MONOMAQUE
explication des titres de Tzar et d*A vtocra tor.
Le surnom de ce prince lui fut donné, parce que sa mère était fille de Constantin Monora^aque, empereur de Gonstantinople.
Selon la judicieuse remarque d'un historien , il ne faut pas s'attendre à trouver de grands événemens , d'éclatantes révolutions dans les règnes des princes justes et modérés par caractère. L'histoire de Yolodimir n'est point cèUîe d'un guerrier, dont les exploits font ^oque dans les an-* nales des peuples. Ces annales seraient moins longues , si elles ne contenaient que les règnes des bons princes :: les vertus sont paisibles et présentent peu de faits.
Yolodimir, dit'On , porta le premier le titre de Tzar. €e titre était connu des Slaves avant
\ ' (48) même l'arrivée de Rourik à Novogorod ; ils appelaient le dieu des mers Tzar-Morskiy et Gonstantinople Tzar-Grad , la ville du Tzar. Les Kusses 9 conformément aux lettres de leur alphabet et à Tidiôme de leur langue , auront prononcé et écrit Tzar au lieu de César; la lettre S désigne jchez eux notre lettre G. Autocrator qu'on applique aussi au souverain de Russie , signifie aitguste.
Yolodimir mourut âgé de soixante-douze ans> le 19 mai iia5, après en avoir régné onze. L'an-» née qui précéda sa mort fut marquée par un incendie qui arriva à Kiof ^ et dura deux jours entiers. Six cents églises y furent consumées : preuve de la grandeur de ctette ville , du nombre de ses édifices et de sa population.
MISTISLAF YOLODIMIROVITZ.
PotiB venger l'irruption d'ennemis implacables qu'avait attirée sur la Russie un de ses neveux , Mistislaf jura sur la croix qu'il n'épargnerait aucun des moyens mis en sa puissance. Mais ce neveu craignant de ne pouvoir résister aux forces du premier souverain des Russes, le fit solliciter de vouloir bien lui accorder un généreux. pardon. Le prince de Kiof balançait entre l'aniour de la paix et la crainte du parjure. Il y avait alors un moine,
<49) Dommé Grégory , abbé du monastère de SainU Aadré , qui s'était attiré l'estime et le i^spect de la nation par la régularité de ses mœurs. Con-^ mité par Mistislaf sur le parti qu'il devait prendre dans cette circonstance délicate , sa réponse fut : t II vaut mieux violer un serment fait sur la croix , que de répandre le sang innocent. Le clergé consent à prendre sur lui les dangers du parjure ; et la divinité se plaît bien^ mieux à pardonner qu'à punir. « Mistislaf, cédant alors à la voix de r&uma'nité, accorda la paix à son neveu* Mais le prince de Kiof éprouva , tant qu'il vécut , le remords d'avoir transgressé son serment. Il attribua à cette tiansgression les calamités qui affligèrent la principauté de Novogorod en iia8« Des ouragans , des pluies continuelles et des inon^ dations renversèrent toutes les productions des campagnes. La récolte de l'année précédente avait été médiocre > et le peu de grains qui restait se vendil; à un prix exorbitant. Les personnes riehes étaient les seules qui pouvaient se procurer des subsistances, et ces iiiessources précaires furent bientôt consommées. Ainsi, Novogorod et ses dé« pendanoes éprouvèrent toutes les horreurs de la Êunine. Les animaux utiles périrent les premiers par le défaut de pâturage ; les hommes furent réduits à broyer les feuilles et les écorces des arbres , qu'ils s'arf achaî€ttt et qu'ils dévoraient avec Careur; à se nourrir ded animaux les plus vils et
( 5o ) des insectes les plus dégoûtans. Les rues étaient couvertes de cadavres dont la corruption répandait des miasmes destracteurs. EnGn , la famine et la mort n'épargnèrent que ceux qui prirent la jfuite y et qui aimèrent mieux se donner pour esclaves aux étrangers que de mourir de faim.
c Les ravages que causa la famine dans la c grande Novogorod , tandis que rien ne témoigne « que les autres portions de la Russie aient consi^ c dérablement souffert de ce fléau , prouvent qu'il c n'y avait pas assez de* correspondance et de liai- « son entre les différentes parties de ce vaste t corps. » {Histoire de JRttssie.)
Mistislaf mourut en 1 1 52 , après un règne de sept ans.
JAROPOLR II VOLODIMIROVITZ.
Lk branche aînée des princes russes avait perdu le trône de Kiof ^ et la branche cadette portait le sceptre depuis que les grands de la nation l'avaient fait passer à Yolodimîr^ au préjudice des fil^ de Sviatopolk II. D'après cet usage , qui ne permettait plus au souverain de désigner son successeur immédiat (il avait sixenfans ) , Mistislaf ^ en mourant 9 recommanda ses fils à son frère Jaro» polky et remit leur sort entre ses noiûns.
Les habitais ^ £iof choisirent JaropolL pour
(5i), leur souverain, et rîiivitèrenl par leurs députés à venir prendre possession du trône. Le premier acte de souveraineté que fit ce prince , à son arrivée à Kiof 9 fut de régler des apanages à ses six neveux, et de ne laisser à ses frères aucun sujet de mécontentement , afin q\ie leur repos mutuel ne fût {amais troublé : l'intention était bonne j mais le succès n'y répondît point.
