses compagnons. A peine y sont-ils rassemblés qu'on les enferme y et découvrant le toit de la maison , on les tue à coups de flèches. Lès exécuteurs de cette vengeance cruelle n'avaient que l'embarras de choisir leurs victimes. Itlar reçut dans le cœur la première flèche qui fut lancée.

Cet attentat contre le droit des gens ne tarda pas à être puni ; les Polovtsi reprirent les armes 9 et des flots de sang coulèrent de nouveau.

POVZIÈME SlECtE.

UiKE autre infraction aux traités , à l'égard du

même peuple , quelques années après (en iio5), souilla la mémoire de Yolodimir. La paix venait d'être jurée, lorsque les Russes fondirent à l'improviste sur une nation qui croyait pouvoir vivre avec sécurité. La perfidie fut heureuse ; les Russes furent vainqueurs et remportèrent de riches dépouilles. Plusieurs princes Polovtsi restèrent sur la place. L'un d'eux , nommé Veldiouse , tomba vivant entre les mains des Russes. Conduit à

Sviatopolk , il lui offrit pour âa rançon de Targuent, de Tor, des chevaux et des troupeaux, jurant de ne jamajs porter les armes contre la Russie. Sviatopolk le renvoya à Yolodimir, qui, après l'avoir accablé 4e reproches,. le fit massacrer. Yolodimir était le prinçé le plus humain de son temps. Sa crua^uté envers Itlar et Veldiouse prouve qu'on pensait alors que l'exercice de la justice et des vertus ne devait point avoir lieu à l'égard des ennemis.

Le vieux Sviatopolk , en terminant ses jours en Iii5, après un règne de vingt ans, çut la consolation de voir sa patrie goûter les douceurs de la paix et de l'union entre les princes de son sang.

Usages antiques.

Quand les princes russes s'assemblaient pour tenir conseil, un tapis était tendu dans le lieu de leur réunion, sur lequel ils s'asseyaient tous, jusqu'à ce que la délibération fût terniinée : quelquefois ils sortaient de la salle et montaient à che<» val pour prendre une résolution définitive.

Jamais le souverain ne prenait de titres fastueux, et il se rapprochait. souvent de ses sujets. S'il était désigné par le titre de grand -prince, les boïards l'étaient par celui de gran4s-boïards. Tous ceux qui étaient attachés au souverain, s'appelaient ses amis* Ce nom d'amis du prince si*

(47) gnifiait souvent une armée. Les soldats étaient

appelés d^un nom qui répond à notre mot enfans

(otToHi) 9 que nos généraux .emploient encore

quelquefois quand ils adressent la parole à leurs

soldats. Les domestiques n'étalent poipt traités

-d'esclaves, on ne leur donnait aucune qualificâ^-

tion iiunûliante : ils étaient -«eri^tteuir».

YOLODIMIR II, ySEVOLODOVITZ, surnommé

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