Tromperies mutuelies entre le souverain de Pologne et celui de Russie.
Jaropolk , après avoir calmé pour un temps les troubles et les rivalités entre les princes de son sang , s'indigna de Tespèce de tyrannie que Boles** las 9 roi de Pologne 9 exerçait sur quelques provinces russes : il convoqua tous les princes de la nation , et lorsqu'ils furent rassemblés 9 et assis sur le même tapis 9 il leur proposa défaire cause commune avec lui 9 pour briser le |oug des Polonais. « Le moment est favorable 9 leur dit-il ; Boleslas est affaibli par deux guerres sanglantes qu'il vient de soutenir contre la Hongrie et la Bobême : courons promptement aux aiînes; attaquer à présent l'ennemi commun 9 c'est aller à une victoire certaine. » Tous les princes furent de son avis; tous lui promirent 9 avec serment 9 de le seconder.
La nouvelle de cette convocation générale parvint bientôt en Pologne 9 et Boleslas en fut cons-
terne : il ne tarda pas à être instruit de la résolution""des princes russes. L'orage était prêt à tomber sur la Pologne , lorsqu'un sénateur de cette nation, nomnié Pierre Viostovitz , conçut le projet de prévenir lui seul le danger qui menaçait sa patrie; et voici comment le fait estraconté par les historiens polonais. Boleslas assemble un conseil pour délibérer sur le parti à prendre dans cette con-joncture embarassante : les conseillers opinent ; Viostovitz écoute les difTerens avis, finit par donner^le sien , et dit : « La Pologne est afTaiblie par les guerres qu'elle vient de soutenir; au défaut de la force , elle doit employer la ruse pov^r. détourner le péril qui la n^ienace. J'ai résolu de lu'emparer de la personne du grand-prinçe de Siussie ; ce projet vous paraîtra téméraire > mais je me charge de l'exécution., » ViostoviU j après avoir subjugué les esprits , se rend à la cour de Jaropolk avec un petit nombre d'hommes affîdéSj demandé un asile , se plaint de la tyrannie de Bof leslas , qui l'a privé de ses biens , et en veut à ses jours. Jaropolk le reçoit avec bonté 9 et regarde comme une faveur du ciel l'arrivée d'un hommç ^i propre à le seconder dans le projet qu'il a re^ lativement à la Pologne, Cette idé^ engage Js^^ jTopolkr à donner sans réserve sa confiante à Vios*tovitz ; il l'interrpge sur le caraptère de ^oleslas^ jsur les forces actuelles de la Pologne , et sur l'état 4ç détresse où elle dt^vait se trouver à l'issue de
(55) deui guerres sapglaotes^ et à la veille d'une troi« siëme plus redoutable encore. Le Polonais lui peint avec force la cruauté prétendue de Boleslas , la l^^aine de ses compatriotes contre ce prince , leur disposition à le renverser du trône , s'ils avaient Tespérancf d'être soutenus par Jaropolk , et Tétat d'épuisement où se trouvait la Pologne. Depuis cet entretien , le sénateur fût admis à tous les con* seils et à tous les plaisirs du prince*
Jaropolk, impatient de commencer la guerre > veut savoir par lui-même si les forces combinées sont prêtes ; et pour s'en assurer il prend la résolution de parcourir rapidement les différentes provinces^ escorté seulement d'un petit nombre de ses gardes. Viostovitz saisit cette occasion favorable à son dessein : il sollicite la faveur d'accompagner Jaropolk avec ses fidèles Polonais ; ce prince accepte avec joie la proposition , et ils partent. Le sénateur , attentif à toutes les démarches du prince 5 apprend qu'il doit aller se divertir le lendemain dans une maison de plaisance 9 et il prend ses mesures pour être le plus fort. Vers la fin du repas , il le fait arrêter , le lie sur un che«* val y et le conduit à Cracovie ', où il fut mis en prison. Jaropolk ne dut sa liberté qu'à une forte rançon, que les princes russes payèrent à Boleslas. Mais avant sa délivrance , le roi de Pologne lui fit jurer sur l'évangile , qu'il resterait toujours son vassal , et qu'il lui payerait exa<^tement le tribut
annuel que la Russie , depuis long -temps, devait
à la Pologne.
Arrivé à Kiof , Jaropolk ne s*occupa que des moyens de venger Tafiront qu'il avait reçu. Il crut qu'il devait recourir à la ruse et à Tadresse dont on venait de lui donner Texemplç. Il avait à son service un Hongrois fourbe et intelligent , qui lui parut très -capable de seconder ses desseins : il se Tatiache par des bienfaits etxdes pro* messes , lui fait sa leçon , et lui ordonne de se tendre à Gracovie. Ce Hongrois était d'une naissance distinguée ; il se présente à Boleslas , lui demande un asile , et lui raconte que Bêla , roi de Hongrie 9 s'est emparé de tous ses biens, et l'a exilé aGn de le punir de l'attachement qu'il avait témoigné pour le neveu de ce prince. Boleslas , touché des malheurs simulés de ce fourbe , lui promit de réparer l'injustice de Bêla, et de lui faire oublier ses disgrâces. Pour joindre l'effet aux paroles , il lui donna la starostie de Yislitsa et le palatinat de Sandomir.
La ville de Yislitsa est située à neuf milles de Gracovie, et sur un rocher presque entièrement en« vironné des eaux de la Nida : on ne pouvait y arriver que par une langue de terre , et par des ponts (le bois placés sur cette rivière. Boleslas s'occupait alors de recommencer la guerre contre la Bohême, et il se croyait à l'abri des incursions des princes russes, par les précautions qu'il avait prises de
( 55 ) fortifier ses, villes frontières, et d'y mettre de for- . tes garnisons.
L'empereur Lothaîre y informé des préparatifs guerriers de Boleslas , lui envoya des députés chargés de lui offrir sa médiation. Le roi de Px)lognerse rendit à Bamberg auprès dePempereur, et à sa iiol^icitation il . accorda aux Bohèmes une trêve de trois ans. Le Hongrois ^Maroste deVislit- «a^rpirôfil^ d$. Fal^se^^pe du roi de Pologne pour eiécuterle f^rojel; de. Jaropolk : il répand le bruit que les ^Uns^s marchent coi^re la Pologne avec des forces redoutables ; <et faignant d'être effrayé lui-même des datigers que courent' les Polonais 5 il leur ordonne 4e 1^ l'enfermer dans les places 'ie9plu&'fortes.¥klitsa^ enveloppée d'eau presque de toutes parts 9 Leur parut , avec raison , la plus sûre de toutes. Ce fut là atcssi que la plupart des Polonais ^ intimidés , se réfugièrent avec leurs trésors. Dans cet état des choses, le Hongrois informe Jaropoikde ce qu'il a fait, et l'engage à se trouver près de Yislitsa avec des troupes d'élite, le 19 fémer 1157. Cette marche subite était d'autant plus facile , que les Russes possédaient Galitch sur le Dniester, et la Yolynie. Jaropolk ne perd" pas de temps , se met en marche, et arrive au jour marqué , attaque la ville, dont le staroste lui ouvre les portes pendant la nuit. Les Russes commirent mille horreurs dans cette nuit désastreuse; les notdes et les riches ne furent épargnés que
pour être réduitg en esclavage : Y iditsa , viUe flo«
rissante avant la plus noire trahison, ne présenta
bientôt plus qu'un amas de ruines.
JaropolL II rég^na six ans, et mourut en ii3$#
TIATCHESLAF YOLODIMIROVITZ.
Ce frère de JaropolL y sixtème fik de Yolo^« mir-Monomaque , réunit les voeux de fa nation > et on le plaça sur le trône de Kiof. Mais ddua^ jours après son installation, Usévolod, fils d'Oleg, se présente devant cette capitale ^ et somme Yiatcheslafde lui céder la souveraineté : cehii«'Ci^ qui craint l'eflEbsion du sangt et* qui ne veut pas être cause des malheurs publics ^ n'oppose aucune résistance, et se retire à Tourof, son premier apanage. ..... .
Ce prince ne vécut pas^long-^^ènips en paix dans sa retraite : Tavide Usévolod , dont le but était d'asservir les princes inférieurs, lui iaXX proposer la cession de Tourof. Viatcheslaf la lui abandonne, et se retire dans la ville qu'avait possédée son frère puîné , mort l'année précédente.
Ce prince trop faible mourut subitement en
(57) USÉVOLOD II OLGOVITZ
Nous venons de voir que Fambitieux Usévolod forma le projet de dépouiller les princes de la race de Yolodimir ^ et de réunir toute la Russie sous sa puissance et sous celle de ses frères* Mais ses premières entreprises ne furent pas heureuses. Dans l'une j ses troupes furent saisies en ehemîn d^une terreur panique^ et prirent la fuite en désordre sans avoir aperçu Tennemi : dans Tautre 9 les négociations ne lui furent pas plus avantageuses que les armes. Il fit des propositions qu'on ne daigna H pas même écouter.
La même scène se passta peu £^rès en Pologne» Boleslas III avait partagé en mourant ses états à ses quatre fils y suivant Tusage de. son temps. L'atné^ I31asdislas II 9 excité par sa fenune Chris* tine» fille de l'emperetir Henri IV , forma le dessein d'enlever à ses frères leurs apanages. Il fut secondé par le souverain de Russie, et se vit le seul monarque de la Pologne. Mais son triomphe n'eut qu'une courte durée : les médians sont souvent trompés dans leurs espérances. Les princes polonais remportèrent enfin un avantage considérable 9 et un petit nombre de Russes, avec Usévolod 9 eût bien de la peine à se sauver par la fuite. ■ /.
Usévolod mourut en 1146 , deux ans aprèi
( 58 ) sa défaîte en Pologne. Son règne ne fut que de huit ans. .
IGOR II OLGOVITZ.
UsévoLOD avait pris un bon moyen de se faire regretter, en désignant pour son successeur son frère Igor ^ prince dur et reippili d'orgueil.
Mais ce prince ne monta sur le trône que poiur éprouver les pliis cruels revers 5 et il ne fit que goûter , pour ainsi dire 5 les charmes de la suprême puissance. Isiaslaf , qui avait des droits au titre de grand - prince de Russie , appelé par les habitans de Kiof, qui détestaient leurnouveau maître 9 s'avance à la tète d'une armée ; son rival lui oppose des troupes rassemblées à la hâte : le sang allait couler y lorsqulgor prît la fuite , et courut se cacher dans un marais , où il resta pendant quatre jours. Découvert dans cette retraite si incommode , et conduit devant Isdaslaf , celui - ci le fit charger de chaînes , et enfermer dans un ca« chot. jL'année suivante , Igor fait demander la permission de se faire moine : elle lui est accordée f il sort de sa prison , et on le transfère dans un monastère de Kiof •
Lé peuple ne le laissa point se consacrer tranquillement au service des autels ; tout à coup il se précipite en foule dans le monastère où Igor priait Pieu jour et nuit ^ il Ten arrache; et lève
(59) sur lui des mains parricides. Après avoiir porté le
titre de grand -prince pendant six semaines , et le froc pendant une année , Igor est massacré malgré tous les efforts des princes pour le délivrer de ses assassins. Mais voici le plus extraordinaire de cette sanglante aventure. La haine du peuple contre Igor ne finit point avec lui ; il traîne son cadavre dans les rues > et £^rès lui avoir fait mille outrages > il l'abandonne au milieu d'un marché. Un prinee » nommé Volodimîr, enlève ce corps déchiré et le fait inhumer le lendemain. Le peuple j sans doute revenu de ses transports de fureur, slempresse d'assister aux funérailles de celai qu'il a égorgé , verse des larmes et pousse des cris de douleur. Un ovage affreux , qui survint pendant la cérémonie funèbre 9 lui fit regarder la foudre comme une preuve de la colère du Ciel. €e passage immédiat de la haine implacable à la pitié j au re|>6ntir , prouve la disposition naturelle du peuple à parcourir 'les extrêmes : les sentimens vertueux sont les seuls qui laissent en nous* des traces presque ineffoçaUes.
ISIASLAF II MISTISLAVITZ.
Le successeur du malheureux Igor ne jouit guère d'un règne plus- tranquille. Il lui fallut toujours défendre contre George ou louri , un trône
dont il fut renversé , et sur lequel il ne r^nlootft
que pour éprouver de nouvelles* agitations. Ilmou« rut les armes à la main en 1154^ âgé de cinquante-huit ans , et son règne fut à peu près de neuf années. Il eut la consolation la plus douce yréseryée aux souverains à leurs derniers momens^ 4^emporter au tombeau les regrets et Tamour de ses peuples.
Plusieurs concurrens se disputèrent alors le titre de grand-prince de Russie. L'un d^eux ayant fui honteusement à Tinstant de combattre* les babitans de Riof , abandonnés 9 invitèrent le vainqueur à venir prendre sa place. Isiaslaf III Davi* dovitz se rend à l'invitation , et donne aux Polq«vitsi f ses alliés , une marque de reconnaissance qui peint ce siècle barbare : il leur livre une dés principales villes de ses états ^ qui fut pillée et dé* truite.
Le prince George , ardent à profiter de toutes les occasions f. reprend les amtes et se met ea marche pour attaqueir la principauté de EAef. A son approche , Isiaslaf lui fit dire qu'il n'avait* ac<^ cepté la souveraineté qu'à la prière du peuple* Cette soumission désarma George , qui s'empara du trône sans répandre une goutte de sang. Mais combien n'en avait - il pas versé avant cette époque! Isiaslaf ne fut point tuaStèrConMae un en^ nemi , et il consentit à retourner mQde^ement dans sa principauté de Tchemigof i dont loury
(Si) A^était déjà rendu maître , et qai lui fut restituée.
GEORGE (lOURY) VOLODIMIROVITZ , sur^ nommé DOLGOROUKI (LONGDEHAIN) , fonde Moscou^
George parvint à la souveraineté à Tâge de soixante-trois ans. Mais il fut loin du bonheur qu'il avait vu en perspective. Il essuya des guerres continuelles contre ses vassaux qui refusaient de lui rendre hommage , et pour repousser les £ré*> quentes attaques des ennemis du dehors.
George allant voir son fik aîné (André) établi à yolodimir5 passa sur les terres d*un riche par» liculier , que retendue de ses possessions rendait fort orgueilleux et fort arrogant, et qui eut même l!ins<Aeiice de manquer de respect à «son souverain. George 9 justement indigné , le condamne à jû^oil^ et confisque 9es biens. Charmé des sites et du point de vue de la principale ferme qu^avait ,OQçupée ce fier et stupide perspnnage^ et qui se trouvait au confluent de la Néglina et de la M.oskwa, sur une hauteur , entourée de bois délicieux, il la fit entourer^ de palissades, et on éleva dans;l'encQinte un grand nombre de cabanes, il peupla cette vUie naîss^u^te :des hommes qui se trouvaient déjà dans les fermes voisines ^ et
(Sa) de colons qu^il tira de Yolodimir. Telle est l^or^gine de runcienne capitale de la Russie , dont nous allons tout-à4'heure donner une idée, d'après rétat de grandeur et de magnificence où elle est parvenue.
George mourut en 1 1 58 , et ne régna que trois ans ; il avait été renversé trois fois du trône ; il laissa onze enfans inàles , c'est-à-dire , onze nouveaux germes de guerres continuelles , produites par Tusage im politique des apanages- héréditaires.
ANDRÉ I-'' J013RIEVITZ, surnommé BOGO- LIOUBSKI (qui âims Dibu.)
Regardait comme très- désagréable le séjour de Kîof , exposé à tous les orages politiques et aux incursions des Barbares qui habitaient au midi de la Russie , André transporta la capitale de ses états à Yolodimir, dans la VolyniCi La^domination de Kiof , dès-lors moins puissante et moins vaste ^ continua de s'affaiblir par lesfréquens changemens de règne, par les guerres intestines, par les ravages des Polovitsi, et la ville cessa d'être regardée comme la capitale dei'état.
• André , avant d'être parvenu à la puissance souveraine, avait montré un courage extraordinaire , poussé même jusqu'à la témérité; mais dès
(68-) quHl fut grand-prince de iElussie , il changea en*» tièrement de conduite et de caractère ; il tomba dans xine extrême indolence , ne ^ngea qu*à se livrer au plaisir, qu'à fonder des églises et des villes, et né prit personnellement qu'une seule fois tes armes.
Pendant ce temps , la Russie fut en proie aux guerres intestines et étrangères. Tous les princes apanages veulent monter sur le trône de Kiof ; cette ambition amène des catastrophes qui se succèdent avec rapidité. Kiof change neuf fois de souverains dans le court espace de quatre années, sans qu^auoun d'eux offre des malheurs intéressans.
Itovogorod n^éprouve pas moins de vicissitudes et de désastres^ Erik, roi de Suède, profite des dissensions de cette grande vUle' pour conquérir la Finlande en 1164 , sous prétexte de tirer les habitans des ténèbres de Tidolâtrî^.
Charles VII, successeur d'Erik, maître d'une province dont les limites confinent à la Russie , fit une descente à Ladoga. Les habitans de cette ville, pour priver les Suédois de leurs dépouilles, la ruinèrent avec ses environs ; tisage cruel qui ne s'est que trop renouvelé depuis.
George Dolgorouki, qui avait fait mourir Kx>utchko et s'était emparé de son' domaine , avait amené avec lui à Yolodinîir les enfans de cet in-^ fortuné, et avait engagé son fils André à en épouser la fiUe< André aimait ses beaux-frères , et par*
(64) tScuUèremént JoaLim. Les mœurs alors étaient
atroces 9 et Tun des frères de Joakim avait commis des crimes dignes de mort; André le condamna au supplice : Joakim résolut de venger à la fois 1â mort de son père et de son frère , et n'eut pas de peine à trouver des complices. Trois courtisans et vingt autres scélérats forment le complot d'assassiner André; ils se rendent à Bogo-Lioubski , ville qu'il avait bâtie, et où il se trouvait alors ; ils vont en armes au palais pendant la nuit et assassinent ce prince. Les habitans de Bogo*Lioubski oublient jBes bienfaits 9 et, au lieu de venger ce régicide, ils pillent son palais, ainsi que les maisons des magistrats et des receveurs des impôts. Le corps de ce prince reste nu pendant deux jours s^u pied d*un escalier, et le clergé même^ dont André avait été le protecteur, laisse son cadavre couvert de haillons, pendant plusieurs jours, sous le portail de l'église.
André perdit la vie en 1170, et son règne fut de treize ans.
Courte description de Moscou, dans te temps; qu'elle était florissante.
C'est mal à propos que nous pr<Mionçons Moscou, c'est adopter le nom tatar, plutôt que le russe; il faudrait prononcer Hoskua* Quoi qu'il en soit^ cette antique capitale avait un aspect magnifique :
(65) on voyait briller d^in Aombrables clochers doi avec de Ter de. ducats ^ de superbes coupo peiùtes de couleurs éclatantes ; de tous côtés y combles élevés des palais offraient des Duan< variées.
Moscou se divisait autrefois en cinq quartiei cette division subsiste encore en psurtie > ils se enclavés les uns. dans les autfes. Le quartier c( frai s^appelle Kremlin, d'un ancien mot tal qoi signifie forteresse. Le Kremlin est au centre la ville ^ sur les bords élevés de la Moskwa : or voyait Tancien palais des Tzars ; Taspéct de ce p iais était imposant, knais il n'offrait rien decurieu Le Kremlin était séparé de la ville Tatar par u muraille de briques blanchies , très^haute et cr nelée à la manière orientale. De distance en d tance étaient des tours rondes et carrées ; et d minarets en spirale , couverts de tuiles arrange comme les écailles de poisson et peintes en ver en jaune et en cramoisi , surmontés d'un globe do et d'une girouette. Lorsqu'on entrait par une poi voûlée , peinte en rouge , et nommée ia Pou Sainte, tous les passans , quelle que fût leur coi dition, étaient tenus de marcher nu-pieds l'espa d'une centaine de pas : xles sentinelles y étaie: placées , et il n'était pas permis non plus de pass outre sans ôter son chapeau.
L'ancien palais des Tzars était dans le KremHi c'était xm édifice gothique et îrrégulier : on moi
^* sur la façade une fenêtre , à laquelle se pfai-
î^^ient les Tzars pour recevoir les pétitions de leurs
^ets. On mettait le ioaîémoire sur une pierre dans
Ja cour ; si le Tzar jugeait à propos de le lire , ^
l'envoyait chercher.
I^s églises cathédrales étaient au nombre de ^luq dans Moscou , sans compter les couvèns, les églises paroissiales et les séminaires. L'aspect de , tous ces dômes 5 les quais de granit d'une longueur immense^ les vaisseaux qui viennent du Volga et des rivières de rintérieiu* , formaient un spectacle adimirable.
Une des plus grandes curiosités de Moscou ^ est d'y voir 9 an mois do décembre , plus de deux mille maisoiis sur la glace ; spectacle étonnant «pour les étrangers qui y arrivent dans ce tetnps-là.
USÉVOLOD III GEORGIÉVITZ.
Nous en sommes restés à la catastrophe du règne d'André , cruellement assassiné quoiqu'il se fût retiré dans un monastère , après être descendu du trône.
Mikaïl !.•% Bis de George 9 fut appelé à lui succéder , et ne jouit qu'un» an de la souveraineté. Jl laissa en mourant un fils 9 nommé Gleb , qvù , suivant l'usage, ne fut point son successeur. Il ne restait aucun pt^nce descendant d^!(Quvy
( 6? ) - OU George 9 plus âgé que Usévolod, le dernier de ses fils. A ce titre > il devait obtenir la première principauté de la Hussfe , et il y fut encore éleTé par raccord unanime, de tous les citoyens 9 dont il avait su mériter Testime et raffeciion.
Mikaïl avait commeqcé à faire des recherches contre les assassins de son frère André ; plusieurs avaient été punis de différens genres de mort ; mais un grand nombre avait échappé à la peine quUls méritaient; c'étaient les plus coupables , et on redoutait leur puissance. Usévolod^ animé par la justice 9 ne craignit point le crédit 4e ces criminels audacieux; ils furent arrêtés 9 et leur supplice eut ceci<le sing^ulier» qu'ils furent noyés dans de ^ai^des corbeilles d''osier. La. veuve même d'André ne put se soustraire à la vengeance de son beaufrère ^ et à cette loi sacrée qui veut que tôt ou tard le crime soit puni : elle fut suspendue à une porte et tuée à coups de flèches.
TAElflEME SIÈCLE.
Usévolod soutint et fit lui - même un grand nombre de guerres, dont les événemens n'eurent rien de mémorable. Il mourut en 1212 9 âgé de soixante - trois ans 9 après en avoir régné trentesept.
Ancien usage ratatifaux fin fans.
Depuis l'établissement du christianisme en Rus*
(68) sie , on coupait \eê cheveux des princes parvenufl à leur seconde année , en présence d^un évéque f et l^on mettait ces jeunes enfans à cheval. Par cette dernière cérémonie , on marquait qùMls étaient nés pour les combats ; et celle de leur couper les cheveux était sans doute religieuse j puis* qu'elle exigeait la présence d'un évéque. D'après des usages qui ne sont pas encore oubliés en Russie ) on croit que les cheveux du jeune prince étaient déposés sur le tombeau de quelque saint qu'on choisissait pour son protecteur. Les anciens grecs déposaient aussi quelquefois leurs cheveux sur des tombeaux , et c'était un hommage qu'ils rendaient à la mémoire d'un défunt. Les jeunes Romains portaient ^ en cérémonie > au C apitoie la coupe de leur chevelure et de leur première barbe.
GEORGE II, ov lOURY USÉVOLODOVITZ.
La principauté de Galitch était devenue un fief de la Pologne ; et elle tomba sous la domination d'André , roi de Hongrie. Ce monarque dé-* sirait d'y établir son fils Koloman ; mais ne voulant pas employer la force pour parvenir à ce but , sa politique eut recours à la ruse. Il investit successivenieut de cette principauté plusieurs princes russes^ qui se reconnurent ses vassaux , et lui
(69) payèrent des tributs. Ces mutations fréquentes étaient un revenu qui allait toujours en croissant, et les princes tributaires se dédommageaient sur lé peuple des tributs qu'ils payaient au roi de Hongrie. Trois de ces princes qui étaient frères , régnaient ensemble à Galitch : c'était une triple charge pour les habitans. Fatigués de cette lourde imposition , ils offrirent le trône à André pour son fils. Il profite de leur disposition ^ fait partir une armée cpii s'empare dp ia ville sans trouver de ré*çîstanoe. Les trois princes furent arrêtés, outragés par le peuple , traînés 9 fatigués par les rues , et pendus avec leurs femmes et leurs enfans.
Cet éyénem^nt alluma une nouvelle guerre entre les princes apanages , et attira sur la Russie les plus grands malheurs.
Invasion des Tatars dans ia Rtissie.
Nous allons jeter un coup d'oeil sur ce qui concerne l'invasion des Tatars dans la Russie, et des causes qui l'occasionnèrent. Ces peuples , partis de l'extrémité de l'Orieqt, et connus d'abord sous le nom de Mogols, ne se proposaient nulle-* ment d'attaquer les Russes ; mais ils y furent excités par la funeste ambition des princes apanages , qui , faute de^ se réunir contre l'ennemi
commun • semblèrent courber leur nation sous le
)oug du plus affreux esclavage. Après avoir achevé de so,umeti;re la Perse, les Tatars-Mogols s'a-
/ ( 70 ) vancérent sur les bords de la mer Caspienne, et
résolurent de se rendre à Derbent , clef de la Perse ^ au pied du mont Caucase. Ils furent attaqués en chemin par les Alalns et par les Kipzaks , et en triomphèrent. Kotîak , chef de ces derniers peuples > implora le secours des Russes^ qui commirent la haute imprudence d^épouser une querelle qui leur était étrangère , malgré les sages représentations des députés mogols , qu'ils eurent même la ba^rbarie d'égorger. Apprenant le traiteinent fait à leurs députés, les Mogols en envoyèrent d'autres , pour reprocher aux Russes le crime dont ils s'étaient rendus coupables, c Vous avez soif de sang , leur dirent-ils , vous avez assassiné nos députés , vous à qui nous n'avons fait aucun mal ; mais le ciel sera juge entre nous. » Bientôt les Russes perdirent une grande, bataille, quoiqu'ils fussent au nombre de cent mille hommes, et que leurs ennemis en eussent la moitié moins. Le prince de Kiof fut contraint de se rendre prisonnier , avec son gendre et un autre prince , à condition qu'il paierait la rançon convenue , et que sefi soldats seraient mis en liberté. Dès qu'ils se sont tous livrés aux féroces vainqueurs , ceuxci massacrent les soldats , attachent ensuite chaque prince entre deux planches, s'asseyent dessus et les étouffent pendant qu'ils célèbrent, dans un festin , la victoire signalée qu'ils viennent de remporter.
Leur vengeance n'est point encore satisfaite ; c'est dans la Russie même qu'ils vont porter le fer et la flamme. Toutes les contrées quSis traversent sont dévastées ; toutes les villes sont saccagées ; soixante mille sujets de Kiof périrent. Las de carnage j chargés de butin , et embarrassés du nom-* bre prodigieux de ^prisonniers qu'ils avaient faits ^ ils prennent le p?rti de retourner dans la Bouliariey contrée voisine de la Perse.
Les Mogols inondent de nouveau la Russie en 1257. Ils exigent des tributs des princes de Rézan , qui les refusent avec indignation ; ces ptinces s'arment , demandent des secours à George , qui restait à Yolodimir, et avait eu l'impoH tique de regarder, avec .indifférence les ravages affreux des Mogols ^ quoiqu'il fût le plu» intéressé des princes à prévenir les malheurs de la Russie^ George n'accorde aucuns secours 9 et les autres princes suivent ce funeste exemple. Ceux de Rézan abanldonnés ne perdent point courage , s'enferment en différentes places pour se défendre. Rézan , assiégée , est prise d'assaut ; le prince qui la défend est* tué sur le rempart. Les. Mogols n'épai^ent ni rang , ni sexe , ni âge ; après avoir tout massacré , ils brûlent la ville. Les vainqueurs marchent ensuite vers Moscou , dont ils s'emparent aisément 9 et qu'ils réduisent en ^cendres. La victoire ^ le carnage et Tincendie' les conduisent devant y olodimir ^ que George avait abandonné - par la
( 70 fuite 9 et qu'ils prirent d'assaut; ils y entrèrent à
la fois par les portes et par les brèches , et brûlé*
rent tout ce que le fer ne put pas détruire.
Tant de désastres réunis tirent George de son état d'apathie ; prend la résolution de se venger ou de périr. Les secours qu'il attendait impatiem« ment de Novogorod^ n'arrivent pas ; il est attaqué dans ces circonstances : il fallut iiaincre, ou trouver une mort glorieuse» Le combat s'engage ; les Russes qui suivent l'exemple de leur prince , ne connaissent plus de périls; mais George tombe sous les coups de l'ennemi > et sa mort glace d'effroi les soldats qui lui restent.
George II périt âgé de 49 ^uas. Il commença à régner en laia, fut détrtoé en 1217, rétabli eu laiB^ et tué en 1257.. Il avait épousé la fille de Usévolod 9 prince de Kiof ; et oétte pnàoesse fut brûlée dans une église de Volodimir, Il eut trois Sàs, tous tués par les Mogols.
Fuaiéraities anciennes et mocUmes des ^ R9Mses,
> Au moment où nous parlons de tant de meurtres et de massacres 9 plaçons tout de suite ici quel-» ques détails sur les funérailles des Russes , et sur ce qui s'y pratique actuellement. Parmi les diffé** rentes tribus de Slaves , dont les.Russes tirent leur origine » les unes enterraient leurs morts > et les
(75) autres les brûlaient. Les premières déposaient les cadavres dans des fosses 9 et elles élevaient au« dessus un monticule de terre : elles s^assemblaient autour de ce monument , y faisaient un festin re-' ligieux , qu'on nomma la Tri^na. Ce festin , aussi splendide qu'il était possible dans ce temps - là 9 était surtout remarquable par Vabondance du plus fort hydromel 9 qu'on y prodiguait sans mesure* Dans les fêtes funéraires ^ célébrées à la mort d'un prince ou d'un boïard , on sacrifiait quelquefois des prisonniers de guerre.
Les tribus qui brûlaient leurs morts, commençaient la cérémonie par un festin; ensuite on brûlait le cadavre ^ dont on recueillait soigneusement les cendres et les os qui n'étaient pas entièrement consumés ; on les renfermait dans de3 vases que l'on plaçait sur des colonnes près des villes ou des hafntations. Quelques peuples de la domination de Russie pratiquent encore des cérémonies toutes semblables.
L'usage de la Trizna n'est pas entièrement perdu chez les Russes modernes. Ils distribuent du thé , du café , du vin , de l'eau-de-vie , dii punch , à tous les assîstans du convoi funéraire : on boit autour du mort 9 rasé, frisé, et exposé sur un cercueil ordinairement peint, et quelquefois doré ou argenté , et doublé de satin ou d'autres étoffes de soie , selon le rang , la dignité , la fortune du mort , qui est revêtu de ses plus riches habits ; on lui
met aux mains des gants blancs , et il tient une croix , un bouquet , et un écrit contenant sa profession de foi , adressée à saint Nicolas, qui doit recevoir l'ame du défunt et l'introduire en Paradis. On fait faire des robes neuves pour habUier le» femmes qui viennent de décéder.
La commémoration des morts se fait non seulement le jour de l'enterremenît dans l'église ou dans le cimetière , mais encore le troisième , le neuvième et le quarantième jours après le décès. On en célèbre même régulièrement l'anniversaire pendant la vie des descendant ou des parcns le« plus proches.
JAROSLAF II USÉVOLODOVITZ.
La Russie soumise au joug despotique des
Tutars.
Les calamités en tous genres qui fondaient sur la Russie , n'éteignaient point l'ambition de ses princes, qui. avaient survécu au massacre général, Jaroslaf , souverain de Novogorod , et frère da malheureux George ,. impatient de lui succéder, à peine a-l-il appris , en i238 , la retraite des Tatars , qu'il cède le trône de Novogorod à son fds Alexandre , et va prendre possession des décom-r bres de Yolodimir , dont il rappeUe les habitans épars.
( 75 ) tcft Tatars , après avoir ravage la Pologne et la Hongrie 9 pënètrent dans la Sildsie en 1240, tail* lent en pièces un si grand nombre de soldats à la bataille de Lignitz^ qu'ils remplirent , au rapport des historiens orientaux , neuf grands sacs des oreilles qu'ils avaient coupées.
. La Livonie et TËstonie étaient alors sous la domination des chevaliers Porte - glaives on Teuto* niques ; et cette milice apostolique avait été insti* tuée pour étendre et affermir le christianisme daos ces provinces. Ces chevaliers dévots et usurpateurs formèrent le projet de tirer parti des malheureuses circonstances où se trouvait la Russie , et d'ajouter quelques - unes de ses provinces à telles dont ils s'étaient rendus maîtres parla force des armes. Ils demandèrent du secours aux rois de IXanemarck et de Suède. Celui - ci se mit à la tête d'une armée 9 et la conduisit sur les frontières de la Russie^ Alexandre 9 prince de Novogorod » marcha aux ennemis à la tête de ses sujets. Les deux armées en vinrent aux mains sur la rive gauche de la Neva , près de son embouchure dans le golfe de Finlande. Alexandre attaqua le prenaîer et combattit en héros; le roi de Suède fut blessé de sa main, et la victoire qu'il remporta fut complette. Ce fut en mémoire de ce triomphe signalé , qu'il reçut le surnom de Nevski , parce qu'il avait vaincu sur les bords de la Neva. Deux «us après, il augmenta l'éclat de sa gloire en for-
(-76 ) çant les chevaliers livoniens à lui demander la paix , et à restituer tout le pays dont ils s'étaient rendus maîtres.
Batou - Sagîn , général des Tatars - Mogols et kan du KaptchaL ^ voulut que Jaroslaf vînt luimême f en qualité de vassal , lui rendre hommage à la horde ( camp de Tatars ) ; et le faible souverain de Yolodimir n'osa résister aux volontés d'uni maître dont la colère s'annonçait par les plus cruelles vengeances : il partit avec Constantin , l'un de ses fils. Le Lan du KaptchaL , satisfait d6 la soumission de ce prince , le reçut avec les hon-> neurs dus à son rang , le reconnut pour le princi-» pal souverain de la Russie , et content des présens qu'il venait d'en recevoir , il le renvoya danâ ses états 9 sans exiger aucun tribut. Mais quoique Batou-Sagin eût un empire souverain sur les pays de sa domination , il reconnaissait la supériorité d'OLtaï , fils et principal héritier de Tchinguis , et qui commandait aux Mogols de la grande horde. Il exigea donc que Jaroslaf envoyât auprès de ce prince son fils Constantin. Ce jeune prince alla présenter à Oktaï les hommages de son père , et ne fut , qu'après un an , de retour dans sa patrie.
Peu de temps après , en 1245 , mourut Okta!, âgé de cinquantC'Sixans, et il eut pour successeur KaïouL f l'aîné de ses fils. Il était d'usage que le Lan de la grande horde 9 tes cérémonies de son
(77) installation achevées , reçût les hommages des
princes ses vassaux, qui s'empressaient de venir des contrées les plus éloignées lui marquer leur soumission. Jaroslaf eut ordre de Batou -Sagin de se transporter à Karakum, pour rendre foi et hom* mage au nouveau Lan supérieur. Il n'y avait pas à balancer , il obéit ; et après avoir rempli ce devoir humiliant , il mourut à Tâge de cinquantesept ans y en revenant dans ses états. Son règne fut de sept ans.
C'était alors un usage sacré chez les Tatars , que les étrangers qui devaient être présentés à leurs kans , passassent entre deux feux, et que leurs présent même fussent purifiés par cet élément : il fallait ensuite qu'ils se prosternassent devant une tente de soie, et l'on prétend que cette tente renfermait des idoles.
Trois princes russes régnèrent successivement sur la Russie ( Mikaîl I.*' Jaroslavltz Sviatoslaf , Audréll, aussi fils de Jaroslaf , et Alexandre !•*'); mais outre que leurs règnes furent très - courts , nous n'avons point d'événemens intéressans à en rapporter , excepté quelques mots sur celui d'Alexandre !.•'.